19 MED cannabis légalisation 2011-09

1. J’écrivais dans 23 POL socialistes France primaires 2011_09 (2011_09_19): “ Je suis favorable à la légalisation du cannabis mais il faut, à mon avis, traiter en même temps deux problèmes :
– celui des offres d’emploi dans les banlieues  pour reconvertir les petits dealers
– celui, des conduites à risques chez les jeunes.
La solution pourrait bien être, entre autres, des propositions d’aventures gérées militairement, selon les règles du scoutisme. Des énergies fabuleuses  se perdent faute de terrains d’action où se développer.” William répond (2011_09_22)  “1. Bien sûr qu’il faut, avant tout, traiter  la  formation (intellectuelle et civique) et l’emploi avant tout. 2  Peut-on parler de dépénalisation. ou légalisation du cannabis sans envisager la surenchère : l’attrait du fruit qui reste défendu ne ferait-il pas reporter les désirs vers des drogues plus dures ? “  D’accord avec William :  envisager cette surenchère, la prévoir et la juguler.

2. Cannabis est un mot grec : canna : “roseau” et bis : “double”, allusion à sa double nature, “roseau à deux sexes”. Du plant mâle on extraie la partie fibreuse, le chanvre qui sert pour les cordages etc. Du plant femelle on extraie les graines et leurs feuilles qui servaient aux rituels religieux. Découvert en Chine, il y a 14.000 ans, le secret de la transformation du cannabis sera jalousement gardé jusqu’au V° siècle avant notre ère, aussi longtemps que le secret de la soie. D’où les deux slogans : “Du chanvre pour la guerre” disaient les bellicistes et “Du chanvre pour la paix” disaient les hippies. La légalisation nous ramènerait à la situation des sociétés primitives où les chamanes encadrent sévèrement la consommation de ces produits. Les hallucinogènes seraient prescrits par des médecins ou des psychologues spécialisés en fonction des besoins exprimés par les intéressés. Déjà on serait sûr de la qualité des produits.  Toute l’économie en sortirait transformée. Au niveau micro-économique il faudrait créer des emplois alternatifs offerts aux dealers. Au niveau macro-économique et géo-politique la légalisation permettrait de réhabiliter les cultures vivrières et le développement du commerce équitable. Le commerce des armes en souffrirait. La prohibition sert à faire la guerre en créant un marché lucratif.

3. La loi française du 31 décembre 1970, concernant la toxicomanie, le trafic et l’usage des stupéfiants prévoit les dispositions suivantes, toujours en vigueur :
– Le simple usage est passible d’un an de prison
– La présentation sous un jour favorable de l’usage de drogues est passible de cinq ans de prison
– Les peines de prison pour trafic peuvent aller jusqu’à 20 ans.
Il en découle que l’usager est traité comme un trafiquant. Cette loi était surprenante : la Convention unique signée à l’ONU en 1961 était un outil efficace pour un problème marginal. En 1970 il y avait en France le même nombre de toxicomanes qu’en 1920 (60.000 à 180.000). Ce qui, compte-tenu de l’évolution démographique, signifiait une diminution de la toxicomanie. Intoxiqués, peut-être, par le cumul des mandats, les parlementaires n’auraient pas pris le temps de s’informer pour se pencher sur la prévention. Cette dernière s’est imposée à partir des années 1990. On abandonne le paradoxe latent : “Je suis contre la légalisation parce que mon dealer est un excellent psychiatre.”
Selon une estimation de l’économiste Pierre Kopp, la légalisation du cannabis rapporterait 1 milliard d’euros au fisc si l’Etat en supervisait la production et la distribution. Une belle somme qui pourrait être allouée à la prévention. Or l’Etat dépense 300 millions d’euros par an pour interpeller 80.000 personnes et ceci sans effet sur la consommation (d’après Monde  3/8 et Canard 2011_08_10).

