21 PHI vrai – beau – bien – Changeux – 2017-06

Il s’agit d’établir les rapports entre le tamis de Socrate (« vrai », « bon », « utile ») et la triade platonicienne « vrai », « beau », « bien », question soulevée par Jacques, en janvier 2016. Roger.

 

(1) Kalos kagathos. La triade platonicienne a pour origine l’expression grecque « kalos kagathos » (« beau et bon »). « L’expression polysémique kalos kagathos a souvent été associée à un idéal d’harmonie de corps et d’esprit dont l’athlète grec aurait été le modèle rappelant les mots célèbres de Juvénal « mens sana in corpore sano ». L’historien Félix Bourriot a montré que cette expression est apparue dans la deuxième moitié du Ve siècle (plutôt vers la fin du siècle pour le vocabulaire attique). A Athènes elle était utilisée par les sophistes comme « un slogan, une formule mercantile pour vendre un produit » pour attirer de riches nouveaux élèves en quête de raffinement et de prestige. (…) Le philosophe Luc Brisson traduit l’expression par « perfection humaine ». (…) Dans la pensée de la Grèce antique, avoir un corps d’athlète va de pair avec la culture et la vertu. L’expression pouvait être utilisée dans un sens générique ou pour désigner une qualité spécifique. Dans un sens générique, elle s’appliquait à la combinaison de plusieurs vertus. Elle pouvait alors se traduire par « beau et brave » ou « bon et en bonne forme ». (…) Selon l’historien Henri-Irénée Marrou « Kalokagathia signifie, quel que soit le contexte, beauté ou bonté, « le fait d’être un homme bel et bon ». Avant que l’éducation grecque ne devienne, comme la nôtre, une culture de l’esprit, il y avait là anciennement un aspect moral, et c’est « dans et par le sport qu’il se réalise ». Le kalos kagathos, c’est avant tout le sportif. Et « autant que le caractère, ce que cette éducation vise à former, c’est le corps » » (Wikipédia). L’expression « avoir un beau geste envers quelqu’un » traduit parfaitement ce couple « beau – bien »

(2) Le vrai. Pourquoi et comment la pensée platonicienne a-t-elle pu y adjoindre le « vrai » et surtout pourquoi la placer en tête de la triade ? Le « vrai » a partie liée avec la connaissance. « Connaître » ce n’est pas, comme je le croyais naïvement, « naître à nouveau » (donc étymologie fausse) mais c’est « savoir avec » du latin « cognoscere » de « gnose » (le savoir) et « cum » (avec), donc « connaître » signifie « savoir avec » et donc posséder un savoir qui est extérieur à soi, se l’approprier. Ce savoir « vrai » va nourrir la personne et développer en elle le « beau » et le « bien ». D’où chez Platon la « conversion de l’âme vers le vrai, le beau, le bien. » :

Platon : La conversion de l’âme vers le vrai, le bien, le beau …

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(3) Le beau. Plotin centre sa réflexion sur le beau et consolide ainsi cette construction intellectuelle :

http://www.philopsis.fr/IMG/pdf/plotin-narbonne.pdf

Le « beau » constitue le 6° traité de la première « Ennéade » de Plotin. Ses réflexions sur la beauté et sur l’amour viennent de Platon  « pour qui beauté, juste proportion et vérité (voir « Philèbe » 64e) n’étaient que les refuges où la nature du Bien se dérobait et se manifestait tout à la fois à nos regards… » (Jean-Claude Fraisse « La simplicité du Beau selon Plotin » 1983, PUF).

On sait que « La beauté sauvera le monde » (Dostoïevski « L’Idiot »)

http://un-idiot-attentif.blogspot.fr/2011/06/la-beaute-sauvera-le-monde.html

Umberto Eco écrit de son côté : « Seule la fiction ne ment pas ; ce qui permet le beau et le bien. » On pense à Jean Cocteau : « Comprenne qui pourra : Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » « Comprenne qui pourra » : c’est l’incitation à réfléchir.

 

