20 NAT animaux – fonctions sociales – 1990 *

Cette synthèse sur les fonctions sociales des animaux a été donnée dans les années 1990. Elle reste d’une brûlante actualité. Qu’on songe à Zoopolis.

(*) : le dossier complet (textes et tableau à double entrée) est disponible. Me le demander. Roger

 

SUJET II BTS fonctions sociales des animaux familiers (correction s.g.d.g)

 

Code : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

  1. Introduction. Quatre documents analysent les fonctions sociale des animaux familiers: l’un est dû à Jean Cazenave (« La vie dans la société moderne » 1982, doc 1), un autre à Paul Yonnet (« Jeux, modes et masses » 1985, doc 2), un troisième à Paul Valadier (« Chiens et chats, nos enfants », journal « Ouest- France » septembre 1986, doc 3), le dernier enfinà Serge Bahuchet (article « Animal » de l’Encyclopedia Universalis, doc 4). Ils sont complétés par un dessin de Sempé(« Sauve qui peut la vie »1966,doc 5) et deux autres de Chaval (« L’animalier » 1970, doc 6). Ces documents nous conduisent à nous poser trois questions : Qui aime les bêtes ? pourquoi aimer les bêtes ? Quelle signification profonde peut revêtir cet amour ?

 

   1.0 Et d’abord, qui aime les bêtes ?

1.1 Commençons par une remarque préliminaire. Yonnet relève l’abondante littérature sur le dressage des animaux : il recense 232 ouvrages contre 85 pour le tennis et 158 pour le football. Valadier note de son côté le développement important de la médecine vétérinaire, des ouvrages, des produits et de la publicité en ce domaine. Tout ceci incite à savoir qui aime les bêtes.

1.2 Cazeneuve donne des chiffres. Il en résulte globalement qu’un employé ou un ouvrier sur deux, un cadre ou un retraité sur quatre possèdent un chat ou un chien. Yonnet donne un portrait robot de leur propriétaire : une femme seule, 45 ans et cadre moyen.

1.3 Mais ce portrait se brouille aussitôt : Cazeneuve note que le succès de la revue « 30 millions d’amis » traduit bien une solidarité d’intérêt mais pour Yonnet ceci ne permet de privilégier aucune catégorie socio-professionnelle. Ce que semblent confirmer les personnages de Sempé et de Chaval : classe moyenne pour deux dessins et mendiant pour le troisième. D’ailleurs Yonnet (qui donne pourtant le portrait robot !) évoque la fiabilité douteuse des catégories sociométriques.

1.4 Sont-ce les solitaires qui aiment les animaux ? le mendiant de Chaval n’a que son chien à aimer mais Yonnet parle d’une sentiment fort et faux de lutte contre la solitude. Pour Cazenave, l’amitié, la fidélité animale constituent un ancrage de l’identité. L’animal est loin de combler la solitude note Valadier puisque les personnes seules ont proportionnellement moins d’animaux que les foyers, 10 % contre 15 % des familles précise Yonnet. L’un et l’autre remarquent que les bêtes sont de médiocres médiateurs sociaux : dans la rue on s’éloigne du maître du chien et il faut sortir l’animal quand la rue est déserte.

1.9 Ainsi, contrairement à une opinion largement répandue, les animaux ne sont pas un remède à la solitude et on les trouve plus dans les foyers, toutes classes sociales confondues, que chez les personnes seules.

 

2.0 Mais pourquoi aime-t-on les animaux ?

2.1 Cazeneuve l’explique par la compensation d’une frustration, une sorte de confirmation de l’intégration sociale. Il parle d’investissement, de réussite sociale, de preuve d’un bien-être. Ce que confirme Yonnet qui évoque la conquête d’un territoire social, d’une identification, d’une reconnaissance. On comprend mieux la réflexion de Valadier : le rapport aux animaux marque un rapport aux hommes. Il est possible en ce sens que le personnage de Sempé règle sur son chien quelque obscure frustration. Quant à l’employé de Chaval, l’animal lui sert d’exutoire à une colère peut-être suscitée par l’animal. La valorisation sociale, sous toutes ses formes, serait donc un premier motif.

2.2 Une seconde raison est présentée par Cazeneuve : communiquer et jouer avec les bêtes révèlerait le plus spontané de nous-même. Yonnet insiste moins sur cet aspect que sur celui d’une demande sociale au sens de la cybernétique, c’est- à-dire de la communication. Un dessin de Chaval illustre tragiquement ce problème : le passant préfère secourir le chien que le maître. La communication prend donc des aspects singuliers.

2.3 Par ailleurs Cazeneuve note que, selon le caractère, cet amour traduit l’autorité ou l’affection envers un « partenaire absolu ». Yonnet souligne que la propreté indispensable entraîne une éducation, donc un sentiment de puissance. Même réflexion chez Valadier pour qui le propriétaire teste sa propre capacité à éduquer l’animal. Celui-ci serait un être humain en réduction et son dressage exige moins d’effort. Sempé montre cette domination en action ; elle va jusqu’à l’humiliation, le chien doit s’aplatir et ne reçoit en retour aucun signe d’affection. On aimerait donc éduquer les bêtes par désir d’affirmation personnelle..

