21 PHI vrai – vraisemblable – récit – miracle – 2006 – 2017

 

Vraisemblable veut dire semblable au vrai mais pas forcément vrai. Le vraisemblable c’est comme la feinte qui, en escrime, est “l’image du coup” mais pas le coup. Le vrai renvoie à la vérité souvent confondue avec la réalité. Peut- on atteindre la vérité ? ou simplement se contenter de la sincérité ? Il resterait alors à comparer les diverses sincérités. Roger

(1) Le problème du vrai est au fond celui du témoignage. Voir de Jean Norton Cru “Du témoignage” (d. JJ Pauvert Coll Libertés n° 48, 1967). Confrontant les récits des combattants de 1914 – 1918 Jean Norton Cru a dégagé une méthodologie de la recherche du vrai, de la vérité. C’est “Témoins” publié en 1930. “Le mélange du vrai et du faux est plus faux que le faux.” (Paul Valéry). Il y aurait donc des nuances dans le faux. Le faux le plus dangereux serait indécelable car mélangé au vrai.

(2) Nous avons une série de quatre modalités :
vrai – vraisemblable – invraisemblable – faux
. Ces notions sont en miroir par rapport à un axe central invisible : le vrai s’oppose au faux. Mais il suffit d’un élément omis ou ajouté pour que le vrai devienne faux et le faux devienne vrai. Quelquefois il s’agit d’un changement d’échelle. Et les changements d’échelle sont constants. Le vraisemblable s’oppose à l’invraisemblable. Apparemment cette opposition est plus facile à manier. L’invraisemblable devrait être refusé et pourtant il est trop facilement admis.

(3) Le “vrai” c’est en indo-européen WER-I comme “vérité”. WER I c’est “vrai” comme WER- II c’est “fermer”, WER-III c’est “aimable”, WER- IV “tordre”, WER- V “déchirer”. Mais notre WER- I a donné dans toutes les langues européennes cette idée du “vrai” du fait auquel on adhère sans discussion parce que c’est la vérité. Beau sujet philosophique.

(4) “Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable” (Boileau Art poétique chant III) Au XVII°s Boileau demande au dramaturge qui met en scène un évènement vrai, de le rendre vraisemablable sinon il paraîtra invraisemblable et donc faux. Boileau admet qu’il y a des évènements vrais mais invraisemblables. Ce sont les miracles qu’il admet en bon chrétien. Pour en avoir un bon catalogue on lira avec profit “Les pouvoirs mystérieux de la foi” de Jean Guitton et Jean-Jacques Antier (1993 Perrin, Pocket). Le vrai ne nous parvient pas directement mais par des récits. Ces récits sont toujours incomplets. C’est leur nature d’être incomplets. Quand il sont invraisemblables il leur manque des éléments explicatifs. Sans eux ils deviennent faux. Boileau, tout en croyant personnellement au miracle, demande au dramaturge de ne pas l’employer ou de le ramener au vraisemblable. C’est-à-dire de donner l’ensemble des enchaînements. L’illusionniste ne communique pas ses trucs et on ne le lui demande pas. Car on se place dans une situation où l’on goûte le merveilleux d’être trompé. On est là pour cela. Mais en dehors de cette situation on demande du vraisemblable.

(5) Au XVII° siècle cette notion de vraisemblable est liée à celle des bienséances, toujours d’actualité. Ainsi pendant des dizaines d’années il était impossible de donner une amie à Tintin. On jugeait que Milou et des amitiés acquises au fil des albums étaient bien suffisants pour satisfaire ses besoins affectifs. Ainsi le voulaient les bienséances d’alors et c’était vraisemblable. Aujourd’hui nous en sourions. Nos bienséances admettraient une amie pour Tintin et cela nous paraîtrait vraisemblable. Outre les bienséances et la vraisemblance, le théâtre classique pratique les trois unités : temps, lieu, action qui leur sont profondément liées.

(6) Cette catégorie du vraisemblable semble aussi difficile à manier que les trois autres car elle dépend de l’époque où on lit le récit. Et ceci nous conduit au texte le plus conflictuel à savoir la Bible et les miracles de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Peut-on expliquer les miracles et les ramener à du vraisemblable ? Oui. La foi en sera-t-elle atteinte ? Non, pas plus que notre raison ne se sent atteinte par l’art de l’illusionniste. Dans les deux cas on cherche du plaisir. Et la foi est un plaisir auquel les croyants ne tiennent pas à renoncer même si intellectuellement ils admettent que la recherche de la vraisemblance dans la Bible est parfaitement légitime.

Miracle de l’hostie

(7) L’un des plus célèbres phénomènes surnaturels de la tradition chrétienne est le miracle du sang qui apparut sur des hosties consacrées pendant une messe célébrée à Bolsena (Italie) en 1263. Le pape Urbain IV s’empressa d’instituer une fête pour célébrer le miracle. C’est la fête du Corpus Christi qui devint durant le XV° siècle la principale fête chrétienne. Raphaël fit une fresque pour célébrer l’évènement. On signala un peu partout des hosties qui saignaient et on prétendit que c’étaient les Juifs qui les avaient poignardées par haine de Jésus.

