20 NAT Grenouilles et crapauds 1990

1. Le thème « Grenouilles et crapauds » est très intéressant, à condition de ne pas y passer trop de temps et d’aller à l’essentiel. On peut solliciter la classe, ou un groupe voire un élève à partir de ce texte de Jules Renard :

Si le monde injuste le traite en lépreux, je ne crains pas de m’accroupir près de lui et d’approcher du sien mon visage d’homme.

Puis je dompterai un reste de dégoût, et je te caresserai de ma main, crapaud !

On en avale dans la vie qui font plus mal au cœur.

Pourtant, hier, j’ai manqué de tact. Il fermentait et suintait, toutes ses verrues crevées.

– Mon pauvre ami, lui dis-je, je ne veux pas te faire de peine, mais, Dieu ! que tu es laid !

Il ouvrit sa bouche puérile et sans dents, à l’haleine chaude, et me répondit avec un léger accent anglais :

– Et toi ?

(Jules Renard, « Histoires naturelles », 1896)

Ce texte en 112 mots appartient aux quatre genres littéraires fondamentaux : c’est un récit, mais aussi un dialogue, un essai et même un poème en prose.

2. « Des crapauds et des hommes » (Guy Citerne, BT2, 1989)

Autrefois le crapaud était appelé bufo/bufon d’où bouffer (soufler en gonflant ses joues) et bouffon. Etymologie inconnue de crapaud. Mais nombreuses locutions : laid comme un crapaud, rouler des yeux de crapaud mort d’amour, crapahuter, La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe…

Grenouille vient de rana d’où rainette plus confusion avec cra- de crapaud car on en la croyait la femelle. Les grenouilles agacent par leurs cris. Expression : vin de grenouille (=l’eau), grenouilles de bénitiers, mangeurs de grenouilles (les Français pour les Anglais)

IMAGES ANTIQUES

Les batraciens et autres amphibiens étaient considérés comme des créatures surnaturelles. Aristote et Pline l’Ancien connaissaient mal leurs mœurs. Mais on associait les batraciens aux femmes à cause de la fécondation. Comme Aphrodite, les batraciens semblaient nés spontanément de l’eau. Ils symbolisaient la vie et entraient à ce titre dans la composition de multiples remèdes : Si les mages disent vrai, il faudrait regarder les grenouilles comme bien plus utiles que les lois (Pline). Les batraciens recèlent poisons, contre – poisons et remèdes. Ils sont à la fois craints et respectés.

DIABOLISATION CHRETIENNE

Déjà la Bible rangeait les batraciens parmi les espèces impures et l’invasion de grenouilles fut l’une des dix plaies d’Egypte. Avec le christianisme le crapaud devient le symbole de tous les péchés de la chair. Dans « l’Apocalypse » les forces du mal sont représentées par des dragons et des crapauds. On les retrouve en enfer dans de nombreuses représentations (tympans des cathédrales, mosaïques etc.). L’animal est désormais jugé monstrueux. Or le monstre (de mon-strum : avertissement céleste) est un message divin. Le crapaud devient la punition des mauvais fils ou des luxurieux. Si des parents ont un enfant anormal rappelant vaguement un batracien, ils sont honnis et châtiés. On affirme que les batraciens s’emparent de la dépouille des gens qui ont trop cédé à la chair. Bientôt les crapauds deviennent les compagnons des sorcières, participent à leurs sabbats, entrent dans la composition de poisons et d’envoûtements.

PERSISTANCE DES MYTHES

Les deux visions antique et chrétienne, positive et négative ont continué à coexister jusqu’à aujourd’hui. Les crapauds représentent les mythes de fécondité mais dans le cloître de Moissac, (XII°s) on peut voir une femme qui se fait sucer la vulve par un énorme crapaud tandis que deux grands serpents têtent ses mamelles. Les crapauds restent liés à des rites de fertilité et d’accouchement. Ils entrent dans la composition des charmes et des philtres d’amour. Le crapaud, comme la femme, appartient à la lune qui commande la pluie, la germination, les naissances. Le crapaud est le maître de la pluie. Et le rencontrer est un bon présage.

