21 PHI Tolérance – fanatisme – bien-vivre-ensemble 2017-10

 

 

« On ne persécute pas les intolérants, on les empêche seulement de persécuter les autres » (Michael Löwy, sociologue). Et on construit le « bien-vivre-ensemble ». Cette étude sur la tolérance est menée selon la méthode trampoline propre à Retorica, c’est-à-dire la déconstruction. Roger

(1) « Doit-on tout accepter au nom de la tolérance ? »

Roger (2017-10-23) « Tolérance » s’oppose à « fanatisme » : je place la tolérance en section philosophie et fanatisme en section religion, le fanatisme peut concerner des religions athées comme le communisme. Notons que la religion peut s’essayer à la tolérance, avec des succès variables. Voir « Le doux murmure. Essai sur la tolérance et la foi du rabbin Sébastien Allani (Editions Desclée de Brouwer 2010 avec une préface d’Elie Wiesel, 176 p)

On ne peut pas tout tolérer. D’où l’importance de l’article 35 de la loi de 1905 :  « Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l’exécution des lois ou aux actes légaux de l’autorité publique, ou s’il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s’en sera rendu coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans, sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation aurait été suivie d’une sédition, révolte ou guerre civile. » Règle d’or : On ne persécute pas les intolérants, on les empêche seulement de persécuter les autres. » (Michael Löwy, sociologue)

Cette loi fonde la laïcité. Encore faut-il l’appliquer sans faiblesse.

Par ailleurs le conflit avec l’islam est inévitable mais on peut le mener d’une manière civilisée. Il faut, à mon sens, partir de l’analyse suivante, due à Charles de Foucauld :

 

(2) 09 FRA Islam de France – Charles de Foucauld – 1916

 

« (…) Dans cette foi, le musulman regarde l’islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants ; s’il est soumis à une nation non musulmane, c’est une épreuve passagère ; sa foi l’assure qu’il en sortira et triomphera à son tour de ceux auxquels il est maintenant assujetti ; la sagesse l’ engage à subir avec calme son épreuve;  » l’oiseau pris au piège qui se débat perd ses plumes et se casse les ailes ; s’il se tient tranquille, il se trouve intact le jour de la libération « , disent-ils ; (…) De là vient que nos Algériens musulmans sont si peu empressés à demander la nationalité française : comment demander à faire partie d’un peuple étranger qu’on sait devoir être infailliblement vaincu et subjugué par le peuple auquel on appartient soi-même ? (…) » Lettre de Charles de Foucauld à René Bazin, 29 juillet 1916).

 

(3) Diderot au XVIII° siècle professait une tolérance mutuelle, fondement de la laïcité, quand il disait : “Il faudrait que l’on pût être croyant sans être un imbécile et athée sans être un scélérat.” (citation faite de mémoire, non retrouvée)

http://www.retorica.fr/Retorica/29-sci-creationnisme-darwinisme-2008_12/

 

(4) 21 PHI tolérance Lacorne 2016-12-09

Denis Lacorne dans « Les Frontières de la tolérance » note que Locke et Voltaire fixent des limites à la tolérance : « Ils n’admettent pas l’athéisme par exemple. » « La « tolérance des modernes », celle élaborée aux XVII° et XVIII° siècle, cherche à mettre en place une cohabitation harmonieuse entre groupes différents sans que quiconque n’ait à renier ses convictions. Les communautés doivent donc s’entendre sur le commun, sur ce qui n’est pas religieux. Un tel accord n’est possible n’est possible que si l’on pose d’abord le principe du dédoublement du sujet entre le citoyen et le croyant. La tolérance bien comprise favorise l’éclosion de nouveaux droits : la liberté de conscience, la liberté du culte… et par extension, la liberté d’expression : en cela, elle est bien un principe actif. »

