19 MED soins palliatifs euthanasie 2015_03

1a. Roger (2014_08) : Depuis la loi Leonetti (2005) les choses n’ont guère évolué. La loi, mal connue, est mal appliquée. Des affaire récentes semblent avoir fait avancer la cause de l’euthanasie active. On parle de «  sédation terminale  » (voir ce mot sur Google). Il n’empêche. Chaque fois qu’un soupçon de meurtre est évoqué, c’est le procès d’assises et, sauf exception troublante, au minimum un verdict de «  cinq ans de prison avec sursis  ». Manière de dire  : «  Pour cette fois, cela va mais n’y revenez pas  ». Ce dossier de 1996 me semble garder toute son actualité. On y lira avec intérêt la position de l’Eglise catholique.
1b. Roger (2015_03) : Je donne la parole au site « Riposte catholique » (10 mars 2015) :
« Un lecteur, que nous remercions vivement,  Francis Nadizi, bon connaisseur des questions bioéthiques, nous a adressé la longue réflexion que voici et que la récente ouverture du débat sur la proposition de loi Claeys-Léonetti (qui, hélas, devrait ouvrir la voie à l’euthanasie active dans notre pays, dans un pseudo-consensus «  démocratique  ») rend d’une actualité brûlante. Des extraits de cette réflexion ont déjà paru dans la revue «  Eglise de Corse  ».
Maintenant et à l’heure de notre mort. (in prière «  Je Vous salue Marie  »). Par Francis Nadizi
« Le débat sur la fin de vie, régulièrement relancé par l’actualité,   est symptomatique du basculement des valeurs de notre société. Le débat est très fortement et médiatiquement orienté dans un sens unique  : conduire à la mort les personnes dont la guérison est jugée sans espoir, du moins dans l’état actuel des connaissances scientifiques et médicales.
« Que l’on ne s’y trompe pas. Un renforcement des lois érigeant l’euthanasie active comme une pratique médicale banalisée équivaut au retour de l’antique droit romain de vie ou de mort  (vitae necisque potestas),  c’est à dire le droit de disposer pleinement de la vie d’autrui.
La régression de la société y trouve un de ses achèvements, terme bien approprié à cette dérive.
« Il est indispensable de bien faire la distinction entre deux pratiques d’accompagnement des patients dont le pronostic vital peut paraitre limité. D’un côté les  soins palliatifs  et de l’autre l’euthanasie.
« D’abord théorisés et mis en pratique au Royaume Uni,  les soins palliatifs  ont le souci de considérer le patient dans sa globalité et dans toutes ses dimensions, y compris spirituelle. Il faut pallier à la douleur mais aussi à la détresse psychologique. La médecine palliative«  vise au maintien de la qualité de vie  », selon Cicely Saunders, conceptrice de cette spécialité et y ayant consacré toute sa vie. L’euthanasie  se place dans un tout autre registre puisqu’on décide de «  faire mourir  » des patients dont l’état est jugé irréversible et la conscience considérée comme inexistante. L’irréversibilité de l’acte ne manque pas de poser un certain nombre de questions particulièrement chez les patients considérés en  EVC  (Etat  Végétatif  Chronique), c’est-à-dire en coma dépassé et en état de mort cérébrale.
« Chaque année, on signale des cas de réveils de personnes en EVC depuis des semaines, des mois voire des années et jusqu’alors considérées en état de mort cérébrale, c’est à dire incapables de réfléchir ou d’avoir la moindre lueur de conscience de leur environnement, selon   les critères actuels de la science. Or, ces personnes relatent les conversations qu’elles percevaient autour d’elles y compris celles concernant l’opportunité de leur maintien en vie. Elles avaient donc conscience de leur environnement, contredisant ainsi toutes les données scientifiques.
« Mais alors si le cerveau est considéré par la science comme définitivement «  éteint  » où se situe donc la conscience qui, en l’occurrence,   pourrait être définie comme la capacité à percevoir et à comprendre sans l’apport des fonctions cérébrales  ? Cela signifie-t-il que des personnes pleinement conscientes mais incapables de manifester leur volonté ont été euthanasiées  ?
« Digressions ridicules et sans fondements scientifiques hurleront les partisans de l’euthanasie active, sauf que … Sauf que le Centre de Recherche du Cyclotron de l’Université de Liège a mené de nombreuses expériences avec des personnes en Etat Végétatif Chronique et donc en mort cérébrale. Il en ressort que 40% des patients diagnostiqués en mort cérébrale  «  ont conscience de leur environnement et d’eux-mêmes à des degrés divers  ». L’importance du pourcentage n’est plus une simple variable d’ajustement, ce sera une véritable hécatombe si l’euthanasie active est légalisée.
« Quelle est la position de l’Eglise sur les soins palliatifs et l’euthanasie  ?
« Les docteurs et les théologiens de l’Eglise mènent depuis longtemps une réflexion très approfondie sur la fin de vie au sein des différentes commissions ou organismes pontificaux. Les positions ecclésiales sont bien évidemment définies au regard constant du Magistère mais s’appuient aussi sur l’expertise de médecins et de spécialistes laïcs sollicités régulièrement par le Vatican.
L’Encyclique Evangelium Vitae,  publiée par  Jean Paul II  en 1995, abordent le thème de l’euthanasie mais aussi ceux des soins palliatifs et de l‘acharnement thérapeutique.
« Pour l’acharnement thérapeutique, il n’est pas contraire à la foi de  «  renoncer à des traitements qui ne procureraient qu’un sursis précaire et pénible de la vie, sans interrompre pourtant les soins normaux dus au malade en pareil cas  ».  Cela signifie que les thérapies doivent être proportionnées à la situation réelle d’un patient dont l’état est irréversible. L’Encyclique met en exergue les  soins palliatifs  en soulignant leur importance pour la dignité humaine, il suffit d’en citer un court extrait  :  «  Dans la médecine moderne, ce qu’on appelle les «  soins palliatifs  » prend une particulière importance  ;  ces soins sont destinés à rendre la souffrance plus supportable dans la phase finale de la maladie et à rendre possible en même temps pour le patient un accompagnement humain approprié … Pie XII avait déjà déclaré qu’il est licite de supprimer la douleur au moyen de narcotiques, même avec pour effet d’amoindrir la conscience et d’abréger la vie, «  s’il n’existe pas d’autres moyens, et si, dans les circonstances données, cela n’empêche pas l’accomplissement d’autres devoirs religieux et moraux … Dans ce cas, en effet, la mort n’est pas voulue ou recherchée, bien que pour des motifs raisonnables on en courre le risque  :  on  veut  simplement atténuer la douleur de manière efficace  en recourant aux analgésiques dont la médecine permet de disposer».
« Pour l’euthanasie, la position de l’Eglise est on ne peut plus claire et fermement annoncée par  Jean Paul II,  dans son encyclique  :  «  …en conformité avec le Magistère de mes Prédécesseurs et en communion avec les Evêques de l’Eglise catholique,  je confirme que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine. Cette doctrine est fondée sur la loi naturelle et sur la Parole de Dieu écrite  ; elle est transmise par la Tradition de l’Eglise et enseignée par le Magistère ordinaire et universel  ».
« Par ailleurs, de nombreux prélats français ont relayés l’enseignement de l’Eglise à travers des textes aux titres sans ambiguïtés. Un simple aperçu  :  «  Ni euthanasie, ni acharnement thérapeutique  »  , communiqué du 8 octobre 2003 de  Mgr Jean-Pierre Ricard, président de la Conférence des évêques de France, archevêque de Bordeaux  ;  «  Tuer en douceur ou la barbarie silencieuse, une nouvelle tentative pour légaliser l’euthanasie  »  par  Mgr Bernard Ginoux  pour le Bulletin Catholique n° 2 du diocèse de Montauban du 26 janvier 2011  ;  «  Autoriser l’euthanasie instaurerait un régime de peur  »  ,  Cardinal Barbarin, Le Figaro, jeudi 25 janvier 2011, et bien d‘autres encore.
« Ainsi, voilà l’Eglise pleinement dans sa mission, portant son message millénaire qui se rit des modes et des temps et qui n’a certainement pas à s’y adapter. Si pendant des décennies certains l’ont décriée comme conservatrice, voilà qu’aujourd’hui elle est devenue révolutionnaire. Mais pourquoi serait-elle donc révolutionnaire  ? Pour l’extraordinaire raison qu’elle rappelle à chacune et à chacun ce que sont les valeurs de la simple humanité. Ces valeurs d’humanité qui se résument à la compassion pour la vie et à son respect sous toutes ses formes et aux moyens que nous devons lui donner pour l’accueillir comme pour l’accompagner avec toute la douceur chrétienne vers sa fin.
« Mais voilà bien où le bât blesse. Parler de morale, de foi, de religion ou de valeurs chrétiennes dans le contexte français d’aujourd’hui c’est s’exposer à la vindicte des Fouquier-Tinville, des Saint Just (le mal nommé) et des Robespierre de salons. De ceux qui se reconnaissent dans cette terrible réflexion de  Bernard Cazeneuve  :  «  Évoquer les racines chrétiennes de la France, c’est faire une relecture historique frelatée qui a rendu la France peu à peu nauséeuse ».
C’est aussi donner corps à l’illuminisme messianique de  Vincent Peillon  quand il écrit  : «  Car toute l’opération consiste bien, avec la foi laïque, à changer la nature même de la religion, de Dieu, du Christ, et à terrasser définitivement l’Eglise  ».  (Une religion pour la République -Seuil, 2010).
