21 PHI relativisme – scientisme – absolu – 2017-05

Cet article relève de la méthodologie trampoline. Il va un peu dans tous les sens sans perdre de vue son objet principal. Roger

(1) Un souvenir. Je me souviens, en classe de seconde, avoir été séduit par le truisme bien connu : « Tout est relatif sauf l’absolu ». Nous en discutions dans notre groupe d’amis mais sans beaucoup avancer. Bien avant nous Einstein s’en était tiré par une boutade :  » Tout est relatif. Mais il est une chose absolue dans notre monde. C’est l’humour.  » Le couple relatif – absolu a bien fonctionné notamment pendant le Romantisme. Balzac a écrit « La Recherche de l’absolu ». L’absolu a mauvaise presse de nos jours. Encore une boutade d’Einstein : « Il n’y a que deux façons de vire sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre comme si tout était un miracle. » C’est une bonne approche quoique très indirecte du problème. J’y reviens en fin d’article.

(2) Etymologies. Absolu : du latin absolutus d’où le mot « absolution » : remise des péchés dans la confession catholique. Apparition au XII° siècle avec le sens latin de absolutus « achevé, parfait » et « saint », « indépendant, qui s’exerce sans limite ». Latin « absolutius » : « achevé, terminé », absolvere : « détacher » et « détacher du péché » : « se débarrasser de », d’où sens de « achever », composé de ab- « à » et solvere : « dissoudre » La solution est une dissolution ! D’où la « solution de continuité » (1314 sens médical, 1546 sens concret, 1680 sens abstrait). « Le terme solution de continuité signifie « rupture, interruption qui se présente dans la continuité de quelque chose de concret ou d’abstrait »1 Cette expression vient du vocabulaire de la chirurgie : la solution de continuité, par exemple pour une fracture : il n’y a plus de continuité dans l’os, dans le sens, il est rompu. C’est une expression qui devrait être rangée dans la catégorie des faux amis. La plupart des gens comprennent le contraire de ce qui est signifié : ils peuvent croire en effet que solution de… signifie succès de… (ou garantie de…). En réalité, pour comprendre ce qu’elle signifie, on peut lui ajouter le préfixe dis-. De façon analogue, au Moyen Âge, on parlait d’ailleurs de solution de mariage pour désigner… le divorce. » (Wikipédia).

Relatif : du latin « relativus ». C’est un terme de logique (1370) utilisé en scolastique pour qualifier un terme qui est en relation indissoluble avec un autre terme. Dans ce sens il s’oppose au terme « absolu ». D’où le fameux truisme « Tout est relatif sauf l’absolu. » « Se dit des mots (les pronoms qui, que, quoi, lequel, dont, l’adjectif lequel, l’adverbe où, y) qui servent à établir une relation entre un nom ou un pronom, qu’ils représentent (l’antécédent), et une proposition, dite subordonnée relative. » (d’après Wikipédia).

 

(3) Balzac « La Recherche de l’absolu » (trois versions 1834 – 1839 – 1845) : Balthazar Claës est un bourgeois riche, cultivé, heureux en ménage, féru de chimie. En 1810 il rencontre un mathématicien polonais devenu soldat par nécessité. Celui-ci est sur le point de découvrir le secret de la matière. Balthazar décide de poursuivre sa recherche de 1810 à 1832. Il ruine plusieurs fois sa famille qui n’est sauvée du malheur que par le dévouement de sa femme et de sa fille aînée. Cette recherche de l’absolu fascinait Balzac sous l’aspect de la perfection : « Illusions perdues » (le papier parfait pour l’imprimerie Séchard) et « Le Chef-d’œuvre inconnu » (une peinture plus forte que la réalité). (d’après « La recherche de l’absolu » Wikipédia).

(4) Relativisme absolutisme scientisme. Tous les mots en – isme désignent une théorie, une philosophie ou une idéologie. C’est le cas du « relativisme » qui désigne, pour les papes successifs, toutes les théories qui ne relèvent pas du christianisme. L’absolutisme est la théorie politique du pouvoir absolu. Enfin le scientisme opposé au relativisme est le terme le plus intéressant.

