20 NAT Vin ivresse 1996 2015

Ce dossier est composé de deux éléments.

Le premier (A) est une synthèse de documents consacrée à « l’ivresse sacralisée ». La synthèse de documents en BTS (brevet de technicien supérieur) relève du parallèle. On en trouvera la méthode sur le site dans

28 RHE parallèle synthèse BTS 1996

Le corrigé de synthèse sur l’ “ivresse sacralisée” ne donne ni les textes à synthétiser ni le tableau à double entrée qui permet de le faire. En perd-elle de son intérêt ? Je ne le crois pas.

Le second élément (B) est un ensemble de documents « Compléments 2015 » autour du thème « vin ivresse »

A. La sacralisation de l’ivresse

Code : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

0. Introduction. La sacralisation de l’ivresse est illustrée par cinq documents : une longue étude sur “la civilisation du vin” de Jean Claudian (revue “Science et vie”, 1986, document 1), un poème de Charles Baudelaire “L’âme du vin”, tiré des “Fleurs du Mal” (1857; document 2), un extrait “La fête de Gervaise” provenant de “L’Assommoir” (Zola, 1877, document 3), une étude sur “Le vin et le lait” dûe à Roland Barthes (“Mythologies”, 1957, document 4) et enfin une publicité pour le vin de Bordeaux (non datée, document 5). Dans quelle mesure l’ivresse est-elle sacralisée ? Nous le verrons en adoptant trois axes d’étude : la fête sacrée, la fête profane et l’élan vital.

10. Etudions d’abord la célébration du vin comme fête sacrée. 

11. Cette sacralisation n’est réellement attestée que dans les beuveries collectives africaines et indiennes, si l’on en croit Claudian. Un écho très affaibli de cette conception nous est donné par Zola quand “la société se mit debout, les bras se tendirent, les verres se choquèrent au milieu d’une clameur.” Même écho très affaibli chez Roland Barthes quand il évoque les alibis du rêve et de la réalité selon “les usagers du mythe” et surtout “les cérémoniaux de la vie quotidienne”. Seul Claudian indique clairement cette fonction primordiale de l’ivresse : inverser le profane en sacré cosmique. La publicité pour le vin de Bordeaux désapprouve implicitement cette orientation, elle qui vante le “bon goût”, apanage d’une société policée.

12. Cette sacralisation est marquée par une communion, communion pressentie par Roland Barthes : d’autres pays boivent pour se saoûler ; la France se donne une autre finalité. Communion affirmée par Claudian : la violation des tabous permet une communion entre le divin et l’humain.

13. La possession est un autre caractère de l’ivresse sacrée. Là aussi Roland Barthes en offre un écho très affaibli quand il montre l’intellectuel se coupant des cocktails, donc du factice, pour recourir au naturel, au vin. Mais cette dimension est surtout présente chez les civilisations primitives vues par Claudian.

14. Tout ceci aboutit à un symbolisme clairement affirmé par Claudian : la valeur symbolique et mythique de l’ivresse sacrée mène à l’immortalité. Cette valeur symbolique est présente chez Barthes : le vin est le symbole de l’unité nationale au point qu’un Président qui ne boirait pas semblerait trahir la France.

19. Le vin comme fête sacrée impliquant communion, possession et symbole d’immortalité est très vivace dans les sociétés anciennes. Les nôtres n’en gardent qu’un écho très lointain, très affaibli quand elles ne s’y opposent pas au nom du “bon goût”.

20. Car l’ivresse est surtout une fête profane.

21. Sa désacralisation intervient très rapidement selon Claudian : vers – 1000 dans la Bible et – IV°s en Grèce. Le souvenir de cette désacralisation reste vivace. Zola met probablement dans la bouche de Coupeau le zingueur une réflexion significative : ”Le papa Noé devait avoir planté la vigne pour les zingueurs, les tailleurs et les forgerons.”

22. Cette fête profane a un lien très net avec le travail. Baudelaire évoque dans le vin la “force de ton fils”, “l’huile qui raffermit les muscles” après avoir parlé de “peine”, de “sueur” et de “soleil cuisant” pour engendrer la vigne. Barthes en parle plus simplement : le vin facilite la tâche et donne du “cœur à l’ouvrage”.

23. Mais cette fête peut être solitaire. Ce que refusent les civilisations primitives selon Claudian : le privilège de s’enivrer seul est réservé au chaman, au poète ou au malade. Baudelaire et  Zola sont plus indulgents car, pour le premier, le vin tombe 

Dans le gosier d’un homme usé par les travaux”

et, pour le second, faisant parler les ouvriers, “le vin décrassait, reposait du travail, donnait du feu au ventre.” Pourtant la publicité du Bordeaux refuse à la fois l’ivresse et la solitude : le nœud papillon renvoie à des fêtes distinguées  car “le savoir boire  est un savoir vivre”. Ce n’est pas tout à fait le cas de la fête chez Zola. Pour Baudelaire elle est familiale et bon enfant (“les coudes sur la table et retroussant les manches”).

24. Le vin, c’est l’espoir et “l’âme du vin” chez Baudelaire chante “l’espoir qui gazouille en (son) sein palpitant” avec “l’ivresse des dimanches”. Même écho chez Zola : “une cocarde de temps à autre permet de “voir la vie en rose”. La pubiicité pour le vin de Bordeaux marque, à sa manière, la rupture avec la banalité quotidienne : “Le Bordeaux me va bien. (…) il est de toutes mes humeurs et toujours élégant.” Le nœud papillon orne le verre à moitié plein et symbolise à lui seul la fête. 