4. Raymond Kendall, secrétaire général d’Interpol de 1985 à 2000 et bon connaisseur des problèmes de drogues explique dans “Drogues : guerre perdue, nouveaux combats” (Le Monde 2004_10_26) que la “guerre à la drogue”, inspirée par les Etats-Unis, est perdue car elle relève d’une approche irrationnelle de la question. Il propose que la consommation de drogue soit l’objet d’une simple contravention. “Une récente étude britannique montre qu’en matière de drogue une livre sterling investie dans le soin permet au système répressif d’en économiser trois.” Kendall se réfère au Conseil de Senlis. C’est un think tank international qui travaille avec SOS Drogues International. Ses conclusions sont souvent décoiffantes. Ainsi une étude canadienne montre que le frein à l’évolution vient de la police elle-même qui craint d’y perdre du pouvoir et des budgets !  (http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Conseil-de-Senlis-et-SOS-Drogues.html).
Les dernières estimations (Figaro 2011_06_16) évaluent à 12,4 millions les consommateurs de cannabis (dont 3,9 millions usagers dans l’année, 1,2 millions réguliers, 0,55 millions quotidiens). Chez les jeunes de 17 ans 42,2 % ont expérimenté le cannabis en 2008 (légère décrue, 50,2 % en 2002)  et 7,3 % en faisaient un usage régulier (12,3 % en 2002). 200.000 usagers ont recours à l’autoculture au moins occasionnellement. 60 % des 15 – 75 ans jugent le cannabis dangereux dès la première “fumette”. Enfin conduire sous l’effet du cannabis multiplie par 1,8 le risque d’être responsable d’un accident mortel de la route (Source OFDT).

5.  “Fumer du cannabis fait partie des rites de passage à l’âge adulte à une époque où il n’y en a plus beaucoup” dit Serge Hefez, psychiatre et thérapeute familial. “On est dans une société qui encourage les gens à dépasser leurs propres limites. Et en même temps on attend de chaque citoyen qu’il ait le ressort éthique pour ne pas tomber dans la surconsommation et ne pas devenir dépendant” explique Marc Valleur, médecin spécialiste des addictions” (2008). Le professeur Claude Got, spécialisé en traumatologie des accidents de la route est l’auteur du rapport sur le sida qui, en 1988, réorienta la politique de santé publique. Il déclare : “Un des objectifs de la santé publique est de promouvoir le plaisir de vivre et de se livrer à des activités diverses et excitantes, éventuellement avec un risque ressenti élevé, mais avec un risque réel faible ou nul. Il faut apprendre à choisir ses plaisirs, à les développer et à les raffiner.” (Le Monde 1995_09_14, au moment de la sortie de son livre “La Santé” Ed Flammarion).
6. Comment savoir si votre adolescent fume du cannabis : le blanc de son œil est injecté de sang ; l’argent de poche file à vive allure ;  la fenêtre de sa chambre est toujours ouverte ; il a de moins bonnes notes à l’école. Que faire ? Le dialogue. Il faut trois mois sans consommation pour mettre fin à la dépendance. (d’après Alexandra Echkenazi, Parisien, 2006_09_29)
La page “Parents et enfants” de La Croix (mercredi 29 septembre 1999) pose la question : “Que faire face aux mirages du shit ?” “Ne pas dramatiser. Ne pas banaliser.” Faire semblant de ne pas voir est la mauvaise solution. Le danger est le passage d’une consommation de type expérimental à une consommation régulière, trop souvent associée au tabac et à l’alcool. L’escalade vers d’autres drogues est rare (2 %).
Cannabis et Roaccutane. Ce dernier est un produit contre l’acné.  Ses effets secondaires peuvent être ravageurs : dépression, agressivité, voire tentatives de suicide.  Or de son côté le cannabis “détruit peu à peu la grille protectrice qui nous donne le sens du bien et du mal, le sens discriminatif. Et un adolescent peut alors commettre  un acte répréhensible sans avoir conscience d’avoir mal agi.”  On estime que 100.000 personnes sont traitées chaque année par le Roaccutane, principalement des adolescents. Sachant qu’un adolescent sur cinq consomme au moins une fois par mois du cannabis, il y aurait donc 20.000 ados consommateurs réguliers du cocktail “canna-Roac”.  “On nous propose de dépénaliser le cannabis. Ce qui serait logique vu les vertus médicinales de la plante. Eh bien dans ce cas, vendons-le en pharmacie ! Comme cela, on pourra aussi joindre une notice avec les effets secondaires et les contre-indications : à faire lire aux parents !” (D’après Paul Dupont, Principes de santé, le journal de la médecine naturelle, septembre 2011)