« L’élimination de la dimension spirituelle et religieuse de l’être humain au profit d’une idéologie laïciste funeste (à ne pas confondre avec une laïcité équilibrée) encourage et favorise l’irrespect de la vie. C’est la consécration du darwinisme social et de l’eugénisme, même si on ne veut pas, ou du moins pas encore, employer clairement ces termes.
« C’est bien donc une déclaration de guerre en bonne et due forme contre une civilisation historiquement façonnée par le christianisme. Un choc frontal entre des valeurs humaines au service de la vie et des valeurs prétendument humanistes mais authentiquement mortifères. C’est le combat de la foi et de l’espérance qui donnent sa dimension à l’être humain et le projettent dans l’éternité contre une vision froide, matérialiste et déshumanisée. C’est la bataille pour la vie et elle est rude car elle contrevient à l’esprit du siècle.
« Un humanisme … aux relents nauséabonds. On peut légitimement se demander si la référence constante et intransigeante à «  l’humanisme  »  et aux  «  valeurs humanistes  »  ne dessine pas les contours d’une idéologie eugéniste de sinistre mémoire  ? On pourrait le penser tant les débats d’aujourd’hui nous renvoient aux heures les plus sombres de l’Histoire et à leurs écrits les plus épouvantables.
« En effet, dans l’Allemagne de la montée du nazisme, à coté des livres exaltant la supériorité des Aryens, un livre a succès écrit conjointement par un psychiatre et un juriste catégorisait les personnes qu’il fallait supprimer  : patients incurables, malades mentaux, faibles d’esprit, enfants retardés ou atteints d’une infimité. Ce livre s’intitulait  :  «  Le droit de détruire les vies qui ne valent pas le peine d’être vécues  ». Hitler ne s’en est pas privé. Sans même parler de la guerre et des camps de la mort, on peut   évoquer la mise en place de l’Aktion T4 visant à exterminer les malades mentaux et les handicapés.
« Mais, objectera-t-on, le nazisme était affaire de brutes barbares et incultes. Malheureusement non  ! Et il n’en est que plus coupable car l’élite nazie, généraux SS compris, était issue des meilleures universités allemandes, bardée de doctorats dans toutes les spécialités…même la philosophie humaniste. C’est dire s’il faut accueillir avec la plus extrême prudence les avis de certains partisans de l’euthanasie considérés comme de grands intellectuels ou scientifiques.
« Mais, objectera-ton encore, c’était un autre temps  ! Aujourd’hui toutes les précautions sont prises. Mais à l’époque aussi  !   puisque les auteurs suggéraient  «  l’élimination des malades incurables et des fous à la demande de leurs parents ou d’une commission composée de deux médecins et de deux juristes  ».  Rien de bien nouveau sous le soleil d’aujourd’hui. Et puis si on tue après concertation, on peut penser que dans la nouvelle religion humaniste et laïque concertation vaut absolution.
« Par ailleurs, la notion de  «  vie qui ne vaut pas la peine d’être vécue  »  s’installe insidieusement mais surement dans les esprits.   Qui peut dire qu’il ne l’a jamais entendue
« La bête immonde n’est donc pas terrassée. Protéiforme, elle reprend vie et ses idées nauséabondes sont remises au gout du jour par ceux-là même qui se qualifient d’humanistes.
«  L’Europe mettra-t-elle un terme à cette dérive  eugéniste  ? Pour l’instant la structure technocratique européenne observe et patiente. Elle renvoie la question de l’euthanasie à chacun de ses membres jusqu’au jour où une directive définira les pratiques de la «  bonne mort  ». On peut déjà entendre les idiots utiles crier à l’anti-européisme primaire et jurer qu’il n’y a pas plus démocratique que l’Europe. On peut quand même en douter quand on se réfère aux propos de  Jean Claude Junker, actuel président de la Commission Européenne, expliquant il y a quelques années à la presse allemande, comment fonctionne la technocratie européenne  :  «  Nous prenons les décisions, nous les mettons en pratique et nous attendons quelques temps pour voir ce qu’il se passe. S’il n’y a pas de hurlements et pas de révoltes, la majorité ne comprenant pas ce qui a été décidé, nous continuons au fur et à mesure  jusqu’à  ce qu’il n’y ait plus de retour possible  ». On peut encore entendre les idiots utiles jurer qu’il n’en sera pas de même pour l’euthanasie. Peuvent-ils jurer que les pays européens qui la légalisent ou la tolèrent ne demanderont pas un jour une harmonisation de la législation européenne  ? La résolution du 26 janvier 2011 de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe affirmant que l’euthanasie devrait toujours être interdite sera alors remisée aux oubliettes au prétexte de l’évolution des mœurs.
« Les prémices d’une éventuelle démarche allant dans ce sens sont déjà bien visibles. Aux Pays Bas, par exemple, les médecins ont le droit d’euthanasier les bébés de moins de 12 mois et les enfants à partir de douze ans. On aurait pu croire que leur inquiétude du moment pouvait concerner ce droit exorbitant de donner la mort à des enfants. Pas du tout  ! La demande de la très officielle Association néerlandaise de Pédiatrie est d’élargir ce droit pour combler le vide juridique entre un et douze ans. En somme, le droit de pouvoir tuer à tout âge.
« Autre exemple. La Lituanie, pays européen depuis 2004,  «  pourrait bien avoir besoin de l’euthanasie pour les pauvres qui ne peuvent se permettre d’avoir accès aux soins palliatifs  »  selon les propos de sa ministre de la Santé. Il est vrai que durant la dictature soviétique, elle était membre du parti communiste et donc peu sensible à la dimension religieuse et spirituelle de l’être humain.
« Gageons que l’actuel gouvernement français promoteur de la culture de mort ne manquera pas de déployer les stratégies, c’est-à-dire les ruses nécessaires, pour rendre l’euthanasie «  républicaine, laïque et obligatoire  », pour faire un trait d’humour noir. Gageons aussi que la France fera entrer l’euthanasie dans le Panthéon de ses  «  valeurs universelles de la République  »  à transmettre à l’Univers. Pauvres Vénusiens  ! Discours «  frelaté et nauséeux  », pour reprendre les propos de monsieur Cazeneuve et qui fait passer les dirigeants   français, champions des leçons de morale,   pour de parfaits imbéciles aux yeux du monde entier.
« Pour n’effrayer personne les choses doivent se faire graduellement et insidieusement. L’euthanasie n’est qu’une étape intermédiaire mais fondamentale d’une stratégie à long terme. L’enjeu est de «  déconstruire  », pour reprendre une expression chère aux socialistes, les valeurs fondées depuis des millénaires sur le christianisme. Selon  Vincent Peillon, il faut construire  «  l’homme nouveau  », expression révélatrice d’un certain état d’esprit car cela a toujours été le but des dictatures les plus sanglantes. Abattre le christianisme et anéantir la dimension spirituelle de l’être humain, c’est la continuité d’une volonté haineuse et opiniâtre irriguée par les fleuves de sang qui ont pris leurs sources en 1789 et qui ne s‘est pas démentie depuis. Volonté publiquement exprimée par des hommes célèbres comme Clémenceau  quand il s’écrie  «  Rien ne se fera dans ce pays tant qu’on n’aura pas changé l’état d’esprit qui y a introduit l’autorité catholique  »  ou  René Viviani, ministre de Clémenceau et Président du Conseil en 1914 qui a le mérite d’annoncer l’objectif de l’école prétendument républicaine  :  «  …la neutralité scolaire n’a jamais été qu’un mensonge diplomatique et une tartuferie de circonstance … Nous n’avons jamais eu d’autre dessein que de faire une université antireligieuse, et antireligieuse d’une façon active, militante, belliqueuse». Leurs successeurs sont-ils en train de parachever l’ouvrage  ? »
1c. Roger (2015_03) :   J’ai lu avec beaucoup d’attention et d’intérêt cette longue contribution de Francis Nazidi. Je donne tout de suite ma position et je n’en parlerai plus. Euthanasie signifie la mort  bonne parce que douce ». C’est un emprunt (1771) au grec tardif selon Alain Rey. A mes yeux c’est un oxymore car souvent la mort est violente même quand elle se passe bien : l’arrachement du vouloir vivre à la forme corporelle n’est jamais une partie de plaisir même dans le cas de la sédation : on ne s’endort pas, on se réveille forcément de l’autre côté.  Car il y a un autre côté. Le bouddhisme et le taoïsme pensent que les renaissances sont possibles et que donc il faut aborder le passage (le bardo) en toute conscience, en toute lucidité pour s’orienter vers la claire Lumière. Il faut donc éliminer au maximum les souffrances physiques et morales. D’où le recours massif aux soins palliatifs et aux seuls soins palliatifs. Si la personne juge que le suicide assisté lui permet ce passage apaisé elle peut bien sûr y recourir. Mais sa mission sur terre était-elle vraiment achevée ? Ne va-t-on pas lui reprocher de l’avoir écourtée ? Je m’en tiens là sans approfondir ce que j’entends par « on ».
1d. Roger (2015_03) C’est un dossier monstrueux par la faute des médias et des polémistes qui s’abandonnent à leur passion tombant ainsi dans les trois poisons dénoncés par le bouddhisme : l’avidité, l’aversion et l’ignorance. Un seul remède : l’attention. Mais être attentif cela signifie s’intéresser sans passion (positive ou négative) aux diverses aspects de la question. Comme tous les ans je rencontre ce sujet assez creux en lui-même, je suis donc conduit à des approches diverses et complémentaires. Elles sont un peu fastidieuses.

