21 PHI solidarité fraternité 2010 01

1. Fraternité. (Roger 2015 11) : Le troisième terme (« fraternité ») de la devise républicaine inventée par Robespierre a eu du mal à s’imposer. Peut-être à cause de l’anecdote suivante venue des milieu royalistes pendant la Révolution française. Un sans-culotte s’adresse à un ci-devant : « Soyons frères ou je t’assomme. » En voici la source exacte, relevée en novembre 2015 :

https://books.google.fr/books?id=brUMAwAAQBAJ&pg=PT435&lpg=PT435&dq=Soyons+frères+ou+je+t’assomme&source=bl&ots=nqBQBrkI4U&sig=Dx5Uk4w_ltz_SO3pyNEg5v2UzC4&hl=fr&sa=X&ved=0CCAQ6AEwAGoVChMIwvOL6JqSyQIVR-0UCh0wNQlY#v=onepage&q=Soyons%20frères%20ou%20je%20t’assomme&f=false

« L’aimable siècle où l’homme dit à l’homme

Soyons frères ou je t’assomme. »

(Ponce-Denis Ecouchard-Lebrun dit Lebrun-Pindare, 1729 – 1807) Célèbre pour ses épigrammes caustiques, pensionné de Louis XVI, il traversa la Révolution, le Consulat et l’Empire. Chamfort, fort déçu par les excès jacobins, disait de son côté : « Sois mon frère ou je te tue. (…) Si l’on doit aimer son prochain comme soi-même, il est au moins juste de s’aimer comme son prochain. »

Le point de départ de ce fichier était une réflexion de Boris Vian : « J’en veux à la société de ce qu’elle m’oblige à travailler au lieu de travailler pour elle. »

Travailler pour la société c’est travailler pour les autres et pas seulement pour soi. Il me semble que « solidarité » est plus parlant que « fraternité » qui renvoie à une situation trop intime pour être généralisée.

Je donne ici l’ensemble d’une démarche. Elle concerne le travail sur les deux-cents mots.

2. La demande d’Alizé (2010_01_06) : “Bonjour monsieur, J’ai le sujet de dissertation suivant à traiter : « J’en veux à la société de ce qu’elle m’oblige à travailler pour moi au lieu de travailler pour elle » Boris Vian. Pourriez-vous me donner quelques pistes et des auteurs en rapport avec ce sujet ? Je vous en remercie” Roger . “Bonjour Alizé, Sujet superbe. Je vous propose ceci. Vous y réfléchissez selon la méthode Mellerio (faire sur Google « méthode Mellerio retorica.info »)

En voici l’essentiel :

On pratique la technique de la table rase. C’est une notion philosophique :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tabula_rasa_(philosophie)

Mais je la prends dans son sens courant.  C’est-à-dire que vous allez faire monter de l’intérieur de vous-même des idées, ce qui vous garantira une dissertation originale et qui sera vraiment la vôtre. 

Donc vous réfléchissez  par vous-même à ce sujet sans vous inquiéter ni des pistes ni des auteurs. Fuir les lieux communs. Il n’y a pas de vérité donnée mais des vérités personnelles reconstruites. Voici les 5 étapes que je vous propose :

1. Vous rédigez un premier brouillon en deux-cents mots et vous numérotez les paragraphes. Vous y mettez les idées qui vous sont venues à propos du sujet. 

2. Vous retravaillez ce texte pour arriver à une version définitive : vous soignez le style, surtout vous revoyez la construction et naturellement vous numérotez les paragraphes. Vous notez le temps passé au total pour les deux versions  et vous comptez les mots. Vous devez en avoir entre 180 et 220. Le travail du style est fondamental

3. Vous m’envoyez par mail votre seconde version. Elle va nous servir de tremplin.

4. Je rédigerai un contre-texte en deux-cents mots pour compléter le vôtre.

5. A l’aide de ces deux deux-cents mots qui en comprendront donc 400 au total, vous rédigerez par amplification votre dissertation d’une longueur entre 600 et 800 mots, pas plus parce que plus la dissertation est longue, moins elle est dominée et moins elle est correcte. Plus elle est brève et bien travaillée du point de vue du style, plus elle est convaincante et même percutante. 

