22 POE Hugo Booz endormi – asphodèle – correspondances – 2018-06

22 POE Hugo Booz endormi – asphodèle – correspondances – 2018-06

 

Michel P.(3 juin 2018) ASPHODELE A l’âge de 83 ans, après une carrière entière de prof de lettres, je viens de faire une « découverte ». J’ai découvert que les plantes fleuries qui s’épanouissent à flanc de pente rocheuse, près de chez moi, se nomment « asphodèles ». Fort de cette information toute neuve, et très excité par le vieux et respectable souvenir des vers de V. HUGO : « Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle/ Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala » ( Légende des Siècles- Booz endormi), je suis allé derechef sur les lieux où cette fleur se plaisait tant, je me suis penché sur l’une, puis sur une autre, sur une autre encore…rien à faire: ces fleurs ne sentent RIEN !

Dire que j’ai laissé s’écouler toute ma carrière sans être capable d’expliquer de façon vivante à mes élèves qu’un poème n’est pas un livre de Sciences de la Nature; qu’un poète (et son lecteur) doit être avant tout sensible à la MUSICALITE (oui, je sais, il y a aussi les IMAGES … mais ça ne rentre pas dans le cadre de mon propos) ;  que pour Hugo, qui n’avait peut-être jamais VU, ni HUME cette fleur poussant sur les terrains calcaires, l’important était peut-être d’une part l’exotisme du nom de la fleur (pour un Français), d’autre part l’opportunité d’ajouter grâce à ce mot un son « f » aux 5 qu’il avait déjà insérés dans ses 2 alexandrins : 6 sonorités soufflant doucement en 24 syllabes, c’est une bonne densité…

 

Voilà. Il fallait que je trouve un public à qui faire part de ma tardive découverte. Merci.

 

Roger(4 juin) : Après avoir lu cette excellente réflexion de Michel, j’ai consulté l’article «asphodèle » de Wikipédia. Il vaut vraiment le détour. Cette plante, connue sous de nombreuses variétés, n’a effectivement aucune odeur. Elle offre quelques emplois intéressants (cuisine) :

http://naturealpha.skyrock.com/3235363735-L-Asphodele-ramifie.html

Hugo a pu les connaître mais ce n’était pas son propos.

 

Roger à toute la liste(8 juin) : La réflexion de Michel me conduit à m’interroger sur une question toute simple : « Qu’est-ce qui reste de ce que fait un prof ? » (TS2MAI J.14.03.1996 faire sur Google : « retorica a6 remarquables »). Cette question reste très mystérieuse. Quand Michel étudie « Booz endormi » avec ses élèves, quand je le fais moi-même avec Retorica, quand vous le faites au travers de vos propres souvenirs, nous réactivons tout un patrimoine de corrélations littéraires et politiques. Ce patrimoine culturel est à défendre et promouvoir près des personnes qui nous rejoignent (réfugiés, « migrants » termes synonymes). Ce « reste » de notre enseignement et de nos échanges mérite d’être diffusé par une osmose volontaire et collective. C’est tellement évident que nos élites politiques en ont à peine conscience. Il faut le leur rappeler et nous le rappeler inlassablement.

 

22 POE Hugo Booz endormi – asphodèle – correspondances – 2018-06-15

 

Je profite de cet envoi pour vous recommander deux articles que je viens de mettre sur site :

 

13 HIS mai 1968 libération pédagogique

http://www.retorica.fr/Retorica/13-his-mai-1968-liberation-pedagogique-2018-06/

 

07 ESS Lumières aveuglements J.F Colosimo

http://www.retorica.fr/Retorica/07-ess-lumieres-aveuglements-j-f-colosimo/

 

 

Roger

 

Jean(8 juin) : Bonjour à tous,

Si vous voulez voir des asphodèle, RDV en Corse, elles tapissent tout le maquis (surtout après que les incendies aient fait leur oeuvre…) tous les bords de route, tous les champs par centaines de millions ……

après la floraison elles laissent une longue tige séchée comme une sorte de bâton.

Pace e Salute

 

 

Jeanne(8 juin) : Réflexion très intéressante sur l’asphodèle, très abondante sur le causse et sans odeur, mais si belle qu’on n’y prête pas attention…Par contre le mot est tellement beau, comme un souffle subtil qui envahit la bouche….cela ne m’étonne pas que Victor-Hugo en ait senti l’odeur!!!