2.4 Cazeneuve identifie dans l’envie de posséder une bête un phénomène de civilisation comme le fut la voiture pour la classe ouvrière. Mais Valadier se demande pourquoi l’amour des bêtes conduit les Français à posséder 16 millions de chiens et de chats soit trois millions de plus que d’enfants. Il y voit une régression : on préfère éduquer une bête qu’un enfant dont on a peur car il faudrait apprendre à le respecter. De l’enfant à l’homme il n’y a qu’un pas : chez Chaval, le directeur de la S.P.A n’hésite pas ; entre le chien et l’employé‚ il choisit le chien et met l’employé au chômage. A aimer trop les bêtes, on n’aime plus les hommes.

2.9 On aimerait donc les bêtes par affection certes mais surtout par une volonté de puissance compensatrice d’une obscure dégradation de l’image de soi.

 

   3.0 Le dossier nous incite à aller plus loin encore.

3.1 Tout d’abord Cazenave souligne une inversion curieuse : le maître contraint de rester muet devant sa radio ou sa télévision peut enfin parler devant une bête qui l’écoute sans répondre. Valadier voit lui aussi une inversion mais de nature bien différente : autrefois les animaux étaient au service de l’homme ; aujourd’hui l’homme doit se plier aux nécessités physiologiques des animaux qu’il possède. Chez Sempé l’animal supporte les ordres de son maître mais n’en pense pas moins : « Vieux con » dit-il à l’homme qui tourne les talons. L’inversion possible des rôles donne une autre dimension aux animaux.

3.2 Ensuite Cazeneuve signale que la présence des bêtes dans les grandes villes correspond à une survivance de la nature vivante. Bahuchet note que la liaison symbolique entre l’homme et l’animal est perçue très fortement dans la pensée orientale au contraire de l’occident où l’homme estime devoir dominer son compagnon : c’est le cas du personnage de Sempé. Dans le premier dessin de Chaval l’employé renvoyé a perdu le sens de cette liaison mais non le directeur de la S.P.A qui, malheureusement, a perdu, lui, tout sens de l’humain. La liaison symbolique entre l’homme et l’animal est donc diversement appréciée.

3.3 Enfin Bahuchet est le seul à dégager historiquement la symbiose entre l’homme et l’animal. Celui-ci est l’intermédiaire entre l’homme et les dieux quand il n’est pas dieu lui-même. Dans beaucoup de civilisations il joue un rôle primordial pour les rites et les sacrifices : de là le prestige du poulet dans l’Asie antique et du poisson rouge élev‚ et admiré chez les bouddhistes. Mieux encore, animal et homme ne sont que des enveloppes interchangeables d’un même esprit divin. Interchangeables, ils sont égaux. On atteint là le plus haut degré‚ du respect des bêtes.

3.9 L’attitude envers les animaux dépend donc étroitement des conceptions philosophiques des hommes : pour les uns ce sont des amis inférieurs donc des sujets et pour les autres ce sont des êtres à respecter (même si on les sacrifie), êtres qui peuvent devenir des égaux à qui l’on doit sauvegarde et protection.

 

  1. Conclusion. Le dossier présente donc tous les éléments d’une réflexion ascendante sur les animaux : leur amour dépasse les classes sociales et les situations personnelles ; il provient d’obscures raisons individuelles où le prestige social et la compensation de frustrations jouent un rôle non négligeable, au point même de négliger l’homme. Mais l’animal est aussi objet de vénération parce qu’en profondeur on reconnaît en lui non l’ami inférieur mais l’égal de l’homme.

Ce dossier me rappelle que dans les années 1960 l’éthologie avait connu un grand succès avec les travaux de Konrad Lorenz et spécialement son ouvrage le plus connu : « Il parlait avec les mammifères, les poissons et les oiseaux ». A travers la fréquentation assidue des bêtes qu’il avait connues et souvent élevées Lorenz montrait que les sentiments les plus profonds, les plus nobles, les plus humains, comme l’affection, la jalousie, la fidélité, l’amitié, le don de soi ‚ étaient aussi partagés par les animaux.

Dès lors la barrière entre l’homme et l’animal disparaît au profit d’une égalité foncière entre l’un et l’autre. Dans le débat sur l’âme des bêtes, c’est Descartes le mécaniste qui a tort et La Fontaine l’humaniste qui a raison. Des personnes aussi différentes que Jean Rostand et le Dalaï-Lama se rejoignent dans ce même respect profond du vivant donc de nous mêmes. D’où les protestations toujours justifiées et toujours d’actualité contre la vivisection.

Mais respecter le vivant c’est respecter tout le vivant et aussi les hommes. Certains amis des animaux l’oublient trop facilement. Aux droits des animaux correspondent les droits humains, droit à travailler, droit à manger, droit à se loger dignemen

 

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