3. La version d’Alizé (2010_01_06) : Alizé : Je vous envoie ma deuxième version, je n’ai pas réussi à faire 200 mots. J’y ai passé environ 2 heures, pour 270 mots.

Avant d’être pensé comme pure nécessité, le travail semble être ressenti comme une obligation envers et pour la société. Mais cette vision n’est peut-être pas si évidente comme le souligne Boris Vian pour qui la société oblige tout individu à travailler pour soi au lieu de travailler pour elle. On peut alors se demander pour qui nous travaillons.

  1)  Il  n’y a pas de société sans travail. La répartition des taches permet une interdépendance des membres, où chacun a son rôle à jouer et y apporte sa brique.

Le travail transforme l’Homme et lui permet de s’épanouir pleinement, il le libère et entraine alors la reconnaissance des autres grâce à sa profession. S’épanouir dans sa profession est bénéfique pour la société, ainsi le travail, montré comme libérateur, est un travail en faveur de la société.

  2)  Celui qui s’épanouit et apporte sa contribution à la société est celui qui a pu suivre sa vocation. Cependant, par son contexte politique et social, la société engendre une sorte de « course à l’emploi » niant toute vocation de chacun pour sa vie professionnelle future.

Lorsque le travail est considéré comme une corvée l’individu n’est pas impliqué. Il devient le principal bénéfiaire. Son unique but est de survivre. Il n’a aucune possibilité de s’épanouir pleinement.

  3)  En réalité, on ne peut pas dire que l’on travaille pour soi ou pour la société. Il s’agit d’un tout, Lorsque l’on travaille pour survivre on en fait aussi profiter les autres. Si l’on travaille c’est pour les autres et grace à eux. Le travailleur contribue à satisfaire les besoins des autres membres de la société par son propre travail.

4. Phase finale. Roger 2010_01_06) Je change l’objet car c’est bien de la solidarité qu’il est finalement question. D’abord une réécriture de votre texte puis mon propre texte. J’ai volontairement  cassé le schéma ternaire que vous aviez adopté. Grâce à ces 6 items j’ai mis en valeur le retournement de l’item 4, trop timide car l’économique domine le politique et le social. D’où, avant mon propre deux-cents mots, une réécriture du vôtre où je descends facilement à la longueur requise. 

1. Pure nécessité, le travail est aussi une obligation envers et pour la société. Boris Vian regrette que la société oblige l’individu individu à travailler pour soi au lieu de travailler pour elle. Pour qui travaillons.-nous ?

 2.  Il  n’y a pas de société sans travail. La repartition des taches entraîne une interdépendance des membres. Chacun y joue un rôle, apporte sa brique à l’édifice.

3. Le travail transforme l’Homme, l’épanouit, le libère et lui procure la reconnaissance des autres. Cet épanouissement est bénéfique socialement. Tout travail libère la société en même temps que la personne.  

4. C’est peut-être cela qu’on nomme la vocation. Mais les rivalités économiques organisent une “course à l’emploi” qui font perdre de vue la vocation propre de chacun et désorganisent la société tout en aliénant la personne. .

5. Dès lors le travail est considéré comme une corvée.  La personne n’est plus impliquée et devient l’individu qui survit sans s’épanouir, au bénéfice de forces obscures.

 6. On ne peut plus dire alors que l’on travaille pour soi ou pour la société. Il s’agit de reconstituer le tout, Non plus survivre mais vivre pour que vivent aussi les autres dans la reconstitution du lien social. 

(Alizé, 203 mots)

Je passe maintenant à mon propre deux-cents mots en remontant au texte initial : « J’en veux à la société de ce qu’elle m’oblige à travailler pour moi au lieu de travailler pour elle » Boris Vian.