(4) Victor Cousin. La triade platonicienne ne suscite pas beaucoup d’intérêt jusqu’à l’arrivée du philosophe Victor Cousin (1792 – 1867). La Révolution française avait été marquée par des excès nihilistes attribués, à tort ou à raison, au scepticisme et à l’irréligion du siècle des Lumières. La remise en ordre a lieu avec le Directoire puis l’Empire et la Restauration. D’origine modeste, élève surdoué, Victor Cousin est le lycéen idéal du régime scolaire impérial. Bachelier à quatorze ans, agrégé de lettres à vingt-et-un, prix d’honneur au Concours général de 1810, il est exempté du service militaire et admis de droit à l’Ecole normale supérieure. Son éloquence le rend célèbre. Il donne des cours de philosophie moderne à la Sorbonne (1815 – 1821) et Balzac, admiratif, suit ses cours de 1816 à 1819. Il voyage en Allemagne, étudie Kant, rencontre Hegel et Madame de Staël.  «  Il introduit les notions d’absolu et d’idéal dans la philosophie française. Il concilie la métaphysique et la psychologie en prenant le moi comme principe. Un autre penseur qui l’influença dans cette première période fut Maine de Biran, dont Cousin considérait qu’il était de son temps en France un observateur psychologique hors pair. » (Wikipédia) En 1817 il donne son cours « Du Vrai, du Beau et du Bien » qui sera constamment réédité et enrichi jusqu’en 1853 (500 pages). « Il y expose sa méthode de l’éclectisme qui consiste à étudier les différents systèmes de l’histoire de la philosophie et à les juger et pour en distinguer les éléments de vrai et de faux et parvenir à un système valable du point de vue d’une raison impersonnelle. Il ne s’agit donc pas de concilier entre elles toutes les écoles de philosophie, mais il ne s’agit pas non plus, comme pour Hegel, de considérer le faux comme un moment du vrai. La méthode éclectique est en ce sens le contraire de la méthode dialectique. » (Wikipédia). De 1828 à 1855 il est professeur à la Sorbonne, académicien et même ministre de l’Instruction publique. « Son influence est immense et on peut le considérer comme l’instigateur de l’œuvre scolaire qui sera accomplie par la III° république. » (Wikipédia). Il exerce un magistère moral absolu, imposant dans les lycées l’enseignement de la philosophie. (d’après Wikipédia). « Un professeur de philosophie est un fonctionnaire de l’ordre moral, préposé par l’État à la culture des esprits et des âmes au moyen des parties les plus certaines de la philosophie » (Cité par Jacques Derrida, Du Droit à la philosophie, Galilée, 1990, p. 194.)

 

(5) Après la crise de 1870. La défaite de Sedan provoque une crise intellectuelle dont on mesure la gravité à travers l’étude de Viviane Isambert-Jamati : « Permanence ou variations des objectifs poursuivis par les lycées depuis cent ans. » (Revue française de Sociologie, VIII, N° spécial 1967 pp 57 à 79) :http://www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1967_hos_8_1_2979

Cette étude repose sur l’analyse des discours de prix de 1860 à 1964. Ce discours était confié au plus jeune agrégé arrivé dans l’établissement. Il était soigneusement conservé, d’où un corpus, qui, au-delà des choix personnels de l’orateur, traduisait globalement les objectifs poursuivis dans les lycées, à partir notamment des thèses défendues par Victor Cousin. Pendant le Second Empire l’adhésion aux valeurs suprêmes de l’ordre établi (VS) constituait le principal objectif de l’enseignement, défini par le philosophe Victor Cousin (1792 – 1867). Celui-ci, après 1840, avait organisé sa discipline alors contestée et lui avait habilement assigné la « participation aux valeurs suprêmes » (VS). Ainsi, pour lui, le doute cartésien servait à établir l’existence de l’âme et celle de Dieu. Il en résulta, en première (classe de rhétorique) la place éminente accordée au “Polyeucte” de Corneille, à Pascal et à Bossuet. Le reste allait presque de soi : l’intégration sociale (CS) venait en 2° position. Le raffinement intellectuel gratuit (RG) apparaissait en 3° position. Les mécanismes opératoires (MO) étaient relativement dépréciés (acquis dans les classes de collège) et précédaient la transformation du monde (TM) arrivée bonne dernière mais tout de même présente dans le corpus.

(6) « Participation aux valeurs suprêmes. « Pour ceux qui se proposent cette fin, il existe dans un monde idéal de grandes valeurs extérieures à l’homme, qui sont les archétypes du monde réel. Elles sont universelles, immuables et absolues : ce sont des manifestations de la transcendance, qu’il s’agisse ou non d’un dieu personnel : essences parfaites, elles sont au-delà de toute connaissance qu’on peut en avoir. A la suite de Cousin, les auteurs posent presque toujours dans ce sens une triade de valeurs : le vrai, le beau, le bien. (…) D’où l’objectif assigné à l’enseignement : accroître chez l’élève, la participation à ces valeurs. Le lycée, peut-on dire, vise alors une initiation au sens fort, non pas de type mystique ou ascétique, mais de type intellectuel ; initiation qui se sert d’un système complexe de symboles qu’il faut savoir discerner entre eux. » (Viviane Isambert – Jamati o.c).

