21 PHI Socrate trois tamis 2007-06

1. Liaison avec Retorica. Cet apologue des trois tamis de Socrate est très utile dans les conseils de français ou les débats notamment pour prendre du recul et faire baisser les tensions. En voici trois versions assez différentes car elles mettent chacune l’accent sur un aspect particulier du récit. On choisira celle qui convient, en fonction des circonstances.

2. Les trois tamis (version courante)

Un jour, quelqu’un vint voir Socrate et lui dit :

– Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.

– Arrête ! interrompit l’homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?

– Trois tamis ? dit l’autre, rempli d’étonnement.

– Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est celui de la vérité. As-tu contrôlé si tout ce que tu veux me raconter est vrai ?

– Non, je l’ai entendu raconter et…

– Bien, bien. Mais assurément tu l’as fait passer à travers le deuxième tamis. C’est celui de la bonté. Ce que tu veux me raconter, si ce n’est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?

Hésitant, l’autre répondit : Non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire…

– Hum ! dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as envie de me dire…

– Utile ? Pas précisément.. .

– Eh bien ! dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l’oublier…

2. Sokrat, Protagoras é twa tanmi (version créole) par Hector Poullet

texte, voir :

http://www.potomitan.info/atelier/poullet/sokrat.php

traduction

Socrate, Protagoras, et les trois tamis.

Socrate se promenait sur la place d’Athènes, l’Agora fréquentée par tous les grands penseurs. Marcher en devisant affine les concepts. Tel était le principe de ces anciens grands Grecs. Protagoras, sophiste on ne peut plus verbeux, pérorait, paradait, parlait pour ne rien dire. Il aborde Socrate: « J’ai une histoire savoureuse à te raconter A propos d’un de tes amis. -Attends, répond Socrate, avant de parler. Ton propos a-t-il subi l’épreuve des trois tamis?L’épreuve des trois tamis? Mais que veux-tu donc dire? -Il est bon de filtrer ce que l’on aimerait dire. Toute parole sur autrui Doit passer par trois tamis. Réponds-moi. Ce que tu as à me dire est-il vrai? -Comment veux-tu que je le sache? Je viens d’en entendre parler. -Bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Utilisons alors le deuxième tamis. Est-il utile que tu m’apprennes Ce que mon ami aurait fait? -Utile? Comment cela utile? Utile à quoi? Je ne comprends pas! Comment une assertion pourrait-elle être utile? -Elle l’est. Quand elle rend service à quelqu’un, Et non pas quand elle n’est qu’un ragot inutile. -Je vois. Cela ne peut que desservir. -Reste le troisième tamis. Ce que tu tiens à m’apprendre sur mon ami, Ce que tu tiens à m’apprendre sur mon ami, Est-ce quelque chose de bon? -Ah non! Au contraire!» Socrate le regarde, pose une main sur son épaule: «Ecoute mon ami, Si ce que tu voulais me dire, n’est ni vrai, ni utile, ni bon, Pourquoi voudrais-tu me le dire? Si je peux te donner un conseil, oublie-le.» Et Socrate poursuivit son chemin.

Cette version, la plus longue, introduit le personnage de Protagoras, sophiste que l’on retrouve dans le dialogue de Platon “Protagoras (Les sophistes)”. Par ailleurs cette version inverse un peu les tamis : vrai, utile et bon.

3. Les trois tamis (version www.metafora.ch)

Un jour, alors qu’il quittait le portique où il venait de converser avec un groupe de jeunes gens, Socrate se trouva face à un homme qu’il connaissait et qui lui dit, sur un ton confidentiel:

Écoute, Socrate, il y a parmi tes auditeurs un jeune homme peu recommandable, indigne de ta confiance. Quand je t’aurai décrit ses agissements, je pense que tu le banniras de ton groupe.

Je suis prêt à t’écouter, répondit Socrate, et à prendre les mesures qui s’imposent. Mais laisse-moi d’abord examiner de plus près ce que tu t’apprêtes à raconter. As-tu fait passer tes paroles à travers les trois tamis ?

Les trois tamis, qu’est-ce que c’est ? interrogea l’homme.

Le premier tamis est le tamis de la Vérité. Es-tu sûr que ce que tu vas me raconter est vrai et fondé. L’as-tu vérifié ou observé de tes propres yeux ?

À vrai dire, dit l’homme, après un moment d’hésitation, je l’ai entendu raconter mais je ne l’ai pas constaté moi-même.

L’épreuve du premier tamis n’est pas réussie, dit Socrate , passons au second. Le tamis de la Bonté. Vas-tu me raconter quelque chose de bon ou de positif sur cet homme ?

Au contraire, dit l’autre , j’allais en dire du mal.

Tes paroles ne passent donc pas le second tamis, dit Socrate . Voyons le dernier, le tamis de l’Utilité. Cela va-t-il profiter à cet homme que je l’exclue du cercle de mes interlocuteurs ? Ne vaut-il pas mieux pour lui qu’il reste avec moi et bénéficie de mes enseignements pour s’améliorer ?

Je crois que tu as raison, répondit l’homme. Si je t’ai bien compris, chaque fois que j’ai envie de raconter quelque chose sur quelqu’un, je dois faire passer mes paroles à travers les trois tamis ?

Tu as parfaitement compris, dit Socrate. Et si un seul des trois tamis n’est pas traversé, renonce. Cela vaudra mieux.

Conte de sagesse de l’antiquité grecque. Merci de préciser la source de ce texte : http://www.metafora.ch

L’animateur de www.metaphora.ch a fait des recherches sur cet apologue qu’il a retrouvé sur des centaines de sites. Il l’a lu dans Jean Vernette « Paraboles pour aujourd’hui » (1992, Éditions Droguet & Ardant). Malheureusement, cet auteur décédé en 2002 ne donne pas de référence et indique sous son texte : « Apologue grec ». Il est probable que Guez de Balzac le connaissait quand il faisait des recherches pour son “Socrate chrétien” (1652). Au-delà, le texte viendrait peut-être de Diogène Laerce ou de Plutarque… Les recherches continuent. Cette version adopte l’ordre traditionnel des tamis : vrai, bon, utile. Elle donne des précisions qu’on ne trouve pas dans les deux autres versions : la médisance porte sur un élève de Socrate qu’il devrait exclure ou garder. L’enjeu est d’importance. Exclure l’élève, même s’il le mérite, c’est le priver d’un enseignement qui lui serait utile.

4. Lien avec Retorica. Cet apologue est utile chaque fois qu’on examine, en classe ou ailleurs, une information. Tout le monde, et d’abord les journalistes et leur responsable de rédaction, devraient connaître et méditer cette histoire, notamment sous la troisième version où l’élève remplace l’ami.

Roger et Alii

Retorica

(6800 caractères)

1 commentaire

  1. Danièle FOURNIER

    Je ne connaissais pas et j’ai bien apprécié. Dans la vie courante, tout un chacun, devrait utiliser l’histoire des trois tamis; nous éviterions ainsi de faire du tort gratuitement à nos interlocuteurs… Mais sommes-nous assez sages pour oser mettre cette histoire, régulièrement, en pratique?

    Danièle

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