2. Euthanasie : trois sujets

Les trois sujets portent volontairement sur le même thème et fournissent des éclairages complémentaires

SUJET I Le droit de vivre

1. J’ai la faiblesse de penser que c’est l’honneur d’une société que d’assumer, que de vouloir ce luxe pesant que représente la charge des incurables, des inutiles et des incapables ; et presque je mesurerais son degré de civilisation à la qualité de peine et de vigilance qu’elle s’impose par pur respect de la vie. Il est beau que l’on dispute avec acharnement, et comme si l’on tenait à lui, l’existence d’un être qui n’a objectivement aucun prix, et qui n’est même pas aimé de quelqu’un.

2. J’avoue que je suis un peu déconcerté quand je vois qu’on songe à faire intervenir dans les motifs allégués pour prolonger un être, l’utilité que cet être peut avoir pour sa famille ou pour son pays, quand je comprends que tout homme, demain, pourrait avoir à justifier son droit à la vie, à faire la preuve de sa dignité organique… J’avoue que je ne suis guère rassuré quand je lis sous la plume d’un Fabre-Luce, que « toute vie aliénée, déchue, dégradée, est une profanation » et que l’on sera, dans le futur, « amené à devenir de plus en plus difficile sur les conditions de la dignité humaine ». J’avoue que l’auteur, le brillant auteur de « La Mort a changé » me fait un peu peur (et pas seulement parce que je suis un septuagénaire) quand il écrit que « pour les nonagénaires, le médecin ne devrait être qu’un accoucheur de la mort prêt à saisir la première occasion favorable. »

3. J’avoue que j’éprouve du malaise à entendre proclamer « le droit du plus vivant sur le moins vivant », car ce droit ressemble un peu trop au droit du plus fort ou du plus apte.

4. Oui, j’avoue que je ne verrais pas sans répugnance et sans tristesse s’instituer une éthique sociale où la valeur de la moindre existence ayant cessé d’être infinie, on trouverait tout logique et tout naturel d’interrompre une perfusion salvatrice ou de ne pas réanimer un nouveau-né. J’avoue que je redouterais cette société trop rationnelle, trop réaliste, qu’on nous annonce ; cette société qui évaluerait mathématiquement le quantum de protection et de soins que mérite chaque individu, compte-tenu de son âge, de sa santé, de son standing vital, de son efficience sociale, de son aptitude à jouir de l’existence ; cette société où chacun ne recevrait que la portion congrue d’assistance médicale, où, après avoir prononcé la déchéance d’un homme, des experts consciencieux mais anonymes signeraient froidement le bon pour le néant, comme un fonctionnaire d’hôpital signe un bulletin de sortie (…)

5. Quand l’habitude sera prise d’éliminer les monstres, de moindres tares feraient figures de monstruosité. De la suppression de l’horrible à celle de l’indésirable, il n’y a qu’un pas. Quand on aurait pris l’habitude de raréfier les nonagénaires, les octogénaires seraient jugés fort décrépits, en attendant que ce fussent les septuagénaires… Peu à peu, la mentalité collective, l’optique sociale se modifierait. Toute déchéance, physique ou morale, entraînerait une réduction du droit de vivre.