(5) Relativisme. « Le relativisme est un « mouvement de pensée qui traverse les siècles depuis l’Antiquité gréco-romaine », pour désigner un ensemble de doctrines variées qui ont pour point commun de défendre la thèse selon laquelle le sens et la valeur des croyances et des comportements humains n’ont pas de références absolues qui seraient transcendantes. » (Wikipédia) « Les détracteurs du relativisme, comme Alan Sokal, ont fait remarquer que l’affirmation selon laquelle « il n’existe aucune vérité absolue » est trivialement auto contradictoire. En effet, si la proposition est admise comme vraie, alors elle doit s’appliquer à elle-même, et est en conséquence fausse. De même, l’énoncé simplificateur « Tout est relatif » pourrait être soumis à cette démonstration. (…) Parmi les opposants revendiqués au relativisme, le pape Benoît XVI a dénoncé dans un discours prononcé le 18 avril 2005, la veille de son élection, « une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs. » (« Déterminisme » Wikipédia.). Voici dans le même discours de Benoît XVI la citation complète : « Combien de vents de la doctrine avons-nous connus au cours des dernières décennies, combien de courants idéologiques, combien de modes de la pensée… La petite barque de la pensée de nombreux chrétiens a été souvent ballottée par ces vagues – jetée  d’un  extrême  à  l’autre :  du marxisme au libéralisme , jusqu’au libertinisme ; du collectivisme à l’individualisme radical ; de l’athéisme  à un vague mysticisme religieux ; de l’agnosticisme au syncrétisme et ainsi de suite. Chaque jour naissent de nouvelles sectes et se réalise ce que dit saint Paul à propos de l’imposture des hommes, de l’astuce qui tend à les induire en erreur (cf. Ep 4, 14). Posséder une foi claire, selon le Credo de l’Eglise, est souvent défini comme du fondamentalisme . Tandis que le relativisme , c’est-à-dire se laisser entraîner « à tout vent de la doctrine », apparaît comme l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle. L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs. »

http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=1811052_avril

 

(6) Relativisme – scientisme

« Relativisme et scientisme deux impasses ». Vidéo de 4.45 mn, ajoutée le 23 mai 2013

https://www.youtube.com/watch?v=_p3u0Jjjq8g

Interviews de Jean-Claude Ameisen, Pierre-Henri Gouyon, Etienne Klein et José-Alain Sahel réalisées à l’issue de la conférence plénière intitulée « Peut-on dire la vérité en science ? », organisée dans le cadre de l’édition 2013 du Forum Science, Recherche et Société.

Notes prises par Retorica :

 

– D’après Jean-Claude Ameisen Les deux risques sont totalement corrélés car les deux démarches affirment une certitude. Or la science travaille sur l’incertitude. On ne peut tout expliquer ni tout prédire. Quand le discours se dit porteur de certitude il se nie lui-même.

– D’après Pierre-Henri Gouyon Mais on ne peut liquider l’idée même de vérité, sinon on tombe dans un relativisme absolu, une philosophie du néant : il n’y a plus rien à penser sauf des valeurs localisées. Ainsi le laser aurait été construit à la suite d’essais et d’erreurs qui auraient abouti à l’appareil que nous connaissons. Il produit, par miracle, de la lumière cohérente. Or le laser a été pensé et conçu après que nos prédécesseurs ont compris la cohérence entre la matière et la lumière et cette compréhension juste a permis d’agir sur le réel et de créer le laser.

– D’après Etienne Klein C’est plus un problème d’incomplétude : la science accumule des données et nous savons que la recherche de demain sera encore plus féconde que celle d’aujourd’hui. La recherche transdisciplinaire est la bonne manière de lutter contre le relativisme. La recherche d’aujourd’hui est incomplète et a besoin de la recherche de demain.

– D’après José-Alain Sahel Relativisme et scientisme se renforcent l’un l’autre. Le scientisme prétend que nous avons la solution pour résoudre nos problèmes. Comme on sait que ce n’est pas possible on en vient à douter de la démarche scientifique elle-même et on tombe dans le doute du relativisme. Les questions de société échappent en partie à la science.

 

(7) Approche génétique et métaphysique de l’absolu. L’univers tout entier est animé par une énergie consciente qu’on appelle de noms très divers : Dieu, God, Allah etc. Nous en savons très peu de choses. Un peu comme si nous gravissions une pyramide par plusieurs versants comme le dit la religion bahaïe. C’est le mystère de cette vie que cherchent à percer la recherche scientifique, la philosophie, la poésie et « in fine » toutes les activités humaines. Les humains qui ont disparu, environ 18 milliards depuis la création supposée du monde, possèdent peut-être cette vérité. A partir de l’ADN des savants pourront-ils créer la vie ?

