21 PHI BHL L’Esprit du judaïsme 2016-02-13

Pourquoi classer Bernard-Henri Lévy parmi les philosophes ? Parce qu’il en est un. Pourquoi ne pas classer son dernier livre dans la section 26 RELigion ? Parce que son propos se veut universel. L’une des plus belles histoires sur l’Election est un midrach (anecdote) du Talmud. Dieu a créé le Mal et en même temps son antidote la Torah. Respecter la Torah c’est tenir le Mal à distance. Encore faut-il que les hommes acceptent la Torah. C’est ce que Dieu fait au Sinaï. Ce devrait être facile puisque Dieu précise : « Que les hommes m’oublient, peu importe s’ils respectent la Torah car je suis dans la Torah, dans la Loi. » Dieu propose donc aux 70 nations (c’est-à-dire toute l’humanité) cette Loi bénéfique. Toutes refusent ce choix, cette Election. Sauf une nation : le peuple juif. Mais avec beaucoup, beaucoup de réticences. Au point qu’exaspéré, l’Eternel le menace de renverser sur lui la montagne du Sinaï. Et il ajoute : « Tu feras et tu entendras ». Et non pas l’inverse. Il s’agit de faire d’abord ce qui est demandé. Ensuite on l’entendra, on le comprendra. C’est ainsi que le peuple juif reçoit l’Election, malgré lui, au prix d’un véritable chantage. Il s’empresse d’ailleurs de trahir cette Election en adorant le Veau d’or. Descendu de la montagne Moïse voit le désastre et la colère de l’Eternel : « Je vais détruire ce peuple et en refaire à autre, à partir de toi, Moïse. » Mais Moïse refuse et contraint Dieu à la clémence. (d’après Genèse, 32, 1 – 14)

Prise de notes et numérotation de Retorica.

(1) A. Libération

Entretien avec Laurent Joffrin et Robert Maggiori (Libération, 4 fév 2016).

« La Torah est un livre infini, un livre-homme… Lire le texte juif, le lire comme il doit être lu, c’est produire un universel… » (citation) « … les juifs sont venus au monde moins pour croire que pour étudier, non pour adorer, mais pour comprendre… la plus haute tâche à laquelle les convoquent les livres saints n’est ni de brûler d’amour ni de s’extasier devant l’infini, mais de savoir et d’enseigner. » (citation)

(…)

Le judaisme : « Ce n’est pas un particularisme, mais un universalisme. Il n’exalte pas une identité, mais l’effort pour dépasser, compliquer, enrichir, les identités. »

(…)

« … la Loi, la Loi juive, n’a pas été donnée aux seules tribus d’Israël, mais à tous les hommes, absolument tous, sans exception – et à l’homme en général. Il y a une page du Talmud qui commente le verset de « l’Exode » sur le don de la Torah à Moïse. Le Talmud a cette image : chaque mot de la Torah est comme « une personne ». Et il ajoute que cette personne a, non pas un, mais « 70 visages ». Alors, pourquoi 70 ? Parce que c’est le nombre des nations. Et parce que chaque nation, pour ne pas dire chaque sujet, peut et doit donc trouver son visage dans le verset. »

(…)

(2) On peut donc presque tout partager dans le judaïsme : « L’idée que l’éthique est plus importante que la loi. Ou que le rapport à l’autre l’emporte sur le rapport à soi-même. Ou encore que ce que l’on fait compte davantage que ce que l’on est. »

(…)

« On peut être juif, profondément juif, sans « croire » en l’ « existence de Dieu »

La question centrale est celle de l’étude : « Ou, si vous préférez, le savoir, l’intelligence, le commentaire inlassable d’une lettre ou l’esprit est comme replié (…) … l’étudiant qui doute plutôt que l’homme de foi qui n’étudie pas. »

Jankélévitch et Lévinas en leur temps étaient mal compris. Même la fraternité avec Sartre restait abstraite. « La préférabilité d’autrui reste, presque entièrement, à reconstruire. »

(3) La démocratie a deux ennemis aujourd’hui : l’islamisme radical et le Front national. « Ce n’est pas parce qu’on l’a diabolisé qu’il a progressé – c’est parce qu’on a cessé de le diaboliser qu’il est allé vers les sommets. » Il faut dire la vérité aux électeurs du Front national : « … ils se mettent provisoirement hors jeu » : après l’affaire Dreyfus Clémenceau n’a pas composé avec le parti anti – dreyfusard, « Ni Blum avec les Ligues. Ni Pierre Mendès France avec ceux des électeurs que représentait, à l’Assemblée, ce bloc de députés communistes dont il refusa de comptabiliser le soutien. On est, avec le Front national, dans une situation similaire. »