Mais c’est aussi une âme en peine qu’il ne faut ni tuer, ni tourmenter. Quelquefois les crapauds sont vus comme des créatures humaines inachevées. D’où deux attitudes : soit les tuer en les clouant au sol au moyen d’une baguette pointue ; soit achever leur humanisation. Dans ce cas on habille, on baptise, on nourrit le crapaud avec des hosties, du lait de femme ou du vin. Ce qui mêlait animisme et christianisme.

DES SORCIERS AUX BIOLOGISTES

Certaines espèces sont venimeuses. Autrefois les vignerons du Sud-Ouest protégeaient les plus belles de leurs grappes à l’aide d’une mixture qui donnaient des hallucinations aux chapardeurs : elle était faite de venin de crapauds préalablement salés pour le leur faire cracher. Le crapaud des joncs (Bufo calamita) possède derrière les yeux des glandes protubérantes ; elles contiennent des alcaloïdes toxiques qui agissent sur le cœur, le système nerveux et l’appareil respiratoire. Au XV° s la famille Borgia composait son fameux poison en nourrissant un crapaud avec des plantes vénéneuses (aconit, cigüe, amanites phalloïdes) et des araignées gavées d’arsenic. Il était ensuite livré à la morsure d’un aspic puis battu à mort. Après putréfaction les restes de l’animal étaient distillés, séchés et réduits en poudre. Celle-ci frottée sur un récipient résistait à de multiples lavages et provoquait lentement des souffrances atroces et fatales…

Les batraciens sont d’excellents destructeurs d’insectes, bien préférables aux poisons chimiques. C’est pourquoi on les protège et on leur ménage des passages souterrains sous les routes et les voies de chemin de fer.

Les biologistes espèrent découvrir par l’étude des batraciens l’une des clés de notre évolution. Parmi ces biologistes le nom de Jean Rostand est le plus célèbre (1894-1977). Il avait prévu et dénoncé les excès de la bio-éthique. Ses livres, clairement écrits, restent d’actualité. Jean Rostand : « Expliquez-moi le crapaud et je vous tiens quitte de l’homme ».

(d’après Guy Citerne « Des crapauds et des hommes » BT2 n°222, Ed P.E.M.F – Pédagogie Freinet 1989 )

Hugo « Le crapaud »

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/le_crapaud.html

Corbière « Le crapaud »

3. Grenouilles

On les connaît par Aristophane (« Les Grenouilles) et par La Fontaine :

« La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf » (d’après Phèdre)

« Les Grenouilles qui demandent un Roi » (d’après Esope)

« La Grenouille et le Rat » (d’après Esope)

La grenouille n’a pas le beau rôle dans ces trois fables. Voici une information plus sérieuse qu’elle n’en a l’air : « Faute de femelles, les grenouilles mâles se ruent sur les nains de jardin. Le réchauffement de la planète nuit à la bonne reproduction des batraciens… qui pètent les plombs. » (Marianne, 21 – 27 février 2 000). On lira avec profit « Les grenouilles dans l’antiquité. Cultes et mythes des grenouilles en Grèce et ailleurs » (Ed de Fallois, 1999) par Pierre Lévêque. « Ce n’est pas une belle bête. Pourtant on la trouve partout dans les vieux rêves humains. De la Grèce à la Chine, des Incas à l’Europe médiévale. Sans grenouilles, pas d’humanité. Mais pourquoi ? (…) La grenouille est avant tout signe de la vie. Féconde, intarissable, toujours recommencée, cette vie-grenouille préside évidemment au renouvellement des années et au cycle des générations. (…) Cette exubérance cyclique est évidemment sacrée, liée à l’ordre cosmique. Elle est aussi – non moins évidemment – sexuelle : la grenouille, jambes écartées, évoque une femme ouverte, offrant son sexe à la vue de tous. » On la voit partout : « Axiome : dès qu’il y a du multiple, il y a de la grenouille. » (…) « Les grenouilles ne sont pas des réponses. Elles se meuvent comme des énigmes. » Selon Jean Rostand « Les théories passent, la grenouille reste. » (d’après Roger-Pol Droit, le Monde , 19 nov 1999).