La France découvre la tolérance après avoir chassé 250 000 huguenots. Mais l’obsession centralisatrice perdure après les Frondeurs, les Parlementaires (les puissants juges régionaux et les Huguenots, obsession réactivée avec l’opposition Jacobins Girondins (accusés de fédéralisme). « Cette peur existe toujours. On a donc construit une laïcité jacobine, une sorte de religion de l’Etat. » Il faut interdire la burka « dans certains lieux, l’hôpital, l’école, l’aéroport. » Mais ailleurs ? Voltaire et son « Traité sur la tolérance » (ainsi que « L’Henriade », l’ « Essai sur les mœurs », le « Dictionnaire philosophique ») est au cœur de notre problème quand il dénonce le fanatisme (« Ecrasons l’infâme ») « Le contexte juridique français … autorise que l’on dise pis que pendre des religions mais protège les croyants des pires injures. » (…) « En matière de tolérance, la limite est franchie quand on touche à l’intégrité physique des corps ou que l’on contraint quelqu’un à faire quelque chose. »

(Résumé Retorica d’après Denis Lacorne, le Monde, 2 déc 2016)

 

(5) 21 PHI Tolérance Zarka 2016-11-22

Le philosophe Yves Charles Zarka « Jusqu’où faut-il être tolérant ? Traité de la coexistence dans un monde déchiré » Hermann 180 p). propose les concepts de « vie séparée » et « reconnaissance sans réconciliation » d’où un « pluralisme raisonnable » qui permet de fonder « la légitimité des différences » et les « empêcher de se transformer en oppositions et en affrontements ». Il reprend des valeurs comme la notion de dignité humaine et de « droits culturels », « l’éducation à la mémoire et à la liberté. » Il distingue la « communauté d’héritage (ou de mémoire) » de la « communauté d’institution (ou de liberté) » construite par des citoyens libres et égaux, indépendamment des attachements traditionnels. C’est difficile car la « communauté nationale » ne peut plus faire face. D’où l’idée de « structure-tolérance ». Les hommes peuvent être des anges promis à une « amélioration morale » pour ne pas devenir des démons. (Résumé Retorica, d’après R.M Libération, 22 sept 2016)

 

(6) 21 PHI Tolérance Pasiphaé 200 mots

Vous savez que pour réfléchir ou amorcer une piste de travail je privilégie le 200 mots. En voici un sur la tolérance suivi de quelques explications. Roger

 

 

Tolérer Pasiphaé ? (200 mots)

  1. « La tolérance ? Il y a des maisons pour ça » (Paul Claudel) Cette remarque sur la prostitution signifie qu’il y a des choses qu’on peut tolérer et d’autres qui sont intolérables. La limite, difficile à fixer, dépend des lieux et des temps. Son domaine d’application le plus intéressant et le plus courant est la sexualité.
  2. Tout est possible en ce domaine, y compris la zoophilie. Pasiphaé victime d’une malédiction, tombe amoureuse du blanc et beau taureau de Minos, Grâce à un dispositif conçu par Icare (« l’ingénieux ») elle se laisse féconder par l’animal. Elle accouche d’un monstre, Astérion, le Minotaure. Icare invente alors le labyrinthe pour l’enfermer.
  3. La morale antique, très tolérante, trouvait des excuses à Pasiphaé. La morale judéo-chrétienne y voit un comportement intolérable. Elle condamne zoophilie, homosexualité et pédophilie.
  4. Notre société, se dégageant lentement de la morale judéo-chrétienne, s’interroge sur la portée psychologique de ces actes. Elle condamne fermement la pédophilie car celle-ci détruit la personnalité des victimes d’une manière quelquefois irrémédiable.
  5. Notre société retrouve enfin l’immémoriale et fondamentale « règle d’or » : « Ne fais pas à autrui, ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. »

(Roger, 201 mots, 1 300 caractères, deux heures, 2016-04-19)

 

Remarques

  1. a) « (…) Selon le pseudo-Apollodore (III, 1, 2) :

« Dédale construisit une vache de bois montée sur des roulettes ; l’intérieur était creux, et elle était recouverte d’une peau de bovidé ; il la mit dans le pré où le taureau avait l’habitude de paître, et Pasiphaé y entra. Quand le taureau s’en approcha, il la monta, comme s’il s’agissait d’une vraie vache. Ainsi la jeune femme mit au monde Astérion, dit le Minotaure : il avait la tête d’un taureau et le corps d’un homme1. » (…)

« Le sens de « Dédale » est « ingénieux ». C’est l’équivalent symbolique moderne du système technique. Son rôle est de trouver une solution lorsqu’un problème se présente. Pasiphaé, représente le désir de jouissance et son mari, Minos, le désir de posséder (en refusant de sacrifier la bête). Finalement, Dédale sert ces deux ressorts psychologiques sans se poser de question.