(…)

« Il arrive au peuple de se tromper. Il arrive au peuple de choisir le pire. Et le rôle de ce que vous appelez les élites est, alors, de le dire. Les Anciens avaient deux mots distincts (le « demos » et le « laos »pour les Grecs ; le « populus » et la « turba » chez les Romains) pour être sûrs de bien faire la différence entre le peuple-roi des démocraties et la plèbe, esclave de ses propres penchants criminels, qui en est la caricature. Ils avaient raison. »

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(4) « Onfray, dont on vient de parler, n’a pas la pensée construite de Finkielkraut. Lequel Finkielkraut ne banalise pas, comme Zemmour, Vichy. Reste qu’il y a entre eux, un air de famille. Celui que je reconnaissais, il y a déjà trente-cinq ans, dans « L’Idéologie française ». Je n’aime pas ça. Ce n’est pas la France telle que je la conçois. » Finkiekraut « commet, à mon sens, deux erreurs : d’abord se fixer sur cette question d’identité » car « ce qui est intéressant c’est ce que l’on devient autant que ce que l’on est ». Seconde erreur « sa défense de Renaud Camus et sa fixation sur l’islam ». Il y a effectivement unr bataille à l’intérieur de l’islam (Lumières contre fondamentalisme) mais l’islam n’est pas en guerre contre la France. Il faut rejeter ce discours simpliste dans ces quartiers d’immigration. Il y a aussi le risque de la « néoradicalité » : « Alain Badiou voyant la main du capital derrière le jihadisme. Ou Mélanchon attaquant Hollande avec des accents qu’on dirait pris à Marine Le Pen. »

(…)

Son amitié pour Sarkozy : « … l’amitié n’est pas une catégorie politique ». Hollande n’a pas démérité. Belle scène dont on s’est beaucoup moqué : « … d’un Président, tête nue, sous la pluie, face aux marins de l’île de Sein. Cette image était belle. »

(…)

(5) Quand un peuple se soulève « votre devoir est de lui répondre. Ça, pour le coup, c’est la vraie mémoire de la gauche. L’internationalisme contre le non – interventionnisme. Le souci du monde contre le nationalisme. La générosité contre cette saloperie qu’est, aujourd’hui comme hier, le souverainisme. C’est quoi le souverainisme ? C’est l’idée que le droit n’existe pas ou qu’il est, plus exactement, sujet à la loi des frontières. »

(…)

Intervention en Libye : « Si on n’était pas intervenu, si on avait laissé Khadafi aller au bout de ses projets meurtriers, la Libye serait devenue une deuxième Syrie. «  (…) « … on a avec la Syrie, le modèle, symétrique encore, de ce que donne la non-intervention. Bilan ? Un pays vidé de ses habitants. Le flot des réfugiés et des migrants. Et 300.000 mots. Et Daesh, non pas dans trois villes, mais dans la moitié du pays. » Il fallait intervenir en Syrie. « Il y a en philosophie, une théorie qui est la théorie de la guerre juste et qui va de la grande pensée juive à l’Américain Michael Walzer en passant par saint Augustin et saint Thomas ? Une guerre est juste, dit cette théorie, quand un peuple est massacré, qu’on a épuisé tous les recours pour arrêter ce massacre et qu’on estime que la guerre fera moins de mal que la non-guerre. C’était – c’est toujours – la situation en Syrie. » Il rappelle Churchill : « On accepte le déshonneur croyant éviter la guerre. Et, à l’arrivée on a le déshonneur et on a, quand même la guerre. »

(6) B. Figaro

Propos recueilli par Jean-Marie Guénois. Figaro 4 février 2016

L’Esprit du judaïsme » vient trente-sept ans après « Le Testament de Dieu » .

Le judaïsme n’a pas besoin d’être défendu, mais les juifs, si. L’antisémitisme devient une religion planétaire. Trois propositions :

« Les juifs sont les amis d’un Etat assassin : c’est l’antisionisme. Les juifs sont des trafiquants de mémoire, ils se servent de leurs martyrs pour intimider le monde : c’est le négationnisme. Les juifs, enfin, sont haïssables parce qu’ils monopolisent le capital mondial de compassion disponible et qu’ils empêchent les hommes de s’émouvoir sur le sort, par exemple, des Palestiniens : c’est le thème idiot mais terriblement efficace, de la compétition victimaire. Ces trois propositions sont les trois composants d’une véritable mombe atomique morale. Si on les laisse s’assembler, faire nœud, être mis à feu, l’explosion sera terrible. Car il sera de nouveau possible, pour de larges masses d’hommes et de femmes, d’être antijuifs en toute conscience. »