Roger(9 juin) : Bien.

Ceci nous renvoie à la synesthésie. Voir article Wikipédia trop riche à mon avis. J’en retire ceci.

« La synesthésie(du grec syn, « avec » (union), et aesthesis, « sensation ») est un phénomène neurologique non pathologique par lequel deux ou plusieurs senssont associés (de manière durable). Par exemple la synesthésie dite « graphèmes-couleurs » (qui représenterait 65 % des synesthésies3) fait que les lettres de l’alphabet (ou des nombres) sont perçus colorés.  (…) La synesthésie désigne aussi un procédé poétique ou artistique qui permet de mettre en relief une image en faisant appel à d’autres modalités sensorielles. On cite souvent comme exemple ce passage bien connu du poème Correspondancesde Charles Baudelaire :

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,

Doux comme des hautbois, verts comme des prairies,

– Et d’autres corrompus, riches et triomphants, […]

(…)

« Dans son poème Voyelles, Arthur Rimbaudattribue une couleur aux voyelles, avec le vers célèbre « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, ». Il est cependant admis que Rimbaud n’était pas synesthète. Charles Baudelairefera aussi usage de métaphores synesthétiques, dans Les Fleurs du mal, dans son poème Correspondancesainsi que dans Parfum Exotique. Wassily Kandinskyest connu pour ses peintures établissant des correspondances entre couleurs et sons.

 

« L’ésotérisme, l’occultisme, le symbolismereposent en grande partie sur la doctrine des analogies et correspondances. Pour eux, les divers ensembles du monde sont analogues et leurs éléments entrent en correspondances. Ainsi, pour les Chinois traditionalistes, auteurs du Hong fangou du Li yunou du Yue ling, les goûts, les organes des sens entrent en corrélations ; par exemple, les cinq saveurs (acide, amer, doux, âcre, salé) entrent en correspondance, non seulement avec d’autres sens (vert/acide/rance ; rouge/amer/brûlé…), mais encore avec d’autres domaines (les Éléments, les passions, les vertus… : vert/Bois/Est/acide/rance/blé/mouton…) » (Wikipédia)

 

Gwenola (9 juin) J’ai été touchée par votre échange Michel  et toi à propos des asphodèles et de ce que laisse un professeur…Difficile à dire mais je vais y penser…

 

Daniel(9 juin) : oui

« Booz ne savait point qu’une femme était là,

Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle. »

et patati et patata

(…) ton michel a l’âge de Booz

donc

 » Une race naîtrait de lui ! Comment le croire ?

Comment se pourrait-il qu’il eusse des enfants ?

Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;

Le jour sort de la nuit comme d’une victoire ;

 

Roger à toute la liste(15 juin) : Nous tirons doucement ce fil de l’asphodèle.. en évitant la « loi de Godwin » (Wikipédia) : quand une discussion dure trop longtemps elle aboutit au nazisme et à Hitler ! Je reprends la notion qui me paraît essentielle : « L’ésotérisme, l’occultisme, le symbolismereposent en grande partie sur la doctrine des analogies et correspondances. Pour eux, les divers ensembles du monde sont analogues et leurs éléments entrent en correspondances. » (« Synesthésie » Wikipédia)

 

Roger à toute la liste(21 juin) : Les correspondances nous mènent directement au chamanisme. En voici les lignes directrices :

 

26 REL Chamanes« La vision chamanique du monde en 5 points

« 1. Toutes les parties du monde sont interconnectées, à tous les niveaux de la réalité,de sorte que tout ce qui arrive à un individu affecte tous les autres, et ce qui arrive aux autres affecte l’individu que ce soit au plan physique ou spirituel.

« 2. Les objets perceptibles par les sens humains sont des manifestations locales de sommes d’énergie plus considérables.

« 3. Ce qui est imperceptible aux sens humains est aussi important dans la maladie que ce qui peut être mesuré et évalué au moyen des sens.

« 4. La conscience est universelle ; autrement dit, “tout est vivant”.

« 5. L’univers dans son ensemble est chose sacrée et possède un sens et un but précis. » »

((prise de notes Retorica, d’après Lewis E. Mehl, « Le chamanisme moderne : intégration de la biomédecine dans les opinions traditionnelles », dans Gary Doore « La voie des chamans », J’ai lu, New Age, 1989 pp 158-173)

 

 

 

 

 

 

 

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