6. Mais cette société nettoyée et assainie, (…) cette société sans déchets (…), je ne suis pas sûr qu’elle mériterait encore d’être appelée une société humaine.

Jean ROSTAND (1894-1977) « Le courrier d’un biologiste ».

a) Vous résumerez ce texte en 150 mots (+ ou – 10 %). Respectez l’équilibre des paragraphes. Indiquez le nombre de mots utilisés.
b) Expliquez les expressions suivantes :
– « faire la preuve de sa dignité organique »
– « un accoucheur de la mort »,
– « le bon pour le néant ».
c) Sous forme d’un développement composé vous direz, en justifiant votre opinion, si vous êtes d’accord pour interrompre « toute vie aliénée, déchue, dégradée”

3. SUJET II

1913. M. Thibault est très malade depuis un an. Son fils Antoine, brillant médecin, est pour l’heure fort inquiet pour un autre motif. La petite fille – deux ans – de son collègue le chirurgien Héquet souffre atrocement d’une otite mal soignée. Pour tout dire elle est perdue. Studler, un ami d’Antoine, lui suggère d’abréger les souffrances de l’enfant. Antoine refuse.

Le dialogue avait pris un ton si tranchant que Studler se tut quelques secondes.
– “Ces piqûres…” reprit-il enfin, “…je ne sais pas, moi… peut-être qu’en forçant la dose…”
Antoine coupa net :
– “Tais-toi donc !”
II était en proie à une violente irritation. Studler l’observait en silence.Les sourcils d’Antoine formaient un bourrelet presque rectiligne, les muscles de la face subissaient d’involontaires contractions qui tiraillaient la bouche, et, sur son masque osseux, la peau semblait par instant onduler, comme si des frémissements nerveux se fussent propagés entre cuir et chair.
Une minute passa.
– “Tais-toi”, répéta Antoine, moins brutalement. “Je te comprends. Ce désir d’en finir, nous le connaissons tous, mais ce n’est qu’une ten… tentation de débutant ! Avant tout, il y a une chose : le respect de la vie ! Parfaitement ! Le respect de la vie… Si tu était resté médecin, tu verrais les choses exactement comme nous les voyons tous. La nécessité de certaines lois… Une limite à notre pouvoir ! Sans quoi…”
– “La seule limite, quand on se sent un homme, c’est la conscience !”
– “Eh bien, justement, la conscience ! La conscience professionnelle… Mais réfléchis donc, malheureux ! Le jour où les médecins s’attribueraient le droit… D’ailleurs aucun médecin, entends-tu Isaac, aucun…”
– “Eh bien…”, s’écria Studler, d’une voix sifflante.
Mais Antoine l’interrompit : –    “Héquet s’est trouvé cent fois devant des cas aussi dou… douloureux, aussi dé… désespérés que celui-ci ! Pas une fois, il n’a lui-même, volontairement, mis un terme à… Jamais ! Ni Philip ! Ni Rigaud ! Ni Treuillard ! Ni aucun médecin digne de ce nom, tu m’entends ? Jamais !”
– “Eh bien”, jeta Studler, farouche, “vous êtes peut-être de grands pontifes, mais, pour moi, vous n’êtes que des jean-foutre !”
Il recula d’un pas et la lumière du plafonnier éclaira soudain son visage. On y lisait beaucoup plus de choses que dans ses paroles : non seulement un mépris révolté, mais une sorte de défi, presque une menace, et comme une secrète détermination.
“Bon”, pensa Antoine : “j’attendrai onze heures pour faire moi-même la piqûre.” Il ne répondit rien, haussa les épaules, rentra dans la chambre et s’assit.

Roger Martin du Gard (1881-1958) Les Thibault (1920-1939) suite romanesque en 8 parties 4° partie “La consultation”, chapitre 12 (1928).

Vous étudierez ce texte sous la forme d’un commentaire composé. Vous le construirez à votre guise. Vous pouvez, par exemple, vous attacher à montrer la violence du dialogue et le trouble profond d’Antoine en dépit de son assurance apparente.

SUJET III

Dans “Les Thibault” de Roger Martin du Gard, Antoine, le médecin, s’écrie à l’occasion d’un dilemme professionnel douloureux (voir texte du sujet II) : “Avant tout, il y a une chose, le respect de la vie.” Commentez puis discutez ou prolongez cette affirmation morale.

4. Trois sujets correction  (1996)

On rencontre quelquefois dans les copies de grosses difficultés de construction. Exemple  : un développement en deux points  : 1. l’euthanasie est-elle souhaitable ? 2. Est-elle dangereuse  ?
Or il n’y a qu’une seule question, la première  ou la seconde. La première  : «  L’euthanasie est-elle souhaitable  ?  »  Ensuite on construit en deux points  : 1. En quoi elle paraît souhaitable 2. En quoi elle ne l’est pas. C’est à l’intérieur de chacun de ces deux points que la question du danger / pas danger apparaîtra. Et naturellement les deux points débouchent sur deux conclusions partielles diamétralement opposées. La conclusion générale personnelle choisit une des options en la nuançant de réserves éventuelles.
Noter qu’on peut choisir la seconde question pour la construire elle aussi en deux points  : 1. Oui, elle est dangereuse 2. Non, elle ne l’est pas (ou l’inverse). Là aussi, les deux points débouchent sur deux conclusions partielles diamétralement opposées. La conclusion générale personnelle choisit une des options en la nuançant de réserves éventuelles.

SUJET I
a) (150 mots demandés pour 52 lignes, soit 2,88 mots par ligne. 6 paragraphes inégaux: 8, 15, 3, 15, 8, 3 lignes avec une anaphore constante « J’avoue que… » On peut l’omettre car la respecter, comme le fait la correction proposée, transforme l’inquiétude de l’auteur en véhémence. Eléments principaux du résumé :
1. L’honneur d’une société = accepter les handicapés, respecter la vie, se battre pour elle.
2. D’OÙ SURPRISE devant l’argument utilitaire
3. ET INQUIETUDE devant des propos : abréger des vies dégradées, médecin accoucheur de la mort. 4. DONC peur devant société trop rationnelle, calculant les paramètres, éliminant anonymement les personnes jugées inutiles. 5. CAR on étendrait le nombre des indésirables. 6. MAIS serait-ce encore une société humaine ?)

