20 NAT cosmos serpent 2008-06

1. Il s’agit du serpent cosmique. Jeremy Narby docteur en anthropologie de l’université de Stanford décrit dans “Le serpent cosmique” (Editions Georg 1996) une expérience étonnante qu’il a vécue au cœur de la forêt amazonienne. Erik Pigano l’a interrogé pour la revue “Psychologies” (mars 1996 pp 46-50). Voici les grandes lignes de cet entretien qui fit grand bruit. Des cohortes de curieux, plus ou moins bien informés, souvent très imprudents, se sont précipés vers l’Amazonie péruvienne. Pour obtenir son doctorat Jérémy Narby, canadien français, parti vivre en Suisse,  devait faire un stage qu’il voulait militant en faveur du développement. Un professeur d’anthropologie lui conseilla un endroit du Pérou où la Banque mondiale et de grandes institutions confisquaient les terres des Indiens Ashaninca au motif qu’ils ne savaient pas utiliser rationnellement les ressources de la forêt amazonienne. Le développement était en fait du déboisement. Cet universiaire de 25 ans se retrouva dans la vallée du Pichis, en Amazonie péruvienne avec de vrais Indiens et sa peur panique des serpents. Il commença par répertorier toutes les plantes médicinales de l’immense pharmacopée indienne. D’anthropologue il devint botaniste. Il comprit le langage symbolique par similarité que les Indiens emploient : une fleur a la propriété de guérir les piqûres de serpent “parce que ses petits crochets blancs ressemblent aux dents des serpents”. 

2. D’où vient ce savoir ? Les Indiens lui répondent : “nos chamanes boivent de l’ayahuasca [une substance hallucinogène composée de deux plantes inactives séparément], et dans leurs visions ils rencontrent des esprits qui leur expliquent.” En ethnopharmacologie on explique ces connaissances par des expérimentations successives et empiriques menées au cours des siècles. “C’est aussi ce que je pensais. Mais prenons l’exemple du curare : il faut combiner deux plantes parmi les 80 000 espèces supérieures de l’Amazonie – ce qui représente déjà une chance sur six milliards de tomber pile. Ensuite, il faut les faire bouillir pendant 72 heures au cours desquelles la mixture émet des vapeurs parfumées mais mortelles. Finalement, on obtient un produit inactif si on l’avale ou si on l’étend sur la peau. Il est actif uniquement par voie sous-cutanée. C’est le seul paralysant musculaire connu sur la surface de la terre. Comment ces chasseurs qui vivent à l’âge de la pierre, et ont besoin de conserver la viande dans cette forêt chaude et humide, ont-ils pu imaginer cette solution intraveineuse ?”  Jeremy Narby décide de répondre à l’invitation d’un chamane : il boira de l’ayahuasca.

3. Participer à un tel rituel est admis et même recommandé dans les pays anglo-saxons mais pas en France où l’on met en avant la nécessité de l’objectivité scientifique. Jeremy Narby attendra que sa carrière soit bien assurée avant d’oser parler de cette expérience.  “Pour résumer mes visions, j’ai vu deux énormes boas fluorescents, de quinze mètres de longueur, d’un mètre de hauteur, qui m’ont dit que je n’étais qu’un être humain. Puis des “êtres” sont venus m’expliquer ce que je devais faire.” Dans transe la réalité lui a paru “beaucoup plus nette, colorée et puissante que notre monde réel qui – après une telle expérience – m’a paru terne, unidimensionnel.” Ensuite il a rédigé sa thèse “pour démontrer que les Indiens utilisaient leurs ressources rationnellement et, avec mon doctorat, j’ai obtenu mes lettres de noblesse de rationaliste !”  Enfin il a travaillé à Nouvelle Planète, une petite ONG suisse qui œuvre à protèger les territoires indigènes. Il expliquait comment les Indiens étaient les seuls à savoir faire produire la forêt tropicale de façon durable et rationnelle.