Ces valeurs suprêmes, fondées sur la triade platonicienne, ne purent disparaître malgré leur discrédit, grâce notamment à Charles Renouvier. Le philosophe Charles Renouvier (1815- 1903) avait fondé philosophiquement la République moderne. Il demandait une morale portée par des individus. Il pensait que le contrat avec soi-même fondait à la fois le gouvernement de soi, le contrat social et le gouvernement collectif. Il enseignait que les droits entraînaient le devoir de défendre les droits des autres sinon il n’y avait même plus de droit pour soi. Il définissait enfin la laïcité comme le “spirituel dans l’Etat”. Une démocratie de combat inspira la morale laïque de la III° république. Sans forcément nier l’idée de Dieu, il s’agissait de faire mieux que l’Eglise catholique en matière d’éducation. Renouvier ne croyait pas au sens de l’Histoire. A côté de la notion célèbre d’utopie (“qui n’est d’aucun lieu”) il avait conçu celle d’uchronie (“qui n’est d’aucun temps”). On pouvait imaginer des évènements différents qui n’avaient pas eu lieu. Il rendait ainsi à l’histoire sa contingence. Il pensait en particulier que le christianisme n’avait pas été une fatalité mais qu’il avait triomphé par une série d’évènements qui auraient pu ne pas avoir lieu. La III° république jette à bas la construction intellectuelle de Victor Cousin.

(7) Retour sur le « tamis de Socrate ». Qui est Socrate ? Figure moins intimidante que celle de Platon, Socrate est en conflit avec les sophistes. Socrate n’a pas de problèmes d’argent : il vit aux crochets de sa femme, accoucheuse acariâtre (voir « Xanthippe » Wikipédia) . Elle peste contre un époux qui se pavane gratuitement sur les places publiques, ce qui lui vaut beaucoup d’auditeurs… Les sophistes, au contraire, font payer leur savoir et doivent plaire à un public qui en veut pour son argent. Leur savoir n’a pas besoin d’être « beau », simplement « utile ». Au fil des siècles, le problème reste le même pour tous les rhéteurs qui dépendent financièrement de leurs élèves. Cultiver le « beau » c’est le luxe de gens qui n’ont pas de problèmes d’argent, comme les retraités, dont je suis ! … ou des titulaires d’un revenu universel ! Qu’est-ce qu’un tamis ? en grec le mot « krisis » signifiait « tamis ». Nous en avons fait « crise ». Le wiktionnaire en dit ceci : « (1478) Du latin médiéval crisis (« manifestation grave d’une maladie »),issu du grec krisis (jugement). (fin XIVe siècle) (…) En médecine : « Changement en bien ou en mal qui survient dans le cours d’une maladie et s’annonce par quelques phénomènes particuliers, comme une excrétion abondante, une hémorragie considérable, des sueurs, un dépôt dans les urines, etc. « Crise heureuse, crise funeste » Au figuré : « Moment périlleux et décisif » ». D’où l’emploi dans « crise économique ». Mais le sens initial de « jugement, examen, critère » n’est jamais très loin et il est crucial . Pour des élèves peu rompus aux discussions abstraites, le choix du mot « tamis », très concret, était excellent. Voir

https://fr.wiktionary.org/wiki/critère#.C3.89tymologie

 

Sortir d’une crise, comme celle d’après 1870, c’était tout passer au « tamis de Socrate ». Je pense que la formulation de ce tamis (« vrai », « bon », « utile ») est due à un professeur de philosophie dont on n’a pas gardé le nom mais qui avait marqué durablement ses collègues. La triade platonicienne était presque sauvegardée, à l’exception significative de la « beauté ». Plotin était ainsi évacué et avec lui la spiritualité.

(8) Et Changeux arriva… « Jean-Pierre Changeux (1936 – ) est un neurobiologiste français connu pour sa recherche dans plusieurs domaines de la biologie, de la structure et de la fonction des protéines, au développement précoce du système nerveux jusqu’aux fonctions cognitives. (…) Comme il l’écrit dans son livre « Matière à pensée », Changeux défend la conception selon laquelle le système nerveux est actif plutôt que réactif et que l’interaction avec l’environnement, au lieu d’être instructive, résulte de la sélection de représentations internes préexistantes. » (d’après Wikipédia). Jean-Pierre Changeux est aussi l’auteur d’un ouvrage sur les avancées des neurosciences « Du Vrai, du Beau, du Bien. Une nouvelle approche neuronale » Ed Odile Jacob, 2008, 544 p)  Il ne dit pas un mot de Victor Cousin qui est même absent de sa bibliographie. Tout se passe comme si son illustre devancier n’avait jamais existé… On sait pourquoi et la dernière page de son ouvrage dit clairement qu’il refuse l’essentialisme de Platon, de Plotin et de Victor Cousin :