« Nous n’avons rien contre les juifs, mais ils ont tué le Christ (l’Eglise), mais ils l’on inventé (Voltaire), mais ils sont les amis du grand capital et les ennemis de la classe ouvrière (les socialistes du début du XX° siècle) ». « … c’est la même chose avec ce cocktail détonant qu’est l’association de l’antisionisme, du négationnisme et de la compétition mémorielle : ensemble, les trois peuvent de nouveau donner le sentiment que l’antisémisme est un discours, certes regrettable, mais normal, presque salubre. »

(…)

(7) « Je crois que les juifs de France ont globalement compris que c’est en se cachant qu’on se désarme et en s’affirmant qu’on se renforce. » (…) « … Une révolution philosophique avec Emmanuel Lévinas nous rappelant qu’il y a autant de pensée dans une page du Talmud que dans un dialogue de Platon. Une révolution littéraire avec Albert Cohen et ce prodigieux « Belle du Seigneur » dont le personnage principal, Solal, aura été le premier juif éclatant, solaire, beau de l’histoire de l’imaginaire français. Et puis un ébranlement politique avec l’histoire des contemporains de Benny Lévy, cet ancien chef des maoïstes français devenu le secrétaire de Sartre et substituant au projet révolutionnaire de sa jeunesse une aventure messianique. Les juifs français d’aujourd’hui sont les héritiers de ces trois gestes. Ce sont eux, ces trois gestes, qui font que l’identité juive peut être une identité heureuse et nouer, à partir de là, sans honte quoique sans orgueil, un dialogue fécond avec les autres. »

(8) Les juifs sont forts parce qu’ils ont des alliés solides, les chrétiens, que leurs ennemis sont idiots, illettrés, « rien à voir avec les Céline ou les Paul Morand qui avaient, hélas, du génie. » (…) « Ils sont forts, enfin, d’une force intérieure dont les antisémites, de gauche comme de droite, n’ont pas la moindre idée – et qui est la force de l’esprit. » C’est « la confiance dans l’intelligence. L’idée qu’une parole ne vaut, et n’est éventuellement sainte, que si elle est commentée, discutée, reprise à l’infini, étudiée. Le contraire, autrement dit, du dogmatisme. » Ce qui s’oppose à la pensée figée, répétée bêtement qui revêt, selon le Talmud, « des vêtements déjà portés par d’autres. »

(…)

« On n’est pas orthodoxe quand on lit trop de Talmud. On l’est quand on ne le lit plus assez. Ou quand on cesse, en tout cas, de le lire avec la liberté d’invention qui fut le propre des vrais maîtres. »

(…)

(9) Le « génie du judaïsme » fait référence au « génie du christianisme » de Chateaubriand. « Qu’est-ce que le christianisme a apporté au monde, demandait Chateaubriand au lendemain d’une Révolution française qui avait, dans le plus pur style Daesh, saccagé les autels, vandalisé les églises et décapité les statues de rois ? Eh bien, je pose la même question, mais à propos du judaïsme : ce qu’il ajoute au monde, de quoi il enrichit le reste de l’humanité, cette part de poésie et de beauté, ce sens de l’éthique, ce sens de l’humain dont les humains seraient amputés si, ce qu’à Dieu ne plaise, il n’y avait tout à coup plus de juifs. »

(…)

C’est l’ « universel secret ». « Il est comme ce sable de l’annonce faite aux patriarches (« Ta descendance sera comme le sable de la mer »), mais un sable qui se mêlerait au limon des nations pour en conjurer la ténèbre, la lourdeur, la part nocturne et dangereuse. C’est le vrai sens de l’Election. « Elu » en hébreu, veut dire littéralement « trésor ». Et je crois que la singularité juive est le trésor secret des nations.

(…)

(10) « La langue française doit beaucoup à l’hébreu. Je montre que notre idée du droit, des droits de l’homme, du contrat social et républicain, doit énormément au paradigme du royaume des Hébreux tel qu’on le trouve dans le livre de Samuel. Et puis il y a la colossale affaire Proust, ce juif secret, ce quasi-marrane, dont je montre qu’il était un lecteur du Zohar, qu’il a construit toute la « Recherche » comme une sorte de nouveau Talmud et que son judaïsme a fonctionné comme un puissant levier pour relever une littérature française qui, de Mallarmé à Dada et de Rimbaud à Lautréamont, était en train d’expérimenter toutes les façons qu’a une littérature de mourir. »

