21 PHI Badiou Onfray 2014 04

Voici pour Retorica une nouvelle manière de procéder. Je ne retiens dans la purge de mes dossiers papier / numérique que les informations que je réécris (avec leurs références) et celles que vous commentez. Il en résulte un effet trampoline que vous connaissez bien. Il repose sur une déconstruction assumée. Ici l’entretien Badiou Onfray est suivi d’une brève notice sur Badiou et de plusieurs autres sur Onfray. Roger.

 

Mediapart émission mensuelle Contre-courant Alain Badiou et Aude Ancelin reçoivent Michel Onfray 12 avril 2014

http://banquetonfray.over-blog.com/article-michel-onfray-et-alain-badiou-le-reel-n-a-pas-eu-lieu-mediapart-123305460.html

 

Jacques (9 mai) : Super entretien Onfray-Badiou. Merci. Roger (14 mai) : Serge m’a envoyé l’entretien sous un autre lien Médiapart, désormais inactif. Le lien que je propose vient de Michel Onfray. J’ai pensé qu’une prise de notes, forcément subjective, pouvait être utile. La voici.

Prise de notes et numérotation Retorica

Roger

 

  1. La révolution est-elle possible ? Oui selon Michel Onfray, elle est possible sous forme de micro-révolutions comme le souhaitait Proud’hon (coopératives etc.) Badiou est d’accord : ce mouvement va de Proudhon à Deleuze. Il s’agit là de pratiques responsables mais elles sont sans lien avec la politique. Il faut concevoir une autre société. C’est un combat global, impitoyable contre les 10 % de riches qui accaparent 86 % des richesses. Les démunis ne peuvent l’emporter sur les puissants que par la discipline. D’ailleurs, note Onfray, le dernier Proudhon réhabilite l’Etat comme garantie libertaire. Pour Badiou le niveau global n’est pas forcément l’Etat mais l’internationalisme. L’Etat ne peut garantir les micro-révolutions.

 

  1. Selon Badiou l’antitotalitarisme d’Onfray semble désarmer la gauche. Onfray lui reproche de soutenir des régimes types Robespierre ou Castro. Onfray soutient Mitterrand qui est une catastrophe pour Badiou. Ce dernier se dit loin de ces querelles et remonte à 1848 pour reconstruire une stratégie en reprenant Marx au début selon trois points de vue. 1. reformulation de la dialectique : la négation est mal pensée quand elle ne porte pas la construction. 2. prendre la mesure du capitalisme d’aujourd’hui qui convertit les subjectivités, les individus au marché. Seule l’échelle internationale est pertinente mais une nouvelle internationale n’est plus possible. 3. prendre en compte l’islam.

 

  1. Onfray est d’accord sur le 1. mais pas sur le 2. Pour lui l’individu est fondamental mais le sujet darwinien n’est pas celui de Freud ou de Descartes. Le sujet contemporain est conduit par le désir. Le 3. est difficile à appréhender : comment entrer en relation avec l’islam ? comment être internationaliste face à lui ? Le dernier Bourdieu envisageait une nouvelle Europe et un nouvel internationalisme à construire.

 

  1. Badiou est d’accord sauf sur le 2 car le monde contemporain est homogène par ses réactions. La contre-logique se construit par noyaux et non par ascension : il y a une discontinuité majeure entre l’homme est l’animal. En politique le sujet libéral intéressé rejoint Onfray sur le plan du désir. Le sujet pour Badiou s’engage dans un processus qui va vers l’universel. Onfray soutient un Darwin de la coopération, du genre Kropotkhine « L’entraide »‘. Le libertaire n’est pas le libéral. Badiou rétorque que les libéraux ont toujours admis une entraide mais l’aide est un frein à la politique.

 

  1. Reste le 3. L’islam est-il un achoppement ? Onfray demande comment rendre la raison populaire devant le risque d’islamisation. Il récuse la civilisation judéo-chrétienne comme toutes les autres religions. Il pense qu’on va vers une civilisation planétaire dont l’Umma est la préfiguration. Une spiritualité influence une civilisation. Or la civilisation occidentale s’effondre face à la grande santé islamique qui ne parle ni de liberté, d’égalité ou de fraternité.