1. (23 mots demandés) Une société n’a de sens que si elle protège les handicapés les plus misérables pour les dé fendre contre la mort. (21 mots obtenus).
2. (43 mots) Cela me gêne que chacun prouve qu’il est utile et mérite de vivre. Cela me gêne qu’une vie diminuée devienne une vie indigne. Cela me gêne que les grands vieillards soient condamnés par leur médecin à une naissance inversée. (41 mots obtenus, omission de Fabre-Luce, ni guillemets, ni style indirect mais style indirect libre)
3. (9 mots) Ce serait tout réduire à un rapport de forces (9 mots obtenus).
4. (43 mots) Cela me gêne de voir une morale pragmatique fixer une limite à la vie pour interrompre des soins élémentaires. Cela me gêne qu’une société technicienne évalue le droit de vivre en fonction de paramètres largement utilitaires et dont l’application se ferait mécaniquement.(44 mots obtenus).
5. (23 mots) On commencerait par éliminer les plus hideux, les plus vieux puis on abaisserait progressivement le seul de l’âge. On admettrait ensuite d’autres restrictions à la vie. (28 mots obtenus)
6. (9 mots) Mais une société purifiée appartiendrait-elle encore à l’humanité ? (10 mots obtenus)
TOTAL : 153 mots.

b) – « faire la preuve de sa dignité organique » : 1. la dignité organique, c’est avoir des organes dignes, en bon état. 2. faire la preuve, c’est évidemment prouver, ici par une visite médicale. 3. Ce tour très abstrait signifie qu’une visite médicale permettra de prouver si l’individu mérite de vivre.
-. « accoucheur de la mort » 1. l’accoucheur est un médecin qui aide l’enfant à naître, ici il aidera le vieillard à mourir. 2. l’expression est surprenante et construite sur une antithèse ; elle crée un paradoxe qui se justifie quand on songe à l’expression : « retomber en enfance » pour les vieillards amoindris.
-. « bon pour le néant » 1. le néant est une situation où il n’y a rien, c’est l’au-delà de la mort pour les incroyants. 2. « un bon » : c’est un ordre écrit de livraison (« bon de commande », « bon d’achat ») 3.l’expression est un euphémisme pour désigner une condamnation à mort froidement anonyme.

c) Etes-vous d’accord pour interrompre « toute vie aliénée, déchue, dégradée »

Introduction. »Aliéné » : devenu étranger à soi (fou), « déchu » : totalement tombé, « dégradé » : descendu par degré physiquement (grands handicapés moteurs) ou moralement (débiles profonds) Pour eux l’euthanasie , « la mort heureuse »
1. Raisons qui plaideraient en faveur de cette solution.
1.1 problèmes médicaux et coûts : 50 % du budget de la Sécurité Sociale va à 4 % des assurés en fin de vie.
1.2    refus de l’acharnement thérapeutique : économie d’argent, pitié devant les souffrances, par philosophie (on doit mourir, apprendre à le faire)
1.3    la souffrance aiguë d’autrui est intolérable et nous gêne (voir P. Boulle « Histoires perfides »).
1.4 d’ailleurs les soins palliatifs aident déjà les mourants à franchir le pas. D’excellentes raisons : économie, pitié, confort, plaiden en faveur de l’euthanasie
2. Mais le problème est plus complexe.
2.1    légiférer pour admettre l’euthanasie c’est ouvrir la porte au crime.
2.2    On comprend la pratique mais il faut toujours pouvoir en répondre devant les tribunaux. Or l’intéressé(e) a disparu et ne peut plus défendre l’accusé(e) (voir B.Clavel « Le tambour du bief »).
2.3    actuellement les « soins palliatifs » (de la douleur) visent à faciliter le passage. Vaut-il mieux mourir consciemment ou inconsciemment ? Ceci dépend de la vision qu’on a du passage. Association pour le droit à mourir dans la dignité.(ex: pb des comateux qui entendent tout…)

2.4 Position nuancée du catéchisme de l’Eglise catholique : (Editions Mame, 1992, p. 466, rédigé en français)
«  2277. Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes. Elle est moralement irrecevable.
Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou sans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on peut àtre tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, toujours à proscrire et à exclure.
2278. La cessation des procédures médicales onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus, peut être légitime. On ne veut pas ainsi donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l’empêcher. Les décisions doivent être prises par le patient s’il en a la compétence et la capacité ou sinon par les ayants droit légaux, en respectant toujours la volonté raisonnable et les intérêts légitimes du patient.
2279. Même si la mort est considérée comme imminente, les soins extraordinaires donnés à une personne malade ne peuvent être légitimement interrompus. L’usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d’abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n’est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être encouragés.  »

Donc ne pas légiférer, soulager les souffrances pour sauvegarder la lucidité et la dignité humaine.

Conclusion .Les progrès et les coûts de la médecine mènent à poser la question : qui sauver, qui laisser mourir ? D’où débat complexe (cf position Eglise catholique). Ne pas légiférer (craintes de J. Rostand) mais agir dans le double souci : soulager les souffrances (physiques et morales), sauvegarder la dignité.

Développement d’un § de démonstration : 2.1    Evoquons une première raison à l’aide d’un exemple./ Dans « Les Thibault » de Martin du Gard, Antoine, le médecin, refuse d’abréger les jours d’une petite fille qu’il ne peut sauver. Il invoque la conscience professionnelle./Il sait, et c’est aussi la crainte de Jean Rostand, que la frontière est difficile à tracer. Des familles indignes peuvent vouloir abréger les souffrances d’un proche afin d’en hériter plus rapidement./Admettre l’euthanasie c’est ouvrir la porte au crime. (10+29+35+10=84 mots)..

5. SUJET III Dans « Les Thibault » de Roger Martin du Gard, Antoine le médecin s’écrie : « Avant tout, il y a une chose, le respect de la vie ». Approuvez-vous entièrement sa position  ?

Introduction. «  Avant tout, il y a une chose, le respect de la vie  ». C’est une belle phrase qui paraît évidente.Mais pour la commenter il faut la replacer dans son contexte avant d’en étudier les prolongements.
1. Examinons le contexte dans lequel Antoine est amené à prononcer cette phrase.
1.1 Antoine et Studler assistent aux dernières heures d’une petite fille qui va mourir et souffre atrocement. Studler propose de forcer la dose des piqûres. Antoine refuse : «  Avant tout, il y a une chose : le respect de la vie ! Parfaitement ! Le respect de la vie  ». Le «  parfaitement  » répond certainement à une mimique indignée de Studler. On la comprend facilement : souffrir aussi atrocement, est-ce encore une vie? Antoine est d’accord pour soulager les souffrances mais il refuse d’aller plus loin.
1.2    Il invoque également la conscience professionnelle et l’exemple de ses maîtres et de ses confrères.Ils ont prononcé le serment d’Hippocrate qui protège toute vie. Ceci pour mettre le médecin à l’abri des tentations et des pressions : des familles peu scrupuleuses peuvent vouloir abréger la vie d’un proche très malade pour en hériter plus vite.
1.3 Antoine a reçu une éducation catholique mais il est devenu athée. Il ne se réfère donc pas à la morale chrétienne. On peut penser qu’il en reste profondément imprégné. Son «  respecter la vie  » rejoint le «  Tu ne tueras point  » biblique. Celui-ci se justifie par l’idée que «  Dieu fit l’homme à son image et à sa ressemblance  » : l’être humain est une parcelle de la divinité, c’est pourquoi il doit être respecté. (cf analyses de Lévinas : je me respecte en respectant l’Autre)
1.4 Le respect de la vie s’impose donc en toutes circonstances : on peut soulager les souffrances mais on ne peut abréger la vie, soit parce qu’elle est d’origine divine soit parce que ce serait ouvrir la porte à tous les abus.