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(11) Il ne regrette pas son engagement en Libye mais cette « galère » n’était franchement « pas son genre » pour paraphraser Proust. « Et là s’est imposé le nom de Jonas, le prophète Jonas, qui est l’une des figures les plus énigmatiques de l’Ancien Testament car il est, comme vous le savez, le seul de tous les prophètes à qui il est ordonné d’aller chez l’ennemi, au contact du pire, pour y tenir une parole de vérité. C’est ça pour moi l’expérience libyenne. C’est cet impératif d’aller au devant, non seulement de l’autre, mais de l’altérité en ce qu’elle a de plus radical. C’est précisément ce que j’ai fait. »

(…)

Il faudra juger l’expérience libyenne sur la durée. Pour la première fois on a vu « des aviateurs français et américains, des présidents Sarkozy et Obama prendre pour la première fois le parti d’un peuple contre son tyran. C’est très important. C’est d’ores et déjà, une date majeure dans le calendrier métapolitique de notre temps. »

(…)

(12) Il a différé l’écriture de ce livre, le plus secret, depuis plus de vingt ans, depuis la guerre de Bosnie. Il l’a fait « dans l’anxiété et la rage » « face à cette France que j’aime tant mais qui est tout de même aussi celle de l’assassinat d’Ilan Halimi, de cette école toulousaine où l’on tue une fillette juive d’une balle dans la tête juste parce qu’elle est juive ou celle des manifestations propalestiniennes où l’on crie « mort aux juifs » dans les rues de Paris. »

(…)

Il reprend la questions restée « en suspens, il y a trente-sept ans, dans « Le Testament de Dieu » : en quoi importe-t-il à l’économie, non seulement du monde mais de l’Etre que perdure l’exception juive ? »

(…)

(13) « Dieu est en retrait ». « C’est, je crois, l’expérience juive fondamentale. Et probablement aussi, la grande différence avec le christianisme. Le chrétien croit ; le juif sait. Pascal joue le pari ; Maïmonide la connaissance. L’expérience chrétienne dans ce qu’elle a de plus génial et de plus beau suppose le saut dans la foi, la communion avec le Seigneur ; l’expérience prophétique, dans son propre et prodigieux génie, est plutôt celle du ciel vide et du Dieu qui, comme chez les kabbalistes, se retire du monde et menace de le décréer. Je vais trop vite, bien sûr. Jean-Luc Marion, mon condisciple de la Rue d’Ulm, me répondrait que la foi, elle aussi, est un savoir et que le chrétien reste un juif dérivé. Mais enfin c’est tout de même, en gros, en très gros, ma vision de la chose. »

(…)

Dieu est là, sans l’être. « Il a créé le monde – mais peut, tout aussi bien, le décréer. C’est l’intuition si belle, et si terrible, de Rabbi Haïm de Volozhin, l’un des inspirateurs permanents du livre ». La question n’est pas celle d’un Dieu personnel qui a voulu le Mal ou l’a laissé faire. C’est du judaïsme vu avec les lunettes catholiques. Il reste proche de sa sœur, convertie au christianisme et à une communion mystique avec le Christ. Il trouve qu’elle va trop vite, qu’elle brûle les étapes pour en venir au « Arrive Feu » de Hölderlin. « Elle se situe dans un imaginaire qui n’est tout-à-coup plus le mien. » (…) « Au stade où elle est parvenue, seule une dispute à l’ancienne, une « disputatio » pourrait peut-être permettre d’y voir clair. Je ne sais pas. »

(…)

(14) La personne du Christ ne le trouble pas. « Pour moi, le Christ est un grand juif, d’exception, mais c’est un juif quand même et je n’ai jamais eu de problème particulier avec ça. Le problème, c’est la foi, cette foi de ma petite sœur qui diffère, oublie, jette aux orties le commandement « Tu feras et tu entendras » qui est le cœur de mon judaïsme mais dont je vois bien qu’elle a perdu le sens. »

(15) C. Le Monde

(d’après un compte rendu de Roger-Paul Droit, Le Monde, 12 février 2016)

(…)

« Loin de refuser toute identité, le voilà qui affirme, à contre-courant de l’air du temps et de ses miasmes, son appartenance au judaïsme, son amour pour le peuple juif, sa fierté d’en partager l’esprit, son désir d’en étudier la langue, les maîtres et leurs controverses. Il le clame avec son habituelle flamboyance, mais aussi une tendresse neuve, humble et charnelle, presque timide, qui étonne avant d’émouvoir. »

C’est la suite du « Testament de Dieu » (Grasset 1979)