4. Mais Jérémy Narby  n’osait pas aller au cœur du problème. Il n’a pas renouvelé cette expérience de la transe mais s’est documenté et a découvert des éléments étonnants. “Par exemple, en Amazonie péruvienne, il y a 56 peuples qui n’ont rien à voir les uns avec les autres et parlent des langues complètement différentes. Pourtant, ils utilisent tous l’ayahusca de la même façon, avec les mêmes techniques et les mêmes rituels. Encore une fois, est-ce du “hasard” ? Ensuite, les serpents fluorescents que j’avais vus, tout le monde en parlait !” Ethnologues, poètes américains, Indiens… Visions de l’intérieur ou de l’extérieur du cerveau ? Pourquoi pas de l’intérieur de l’extérieur ? C’est alors qu’il découvre l’ADN : “C’’est une molécule que l’on trouve à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nous, puisqu’elle est présente dans tous les organismes vivants – hommes, animaux, plantes. (…) … grâce aux Ashaninca, j’avais appris à prêter attention aux similarités entre les formes. Or, l’ADN ressemble étrangement à deux serpents torsadés. En 1951, Mircéa Eliade avait déjà relevé que tous les chamanes parlent d’un axe du monde, extrêmement long, qui a la forme de deux serpents ou d’une échelle torsadée, et qui est la source du savoir. Ce sont exactement les mêmes mots que les scientifiques emploient pour décrire l’ADN ! Cela a été un bouleversement terrible de ma vision du monde : comment les Indiens connaissaient-ils depuis des millénaires ce que la biologie moléculaire a découvert il y a seulement une trentaine d’années ?  (…) “Presque tous les mythes de création mettent en scène des êtres doubles, des jumeaux, un axe du monde en forme d’échelle ou de deux serpents entrelacés, qui sont porteurs de la connaissance. Pour ne prendre qu’un exemple, le serpent cosmique des Egyptiens, détenteur du savoir, est à la fois simple et double. Extrêmement long, il vit dans l’eau et à la forme d’une corde torsadée. L’ADN est une molécule simple et double, torsadée, plongée dans l’eau, elle est un milliard de fois plus longue que large, et contient toutes nos informations génétiques.

5. Une seule molécule d’ADN contient l’information de 1.500 volumes d’encyclopédie, sorte de mur de 10 mètres de long sur 2 mètres de hauteur  et qui mesure 200 milliards de kilomètres. Il émet de la lumière, des photons, fournissant une image fluorescente en trois dimensions… comme dans les visions des chamanes. C’est un laser biologique dont on ne connaît pas la fonction. La biologie moderne explique que la nature ne possède ni intelligence, ni but. Ceci “ressemble à un intégrisme religieux” dit Jeremy Narby.  Pourtant, en cessant de se focaliser sur une seule théorie, “on découvre ce que les animistes, les chamanes et les grandes traditions spirituelles ont toujours dit : le principe vital qui anime tous les êtres vivants est le même. Aussi, tout se passe comme si la nature était une extraordinaire technologie, consciente d’elle-même.” Pour Narby : “le plus important est de comprendre que notre façon de comprendre la vie dépend de notre façon de regarder le monde.

Deux remarques complémentaires : Beaucoup de grands scientifiques ont fait, tout comme les chamanes,  des découvertes fondamentales concernant les lois de la nature et de l’univers au cours de songes, de rêveries ou d’intuitions fulgurantes. 

* L’ADN peut être considéré comme un véritable texte inscrit sur les deux rubans de sa double hélice. Les segments d’ADN que la biologie moléculaire avait réussi décoder en 1996 ne représentent que 3 % du génome humain. L’utilité des 97 % restants demeurait mystérieuse.

6. Addenta 2008_06_19 

Des scientifiques de l’Université Hébraïque de Jérusalem, en collaboration avec une équipe internationale, ont révélé, pour la première fois, la structure électronique de molécules simples d’ADN. Ils ont utilisé pour cela une technique qui combine des mesures à basses températures et des calculs théoriques. 

La recherche des propriétés électroniques de l’ADN fait l’objet de travaux scientifiques depuis de nombreuses années, tant en biochimie qu’en nanotechnologie, entre autres, pour l’étude des dommages à l’ADN dus aux rayonnements ultraviolets qui génèrent des radicaux libres produisant des mutations génétiques. Dans ces cas, la réparation de l’ADN se fait spontanément via un transfert de charge électronique le long de la spirale d’ADN et reconstitue les liens moléculaires endommagés. 

Dans le domaine de la nano-bioélectronique, champ de recherche avancé consacré à l’étude des molécules biologiques pour produire, par exemple, des nanocircuits électriques, il a été suggéré que l’ADN ou ses dérivées peuvent être utilisées comme des câbles moléculaires conducteurs dans la conception d’ordinateurs s’appuyant sur des réseaux moléculaires de calculs, plus petits et plus efficaces que ceux obtenus aujourd’hui avec du silicium. “

http://www.industrie-technologies.com/article/page_article.cfm?idoc=132784&navartrech=52&id_site_rech=11&maxrow=102

7.Lien avec Retorica. C’est souvent au hasard d’un texte d’élève ou d’un débat que surgit ce type de question sur le serpent cosmique. Il suffit d’en évoquer quelques grandes lignes sans s’appesantir. Les curieux poursuivront leur recherche.

Roger et Alii

Retorica

(9.000 caractères)

 

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