2. En fait la porte est déjà ouverte : songeons simplement aux guerres auxquelles l’humanité renonce difficilement. Et aussi parce l’application de ce principe pose des problèmes très délicats.
2.1 On tue pour assurer la vie à un niveau supérieur : la guerre pour se défendre collectivement, la légitime défense quand on se pense menacé.
2.2    L’équilibre des espèces montre qu’il y a des hiérarchies dans la vie (carnassiers) ; la médecine a les moyens aujourd’hui d’éviter l’apparition de vies diminuées (avortement thérapeutique pour la rubéole, risques de mongolisme…).
2.3 La vie n’est pas toujours respectée. Quand on le fait pas c’est au nom d’un respect supérieur de la vie.
3. Il faut tenter de surmonter les contradictions mais sans prétendre y parvenir.
3.1On sait bien que la guerre ne résoud rien. Le problème est de prévoir les conflits et de négocier pour les prévenir. La légitime défense ne donne pas tous les droits : elle doit être proportionnée au danger réellement couru.
3.2    L’euthanasie ne peut être légalisée mais on commence à refuser l’acharnement thérapeutique au nom du droit à mourir dans la dignité. On pratique les soins palliatifs (avec les opiacés). On renonce aux traitements éthologiques pour s’en tenir à des traitements symptomatiques qui peuvent aller jusqu’au cocktail lythique (qui dénoue la vie). Problème : mourir en pleine conscience ou inconsciemment ? (dépend de notre perception de l’au-delà).
3.3 La vie commence avant la naissance : l’avortement est toujours un échec, Avortement thérapeutique : danger l’eugénisme. On ne supporte plus les handicapés. Au nom de quoi ? Alors que tout le monde deviendra handicapé (soit par accident : 50.000 par an) soit en vieillissant (risque de maladie d’Alzheimer).
3.4 Le respect de la vie repose sur la réduction de la souffrance physique et morale et le respect de la dignité humaine en songeant que c’est pour nous-mêmes que nous luttons.
Conclusion. Respecter la vie des autres sous toutes ses formes c’est les inciter à respecter la mienne. Une société vit en ce domaine de nombreuses contradictions et c’est normal : «  Polémos (le conflit) est père de toutes choses  » dit Héraclite. Nous devons constamment faire des choix et quelquefois ils sont très douloureux. Une certitude : une société sans morale se décompose et met en péril tout le monde (cf conflit de l’ex-Yougoslavie). Deux principes : réduire la souffrance physique et morale, respecter la vie humaine. En résumé «  Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse  » (règle d’or universelle qui permet de juger une civilisation).

6. SUJET II Vous étudierez ce texte sous la forme d’un commentaire composé. Vous le contruirez à votre guise. Vous pouvez, par exemple, vous attacher à montrer la violence du dialogue et le trouble profond d’Antoine.

Introduction. Antoine Thibault, le médecin, et Isaac Studler son ami, qui est interne, assistent, impuissants à l’agonie d’une petite fille.Studler suggère d’abréger ses souffrances. Antoine refuse. Nous examinerons la violence du dialogue et le trouble profond d’Antoine.

1. Examinons d’abord la violence du dialogue.
1.1    Ce dialogue n’est qu’un fragment, une étape dans un échange dramatique : le narrateur écrit «  Le dialogue avait pris un ton si tranchant que Studler se tut quelques secondes  » Studler le reprend en hésitant, en suggérant et Antoine le coupe «  net  » :  «  Tais-toi donc !  » Cette réplique exclamative au style direct en annonce beaucoup d’autres du même type. La violence est plutôt du côté de Studler qui a une «  voix sifflante  » et qui «  jet(te)… d’une voix «  farouche  » sa dernière réplique. Il change de registre : «  les grands pontifes  » (les grands médecins, argot médical) ne sont pour lui que des  «  jean-foutre  » (familier et vulgaire : des lâches).
1.2    Il faut remarquer la progression : Studler suggère l’euthanasie à mots couverts. Antoine le coupe net, le narrateur le montre irrité. «  Une minute  » se passe (c’est long, c’est éprouvant le silence d’une minute !) et Antoine relance la discussion «  moins brutalement  » en justifiant son refus : le respect de la vie, la conscience professionnelle, l’exemple des maîtres et des confrères. Ces arguments ne font qu’irriter davantage Studler.
1.3    La violence change donc de côté. Studler parle peu: deux lignes à chaque fois. Mais chacune de ses interventions déclenche une longue réaction chez Antoine. La violence de Studler se traduit deux fois, en deux jugements définitifs : «  La seule limite, quand on se sent un homme, c’est la conscience  !  » et surtout l’insulte finale.
1.4    Or le visage de Studler est encore plus parlant : «  non seulement un mépris révolté, mais une sorte de défi, presque une menace, et comme une secrète détermination  » Studler est manifestement prêt à intervenir lui-même. C’est pourquoi Antoine décide de ne pas le laisser faire la piqûre de onze heures : il forcerait la dose comme il le proposait au début du dialogue. Ce dialogue est violent par ses propos, par le fait que la violence change de camp et que chez Studler il se traduit par la volonté de mettre fin aux souffrances de la petite fille.

2. Ce qui est étonnant c’est le trouble manifesté par Antoine tout au long de ce dialogue dramatique.
2.1    Il ne laisse pas Studler achever sa proposition car il y a déjà pensé et son combat intérieur est marqué physiquement par le bourrelet  «  presque rectiligne  » des sourcils, les «  involontaires contractions  » les «  frémissements nerveux  »sous la peau. Le narrateur s’arrête sur ces détails et les précise symboliquement par l’expression curieuse «  entre cuir et chair  » (cuir la dureté apparente, chair la sensibilité réelle). Ce qui prépare les hésitations des répliques.
2.2    Antoine parle beaucoup, en cherchant ses mots, d’où l’abondance des points de suspension. Il évite soigneusement le mot «  euthanasie  » comme s’il lui écorchait la bouche car en fait il pense «  meurtre» Il bute sur trois mots significatifs :  «  tentation », « douloureux », «  désespérés  ». Il évoque des notions généreuses et vagues «  respect de la vi  » », «  conscience professionnelle  » mais il est surtout précis pour en appeler à la corporation dont ne semble plus faire plus partie Studler. Il évoque non des arguments mais des médecins qu’ils connaissent bien l’un et l’autre et d’abord Héquet, le père de la petite fille.
2.3    Toute son argumentation repose sur la notion de limite à ne pas dépasser sinon un abîme s’ouvrirait. Si le médecin s’autorise à interrompre la vie une seule fois il devient indigne du serment d’Hippocrate («  aucun médecin digne de ce nom  ») et il s’ouvre des perspectives dangereuses car il tuera par pitié, parce qu’il ne supporte pas la douleur: c’est une tentation de «  débutant »ou de quelqu’un qui n’étant pas médecin n’a rien à perdre.
2.4    Plus il parle moins il convainc Studler et il le sent. Ses explications l’ont épuisé mais calmé. Le narrateur note qu’il ne répond pas à l’insulte : sa seule réponse est intérieure, c’est une décision pratique pour empêcher Studler d’agit. «  ll haussa les épaules, rentra dans la chambre, et s’assit  ». Il s’est convaincu lui- même. C’est pour lui l’essentiel. Antoine reste donc ferme sur ses principes mais c’est avec un grand trouble de conscience. Il s’est trop expliqué, il s’est trop réfugié derrière l’autorité du corps médical et ses arguments ont paru bien pauvres à Studler.

