21 PHI mode d’emploi 2014-08

1. Lien avec Retorica. Il ne s’agit pas du mode d’emploi de la philosophie en elle-même mais du mode d’emploi de la section 21 PHI philosophie. Le contenu de cette section s’est dessiné au fil des ans, des textes et des échanges. En particulier la notion de “projet personnel” indique qu’il s’agit pour chacun(e) d’approfondir sa propre vérité actuelle et de mieux comprendre celle des autres. Le système personnel de croyances est appelé à s’enrichir au fil des expériences, à se modifier, voire même s’inverser. Il suffit d’un évènement traumatisant pour que le croyant cesse de l’être ou que l’incroyant embrasse la croyance qu’il refusait. Il suffit quelquefois d’une seule phrase lue ou entendue pour transformer une vie. Le sujet est évidemment très chargé de passion car les croyances (même si elles évoluent) sont au cœur même de notre personnalité. Chacun a l’impression que sa vérité est la vérité.

2. Laïcité.Avoir une attitude d’enseignement laïque ne serait pas s’abriter derrière une impossible objectivité frileuse, mais se donner les moyens d’offrir aux enfants des réponses à leurs questions, qui ne fassent pas appel aux croyances, à la pensée magique ou aux dogmes”. (Table ronde “Laïcité”, ICEM Journées d’études, Rouen, 1998). Cette prise de position est en elle-même une croyance. Un lecteur de la Croix (Roger Michel, de la Drôme, 19 août 1999) citait l’anecdote suivante : “Récemment, lors d’une réunion islamo-chrétienne, un chrétien affirmait hautement sa foi en le Christ, seul médiateur entre Dieu et les hommes et en tirait la conclusion suivante : “Malheur à moi si je n’évangélise pas. J’ai la vérité. Aucune compromission n’est possible avec l’islam.”Face à cette attitude fermée le même lecteur disait qu’il faut apprendre à penser l’absolu de Dieu dont toute religion se réclame légitimement comme un absolu relationnel (“avec”) et non comme un absolu d’exclusion (“contre”) ou d’inclusion (“dans ou au-dessus”); Et il concluait sur une citation du journal de F. Christophe, moine martyr de Tibhirine : “Il y a dès lors non pas seulement de nombreuses voies vers le sommet du mont Fuji, mais ces nombreuses voies doivent s’entrecroiser et se renseigner les unes sur les autres si elle veulent toutes parvenir au terme de leur voyage”. (Le Souffle du don p. 87-88).

Je propose de méditer le contenu de cette lettre pour aborder au fond le problème de la laïcité. Car celle-ci participe du sacré. Bien qu’elle s’en défende. Mais comme le disait le grand poète portugais Pessoa : “L’absence de Dieu est encore Dieu.” Ce qui veut dire qu’on n’échappe pas au sacré. On le trouve partout y compris dans les régimes les plus athées. Pensons à la sacralisation du président Mao. On peut en lire des témoignages effarants comme celui de Jung Chang “Les cygnes sauvages, Les Mémoires d’une famille chinoise de l’Empire Céleste à Tiananmen”. Plon 1992. Ce mécanisme de sacralisation est tout à fait normal mais il faut l’identifier, le surveiller et le canaliser. L’identifier suffit d’ailleurs à le canaliser. Il faudrait examiner de plus près cette dernière affirmation.

3. La section 8 du classeur de français. Dans mon enseignement, jusqu’en 1996, la section 8 du classeur de français était consacrée au « projet personnel » et aux notions ou textes qui pouvaient tourner autour. La page 800 présentait le sujet sous le titre « Projet personnel. Philosophie ». Avec le recul d’un quart, voire d’un tiers de siècle je vois mieux ce que j’aurais pu ou dû faire et que je n’ai pas fait alors. Je donnais une page 800 assez brève que j’avais concoctée et que je refaisais tous les ans. Nous la lisions ensemble et nous faisions un débat avec prise de notes au tableau. Tout le monde recopiait ces notes, y compris le professeur sur une feuille volante qui ne volait pas longtemps puisqu’elle était numérotée (801) et prenait place dans le classeur de français. Nous avions donc :

800 : Projet personnel. Philosophie

801 : Débat sur la p. 800 Projet personnel.

Je variais les approches en fonction des années et des niveaux (seconde à BTS) mais je partais toujours d’un cours magistral bref mais polycopié. Et là était l’erreur.

4. Débat muet. Je-nous-dicte. Si j’avais à refaire cours, et cela m’arrive souvent en rêve, je procéderais différemment. La page 800 viendrait en cours d’année, comme je le faisais alors mais je confondrais les deux pages 800 et 801 en une seule :

800 : Projet personnel. Philosophie. Débat.