La société de consommation est, selon Luc Bigé (*), une illustration actuelle de ce mécanisme : le Minotaure en incarne symboliquement le danger.

Finalement, le Minotaure est un nouveau problème (pour Minos), qui va s’adresser à Dédale pour trouver une solution : le labyrinthe. Symboliquement, il s’agit de l’absence de prise de conscience de la véritable source du problème qui est intérieure et non technique. (…) (« Pasiphaé » Wikipédia)

(*) Luc Bigé est un astrologue qui tient un blog consacré aux symboles : http://reenchanterlemonde.com

  1. b) Sur la règle d’or : voir « Ethique de réciprocité » (Wikipédia)

 

(7) 21 PHI tolérance convivence bien-vivre-ensemble 2007_11_23

«  Le mot « convivence » est né au milieu du seizième siècle, quelques décennies avant celui d’intolérance qui servit à désigner l’origine des malheurs provoqués par les guerres de religion. Dans sa racine, la tolérance est le fait de ne pas exiger, de ne pas interdire alors qu’on le pourrait. Dans son acception sociale commune, tolérer ne signifie pas autre chose que supporter : on parle en mécanique de tolérance, de marge de tolérance d’une pièce, en médecine de seuil de tolérance. Dans l’épaisseur de sa substance le mot de tolérance contient donc l’idée d’une limite au-delà de laquelle elle devient nécessairement intolérance.” Le mot est un peu autosuffisant et paternaliste alors qu’il s’agit d’ouverture à l’Autre, de réciprocité. Cohabiter et coexister contiennent encore une nuance de méfiance réciproque et de rapport de force. « Le besoin de sociabilité qu’exige la texture une et indissociable du corps social, faite de fils culturels nécessairement pluriels, est bien plutôt celui d’apprendre à vivre ensemble. Il existe dans les autres langues latines un excellent mot qui exprime cette idée, qui va bien au-delà de la convivialité : convivenza en italien, convivencia en espagnol, convivência en portugais, convivenca en roumain. La convivencia était, comme l’amour, une des valeurs cardinales de la culture occitane. Le français a su prendre à cette culture le mot amour mais pas celui de convivence. Il a péri sous les épées de Simon de Montfort, les bûchers de l’Inquisition et les ravages de la Reconquista espagnole. (…) … n’est-il pas temps de désenfouir cette notion de convivence de notre patrimoine culturel ? »

(Résumé Retorica d’après Roland Laffitte, de Paris, le Monde diplomatique, mars 1990)

Roger (2017-10-25) : J’ai adopté le terme de « bien vivre-ensemble » à la suite du meurtre de Sarah Halimi. (Voir « Affaire Sarah Halimi » Wikipédia). Sarah Halimi connaissait le « vivre-ensemble » avec ses voisins. Mais ceux-ci, pas plus que la police, n’ont su la protéger de son meurtrier qui l’a tuée au nom d’Allah. Construire le « bien vivre-ensemble » me paraît fondamental.

 

(8) L’hérésie punie de mort. Thomas d’Aquin (1225 – 1274) « Somme théologique ». L’hérésie (du grec hairesis « choix ») est un crime volontaire (« tout péché est volontaire » q.10, art 3) « …il est beaucoup plus grave de corrompre la foi qui assure la vie de l’âme que de falsifier la monnaie qui sert à la vie temporelle. Par conséquent, si les faux-monnayeurs sont immédiatement mis à mort en bonne justice par les princes séculiers, bien davantage les hérétiques, aussitôt qu’ils sont convaincus d’hérésie peuvent-ils être non seulement excommuniés mais très justement mis à mort. » S’ils se repentent une première fois, ils sont pardonnés. Mais s’ils retombent dans l’hérésie c’est “le signe de leur inconstance en matière de foi”. Ils sont “admis à la pénitence, non pas cependant au point d’éviter la sentence de mort.” (Roger, D’après une source non identifiée)