Conclusion. Ce dialogue résume d’une manière dramatique le problème de l’euthanasie. La petite est perdue, les piqûres ne font que prolonger ses souffrances. Il suffirait de forcer la dose… Solution facile, honteuse, humaine. Antoine ne peut y opposer que trois arguments : le respect de la vie, le conscience professionnelle, l’exemple des confrères. Or ces arguments non seulement révoltent Studler mais laissent Antoine profondément troublé. Seule certitude : l’un est prêt à faire la piqûre et l’autre la refuse.
La suite du récit montre que Studler abrège les souffrances de la petite fille. Plus tard Antoine en fera de même pour son père (voir 6° partie «  La mort du père  ») . Lui- même, revenu gazé de la guerre de 1914-1918, préfèrera mettre fin à ses jours. Ceci montre clairement de quel côté penchait l’écrivain Roger Martin du Gard. En ce sens le trouble d’Antoine amorce son évolution future.

7. Opinions sur l’euthanasie (1994)

L’euthanasie est un excellent sujet pour étudier les opinions car notre propre mort est le sujet qui nous est le plus proche, même si nous avons du mal à en convenir. Il faudrait actualiser cette étude rédigée en 1994. Dix ans après, donc en 2004, des faits-divers douloureux ont relancé le débat. Même remarque en 2014… soit vingt ans plus tard  !
Comment passe-t-on des opinions individuelles à l’opinion publique (définie par des sondages) et comment repasse-t-on de cette opinion publique aux opinions individuelles ?

A. Passer des opinions individuelles à l’opinion publique Spontanément nous avons des opinions un peu floues sur le sujet. L’intérêt des sondages c’est de proposer une grille de réflexion. L’inconvénient c’est qu’il suffit d’une nuance minime dans une formulation pour orienter les réponses dans le sens souhaité plus ou pooint consciemment par le concepteur du sondage.
Sondage 1987. En 1987 un sondage SOFRES-France-Soir était réalisé sur l’euthanasie. Il portait sur un échantillon de 1000 personnes représentatives de l’ensemble de la population âgée de 18 ans et plus. Il avait été réalisé sur une semaine (du 7 au 12 novembre) selon la méthode des quotas : sexe, âge, profession du chef de famille, parti politique, stratification par région et catégorie d’agglomération. Il était donc fiable à ± 3 % comme le sont les sondages sérieux. Trois questions  principales étaient posées :
1°. En cas de maladie grave et incurable s’accompagnant d’une souffrance insurmontable, seriez-vous favorable ou opposé à ce que soit reconnu au malade le droit d’être aidé à mourir à sa demande ?
Favorable 85 %
Opposé 11 %
Sans opinion 4 %
2° Pour un malade devenu incapable de manifester sa volonté et qui aurait exprimé au préalable par écrit son désir que l’on ne prolonge pas sa vie dans de telles conditions, que doit-on faire ?
Il faut respecter son désir de mourir comme il l’a demande, de façon libre et réfléchie : 79 %
On ne peut pas exécuter la volonté d’un malade qui n’est plus en mesure de confirmer son accord :15 %
Sans opinion     5 %

3° Actuellement les personnes qui ont aidé à mourir à sa demande un malade atteint d’une maladie grave et incurable s’accompagnant d’une souffrance insurmontable sont passibles de poursuites judiciaires : personnellement, seriez-vous favorable ou opposé à ce que l’on modifie le Code pénal pour mettre fin à ces risques de poursuites judiciaires ?
Favorable    75 %
Opposé 15 %
Sans opinion 9 %.
On peut donc dire que l’opinion publique refuse l’acharnement thérapeutique et admet l’euthanasie passive et active mais sans que le sondage lui donne les moyens d’exprimer ses réserves. Elle le fait tout de même à travers les 9 % de sans opinion qui sentent que mettre fin aux risques de poursuites judiciaires peut mener à des abus.

Sondage 1989. C’est pourquoi un autre sondage, cette fois du Figaro-SOFRES de 1989, fait probablement dans les mêmes conditions de sérieux, affine les réponses :
Pour vous, en cas de souffrances ou de maladie irréversible, envisageriez-vous l’euthanasie médicale ? Seuls 41 % répondent certainement, d’une manière ferme. 21 % disent : probablement. 8 % sans doute (on voit mal ce que signifie cette réponse), 8 % sans opinion et 22 % certainement pas.
Les 22 % qui refusent l’euthanasie le font soit pour des raisons religieuses soit par peur d’une “exécution” sournoise programmée par leurs proches. 62 % (41 % + 21 %) sont intellectuellement favorables à l’euthanasie, ce qui rejoint les chiffres évoqués plus haut. Mais seuls 41 % sont prêts à s’engager personnellement et fermement dans la procédure.
Dans d’autres pays (Europe, Amérique du Nord) les résultats sont très variables. Le refus de l’euthanasie est le plus net en Irlande (plus de 60 %), en Pologne (plus de 70 %), dans les pays de l’Est (environ 50 %)  et au Portugal (presque 60 %), quelquefois pays de forte tradition catholique. Il est le plus faible aux Pays-Bas (presque 20 %). D’après ce sondage la France se situe à presque 30 % d’opposants. Les chiffres globaux sont les suivants
1. jamais justifiée
2. parfois justifiée
3. souvent justifiée
4. très souvent justifiée
5. acceptable en  toute circonstances (comprendre : totalement acceptable en cas de besoin, souffrances intolérables pour le malade et ses proches…. Voir à ce sujet une “nouvelle perfide” de Pierre Boulle. La malade souffre atrocement mais elle est muette : vertueux son entourage est contre l’euthanasie. Mais voici qu’elle recouvre la parole. Ses plaintes et ses cris sont rapidement insupportables et l’entourage abrège rapidement ses souffrances et les siennes !)
Europe de l’Ouest
1. 32,2
2. 13,6
3. 4,2
4. 17,3
5. 12,8
Europe du Nord
1. 29,3
2. 12,7
3. 19,2
4. 20,1
5. 18,7
Europe de l’Est
1. 58,6
2. 10,0
3. 4,7
4. 7,5
5. 9,1
Europe du Sud
1. 49,4
2. 11,4
3. 18,7
4. 11
5. 9,4