 

  1. Pour Badiou la question religieuse est construite et sert de chiffon rouge. L’islam ne tiendra pas le coup devant l’individualime intéressé du capitalisme. On a vanté la laïcité de Jules Ferry. On se trompe d’époque. La hiérarchie transcivilisationnelle fait que les hiérarques se ressemblent. Il faut se concentrer sur l’essentiel : l’islam est capitaliste.

 

  1. Pour Onfray il faut tenir une position athée face à l’occident, au sionisme… Badiou est d’accord. Onfray juge que l’islam est comme la démocratie chrétienne : les mosquées se videront. La théocratie est opposée à la démocratie. Pour Badiou Dieu est mort. Le capitalisme est la fin de la religion. L’islam mourra mais le propre de Dieu est de ressusciter dit Onfray. Badiou y voit un faux semblant. Pour Onfry les religions sont entropiques mais elles sont plus audibles que les libertaires. Badiou juge que les nouveaux fascismes prospèrent là où la pensée émancipatrice est faible.

 

  1. Onfray voit Albert Camus comme le représentant d’une gauche libertaire bâillonnée par le camp sartrien et marxiste. Badiou voit en lui un grand écrivain mais un philosophe faible. L’anarcho-syndicalisme n’a pas pu être étouffé mais Camus va à reculons dans le combat anticolonialiste. Onfray est d’accord mais la cohérence politique de Camus reste à dégager. Il est engagé très tôt dans ce combat (voir ses reportages sur la misère en Kabylie). Il a une perspective anarchiste mais la pensée anarchiste reste invisible. Proudhon est anti-hégélien. La tradition libertaire existait chez les Girondins. La Commune de Paris n’a pas été marxiste mais proudhonienne ou blanquisme. Par contre l’écriture de la gauche française est marxiste. L’autogestion reste invisible d’où le débat continuel de deux traditions qui se rencontrent rarement et c’est dommage.

 

  1. Jean-Claude (17 mai 2014) : Très bonne idée d’avoir résumé le débat (que j’ignorais). Les deux débatteurs ont des arguments pertinents, qui relèvent cependant du pari de l’un ou de l’autre (les mosquées se videront/le monde contemporain est homogène dans ses réactions/une nouvelle internationale n’est plus possible…).

 

1) Ils ont oublié une donnée de taille : le climat. Les perturbations vont forcer l’internationalisation des choses et des comportements.

2) Nous avons un même outil : l’internet, pas si écolo qu’on le dit, mais un outil commun, rapide (il peut être censuré/il est souvent utilisé pour des futilités).

3) Le détraquement du climat est encore, pour la plupart des gens, une histoire qu’on se raconte. Pour certains c’est déjà demain, et ce qui se profile est exponentiel, ce qui veut dire accélération rapide des choses.

4) La question est : sommes-nous prêts à voir la planète comme un tout, à prendre l’humanité comme un tout, à respecter nos différences tout en construisant avec ce qui nous est commun ? C’est l’histoire du bateau dans la tempête, du rôle de chacun, et donc d’une certaine discipline.

5) Resituer ce débat Onfray-Badiou dans ce contexte peut donner un autre éclairage à l’organisation de notre futur proche.

 

(désolé Roger, je n’ai pas suivi ton conseil des 40/200 mots, je prends juste quelques minutes pour rebondir à partir de ton initiative).

Roger (17 mai) : 156 mots ! Tu es dans l’épure conseillée. D’où la clarté et la force de ta réflexion.

Nous allons en effet vers de grands troubles où il faudra construire et reconstruire les solidarités.

 

  1. 21 PHI Badiou partout 2015-12-21

« Pourquoi Badiou est partout » (in La revue du crieur, n° 2 Médiapart – La découverte 160 p).