7. Maurice Tubiana, cancérologue et auteur de “L’Education et la Vie” (1999, Odile Jacob) propose une synthèse intéressante :
* “En fumant des joints, le jeune satisfait deux besoins :
– transgresser les limites pour trouver les siennes
– et s’identifier à ses pairs pour appartenir à une génération.”
* Les parents sont le mieux placés pour enseigner avec tendresse et fermeté des règles de vie, ce qui est bon ou mauvais, le respect de son corps et de celui des autres.
Ainsi formé dans le respect de lui-même et des autres, ayant confiance en lui, l’enfant sera plus fort devant les épreuves inévitables de la vie. Alors, malgré la tentation de faire “comme les autres”, il sera mieux armé pour faire face sans fuir la réalité dans la drogue. (…)
* “Nous sommes inégaux devant la drogue, tant sur le plan psychologique que sur le plan physiologique. De plus chaque enfant est soumis à l’influence de l’environnement, des copains, des bandes. A côté des règles enseignées avec amour, il faut surveiller les fréquentations de son enfant. Dans le contexte actuel cela demande courage et ténacité de la part des parents.” (…)
* “Quelques joints isolés n’auront pas de conséquence sur la santé de l’enfant. Mais ce n’est jamais anodin.et il est important que les parents ne fassent pas comme s’ils n’avaient rien vu, qu’ils en parlent avec lui et qu’ils expliquent les inconvénients.”
* En cas de consommation continue : “Il est capital de ne jamais couper les ponts” :
– parler avec l’enfant des raisons qui le poussent à cette consommation
– l’informer des risques qu’il prend par rapport à son avenir
– l’aider à trouver des occupations, des buts, acquérir la maîtrise de son corps et de son esprit, développer son ambition.
* “Penser que ses efforts, son travail ont un sens, un but, voilà ce qui stabilise l’adolescent.” (La croix, 29 septembre 1999)
Le rôle des parents est donc fondamental. Sabrina, 20 ans, en témoigne : “Jamais je ne remercierai assez mes parents de ne pas m’avoir lâchée quand je fumais “des bedo à gogo”. Pour oublier une contrariété ou tout simplement pour m’éclater. J’ai eu droit à tout, des engueulades, des discussions cool ou sévères, des privations d’argent de poche, des interdictions de sortie, etc. Mais au bout du compte (NDLR : trois ans et demi), je suis bien contente de pouvoir me passer de cette cochonnerie. Surtout, je me sens beaucoup plus forte que ceux qui continuent.”

8. Nicole Maestracci a publié “Les Drogues” (Que sais-je, PUF, 2005). Cette magistrate a présidé la MILDT de 1998 à 2002. Elle plaide pour une politique pragmatique et transparente. Une société sans drogues est un mythe : “Ne faut-il pas admettre que la recherche de drogues est, comme la recherche du bonheur ou la prescience de la mort, consubstantielle à l’homme ?” Dès lors il faut une “approche globale” traitant sur un plan unique toutes les substances psycho-actives. S’intéresser au comportement plus qu’au produit et distinguer l’usage, l’abus et la dépendance. Elle propose un “socle commun de connaissances sur les drogues transversal aux générations, aux milieux sociaux et aux cultures professionnelles”, et renouvelé régulièrement pour créer “un bruit de fond indispensable pour susciter une adhésion de la population aux mesures de prévention proposées.” Ce qu’elle avait fait avec son livret : “Drogues : savoir plus, risquer moins.” (6 millions d’exemplaires, éd. Seuil)  Dire la vérité des drogues pour en limiter les dangers. (d’après Cécile Prieur, le Monde  2005_02_22).

Roger et Alii
Retorica
(11.800 caractères)

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