 

(9) Lustiger. Lors d’une célèbre “Heure de vérité” télévisée (A2, 23_04_1984) le cardinal Lustiger expliquait que l’Eglise a toujours été opposée à la peine de mort (ce qui était faux) et que ce refus fait partie des valeurs chrétiennes (ce qui est vrai). Il disait aussi que la crise moderne des valeurs venait des XVII° et XVIII° siècles ce qui est vrai et faux à la fois car c’est de cette époque que l’Eglise est contrainte de se remettre en question et de renoncer à sa tyrannie spirituelle. C’est alors qu’elle apprend la compréhension et la tolérance. Le combat des philosophes est un combat pour les valeurs évangéliques mais on ne construit pas une théologie du mendiant, on tente de supprimer la mendicité d’une manière structurelle. A la charité individuelle on oppose la justice sociale. La crise des valeurs remonte aux débuts du christianisme et n’a pas cessé à travers les hérésies et les persécutions contre les mal-pensants. (Roger, d’après des notes personnelles)

 

(10) Barnavi. Dans « Les religions meurtrières » (Flammarion, 2006) l’historien israélien Elie Barnavi explique que « les religions révélées [judaïsme, christianisme, islam] connaissent plus que d’autres la tentation du fondamentalisme révolutionnaire ». Il veut «armer moralement [ses lecteurs] pour la guerre qui a déjà commencé» et demande de prendre très au sérieux le président Ahmadinejad, le «petit Hitler de Téhéran» quand celui-ci promet de «rayer Israël de la carte.» D’où deux erreurs à éviter :

– refuser le label de « bon musulman » aux islamistes : «Ben Laden connaît probablement son Coran sur le bout des doigts»

– chercher des causes «raisonnables» (économiques, politiques, territoriales) aux guerres de religion dont la raison profonde est bien la religion : «Même si demain un Etat palestinien était créé, même si l’Etat d’Israël disparaissait, cela ne changerait rien au combat d’Al-Qaïda contre les juifs et les croisés.»

Selon Eli Barnavi, les solutions sont militaires, économiques et diplomatiques :

  1. militaires. Le fondamentalisme révolutionnaire musulman est un «indécrottable macho qui comprend et respecte la force». Donc il faut mener l’engagement militaire avec une force «écrasante et une volonté farouche».
  2. économiques. Toute campagne militaire doit s’accompagner «d’investissements immédiats et massifs, propres à faire la différence et à la montrer aux yeux de tous. » Ceci sous la surveillance d’un organisme international prévenant toute corruption. Ce deuxième volet permettra de gagner les cœurs.
  3. diplomatiques. Le terrorisme islamiste profite de l’écroulement de l’ordre mondial. Il faut que les Américains et les Européens redécouvrent ensemble «le socle commun de leur civilisation» et refassent leur unité. Il s’agit de réhabiliter l’héritage des Lumières pour sauvegarder des valeurs et des libertés qui méritent d’être défendues «avec le même acharnement que leurs ennemis mettent à les détruire».

(11) Montaigne (1533 – 1592) Essais I, 31 Des cannibales : ils sont moins sauvages que nous : « Je pense qu’il y a plus de barbarie […] à déchirer par tourments et par géhenne un corps encore plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir par les chiens et les pourceaux (comme nous l’avons vu de fraîche mémoire, entre des voisins, sous prétexte de piété et de religion) que de le rôtir et manger après qu’il est trépassé ». Sébastien Castellion (1515 – 1563) “Art de douter et de croire, d’ignorer et de savoir”. Ce théologien français fut, selon un commentateur, un “libre penseur religieux”. Contemporain de Calvin qui suscita contre lui les pires représailles, Castellion enseignait le doute méthodique en tout domaine car, pour lui, la raison, fille de Dieu, agissait en tous temps et en tout lieu. Depuis l’origine du monde Dieu suscite des hommes épris d’Amour, de Justice et de Vérité. (Traduit par Ch. Baudouin, Genève, 1953. D’après une notice du Dict. œuvres de Laffont-Bompiani, tome I, p. 171)

 