« Démocrate, il déclare « n’absolument pas respecter le suffrage universel en soi, cela dépend de ce qu’il fait. » Lucide, il estime devoir rester fidèle à Mao et à la Grande Révolution prolétarienne. Pédagogue, il estime que « tous les jeunes gens de onze à quinze ans, sans exception, [doivent être] intégrés au travail productif. » » Il s’estime incompris comme l’était Platon. C’est un « philosophe radical médiatique » (selon Nicolas Chevassus-au-Louis, même numéro). Et enfin « Le projet politique du PCF et de la CGT sera désigné scientifiquement comme social-fasciste. »

  1. 21 PHI Onfray bio Obs 2016-01-30

« Le phénomène Onfray » par Eric Aeschmann et Elsa Vigoureux (l’Obs, 14 jan 2016)

Il fait « sans relâche le procès de la bien-pensance de gauche » laquelle l’accuse de « dérive rouge-brun ». Sa « Célébration du génie colérique » est un hommage à Pierre Bourdieu. Il a écrit une centaine de livres mais on ne retient que les ouvrages polémiques. Son compte Twitter dépasse les 80.000 abonnés. Il est mort à 10 ans, abandonné par sa mère à l’Assistance publique, en 1969. (in « La puissance d’exister ») . « Le ventre des philosophes » le fait connaître. « Sa pensée théorique est déjà affirmée : athéisme, éloge nietzschéen de la vie, hédonisme, anarchisme. » « Politique du rebelle » (1997), quitte l’Education nationale pour fonder en 2002 l’Université populaire de Caen. 2005 « Traité d’athéologie » est un best-seller (215 000 exemplaires plus la version de poche et les traductions). Il aime la confrontation. D’où « le Crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne » (600 p) où il présente la psychanalyse comme « une hallucination collective appuyée sur une série de légendes », ouvrage quelquefois injuste. « Onfray réhabilite un discours d’extrême-droite » déclare Elisabeth Roudinesco. Mais Pascal Brukner qui n’est pas de son camp observe dans l’Obs : « C’est quelqu’un qui ne s’est jamais remis de ses parents pauvres. Il a dû se battre pour s’imposer, il a eu faim socialement, et dans cette faim, je me reconnais. Même aujoud’hui, la blessure sociale ne se referme pas, et là aussi je me reconnais en lui, car je sais que ce sont des choses qui ne cicatrisent jamais. » Il a toujours refusé de faire allégeance, vit simplement, aime claquer des portes : « Je n’ai peur de rien, surtout pas de la solitude. » D’où ses retournements successifs. Il préfère « une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL » mais également l’inverse. Ses raccourcis ne sont pas toujours compris mais « c’est (sa) manière de défendre les prolos. » (dixit). Alain Finkielkraut, auteur de « l’Identité maheureuse » dit de lui : « Je n’approuve pas son livre sur Freud, par exemple. Mais j’avais lu son livre sur Camus, et j’y ai vu une prise de distance avec le progressisme qui m’a plu. » Dans sa « Contre-Histoire de la philosophie » il démolit les grands penseurs en montrant ce qu’il y a de pire en eux, ce qui est une façon de dire au public : « On vous a dit que la philosophie demandait beaucoup d’efforts. On vous a menti : ne vous ebêtez pas à lire ces textes compliqués, ça ne servira à rien. » (Michaël Foessel). Son père est mort, il y a cinq ans, dans ses bras : « Il m’a transmis un héritage, il m’invitait à la rectitude contre les chemins de traverse, à la droiture contre le zigzag, à la vie deboute, à la parole pleine. » Il écrit des haïku :

« Babel dérisoire

Posée sur le sable

Vanité des vanités »