Avec simplement ce titre j’entamerai avec la classe un débat du type je-nous-dicte.

27 RET je-nous-dicte 2011_01_16 (extrait)

(…) 2. « Pour un retour au calme, car ils copient en parlant mais plus calmement.” Claire-Marie dans un autre mail pose carrément le problème du cours magistral (2008_11_10) : “Peut-être y a-t-il une issue possible du côté de la négociation autour du cours magistral ? Ils veulent cela, d’accord, mais à TES conditions : un cours magistral, c’est le cours du maître. Donc pas de bavardages pendant ce temps. S’ils bavardent, c’est qu’ils ont des choses à dire… et dans ce cas, le cours magistral ne l’est plus…. Bref, c’est l’histoire du beurre, de l’argent du beurre et du sourire de la crémière. La difficulté est aussi de les responsabiliser.

3. Ceci me ramène à une technique que faute de mieux jai appelé le “je-nous- dicte” et qui faisait partie de mon “armature” de méthodes, cest-à-dire de techniques qui se renvoyaient les unes aux autres en un ensemble cohérent. Je suis un ancien élève du technique qui ai choisi dès 1965 denseigner le français dans cette filière alors très déconsidérée (pensez, on ne préparait pas le bac mais des brevets…). Jenseignais surtout dans le technique industriel, ma filière de prédilection étant, en fin de carrière, les MAI (mécanismes et automatismes industriels), de la seconde au BTS. Jaimais le comportement “brut de coffrage” de ces élèves “ (du type : “Monsieur, au fond, vous ne pensez pas que la littérature cest de la merde ?”). Il leur fallait des choses très cadrées, y compris dans lévaluation, sinon cétait la panique au sens plein du terme. Grâce à cette “armature” jai survécu, serein, à toutes les tempêtes pédagogiques.

4. . Cest donc dans ce contexte que jai inventé une variante très intéressante du cours magistral, le “je-nous-dicte”. En voici le principe : tout en discutant avec la classe dont je recueille les avis émis oralement ou silencieusement par écrit (les a6) je nous dicte le meilleur de ces interventions en veillant à leur correction grammaticale et stylistique. C’est très formateur. Dans l’explication « je-nous-dicte » j’arrive totalement vierge, comme les élèves. J’ai évidemment un peu préparé le texte chez moi mais à peine. Et puis jai tout de même plusieurs dizaines dannées de pratique. Nous lisons le texte et nous démarrons. Le « j-n-d » est très lent et je fais totalement confiance à la classe. S’il faut corriger stylistiquement un apport oral, je le fais en nous dictant la phrase rectifiée. Pour moi, il n’y a pas d’écart entre l’oral et l’écrit. Cette remarque fondamentale va très loin. J’avance donc sur un terrain très traditionnel, et bien antérieur aux folies pédagogiques des années 1960 – 1970 qui dissociaient écrit et oral. Dans le système “je-nous-dicte” nous gardons tous, prof comme élèves, la même trace écrite, correctement et lentement rédigée (“Monsieur, vous allez trop vite”), consultable des années plus tard et qui portent témoignage de ce qui a été fait. Cela sert de preuve irréfutable près des parents et de ladministration. Et cela permet aux élèves des révisions efficaces.

5. Application du «je-nous-dicte » à la p. 800

800 : Projet personnel. Philosophie. Débat.

J’ai préparé des quarts de feuille vierge (format a6 pris dans la longueur). Je les distribue aux élèves. Je m’installe au bureau. Les élèves et moi-même avons devant nous une page a4 blanche sur laquelle nous avons noté ce titre. Je ne pose qu’une question : « Qu’en pensez-vous ? » Le débat commence. Il est double : oral et muet. Oral, les élèves lèvent le doigt, je leur donne la parole. Ils interviennent et « je nous dicte » leurs interventions en les mettant si besoin est en bon français. C’est donc en même temps un exercice de rédaction. En même temps, je reçois des interventions écrites sur quart de feuille que je communique à la classe selon la même formule « je nous dicte ». Il y a évidemment des interventions sur les deux pôles : qu’est-ce qu’un projet personnel ? qu’est-ce que la philosophie ? On note tout dans le désordre mais progressivement nous introduisons un semblant de fil directeur. L’exercie est épuisant pour tout le monde. Il ne dure que 45 mn. Le reste du temps est consacré à une relecture commune de nos notes. Il m’arrive de faire cet exercice en deux groupes. C’est plus facile à conduire et les résultats sont très différents. Je photocopie alors mes notes pour les deux groupes.

Je n’ai plus d’élèves. Mais celles et ceux qui en ont peuvent tenter l’expérience et me communiquer leurs pages 800. J’en ferai part à tous nos correspondants. Merci d’avance.

Roger et Alii

Retorica

(9.200 caractères)

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