(12) Spinoza « Baruch de Spinoza (1632 – 1677) fut le premier au XVII° siècle dans le “Traité théologico-politique” à démonter les mécanismes du fanatisme en montrant la part de projection, de fantasmes, qu’il attribue à l’anthropomorphisme religieux, c’est-à-dire à l’étrange façon qu’ont les hommes de se figurer Dieu comme un homme, fût-ce en trois personnes. Et Feuerbach dans « l’Essence du christianisme » renouvelle cette démarche à l’aurore du marxisme.” (Catherine Clément, non daté). Analysant la Bible, Spinoza conclut qu’elle n’a pas pour but de faire connaître Dieu mais de transmettre un message moral, de faire admirer la Loi afin de s’y soumettre mais pas de la comprendre. Raison et foi, philosophie et théologie peuvent coexister si elles reconnaissent l’une et l’autre leurs fonctions particulières. La foi laisse à chacun le droit de philosopher car la foi se fonde sur une révélation et la philosophie sur la nature. Toute organisation sociale doit assurer à ses membres la liberté de pensée. Il faut libérer l’individu de la crainte. Penser, juger, s’exprimer sont des droits fondamentaux que l’Etat doit assurer et réguler en ne se référant à aucune religion, en rendant la justice de façon indépendante et en n’employant que des fonctionnaires civils. (Roger, d’après une source non identifiée)

(13) Pierre Bayle (1647 – 1706). La tradition, l’autorité, l’opinion du plus grand nombre ne sont pas des gages de vérité. Il faut penser et non pas croire. (D’après « Pensées sur la comète » 1682). Pour lui, le droit à la « conscience errante » est le fondement de la tolérance. « … je conclus que l’ignorance de bonne foi disculpe dans les cas les plus criminels, de sorte qu’un hérétique de bonne foi, un infidèle même de bonne foi, ne sera puni de Dieu qu’à cause des mauvaises actions qu’il aura faites croyant qu’elles étaient mauvaises. Pour celles qu’il aura faites en conscience, je dis par une conscience qu’il n’aura pas lui-même aveuglée malicieusement, je ne saurais me persuader qu’elles soient un crime. » (Roger, d’après une source non identifiée).

 

(14) Voltaire (1694 – 1778) Le fanatisme. « Prière à Dieu » dans le « Traité sur ta tolérance » (1763) : « Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse : c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps etc… » Dictionnaire philosophique. Article Fanatisme. : « Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre est un fanatique. (…) Il y a des fanatiques de sang-froid : ce sont les juges qui condamnent à mort ceux qui n’ont d’autres crimes que de ne pas penser comme eux. (…) Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? » Voltaire donne la réponse un peu plus haut : « Il n’y a d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal. »

 

(15) Croyance forte et intolérance ENA A la préparation du concours de l’ENA on trouvait ce sujet : “L’intolérance est-elle inhérente à toute croyance forte ?” Le corrigé de la dissertation était ainsi construit :

  1. Témoignages historiques
  2. Intolérances religieuse, philosophique et politique

            – Intolérance religieuse

            – Intolérance philosophique et politique (fascisme, marxisme : « Le Parti n’a jamais tort. Toi et moi nous pouvons nous tromper. Mais pas le Parti. (…) … une fin collective justifie les moyens, et non seulement permet mais exige que l’individu soit en toute façon subordonné et sacrifié à la communauté. » (d’après Arthur Koestler, source non indiquée).

  1. Volonté de communiquer une « vérité », de dominer l’autre ou simple perversité.
  2. Par l’éducation, enseigner l’humanisme.
  3. Le respect de l’autre consiste à se mettre mentalement à sa place. Dans sa « lettre sur la Tolérance », John Locke écrit : « Quoique tu prétendes vouloir le bien de ton prochain, quoique tu fasses pour le salut de son âme, l’homme ne peut être forcé par autrui à se sauver : c’est par lui-même et par sa propre conscience qu’il sera délivré. » Il observe qu’il ne peut y avoir de religion d’Etat.
  4. Il y a des limites à la tolérance pour maintenir l’équilibre entre les croyances.

            – Un individu peut, par non-violence, accepter de mourir pour ses croyances mais pas une société devant un génocide ou la montée d’un fascisme institutionnel.