  1. 21 PHI Onfray Bobin 2015-10-18

Michel Onfray et Christian Bobin nourrissent une amitié poétique, fait d’un désir de rencontre de Michel Onfray « être de silence et d’attention à l’autre » (C.B) Ils ont beaucoup parlé, notamment de Jean Grosjean qui a beaucoup marqué C.B et désignait Dieu comme « l’abîme intérieur ». Michel Onfray, de son côté, avait commencé une autobiographie intime pendant l’agonie de sa femme, sous forme de haïkus. C.B se réjouit de voir un philosophe s’intéresser à la poésie. M.O reconnaît la puissance des mots « âme », « au-delà », « mystère » à travers des grillons qui chantèrent une première et une dernière fois, le 1er mai, jour dédié à la mort de son père. Or celui-ci lui avait offert deux grillons qui disparurent mystérieusement. Pour C.B « La poésie est une pensée supérieure. Elle s’adresse au plus intime de nous, à ce qui tremble à l’heure de mourir ou d’aimer ». Pour comprendre l’atrocité des geôles soviétiques, il évoque le « Requiem » de la poétesse Anna Akhmatova : « Non, ce n’est pas moi, c’est quelqu’un d’autre qui souffre. Souffrir ainsi je ne l’aurais pas pu. » M.O note que la poésie n’a pas d’action sur le monde mais sur quelques individus qui, eux, en ont. Lire, écrire de la poésie c’est pour lui prendre un « bon cordial » qui ranime et réchauffe le cœur. (d’après des propos recueillis par Astrid de Larminat, Figaro, 15 oct 2015)

Lire : « Les petits serpents » tome II de Michel Onfray (Galilée)

« Noireclaire » de Christian Bobin (Gallimard »)

La poésie était le jardin secret d’Hannah Arendt. Elle écrit : « Penser poétiquement. » « Ce n’est que des poètes que nous attendons la vérité, et pas des philosophes, dont nous attendons de la réflexion » écrit-elle dans son « Journal de pensée » écrit après 1950 : elle retrouve Heidegger ; ils échangent des poèmes d’une grande beauté. « De tous les objets de pensée, la poésie est la plus proche de la pensée » écrit-elle dans « La Condition de l’homme moderne » (1958) Elle ne croyait pas à la poésie engagée de Brecht. (A.L Figaro même date)

Lire aussi « La vraie gloire est ici » de François Cheng. Gallimard.

 

  1. 21 PHI Onfray Cosmos 2015-09-18

Dans « Cosmos » Onfray s’en prend à la Genèse : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux, sur toutes les bêtes sauvages et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. » Par décision divine, la bête devient ustensile, chose parmi les choses, et va pouvoir « fournir la force de travail par la traction,un moyen de locomotion pour la paix, mais aussi pour la guerre, une usine à nourriture avec lait, beurre, crème, viande, œufs, une réserve de peaux, de cuirs, de poils, de tendons pour s’habiller, se loger, se protéger. » (Onfray) « Les religions vivent d’idéal ascétique ; l’idéal ascétique invite à mourir au monde de son vivant : mourir au monde de son vivant est pire que mourir un jour véritablement ; mourir un jour véritablement se prépare ; cette préparation suppose la philosophie – qui est connaissance véritable du monde véritable et récusation des fables et des fictions » (Onfray) « Il n’y a qu’un monde et pas d’arrière monde ; que de la physique et pas de métaphysique ; que de la psychologie et pas de métapsychologie » (Onfray). D’où la nécessité de « ceux qui philosophent en dehors des clous. » (Onfray) (d’après Robert Maggiori, Libé 2 avr 2015)

 

  1. 21 PHI Onfray et Marine Le Pen 2015-09-17

Libération (15/9) pose le problème de leur rapprochement notamment pour cette phrase de Michel Onfray  : « Le peuple [français] se voit marginalisé » la priorité étant donnée aux « grands-messes cathodiques de fraternité avec les populations étrangères accueillies devant les caméras du 20 heures ». Sur France Inter le 15 septembre Patrick Cohen soumet cette phrase à Marine Le Pen. Elle commente : « Je partage intégralement ce propos, intégralement… Je partage intégralement cette analyse. » Il est vrai que dans un entretien au Figaro Onfray déclarait : « C’est à ce peuple que parle Marine Le Pen. Je lui en veux moins à elle qu’à ceux qui la rendent possible. » Et toujours sur France Inter Marie Le Pen de dire : « Quand je vois M. Onfray qui est stigmatisé, accusé dans « Libération » aujourd’hui, je me dis qu’il y a un respect pour la pensée, un respect pour l’esprit libre qui est en train de disparaître. » (d’après D.F. Canard 16 sept 2015 « Une Onfrayante main tendue »)

Roger et Alii

Retorica

2 570 mots, 15 400 caractères, 2016-06-17

 

 

 

 

 

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