« L’ADN humain contient un code génétique qui permet au matériel génétique des cellules de fabriquer les molécules nécessaires à la vie et à la construction du corps humain. Depuis plusieurs décennies, les scientifiques savent que ce code génétique peut être traduit sous la forme de quatre bases de nucléotides, associées aux lettres ATC et G. Ces quatre lettres sont à la base de toute la vie. » d’après :

http://dailygeekshow.com/adn-synthetique-science-vie-etranger/

Pour un généticien l’absolu est la création d’une vie humaine à partir de l’ADN et des quatre bases de nucléotides. Mais cette vie consciente d’elle-même aurait-elle forme humaine ? et d’où viendrait-elle ? Une réponse, mais elle n’est pas d’ordre scientifique, est fournie par le « Sefer Yetzirah » (Hébreu, « Livre de la création »). C’est l’un des plus vieux livres de la cosmogonie juive. La tradition l’attribue à rabbi Akiva. (Virya « Le Sepher Yetsirah. Le Livre Kabbalistique de la Formation, textes, traductions et commentaires, éd G. Lahy, 1995, 182 p). A partir des trois Lettres Mères que sont Aleph, Mem et Shin, l’esprit de Dieu aurait créé l’univers par leurs infinies combinaisons avec d’autres lettres. Il serait possible de reconstituer une de ces combinaisons pour faire un Golem (hébreu : « cocon, fou, stupide »). Ce mythe est d’autant plus obsédant qu’il semble préfigurer une victoire scientifique possible dans cette recherche de l’absolu. Mais comment une vie consciente peut-elle venir ? Les traditions bouddhistes, notamment tibétaines, évoquent des âmes errantes cherchant à se réincarner à l’occasion d’une copulation humaine.

« Drukpa Kunley était un moine errant qui vivait au XVI° siècle. Se promenant dans la campagne il remarque un âne et une ânesse en train de folâtrer. Et en même temps, par son don de double vue, il voit un lama qui va mourir dans un château pas très loin de là. Il se précipite alors sur une bergère et tente de la violer. Comme elle est jeune et vigoureuse et que Drukpa Kunley est vieux et faible, elle lui échappe facilement et retourne en pleurs à la maison. Sa mère la console. Mais elle ajoute: « Drukpa Kunley devait avoir ses raisons. Retourne et fait ce qu’il te dira. » La bergère revient et Drukpa Kunley lui explique : « C’est trop tard. Le lama est mort. C’était un tulku qui n’a pas respecté ses vœux. Il est mort en état d’impiété. Et son âme a rejoint l’âne et l’ânesse que tu vois là. En essayant de te violer je voulais lui donner une chance de retrouver une incarnation humaine. Mais j’ai échoué. Dans la prochaine vie ce sera un âne. » Drukpa Kunley est un personnage historique, contemporain de Rabelais et qui lui ressemble beaucoup par son humour, son audace et ses critiques virulentes du clergé. Voir Le Fou divin, Drukpa Kunley, yogi tantrique tibétain du XVI° siècle, Coll. « Spiritualités vivantes», Éd. Albin Michel, 1982. L’histoire racontée a été recueillie par Alexandra David-Neel. Alexandra David-Neel, Mystiques et Magiciens du Tibet, Éd. Pocket, 1980.

http://www.retorica.fr/Retorica/26-rel-bouddhisme-attention-meditation-bt2-1997/

http://www.retorica.fr/Retorica/26-rel-renaissances-reperes-2014-06/

Nous sommes au-delà de la physique, dans la méta-physique pour reprendre la terminologie d’Aristote. Le scepticisme moderne a pris pour habitude de mépriser et d’ignorer ces récits antiques et lointains. Ils fournissent pourtant les clés qui nous manquent tellement.