(sans date, origine inconnue)

(16) La tolérance comme trahison. « Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres. » (Isaïe 5.20) Commentaire : “La tolérance est une vertu très appréciée dans notre société moderne. Etre tolérant est une preuve d’intelligence et d’ouverture d’esprit qui est à l’opposé de fléaux tels que l’intégrisme ou le racisme. Mais il existe une forme de tolérance qui, pour les chrétiens, s’apparente à une trahison. C’est par exemple lorsqu’on garde le silence quand le nom de Dieu est blasphémé ou quand Jésus Christ est déshonoré. Un missionnaire travaillant en Inde a écrit : “La tolérance est devenue si tolérante qu’elle accepte le mal”. Au nom de cette tolérance, on voudrait accepter une vérité en même temps que son contraire. (…)” (Calendrier des éditions de la Bonne semence, 2001) Les fondamentalistes ou intégristes préfèrent pour certains le terme d’ « intégralistes », qu’ils juifs, chrétiens ou musulmans car ils affirment transmettre la Révélation dans son intégralité.

 

(17) Trois poisons Le philosophe allemand Habermas écrit : « Ne peut être tolérante qu’une personne qui a des raisons subjectivement convaincantes pour refuser des confessions différentes de la sienne. » L’indifférence n’est pas, selon lui, la tolérance (Cité par Elodie Maurot, la Croix,15_11_07) Curieusement, ceci nous conduit au bouddhisme qui distingue trois poisons : l’attirance, l’aversion et l’indifférence. On peut aussi traduire : l’amour, la haine et l’ignorance. A ces trois poisons un seul remède : l’attention. A l’entrée des dojos zen on peut lire quelquefois : “Attention. Regardez où vous mettez les pieds.” Dans la question de la tolérance l’attention peut être traduite par le respect.

 

(18) Un monde commun à partager. Le « bien-vivre-ensemble » Comment coexister au XXI° siècle ? La tolérance répond-elle aux conflits de notre époque ? Jürgen Habermas pense qu’elle pourrait représenter un « modèle pour la structure mentale nécessaire aux sociétés multiculturelles. » (dans une conférence : « De la tolérance religieuse aux droits culturels », revue Cités, janvier 2003). Dans « le Souci des autres » (Calmann-Lévy) le grand rabbin et philosophe Gilles Berheim parle lui aussi d’un monde commun à partager. Le philosophe « communautarien » Michael Walzer rappelle dans son « Traité sur la tolérance » (Gallimard 1998) que les individus sont nés, éduqués et formés dans des communautés qui se partagent l’espace public. « … comment organiser l’éducation de telle sorte qu’elle permette de cultiver une citoyenneté commune tout en assurant la reproduction culturelle des diverses communautés ? » Il considère qu’il y a plusieurs régimes de tolérance dont certains sont mauvais. Tout en faisant coexister harmonieusement des groupes différents il pense que « nous devons défendre la liberté individuelle et permettre aux membres de tous ces groupes de participer à la vie politique démocratique. » Michel Wievorka (« La différence » Balland, 2000) le rejoint et note que la notion de tolérance place ceux qui sont tolérés en position d’infériorité, « leur signifiant des limites et la menace d’interdiction qui va de pair ». Et ces limites risquent d’être fixées par « l’omniprésence de la majorité ». Il propose d’ « envisager des politiques de reconnaissance ». Même attitude chez Jean Baubérot, partisan d’une laïcité ouverte. Il s’agit de construire « une nouvelle culture morale laïque capable d’intégrer les cultures minoritaires comme éléments d’un « patrimoine spirituel », pour reprendre la belle formule que la France a fait adopter par la Charte européenne des droits de l’homme ». Michael Löwy, sociologue, voit aussi les limites d’une tolérance qui implique un pouvoir qui la limite, Prince, Léviathan ou République. Il lui préfère comme Pierre Bayle, la « liberté de conscience » qui n’est pas un privilège mais un droit « qui ne connaît pas de limites : on ne persécute pas les intolérants, on les empêche seulement de persécuter les autres ». Ce qui implique pour lui « le droit de ne pas tolérer l’intolérable. C’est à dire le droit de se révolter, de lutter contre des structures, des institutions et des pratiques qu’on juge insupportables. » Raymond Bodei, philosophe italien, propose de remplacer le concept de tolérance par celui de respect, lequel implique “un sentiment d’estime, de reconnaissance et de considération qui l’apparente à la justice.” (Résumé Retorica, d’après Alexandra Laignel-Lavastine, le Monde 08_11_02) On arrive ainsi à la « convivence », au « bien vivre ensemble ».