Titre : Mort de la solidarité ? 

1. Boris Vian est révolté. Il voulait travailler pour la société. Celle-ci l’oblige à travailler pour lui-même. L’égoïsme triomphe sur l’amour. 

2. Ce suicide individuel et collectif tue la solidarité et la fraternité Chaque personne va  travailler pour elle-même et feint de croire qu’il s’agit d’un projet social. 

3. Bernard Mandeville, l’économiste franco-anglais du XVII°s enseignait dans sa “Fable des Abeilles”  que les égoïsmes individuels faisaient les sociétés heureuses ;  les vices privés font le bien public ; la prodigalité du libertin donne du travail à tous. 

4. Ce n’est pas ce que veut Boris Vian qui souhaiterait travailler pour tous dans un élan solidaire. Il est proche des sociétés primitives étudiées par Marcel Mauss.  Elles reposent sur un système complexe de dons et de contre-dons. Je dois donner ; l’autre doit recevoir et doit donner à son tour. 

5. La  vente des cadeaux sur e-bay est une perversion du don. Le cadeau ne plait pas ou on l’a en double. Cadeaux donnés avec amour, revendus dans l’indifférence. 

6. Pourquoi faire des cadeaux à l’avenir ?  Ainsi périt le don après le travail. Or Boris Vian voulait l’amour comme lien social du travail.

(Roger, 200 mots sans le titre, 2 heures)

5. Correction de la dissertation. Alizé (21 janv. 2010) : Bonjour monsieur, merci beaucoup pour votre aide. J’ai reçu la correction de la dissertation, j’ai eu 9 notamment à cause de la construction de mon plan. « Travail sérieux mais vous ne tenez pas assez compte du sujet. Le devoir s’arrête en route. » J’ai trouvé le sujet tout de même assez difficile par rapport à mes autres devoirs.

Le professeur proposait de faire de la façon suivante :

I. Ce que dit l’opinion (thèse adverse de Boris Vian)

A) on travaille tous pour soi

la nature m’oblige à survivre, volonté individuelle et personnelle…

B) contrainte quand il s’agit de travailler pour la société

aspect négatif (travail à la chaine, exploitation du travail, surveillance sociale : perte de ma liberté)

CRITIQUE : conception héritée de l’Antiquité. Quand travail est agréable il vient de moi, quand il est imposé il vient de la société et est rejeté.

II. Thèse de Boris

A) Le travail pour soi : manifestation d’un egoisme fondamental, c’est travailler d’une manière contraire à la logique du travail

=> mauvais idée

B) Le travail pour la société : se soucier de la reconnaissance des autres, de la relation à autrui. Thème de la vocation, on s’engage à apporter ce dont on est le meilleur afin de faire profiter les autres.

CRITIQUE : conception moderne du travail, éloge. Idyllique. Place dans la société prédétermine deja le travail.

III. Solution

travail pour soi : nature

travail pour la société : culture

Ça ne marche pas, je travaille pour moi et pour la société

Le loisir : le travail personnel ne peux pas se passer de la reconnaissance des autres

Il est légitime d’en vouloir à la société lorsqu’elle oblige à travailler de manière indigne.

6. Conclusion. Roger (21 jan 2010) : Merci de m’avoir donné la fin du film. Il me manque l’avant-dernier épisode, c’est-à-dire votre plan issu de vos réflexions. Il me semble que « vous ne vous arrêtiez pas en route ». Peu importe. Ce qui compte ce n’est pas la note mais le travail de rumination que vous avez fait et que j’ai accompagné. Roger (15 nov 2015) : « Société » est un terme très, trop vague. Chamfort suggère la notion de « prochain » : « Aime ton prochain comme toi-même » dont les harmoniques sont infiniment plus complexes : « Aime ton prochain et travaille pour lui comme tu travailles pour toi-même ».

Roger et Alii

Retorica

(1 810 mots, 11 000 caractères)

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