 

(8) 21 PHI Jerphagnon – agnostique mystique – 2017-05-08

Lucien Jerphagon « L’astre mort » (Robert Laffont, 220 p). Editions Bouquins (2 tomes) Ce roman de jeunesse est une autobiographie voilée. Il a été prêtre, a quitté le sacerdoce, a pratiqué dans ses cours un humour à la Pierre Dac et le spectacle à la Louis Jouvet d’après Michel Onfray qui a suivi ses cours. Jerphagnon a découvert Augustin à la lumière de Plotin. Il se définissait comme un « agnostique mystique » pour ne pas emprisonner Dieu « derrière les barreaux des dogmes. » Le 1er octobre 2002 il confie a propos d’un livre qu’il publie sur saint Augustin : « C’est un témoignage augustinien d’esprit, en faveur du mystère, du mystère qui reste par-delà toute science. Nier le mystère, c’est le vide, l’absurde, l’absolu de l’absurde. » Il qualifie ainsi le désespoir de l’athéisme. (d’après Jean-marc Bastière – le Figaro – 20 avril 2017)

 

(9) 21 PHI sagesse – chasse – Cues 2017-05-13

Nicolas de Cues « La chasse de la sagesse et autres œuvres de philosophie tardive » (Les Belles Lettres 350 p). Platon parlait déjà de « chasse à l’être » (« Phédon »), de « chasse au beau » (« Hippias majeur »), de chasse au bien » (« Philèbe »). Les philosophes se nomment « chasseurs de sagesse » à la fin du Moyen-Age chez Raymond Lulle. L’image se retrouve chez Erasme, Machiavel, Thomas More, Giordano Bruno, Montaigne et Rabelais. Mais Nicolas de Cues est le premier dans « La chasse de la sagesse » a lui donner acuité et profondeur. Il écrit : « Les philosophes ne sont rien si ce n’est des chasseurs de sagesse, que chacun d’entre eux piste à sa manière à la lumière de la logique qui lui est innée ». Le théologien de « la Docte ignorance » (1440) fait la chasse à la sagesse, à « la connaissance vraie » car notre raison est équipée pour cela. La connaissance de Dieu est indispensable et impossible à la fois. D’où de multiples recherches en mathématiques, astronomie, théologie, logique pour cet érudit qui fut successivement avocat, prêtre, cardinal, évêque, ambassadeur, négociateur et métaphysicien dont Ernst Cassirer (1874 – 1945) fut le premier à reconnaître l’importance. Jocelyne Sfez avait déjà traduit en 2011 « Les Conjectures » de Nicolas de Cues. Outre la « La chasse de la sagesse » elle ajoute des textes de la fin de vie avec la distinction capitale pour ce philosophe entre « pouvoir-faire » et « pouvoir-être-fait ». (d’après Roger-Pol Droit – le Monde – 12 mai 2017)

 

(10) Le sport comme recherche de l’absolu. Toutes les activités humaines sont issues de l’énergie consciente d’elle-même. Le sport lui-même peut être considéré comme une recherche de l’absolu.

 

VESPER (1)

 

Le stade n’est que silence et solitude.

Les réflecteurs s’éteignent un à un.

Les vitres des vestiaires s’éteignent, toutes ensemble. Quelque chose s’éteint.

Il n’y a plus qu’un garçon, là-bas, qui lance le disque dans la nuit descendue.

La lune monte. Il est seul. Il est la seule chose claire sur le terrain.

Il est seul. Il fait pour lui seul sa musique pure et perdue, son effort qui ne sert à rien, sa beauté qui mourra demain.

Il lance le disque vers le disque lunaire, comme pour un rite très ancien, officiant de la Déesse-Mère (2), enfant de chœur de l’étendue.

Seul – tellement seul – là-bas. Il fait sa prière pure et perdue.

Montherlant (1896-1972) Les Olympiques (1924 puis 1938)

 

(1) Vesper : le soir en latin (cf “vespéral”, “vêpres”). Ce poème en prose fait songer au Discobole, statue en bronze de Myron (Grèce, V° s avant notre ère). (2) La Déesse-Mère désigne une divinité archaïque symbolisée par la Lune, élément féminin.

 

J’en reviens au mot d’Einstein que je citais au début de cette étude : « : « Il n’y a que deux façons de vire sa vie : l’une en faisant comme si rien n’était un miracle, l’autre comme si tout était un miracle. » Tout est miraculeux et d’abord nous-mêmes, notre respiration. A chaque instant, il faut pouvoir rendre grâce, dire « Merci » et « Merci qui ? »

 

Roger et Alii – Retorica – 2 730 mots – 16 400 caractères – 2017-05-21

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