 

(19) Tolerance et toleration. Le français n’a qu’un mot. L’anglais en a deux :

– tolerance : état d’esprit, attitude mentale

– toleration : exercice concret, mise en œuvre

 

Michael Walser dans « On toleration » (« Traité sur la tolérance » Gallimard, 1998) examine tous les régimes politiques qui ont permis une coexistence à peu près pacifique entre des communautés dissemblables. Cinq types de régimes l’ont fait :

  1. Les grands empires multinationaux = Egypte, Rome, Autriche-Hongrie.
  2. La société internationale : SDN, ONU
  3. Les Etats bi- ou tri-nationaux : Belgique, Suisse, Liban
  4. Les Etats-nations tolérants envers les individus mais non envers les groupes.
  5. Les sociétés d’immigration, comme les Etats-Unis, sociétés à traits d’union : “Italo-Américains”.

 

La France est à la fois une société d’immigration et un Etat nation. De la Révolution française à nos jours on devient français en devenant républicain : même école, mêmes lois, même langue. Les différences culturelles appartenaient à la sphère individuelle privée et n’étaient pas reconnues collectivement. D’où les débats entre « républicain » et « multiculturalistes » qui montrent que la tolération est « toujours un état de fait précaire ». Il faudrait parler aussi des gestes minuscules de la vie quotidienne qui relèvent de la toleration et de la manière dont chacun règle ses rapports avec l’autre, avec l’étranger.

 

(20) Jean M. Auel “Les enfants de la Terre”, tome 5. « Les refuges de pierre ». Toute la saga repose sur le choc culturel supposé entre Néandertal et Cro-Magnon. A mesure qu’Ayla (Cro-Magnon) rencontre des groupes sociaux évolués et nombreux (Cro-Magnon) elle a du mal à leur faire admettre que sa formation profonde vient du Clan (Néandertal). Et il lui devient de plus en plus problématique de parler de son fils Durc, produit d’un viol par un Néandertal. Au dernier volume, lorsqu’elle accouche de sa fille Jondayla, la guérisseuse découvre qu’elle a déjà eu un enfant. Ayla lui raconte tout et sa douleur de ne pas pouvoir revoir son fils. Mais ceci restera un secret entre les deux femmes

 

(21) Dessin de presse. La tolérance catholique vue par Plantu. Le pape dit : non au divorce, non à la contraception, non à l’avortement, non au mariage des prêtres, non aux homosexuels, oui à la tolérance. (non date, du temps de Jean-Paul II). On songe à Paul Claudel, catholique convaincu : “La tolérance ? Il y a des maisons pour cela”. Film : Griffith “Intolérance.” (1913).

 

(22) Tolérance – débat – 2017-06-22

Bernard (31 mai 2017) : Croire est un effet pathologique  normal du cerveau ; mais trop croire c’est être crédule.

pathologique

adjectif

  • Définitions
  • Synonymes
  • Relatif à la pathologie.
  • Qui a trait à la maladie, qui est dû à une maladie.
  • Se dit d’un comportement anormal, étrange qu’on assimile à une maladie : Une timidité pathologique.

 

Roger (7 juin 2017) : L’incroyance est aussi une croyance et probablement la plus dangereuse car,  refusant les autres,  elle s’interdit de les connaître et de les comprendre.  C’est précisément ce que fait l’islam… refus de tout ce qui n’est pas soi. On peut bien sûr en dire de même pour toute religion. Je distingue la religion (qui est institution) de la croyance (qui est effort personnel de comprendre, prendre avec soi).