« (…) Mon dernier cours s’est achevé sous la forme d’un état des lieux et d’une esquisse d’un programme à venir, où l’abandon de toute référence à une « harmonie préétablie » imaginaire et l’incitation à un ascétisme salutaire de la réflexion donnent accès à une nouvelle conception de l’homme, de ses origines et de son avenir, sur la base d’une intégration transdisciplinaire pertinente qui réunit la biologie, la neuroscience, les sciences de l’homme, des sociétés et l’histoire des civilisations humaines. Cette nouvelle approche conduit au réexamen des trois questions fondamentales de Platon sur le Beau, le Bien, le Vrai, après avoir abandonné leur contexte essentialiste originel au bénéfice d’une conception unitaire des savoirs, comme le proposait déjà l’Encyclopédie. Chacune d’elles relève, en définitive, d’objets mentaux communicables de cerveau à cerveau au sein d’un groupe social. Chacune d’elles implique des « représentations sociales » épigénétiques (1), mais de types différents. Le Beau serait ainsi véhiculé sous la forme de synthèses singulières et harmonieuses entre émotion et raison qui renforceraient le lien social ; le Bien consisterait en la poursuite d’une vie heureuse de chacun avec les autres dans la société ; enfin le Vrai serait la recherche incessante de vérités objectives, rationnelles, universelles et cumulatives, avec constante remise en question critique et progrès des connaissances ainsi engendrées. (…)

« Depuis la Renaissance, l’aspiration à la liberté d’examen (notamment la liberté de croyance) va de pair avec l’épanouissement de la liberté d’expression, intrinsèque à la pensée créatrice de la science. Le développement de la science a entraîné, mais indirectement, la reconnaissance progressive des droits de l’homme. (…)

« Dans un monde fragile à l’avenir incertain, il nous revient d’inciter sans relâche le cerveau des hommes à inventer un futur qui permette à l’humanité d’accéder à une vie plus solidaire et plus heureuse pour et avec chacun d’entre nous. »

(Jean-Pierre Changeux « Du Vrai, du Beau, du Bien. Une nouvelle approche neuronale » Ed Odile Jacob, 2008, 544 p)   pp 513 – 514 – 515

 

(1) L’épigénétique (du grec ancien ἐπί, épí, « au-dessus de », et de génétique) est la discipline de la biologie qui étudie les mécanismes moléculaires qui modulent l’expression du patrimoine génétique en fonction du contexte.

« Alors que la génétique correspond à l’étude des gènes, l’épigénétique s’intéresse à une « couche » d’informations complémentaires qui définit comment ces gènes vont être utilisés par une cellule ou… ne pas l’être» Dossier « Epigénétique », sur le site de l’INSERM, février 2015 (consulté le 3 septembre 2015)

« C’est un concept qui dément en partie la « fatalité » des gènes. » Michel Morange, professeur de biologie à l’ENS, cité dans « L’épigénétique, l’hérédité au-delà de l’ADN »Le Monde, 22 avril 2013. (d’après Wikipédia)

 

(8) Changeux versus Cousin Changeux refuse une confrontation qui pourtant me paraît inévitable et nécessaire. Jean-Pierre Changeux vise les mêmes objectifs que Victor Cousin. Y parvient-on en dehors de toute spiritualité ? ou d’une spiritualité autre ? mais laquelle ? Il écrit : « … l’abandon de toute référence à une « harmonie préétablie » imaginaire et l’incitation à un ascétisme salutaire de la réflexion donnent accès à une nouvelle conception de l’homme, de ses origines et de son avenir, sur la base d’une intégration transdisciplinaire pertinente qui réunit la biologie, la neuroscience, les sciences de l’homme, des sociétés et l’histoire des civilisations humaines. (…) » Cette « harmonie préétablie » ne me paraît pas « imaginaire » mais « imaginée » ce qui est bien différent et nous renvoie, comme je le notai plus haut, à Umberto Eco et Jean Cocteau. Umberto Eco écrit : « Seule la fiction ne ment pas ; ce qui permet le beau et le bien. » Et Jean Cocteau : « Comprenne qui pourra : Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. »

(9) Changeux et le beau. Jean-Pierre Changeux n’est pas que neurobiologiste. C’est aussi un amateur d’art éclairé  : « Changeux est passionné par l’art et a organisé plusieurs expositions : De Nicolo Dell’Abate à Nicolas Poussin : aux sources du classicisme (Meaux), La lumière au Siècle des Lumières (Nancy), Passions de l’âme(Meaux) et a coorganisé (avec Jean Clair) l’Âme au corps (Paris Grand Palais). » (Wikipédia) Il a aussi écrit « La beauté dans le cerveau » (Odile Jacob, 2016). Vidéo à méditer : https://www.youtube.com/watch?v=ltmGXUPNKdo

De la même manière que nous ne savons pas d’où vient l’âme qui anime le fœtus, nous ne savons pas de quel univers vient ce beau qui nous émeut tant. Jean-Pierre Changeux pense avoir trouvé une amorce de solution. Je salue plus l’effort que les résultats. Le mystère reste entier.

Roger et Alii – Retorica – 3 010 mots – 18 200 caractères – 2017-06-26

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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