EUROPE            `
1. 42,3
2. 12,5
3. 19,9
4. 12,9
5. 12,3
ETATS-UNIS  et CANADA
1. 36,4
2. 13,5
3. 27,4
4. 14,7
5. 8,0
Cette fois le questionnaire permettait l’expression d’opinions nuancées. Même si l’euthanasie paraît plus largement admise en Europe de l’Ouest et du Nord ainsi qu’en Amérique du Nord, les partisans inconditionnels de l’euthanasie (“acceptable en toute circonstance”) restent largement minoritaires.
L’opinion publique est de plus sensibilisée au problème. Et d’abord par la télévision. Le 20 octobre 1994 la télévision publique néerlandaise présentait un reportage au cours duquel le processus de la “mort douce” était suivi du début à la fin. Le patient, Cees Van Wendel, était un homme atteint, dans la force de l’âge, d’une forme aiguë de myopathie. Du fond de sa chaise roulante, le malade paralysé, dont l’élocution devenait de plus en plus incompréhensible, aidé d’un ordinateur de bureau et d’un tableau des lettres de l’alphabet avait demandé et obtenu le recours à l’euthanasie active. Il avait accepté la présence d’une caméra et c’est ainsi que les spectateurs assistèrent à la dégradation rapide de son état de santé, aux questions que lui posait – et se posait – son médecin et finalement à l’injection d’une potion létale, le soir de son anniversaire. Ils purent assister aux démarches effectuées par le médecin : s’assurer de la volonté ferme de son patient, vérifier près d’un neurologue que la maladie était incurable à court terme, consulter un autre confrère, consulter un pharmacien pour préparer une solution à la fois mortelle et sans douleur. Lorsque le patient apprit qu’il répondait aux critères légaux, il s’écria, la voix étranglée par le relâchement des muscles : “J’ai réussi mon examen.” On vit l’émotion du médecin au moment de l’injection finale.  Son patient : “s’est alors retiré en compagnie de son épouse qui l’a déshabillé et aidé à se coucher sur son lit. Le geste lent mais décidé, le docteur Van Oyen a procédé à deux injections : un somnifère d’abord, puis quelques minutes plus tard, la potion létale. Cees s’en est doucement allé “vers la Voie lactée et la Grande Ourse”. Antoinette, son épouse, lui a tenu la main et s’est retournée vers le médecin : “ C’est bien comme ça, n’est-ce pas ?” Cees a quitté ce monde de douleurs; Conformément à la loi, son médecin n’a pas été poursuivi en justice.” (Alain Franco, Le Monde du 22 octobre 1994)
Il est clair que cette fin heureuse a de quoi faire réfléchir le public et l’inciter à s’informer davantage. Notamment par Internet. Les militants canadiens du droit à l’euthanasie ont créé DethNet, serveur consacré à “tous les aspects juridiques, moraux, médicaux, historiques et culturels de la mort.” Le réseau est au centre d’une polémique  importante autour du “suicide assisté” : des adolescents pouvaient obtenir par Internet un mode d’emploi pour le suicide ! Mais surtout on y trouve les formulaires officiels de “directives anticipées”, valable dans les cinquante Etats américains, et qui indiquent à quel moment les traitements doivent être abandonnés. Le site donne même des conseils, Etat par Etat, Ainsi, au Texas, on encourage les citoyens à préciser les traitements qu’ils ne souhaitent pas subir (défibrillation, médicaments de choc, appareils de réanimation etc.) si leur décès semble inéluctable. On explique aussi qu’un mourant peut réclamer des médicaments anti-douleur “même s’ils doivent précipiter [sa] mort”. (Michel Arseneault, Le Monde de 15 et 16 septembre 1996).

8. B. Passer de l’opinion publique aux opinions individuelles Lorsque nous lisons le résultat d’un sondage nous avons tendance à nous situer par rapport à ses résultats mais notre opinion est influencée par l’opinion majoritaire. Je me souviens d’un Américain, blanc, âge moyen, qui disait sa frustation quand il répondait aux sondages. Il aurait voulu qu’on lui donne déjà les résultats afin qu’il puisse voter comme la majorité.
Ce simple fait peut plonger un groupe dans un abîme de réflexions. Je n’ai pas eu l’occasion de le faire sous cette forme. Mais j’imagine très bien un débat oral et silencieux (avec quarts-de-feuille a6).
Une manière simple de faire un sondage en classe sur a6 est de poser deux questions complémentaires une générale et une personnelle. Exemple  :
1° question. Les jeunes sont-il globalement heureux en famille ? 6 réponses psssibles tf (très faible, pas du tout), fa (faible, non), mé (médiocre, plutôt pas), ab (assez bien, plutôt oui), bi (bien, oui) tb (très bien, tout-à-fait)
2° question. Et vous, êtes-vous heureux dans votre famille ? 6 réponses possibles.
Sondage anonyme.
Le dépouillement se fait sur un tableau à double entrée (horizontal : 1° question,  vertical : 2° question). On arrive ainsi à quatre zones :
OK / OK = je pense que les jeunes sont heureux en famille et moi je le suis
pas OK /OK = je pense que les jeunes ne sont pas heureux en famille mais moi je le suis (position majoritaire dans les années 70 dans mes classes)
OK / pas OK = je pense que que les jeunes sont heureux en famille mais moi je ne le suis pas. Grande souffrance qu’on devine.
pas OK / pas OK = personne n’est heureux en famille, ni les autres, ni moi.
Débat sur le tableau.
Sur la technique elle-même voir 06 EDU évaluation des attitudes d’un groupe.

9. Les sondages en 2013. L’opinion a beaucoup évolué puisque «  92 % des Français  » seraient «  favorables à l’euthanasie.  » (Libération, 1er novembre 2013). « 92% des Français sont favorables à l’euthanasie pour les personnes qui en font la demande et qui souffrent de «maladies insupportables et incurables», selon un sondage Ifop publié vendredi par l’association pro-euthanasie ADMD [Association pour le droit de mourir dans la dignité]. Ce baromètre a été réalisé en ligne par l’Ifop auprès d’un échantillon représentatif de 1  004 personnes (méthode des quotas) du 29 au 31 octobre. A la question, «selon vous la loi française devrait-elle autoriser les médecins à mettre fin, sans souffrance, à la vie de ces personnes atteintes de maladies insupportables et incurables si elles le demandent ?», 44% répondent «oui absolument» et 48% répondent «oui dans certain cas» soit un total de 92% de réponses positives. (…) L’association anti-euthanasie Alliance Vita dénonce de son côté «la récupération du jour des défunts par les promoteurs de l’euthanasie» alors que le 2 novembre a été baptisé par l’ADMD «journée mondiale pour le droit à mourir dans la dignité»
.    «  Le président François Hollande avait promis en juillet après la publication d’un avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur la fin de vie, un débat public sur la question, avant un possible projet de loi d’ici la fin de l’année. «Au terme de ce débat il y aura, sans doute à la fin de l’année, un projet de loi» qui «complètera, améliorera la loi Leonetti (sur la fin de vie, ndlr)», avait dit le chef de l’Etat, qui avait annoncé un projet de loi sur ce sujet sensible lors de la campagne présidentielle mais sans utiliser le terme euthanasie. Dans sa proposition 21 de candidat à la présidence, M. Hollande disait: «Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité».  » (Libération 1er novembre 2013). Des professionnels de santé sont moins affirmatifs que l’ADMD   et les sondages: les malades en fin de vie demandent surtout qu’on allège leurs souffrances mais ils sont pour la plupart attachés à la vie.

Roger et Alii
Retorica
(8.970 mots, 54.900 caractères)
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