 

Bernard (7 juin) : Avec la force de son regard intellectuel et de sa vision de lui-même grandissent la distance et, en quelque sorte, l’espace qui s’étend autour de l’homme. Le monde devient alors plus profond, de nouvelles énigmes et de nouvelles images se présentent à la vue. Peut-être que tout ce à quoi l’œil de l’esprit a exercé sa sagacité et sa profondeur n’a été qu’un prétexte à cet exercice, un jeu et un enfantillage. Peut-être, un jour, les idées les plus solennelles, celles qui ont provoqué les plus grandes luttes et les plus grandes souffrances, les idées de « Dieu », du « péché », n’auront-elles pour nous pas plus d’importance que les jouets d’enfant et les chagrins d’enfant aux yeux d’un vieillard. Et peut-être le « vieil homme » a-t-il besoin d’un autre jouet encore et aussi d’un autre cha­grin, — se sentant encore assez enfant, éternelle­ment enfant !

 

Roger (9 juin) : En complément «  Le christianisme est la religion la plus persécutée dans le monde, selon une étude européenne. En 2016, 90 000 chrétiens ont été tués à cause de leur foi, soit un toutes les 6 minutes. Massimo Introvigne, directeur du Centre pour l’étude des nouvelles religions (CESNUR), a déclaré sur Radio Vaticana que près d’un demi-milliard de chrétiens dans le monde n’est pas en mesure d’exprimer sa foi librement, tandis qu’environ 90 000 sont morts pour leur foi au cours de l’année passée. En se référant aux statistiques du Centre for the Study of Global Christianity (ou « Centre pour l’étude du christianisme mondial » en français), M. Introvigne a déclaré qu’environ 70 % des chrétiens assassinés en 2016 sont morts dans des conflits tribaux en Afrique. Ces morts impliquaient la plupart du temps des croyants qui refusaient de prendre les armes pour des raisons de conscience. « Les 30 % restant, soit 27 000, ont été tués dans des attaques terroristes, la destruction de villages chrétiens ou la persécution du gouvernement », a-t-il ajouté. Les statistiques, qui seront publiées le mois prochain offrent tout de même un certain espoir, car le nombre de chrétiens tués est en baisse de 15 000 par rapport à l’année précédente ; ils restent cependant le groupe religieux le plus persécuté de la planète. Introvigne relève en outre que certains chrétiens n’hésitent pas à risquer leur vie en restant dans les territoires les plus sensibles afin de témoigner de leur foi. »

 

Danièle (5 juin) : On parle beaucoup de laïcité, et c’est tant mieux… Mais, un soir ne pouvant dormir des pensées se sont présentées à moi. Comment se fait-il que toutes les fêtes chrétiennes soient fériées? Bien sûr, nous ne pouvons revenir en arrière, mais alors, pourquoi les Français de confession juive doivent-ils prendre leur journée de Jour de l’An et celle du Grand Pardon sur leurs congés tout comme les Français musulmans ?

 

Roger (10 juin) : Toutes les fêtes chrétiennes ne sont pas fériées et il y hésitation pour certaines (lundi de pentecôte par exemple). Mais il est vrai que les principales le sont (Noël, Pâques) et tout le monde en profite, croyants ou non, chrétiens, juifs et musulmans. A mon avis, nous sommes ici dans un point d’équilibre, point forcément instable. L’équilibre est différent en Israël et dans des pays musulmans, comme l’Arabie saoudite, où les fêtes chrétiennes sont interdites. En ce sens la France est un pays de liberté grâce à une laïcité tolérante. On prête à certain(e)s laïcard(e)s l’intention de supprimer la messe du dimanche sur la 2. Ce serait dépasser le point d’équilibre est menacer à la fois les émissions bouddhistes, juives et musulmanes. A mon avis les réactions seraient très vives. On se souvient que la formulation suprêmement maladroite de « mariage pour tous », avait dépassé ce point d’équilibre et entraîné la « Manif pour tous » (un million de personnes soigneusement occulté par le pouvoir socialiste). Récemment le pèlerinage de Chartres (Pentecôte) a rassemblé 10.000 personnes mais les médias officiels n’en ont pas parlé.

 

Roger et Alii – Retorica – 5 380 mots – 32 700 caractères – 2017-10-23

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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