« … tendance excessive à l’héroïsation » (…) « goût prononcé pour le vent de l’Histoire, les confidences personnelles d’auteurs célèbres, la fréquentation des puissants. Pourtant, l’essentiel a changé. Ou plutôt se dit tout autrement. » (…) « confiance profonde dans la France d’aujourd’hui, confortée par l’intrication multiséculaire des juifs et de l’identité française. Preuve de cet entrelacs : la langue du talmudiste Rachi dans la Champagne médiévale, l’écriture de Proust dans le Paris des Temps modernes. » Pourtant inquiétudes. « Le seul antisémitisme véritablement actif, dangereux et virulent rapproche désormais antisionisme, négationnisme et concurrence victimaire. » Aucune grande voix ne porte cet antisémitisme : « pas de Céline, de Giraudoux, de Drieu ». Mais « en quoi  la haine anonyme, vulgaire, numérisée serait-elle moins destructrice que celle des clercs ? Pourquoi la République, que l’on a déjà vu s’affaisser, garantirait-elle à jamais la sécurité ? »

(…)

(16) « Ce qui touche réellement est la fidélité, mais aussi l’aveu de fragilité, de perplexité » Le livre de Jonas pour approcher le destin du peuple juif «  « peuple-sable », porteur d’un « universel secret », accompagnant tous les autres, animé d’une « force traversante » mais se retrouvant étranger jusque chez soi. »

(…)

« Apprendre l’hébreu, vivre selon la loi juive serait faire le pas alliant l’esprit et la lettre en une mise en acte. « La partie commence à peine. » Telle est la dernière phrase. »

(17) D. Roland Jaccard « Bernard Henri-Léy, un bretteur chez Ruquier », La lettre de Causeur, 15 février 2016

« BHL, au nom du judaïsme, se croit investi d’une mission. On peut lui reprocher sa mégalomanie, son narcissisme, voire sa naïveté, mais pas sa sincérité.

« Bernard-Henri Lévy est un rhéteur hors pair et un bretteur incomparable. Il l’a prouvé, une fois de plus, chez Laurent Ruquier en défendant son livre L’Esprit du judaïsme qui aurait pu s’intituler Le Génie du judaïsme évoquant ainsi les mânes de Chateaubriand et de son Génie du christianisme. Ce que le monde doit aux juifs, il a eu raison de ne pas trop y insister. Ce que le monde perd sans eux, il faut vraiment être atteint de cécité spirituelle pour ne pas le voir. Et pourtant, l’antisémitisme renaît dès lors qu’on croit l’avoir asséché.

(18) « Le venin antisémite toujours présent. Bernard-Henri Lévy, quitte à plonger ses interlocuteurs dans la perplexité, n’a pas manqué, et à juste titre, de rappeler que le venin antisémite est toujours présent dans la société française dès lors qu’on évoque Israël ou des hommes d’Etat comme Laurent Fabius ou Dominique Strauss-Kahn. Il aurait pu ajouter que le nouvel antisémitisme qui débarque allègrement des pays arabo-musulmans fait peser sur les juifs de France une menace pire encore. On ne pouvait pas ne pas songer en l’écoutant au mot de Billy Wilder s’exilant aux États-Unis : « Les juifs optimistes ont fini à Auschwitz, les pessimistes à Hollywood. » Bernard-Henri Lévy, tout en distinguant parfaitement le racisme de l’antisémitisme, pèche sans doute par optimisme en esquivant les menaces que font peser les arabo-musulmans sur l’Europe. Et, plus encore, en imaginant un Proche-Orient apaisé. Léa Salamé n’a pas eu tort de citer un conseiller d’Obama disant qu’intervenir militairement ou s’abstenir est également catastrophique.

(19) « BHL le missionnaire. Bernard-Henri Lévy, au nom du judaïsme, se croit investi d’une mission. On peut lui reprocher sa mégalomanie, son narcissisme, voire sa naïveté, mais pas sa sincérité. Certains le rangeront volontiers dans la catégorie des « besser-waïsser », expression yiddish dont la traduction la plus fidèle s’exprime dans cette histoire juive : « Quelle est la différence entre Dieu et un juif ? Dieu sait tout, un juif sait tout mieux. » Pourquoi pas ? Mais il reste le panache du personnage, même sans chemise blanche, son ironie d’homme blessé et une volonté de comprendre l’incompréhensible qui, à titre personnel, me touchent.

En revanche, qu’il écarte d’un revers de la main Spinoza du judaïsme, alors qu’il en est la gloire, me fait douter de son jugement…. et parfois du mien aussi. »

Roger et Alii

Retorica

3680 mots, 21 100 caractères, 2016-02-15

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