22 POE Hugo – Demain dès l’aube – étude 40 mots > 200 mots 2014 – 11

Victor Hugo (1802-1885) Demain, dès l’aube… (1856)

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,


Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.


J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.


Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. (40 mots)

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

 

 

Etude de Pierre A.

 

« Demain dès l’aube ». Le ton est donné et indique la détermination de l’auteur. Par cette formule nous sommes plongés dans l’expectative de la suite du récit… On peut comme une clé de sol entamer une partition.

« A l’heure où blanchit la campagne » : nous renseigne sur l’heure matinale où se déroule l’action, ainsi que la saison avec le givre hivernal.

    « Je partirai » : nous indique que l’auteur se déplacera seul et sonne le départ de l’action.

    « Vois-tu » L’auteur prend à témoin une personne, comme si celle-ci se trouvait à ses côtés.

    « Je sais que tu m’attends » : soudain une distance apparaît entre le conteur et la personne interpellée précédemment.

    « J’irai par la forêt, j’irai par la montagne » : montre la détermination de l’auteur, sa volonté de porter sa plainte.

    « Je ne suis demeurer loin de toi plus longtemps. » La détresse de Victor Hugo éclate. Il exprime le désir de rejoindre l’être aimé. C’est une exclamation capitale quand on sait que son souhait est de rejoindre la tombe où sa fille est enterrée !

    Ce poème exprime la douleur d’un père aimant qui est à la fois le héros bravant les circonstances (ligne 3) et l’antihéros languissant (ligne 4). Un homme de vérité.

(215 mots, 3.30 heures)

 

 

Remarques de Pierre S.

 

Progressivement nous établissons le lien entre le quarante mots-création et le quarante mots-commentaire. Il y de bonnes choses dans votre commentaire mais vous ne serrez pas le style d’assez près.

Lorsque vous écrivez vous êtes attentif aux procédés stylistiques que vous utilisez en vue d’effets que vous souhaitez provoquer chez votre lecteur. C’est la même chose ici.

La convention est de commenter les quarante premiers mots d’un poème qui prépare une suite que nous connaissons. La charge stylistique en est d’autant plus forte. Vous ne la voyez pas suffisamment à mon sens. Par ailleurs le commentaire ligne par ligne est une mauvaise méthode. Le texte retenu est bref (40 mots) et il faut le commenter dans son ensemble. A mon avis c’est le grand reproche et peut-être le seul qu’on peut vous faire.

Voici ce que je vous propose.

 

Etude de Pierre S.

 

Ce poème est le récit d’une longue marche racontée au futur dans des alexandrins classiques fortement rythmés (6+6) : « J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. » Les rimes sont croisées (abab). C’est presque une prose familière. Derrière le récit on devine une émotion communiquée au lecteur.

    Le temps de l’action est fortement marqué : « demain », « dès l’aube » : notation précisée par « à l’heure où blanchit la campagne ». Ce sera une longue marche à pied, fatigante (« par la forêt », « par la montagne »), du lever au coucher du soleil.

            La détermination du narrateur est marquée par les futurs : « je partirai » (rejet très fort au début du vers 2), « j’irai » (deux fois). Aucun obstacle ne pourra l’arrêter : ni « la forêt », ni « la montagne ». C’est une marche presque somnambulique, conduite par une obsession : entrer en communication, en communion avec la fille bien-aimée.

            Cette méditation devient quelque peu fantastique. La formule familière : « vois-tu » donne vie à la morte. Elle l’ « attend » et il le « sait ». La nécessité intérieure et impérieuse (« je ne puis demeurer ») est complétée par deux notations : dans l’espace (« loin de toi » ) et dans le temps (« plus longtemps »)

 

(223 mots, 2 heures au total après de multiples retouches).

 

Remarques complémentaires

 

J’ai noté en gras les quatre thèmes directeurs de mon commentaire : le récit, le temps de l’action, la détermination, la méditation fantastique. Je crois que c’est la bonne méthode pour un commentaire thématique. Il permet de dire l’essentiel en évitant le commentaire ligne à ligne qui manque évidemment de recul.

En même temps cela fournit des outils pour la pratique du quarantemots-création. Il y a donc interaction entre les deux pratiques.

 

Pierre Sanglier – Auxilia – 9 nov 2014

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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