Paul Fort « La grenouille bleue » (commentaire composé)

4. Sadisme. Crapauds et Grenouilles devant la méchanceté humaine.

Hugo : « Le crapaud »

Fort : « La grenouille bleue »

30 SEX Sadisme Hugo Fort 1993 – 2015-11-18

Le mot « sadisme » formé à partir de « Sade » (1836) a deux sens :

1. C’est une perversion sexuelle qui se satisfait en faisant souffrir autrui physiquement ou moralement.

2. D’une manière courante c’est le goût pervers de faire souffrir et de se délecter de la souffrance d’autrui : le censeur « avait des punitions plein la tête, il préparait sa petite journée de sadisme (Nizan) (d’après le dictionnaire de Robert)

On connaît le goût des foules pour les spectacles de mort et Georges Bataille rappelle l’histoire des religions : « Ces rites furent d’une excessive cruauté : on donna des enfants à des monstres de métal rougi, on lui le feu à des colosses d’osier bondés de victimes humaines, des prêtres écorchèrent des femmes vivantes et se vêtirent de leurs dépouilles ruisselantes de sang. »

Sartre note que le sadique « n’a d’autre ressource que de traiter l’Autre en objet-ustensile » (…) « Il veut la non-réciprocité des rapports sexuels ». Ce qui le mène à l’échec : « Le sadisme est l’échec du dé »sir et le désir l’échec du sadisme. » En outre « C’est la liberté transcendante de la victime qu’il cherche à s’approprier. Mais précisément cette liberté demeure par principe hors d’atteinte. » (cité par le dictionnaire le sexologie, J.J. Pauvert 1962).

Le sadisme est souvent lié au masochisme (de Sacher-Masoch, écrivain du XIX° siècle) qui exige de se faire souffrir. D’où l’histoire connue du masochiste qui dit au sadique : « Fais-moi mal ». Le sadique lui répond : « Non, non. » Et le masochiste : « Merci, merci. »

Le problème essentiel est de savoir si le sadique est un être conscient qu’il faut punir ou un malade qu’il faut soigner. Sade prétendait y répondre : « Quand l’anatomie sera perfectionnée, on démontrera facilement, par elle, le rapport de l’organisation de l’homme aux goûts qui l’auront affecté. Pédants, bourreaux, guichetiers, législateurs, racaille tonsurée, que ferez-vous quand nous en serons là ? Que deviendront vos lois, votre morale, votre religion, vos potences, vos paradis, vos Dieux, votre enfer, quand il sera démontré que tel ou tel cours de liqueurs, telle sorte de fibres, tel degré d’âcreté dans le sang ou dans les esprits animaux suffisent à faire d’un homme l’objet de vos peines ou de vos récompenses ? » (« Justine ou les malheurs de la vertu »). On remarque que Sade plaide l’irresponsabilité et une sorte d’innocence pour le sadique. Encore faut-il s’en protéger…

Les nazis demandaient aux enfants d’élever de petits animaux, de les choyer et de les aimer. Ensuite ils leur demandaient de les exécuter pour s’endurcir.

Mystère du mal que l’on fait. Voir Rousseau « Le ruban volé »

– Sadisme et guerre : voir les excès des Chouans : « Le chevalier des Touches » (Barbey d’Aurevilly)

« Caligula » de Camus

Néron dans « Britannicus » de Racine

Giono : « Un roi sans divertissement » : l’ennui pascalien qui mène au crime.

Hugo « Le crapaud »

Fort « La grenouille bleue »

Roger et Alii

Retorica

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