Johanna Cullen, de l’université de George Mason, à Fairfax (Virginie) a reconstitué le miracle en faisant incuber des hosties avec une bactérie fréquente sur les aliments comportant de l’amidon, pain, pâtes, polenta, etc., la Serratia marcescens. Celle-ci produit au bout de trois jours un pigment rouge sang, connu sous le nom éloquent de prodigiosine.

Un incident similaire, qui parut à l’époque surnaturel, eut lieu en 1819 à Legnaro : du “sang” apparut sur de la polenta mise dans un placard. La polenta fut jetée, mais, par la suite, tout ce qu’on mettait dans ce placard se couvrait de liquide rouge ; le placard était évidemment infesté de la bactérie. En 1848, le biologiste allemand Ehrengerg l’identifia sur des pommes de terre cuites.

La formation de “sang” sur le pain est d’ailleurs antérieure à l’ère chrétienne, car lors du siège de Tyr, en 332 avant notre ère, les soldats d’Alexandre le Grand en avaient déjà trouvé sur leur pain. Serratia marcescens prolifère quand le temps est chaud.
(d’après Science et Vie, oct. 1994 et d’autres sources).

(8) Ce miracle qui a longtemps été tenu pour vrai était en réalité faux. Ce qui était vrai c’était son explication scientifique qui a éliminé l’invraisemblable du fait pour le vraisemblable. Car nous n’atteignons pas directement sa vérité scientifique. Nous l’atteignons à travers un récit que nous avons de bonnes raisons de tenir pour vrai mais qui en toute hypothèse n’est que vraisemblable, c’est-à-dire semblable au vrai que nous pouvons admettre.

(9) Roger (2017-12-18) : Le problème a été récemment relancé par l’information suivante que je reproduis telle quelle sans forcément la commenter.

26 REL miracle – hostie – Pologne 2016-04-17

« Et recommandé par le Saint-Siège ! Une « hostie qui saigne » a été examinée

au microscope et soumise à différents examens…

« Parfois, après examen, les « hosties qui saignent » ne sont rien d’autre qu’une moisissure du pain de couleur brune assez commune. Mais ce qui s’est passé en 2013 en Pologne semble bien réel !

« Le 17 avril 2016, l’évêque du diocèse de Legnica, Mgr Zbigniew Kiernikowski, a annoncé par voie de communiqué la reconnaissance d’un miracle eucharistique dans l’église Saint-Hyacinthe de la ville :

« Le jour de Noël 2013, une hostie consacrée était tombée par terre au moment de la Sainte Communion. Elle a aussitôt été recueillie et, comme cela est recommandé, elle a été placée dans un vase rempli d’eau (vasculum) en attendant qu’elle se dissolve. Mais, peu après, des tâches rouges sont apparues. Mgr Stefan Cichy, alors évêque de Legnica, créa une commission pour étudier le phénomène. En février 2014, un petit fragment rouge de l’hostie fut donc prélevé et déposé dans un corporal. La Commission ordonna de prélever des échantillons et de les envoyer aux organismes concernés chargés d’enquêter sur le phénomène.

« Dans l’annonce finale du Département de Médecine légale, on peut lire :

« Dans l’image histopathologique, on a constaté que les fragments de tissus contiennent des parties fragmentées de muscle strié. (…) L’ensemble (…) est très similaire au myocarde avec des altérations qui apparaissent souvent pendant l’agonie. L’analyse ADN a conclu qu’il s’agit là de myocarde humain. »

« En janvier 2016, j’ai envoyé ces conclusions à la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican. Le miracle a été reconnu et, aujourd’hui, conformément aux recommandations reçues de la part du Saint-Siège, j’ai demandé au curé de la paroisse, le père Andrzej Ziombro, que soit aménagé un endroit approprié pour que les fidèles puissent vénérer la relique. »

https://fr.aleteia.org/…/un-miracle-eucharistique-reconnu-par-un-eveque-en-pologne/

 

(10) Roger (même date) : Eh bien si ! Je vais la commenter. J’ai mis sur site en 2015 l’article suivant.

 

http://www.retorica.fr/Retorica/02-bib-jesus-cachemire-1993-2015/

 

Jésus serait mort au Cachemire et il aurait des descendants. Il suffirait de comparer l’ADN de ces descendants avec celui de l’hostie polonaise de 2013 mais pour parvenir à quoi ?

(11) Roger (même date) : On parle quelquefois de « post-vérité » (voir Wikipédia). Je ne pense pas que ceci pourrait nous mener très loin…

 

Roger et Alii – Retorica – 1 460 mots – 9 100 caractères – 2017-12-18

 

 

 

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