29. Ainsi, une fois désacralisé, le vin, produit  du travail en apparaît comme l’antidote et le remède, même s’il est fêté solitairement. Il redonne de l’espoir et colore la vie en rose.

30. Entre ces deux conceptions du vin, le dossier semble en suggérer une troisième, le vin comme élan vital.

31. Il s’adresse à tous, hommes et femmes. Claudian parle de beuveries viriles mais qui admettent les femmes, l’ivresse solitaire étant interdite à ces dernières. Chez Baudelaire le vin affirme :

J’allumerai les yeux de sa femme ravie

et dans la fête évoquée par Zola les femmes ont chaud et commencent timidement à se déshabiller.

32. C’est que le vin a une âme. Chez Laudian c’est un fluide vital, assimilé au sang. Chez Baudelaire, son âme s’exprime au style direct et chante dans les bouteilles. Barthes n’est pas très loin de ces valeurs quand il évoque le “mythe du réchauffement”.

33. Le vin procure la joie. Joie, inspiration, hospitalité sont les trois termes qui viennent sous la plume de Claudian. Et Baudelaire, de son côté, parle d’un chant “plein de lumière et de fraternité”. 

34. Cet élan vital est un élan de civilisation. Clandian évoque le vin comme phénomène culturel, témoignage de civilisation et de prestige. La publicité pour le Bordeaux ne dit pas autre chose : “Le Bordeaux me va bien” (…) Le savoir boire est aussi du savoir vivre”. Elle évoque le bon goût, l’élégance et la domination de soi. Barthes de son côté parle d’”acte durable”, de valeur décorative. Seuls les fêtards de Zola apportent une fausse note avec les “tas de négresses mortes” et le cimetière de bouteilles.

39. Donc le vin est élan vital, s’adressant à tous, hommes et femmes. il a une âme qui chante et qui procure la joie. Il est en lui-même civilisation à condition d’être dominé.

9. Il me semble qu’une civilisation a plus besoin de vin que de l’ivresse pour s’affirmer comme telle. Cette dernière est d’ailleurs canalisée aussi bien chez les primitifs que dans nos civilisations. Le vin a certes été désacralisé mais il a gardé toute sa valeur mythique. Le soir du shabbat les juifs partagent le vin puis le pain. Les chrétiens en ont fait le symbole du sang du Christ et les catholiques son sang lui-même (par la transsubstantiation). Les musulmans l’on frappé d’un interdit rigoureux car on passe trop vite à l’ivresse et à la perte de lucidité. Mais une fois solidement encadré, le symbolisme du vin reste tout-puissant, notamment en France où la pratique des grands crus est devenu un art internationalement connu. La dégustation exclut l’ivresse. Cette dernière ne relève pas du profane mais du profané.

B. Compléments 2015 11 :

1. « Le désir du vin à la conquête du monde » de Jean-Robert Pitte (Fayard 2009) explique comment le culte du vin s’est répandu un peu partout mais l’Asie est restée fidèle aux bières et aux alcools de riz. Le vin reste très présent dans « Les Mille et Une nuits » et dans le soufisme malgré l’interdit coranique. (d’après un compte-rendu de Jean-Pierre Rioux (La Croix 12 mars 2009)

2. En réalité il s’agit d’un vin mystique :

http://www.ardent-lotus.com/55-a-energetique-traditionnelle-chinoise-eloge-du-vin-poeme-mystique-soufi.html

et pour l’Iran :

http://www.teheran.ir/spip.php?article1235#gsc.tab=0

ainsi que Omar Khayyam :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Omar_Khayyam

On regardera avec intérêt « Mondovino » film documentaire de Jonathan Nossiter (France / USA 2003), 135 mn :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mondovino

et

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mondovino

3. Mais surtout il faut lire la b.d « Les Ignorants. Récit d’une initiation croisée » d’Etienne Davodeau (Ed Futuropolis, 2011) avec la complicité du vigneron angevin Richard Leroy qui va l’initier, pendant dix-huit mois, aux mystères du vin biodynamique, et les mystères déconcertants abondent dans cette méthode issue des travaux de Rudolf Steiner. « Grâce à la beauté cistercienne du dessin et à l’humanité du récit, on hume la roche volcanique du clos-des-rouliers, on devine le grain de raisin qui s’épanouit, on mesure la modestie et l’abnégation des travailleurs de la vigne, on entend les pas qui arpentent les rangées de ceps pour guetter la maturation. » (D.H. Canard enchaîné 18 janvier 2012)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vin_biodynamique

4. La contrefaçon en matière de grands crus a trouvé sa parade. Cette contrefaçon représenterait 8 à 10 % du commerce mondial et monterait jusqu’à 20 et 30 % dans certains pays selon les données de Geowine. « … l’Institut de la recherche informatique de Toulouse (L’Irit), et l’entreprise Montalbanaise Prooftag Novatech, ont imaginé un code à bulles (procédé d’identification d’un produit) qui serait par ailleurs connecté à une base de données, favorisant la traçabilité de la bouteille. C’est ainsi que ce code à bulles, apposé sur la collerette de chaque bouteille garantirait mieux, son inviolabilité. (…) L’autre intérêt de cette innovation sera de permettre aux consommateurs de tout connaître ou presque du vin qu’il consomme à table (…) » (d’après A.B La Dépêche du Midi, 2010 02 03)

Roger et Alii

Retorica

(1 700 mots, 10 400 caractères)

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