22 POE Hugo « Le crapaud » (1858 « La légende des siècles » )

Présentation.

http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/victor_hugo/le_crapaud.html

Il s’agit d’une histoire vécue par Hugo et peut-être doublement comme enfant et comme adulte. On a une confidence de Victor Hugo à un de ses amis, Auguste Vaquerie : « Je suis le bon Samaritain des crapauds ; hier, j’en ai souvaé un que les enfants lapidaient. Je le leur ai enlevé et l’ai porté bien loin dans un champ. » Ce long poème de 164 vers est ainsi construit :

v.1 « Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses? »

Hugo répond à cette question en une sorte de disserta- tion philosophique et métaphysique. Plan: le récit coupé de réflexions, la méditation elle-même.

v.2-24 : le crapaud dans une nature apaisée après l’orage.

v.25-30 : le prêtre, la femme.

v.31-89 : les enfants torturent le crapaud, long supplice coupé par une réflexion qui annonce la méditation :

 » Hélas ! ayons des BUTS, mais n’ayons pas de CIBLES :

Quand nous visons un point de l’horizon humain,

Ayons la VIE, et non la MORT, dans notre main. »

v.90-107. Arrivée de la charrette tirée par l’âne.

v.108-113. les enfants changent de projet : tuer le crapaud non avec la pierre mais le faire écraser par la charrette, suspense souligné par les blancs ménagés par Hugo.

v.113-127. L’âne refuse d’écraser le crapaud.

v.128-131. Une voix parle à l’enfant : « Sois bon »

v.132-152. Méditation sur le paradoxe du bien et du mal :

« Le damné bon faisant rêver l’élu méchant ! »

« Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,

Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon. »

v.153-164. Appel au philosophe, au penseur, au sage. La vérité est dans la bonté qui joint

« Le grand ignorant,l’âne, à Dieu le grand savant. »

Proposition d’explication : correction sgdg.

1. SITUER ET LIRE.

Extrait de « La Légende des Siècles » (1859-1883) « Le crapaud » est un poème qui raconte le supplice d’un pauvre crapaud torturé successivement par un vieux prêtre, une belle femme jeune et quatre enfants :

« Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.

– J’étais enfant, j’étais petit, j’étais cruel ; –

Tout homme sur la terre, où l’âme erre, asservie,

Peut commencer ainsi l’histoire de sa vie.

On a le jeu, l’ivresse et l’aube dans les yeux.

On a sa mère, on est des écoliers joyeux,

De petits hommes gais, respirant l’atmosphère

A pleins poumons, aimés, libres, contents : que faire

Sinon de torturer quelque être malheureux ?

Le crapaud se traînait au fond du chemin creux. »

2. PRESENTER ET CARACTERISER

Poème en alexandrins, rythme lent et grave.

C’est un récit et un essai mêlés : confidence et méditation.

Le crapaud torturé par le vieux prêtre, la belle jeune femme et les quatre enfants (dont le narrateur) : ordre décroissant des tortionnaires par l’âge et l’innocence.

Focalisation externe jusqu’au moment où l’on découvre que le narrateur fait partie des enfants. Donc focalisation interne qui donne le sens d’une confession à la confidence.

Les écoliers ont peut-être 8-10 ans ;le narrateur-écrivain en a 56. Donc écart de 46 ans environ, le temps du remords que seul l’aveu peut soulager.

Le récit de cette mauvaise action personnelle sert de noyau à une méditation sur la méchanceté humaine, sur l’esprit du mal qui semble saisir l’homme et qui s’exerce à l’égard des êtres faibles et jugés laids.

3. EXPLIQUER

Inversion de « Vinrent quatre écoliers » : rythme allègre

« sereins comme le ciel » : comparaison qui insiste sur le calme de leur âme comparé au ciel serein après l’orage.

« J’étais enfant,… » trimètre romantique (4/4/4), progression ternaire qui s’achève sur « cruel » ; paradoxe: c’est l’enfance qui est l’âge le plus cruel, le plus pervers; surprise : apparition du « je », de la confidence directe, de la focalisation zéro ; il avoue et se condamne ; rôle des tirets ; ceci est présenté comme une parenthèse, la honte ?

« Tout homme » : immédiatement la généralisation lui permet d’atténuer sa faute ; « l’âme erre asservie » : métaphore, l’âme est asservie au péché et au mal, « elle erre » car elle ne sait comment se diriger.

« Peut commencer… » : rejet expressif du verbe : c’est la vie de chacun qu’il raconte… culpabilité du lecteur !

« On a le jeu » : valeur affectueuse du pronom impersonnel rythme ternaire de « jeu »/ »ivresse »/ »aube » qui se finit sur une image de clarté (cf « ciel serein » plus haut) et d’innocence. « mère », « écoliers joyeux… » : nombreuses mises en appositions dont le champ lexical évoque l’innocence, la joie de vivre,l’irresponsabilité dans la sécurité affective (« mère ») ; « respirant l’atmosphère / A pleins pouvons » rejet qui met en valeur un indice (métonymie) de bonne santé.

« aimés, libres, contents » : rythme ternaire des trois adjectifs, le sentiment de bonheur (« contents ») est une conséquence du sentiment d’amour et de liberté.

« Que faire » : les enfants sont inconscients et oisifs

« Sinon de torturer… » la question se termine en ironie amère : les enfants vont s’occuper à torturer…

« Le crapaud » retour en gros plan expressif sur le personnage principal avec verbe d’action : « se traînait », sentiment d’impuissance accentuée par un lieu duquel il ne peut échapper (« au fond du chemin creux ») : sentiment de lenteur car l’abondance des syllabes longues et les sonorités sourdes : « Le CRA-PAUD se TRAI-NAIT au FOND du CHE-MIN CREUX »

4. CONCLURE ET PROLONGER

Passage centré sur l’attitude incompréhensible des enfants : ils ont tout pour être heureux mais ils sont oisifs. Au lieu de se donner un projet utile ou simplement amusant, ils veulent infliger torture et mort à un être jugé faible, inutile et laid. Ce sont bien des « petits hommes » : toute l’humanité est comme eux, comme le narrateur, comme le lecteur et doit en avoir honte.

Ceci prélude au supplice du crapaud sauvé par deux interventions :

– celle d’un âne ; malgré les coups de son conducteur, il détourne sa charrette qu’il traîne afin de ne pas écraser le crapaud ;

-celle d’une voix (Dieu ? sa conscience ?) qui dit au narrateur « Sois bon ! »

Le texte s’achève sur la nécessité de la bonté.

Roger et Alii

Retorica

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