22 POE Prévert – portrait d’un oiseau – étude 20 mots > 200 mots – 2016 – 11

Etude de Pierre A suivie de l’étude de Pierre S sur les premiers vers du poème de Prévert « Pour faire le portrait d’un oiseau ».

 

Jacques Prévert POUR FAIRE LE PORTRAIT D’UN OISEAU

 

A Elsa Henriquez

 

Peindre d’abord une cage

avec une porte ouverte

peindre ensuite

quelque chose de joli

quelque chose de simple

quelque chose de beau

quelque chose d’utile

pour l’oiseau (37 mots)

(…)

Jacques PRÉVERT Paroles1945

©1972 Editions Gallimard

 

Etude de Pierre A

Ce texte énumère des descriptions sans nommer les choses mais en les qualifiant. Comme si l’auteur laissait le soin aux lecteurs d’apporter leurs touches personnelles sur cette toile en construction pour en faire un résultat à la fois individuel et collectif.

« Peindre d’abord une cage » : Cette directive n’induit pas les dimensions de la cage par rapport à la toile. C’est la liberté de création. Si « quelque chose de simple, de beau, d’utile » se trouve à l’intérieur de la cage ou autour ?

C’est un sentiment de liberté d’expression, tout comme de « peindre une porte ouverte ».

Jacques Prévert utilise la métaphore dans son état subjectif qui tend vers la transfiguration à travers de la succession des « choses ». C’est un crescendo.

L’auteur réussit à nous faire découvrir non pas une poésie écrite d’encre mais de touches de peinture. Ce qui donne de la couleur aux mots.

Il sublime notre imaginaire jusqu’à l’exacerbation de notre fantaisie et susciter des vocations de poète ou de peintre, voire les deux !

Ce texte est une villégiature intellectuelle, un langage onirique qui mélange les genres. Il procède du surréalisme par son innovation et du pointillisme par la multiplicité des « choses » suggérées.

Jacques Prévert nous invite encore une fois dans son univers chatoyant et pédagogique.

Pierre A, 217 mots, 4.30 heures.

 

Etude de Pierre S.

Au fil de ce long poème on découvre que l’oiseau-tableau est la création qui doit chanter une fois libéré de la cage que l’on a peinte et que l’on efface. Le début, en vers libres et brefs pose une série d’énigmes.

Ainsi on commence par la cage et la porte ouverte signifie la liberté future. Il s’agit de peindre « quelque chose » : l’imprécision signifie que le sujet importe peu. Il n’est défini que par quatre qualités : « joli », « simple », « beau », « utile » souvenir vague de la triade platonicienne : « bien, beau, bon ». Le « bon » est « remplacé ici par l’ « utile ».

L’anaphore  « quelque chose » (4 fois) est pressante. La tache, la recherche est insistante. On ne sait pas de quoi il s’agit, le peintre, le créateur non plus.

Mais ces quatre qualités sont orientées vers un but : elles doivent servir sinon à l’oiseau, du point pour l’oiseau.

Le tout se présente comme une sorte de recette de cuisine avec des étapes à parcourir : « d’abord… ensuite ».

Cette recette est paradoxale : on peint la cage mais elle est ouverte, non pour libérer mais pour attirer l’oiseau car il faut qu’il entre pour rester dans une cage sans barreau et chanter.

Pierre S, 220 mots, 60 mn.

 

Roger et Alii – Retorica – 530 mots – 3 000 caractères – 2017-06-29

 

 

 

Laisser un commentaire ?