22 POE Villon – Dames du temps jadis – étude 40 mots > 200 mots 2014 -11

Pierre A et Pierre S unissent leurs efforts pour commenter en 200 mots la première strophe (45 mots) de la « Ballade des Dames du temps jadis ». Ils y ont pris grand plaisir.

 

 

  • Villon (1431 – ?) Ballade des Dames du temps jadis
  • Dites-moi où, n’en quel pays,
  • Est Flora la belle Romaine,
  • Archipiades, ne Thaïs,
  • Qui fut sa cousine germaine,
  • Echo, parlant quant bruit on mèn
  • Dessus rivière ou sur étang,
  • Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
  • Mais où sont les neiges d’antan ?   (45 mots)

  • Où est la très sage Héloïs,
    Pour qui fut châtré et puis moine
    Pierre Esbaillart à Saint-Denis ?
    Pour son amour eut cette essoine.
    Semblablement, où est la roine
    Qui commanda que Buridan
    Fût jeté en un sac en Seine ?
    Mais où sont les neiges d’antan ?

    La roine Blanche comme un lis
    Qui chantait à voix de sirène,
    Berthe au grand pied, Bietrix, Aliz,
    Haramburgis qui tint le Maine,
    Et Jeanne, la bonne Lorraine
    Qu’Anglais brûlèrent à Rouen ;
    Où sont-ils, où, Vierge souvraine ?
    Mais où sont les neiges d’antan ?

    Prince, n’enquerrez de semaine
    Où elles sont, ni de cet an,
    Que ce refrain ne vous remaine :
    Mais où sont les neiges d’antan ?

 

 

Commentaire de Pierre A.

 

Ce poème nous invite à la rencontre avec plusieurs dames des temps passés. C’est-à-dire des jeunes femmes qui vivaient dans l’antiquité ou dans l’époque médiévale, voire des personnages de la mythologie.

François Villon (1431 – 1463) est en quête de beautés difficilement accessibles tant les écarts d’époques sont grands entre elles ! Au moment où il écrit ce poème ces femmes sont décaties… et toutes mortes !

Le ton est solennel pour déclamer une chronologie qui remonte le temps.

« Flora la belle Romaine » était une courtisane du temps de Rome.

« Archipiades et « Thaïs » vivaient aux temps glorieux d’Athènes.

«  Echo » sort tout droit de la mythologie grecque donc antérieure aux autres belles dames. La nymphe Echo, comme le suggère la phrase « quand bruit on mène » ne parlait qu’en répétant les derniers mots de son interlocuteur.

« qui beauté eut trop plus qu’humaine » : sa beauté dépassait les canons de la plastique féminine. Ce qui relève de la mythologie puisque les nymphes sont des êtres imaginaires donc modulables à souhait.

« Mais où sont les neiges d’antan ? » Ces neiges sont l’image du temps qui a passé et renforce ce « temps jadis », titre du poème. Ces neiges sont aussi le reflet de la beauté qui s’est estompée, fondue, évanouie.

Le questionnement de François Villon est un projet séduisant mais aussi une course aux chimères.

(228 mots, 4 heures)

 

Remarques de Pierre S.

 

Vous serrez de mieux en mieux les textes. Je n’ai pas voulu corriger vos imprécisions éventuelles. Je relève « décaties » dire plutôt « fanées ». « modulables à souhait » : convient pour les meubles, « transformables » irait peut-être mieux.

 

Commentaire de Pierre S.

 

La ballade est une forme fixe poétique : trois strophes de 8 vers suivies d’un « envoi » conclusion de quatre vers. Les rimes sont croisées en abab/bcbc et le choix de l’octosyllabe (vers de 8 syllabes) prédispose à la chanson (Brassens).

La question au lecteur, apparemment angoissée et inutile est audacieuse : où sont les belles disparues ? en enfer ? Flora, Archipiades, Thaïs étaient des courtisanes ! … mais plutôt au paradis : elles s’étaient rachetées ou converties vers la fin de leur vie. Archipiades présentée ironiquement comme « cousine germaine » de Thaïs est la déformation du nom d’Alcibiade, dirigeant athénien aux mœurs douteuses… Echo, personnification de l’écho acoustique, avait été réduite au silence parce que trop bavarde. C’est la nymphe des eaux courantes (« rivière ») ou calmes («étang »). Autant de vies sensuelles, agitées, émouvantes.

Il reste le souvenir poignant de leur beauté, imaginaire, imaginée. Celle d’Echo était encore plus merveilleuse « trop plus qu’humaine ». Le refrain nostalgique du 8° vers revient vers le lecteur avec la métaphore des neiges d’antan », au sens étymologique ,de l’année précédente. La vie est si courte ! La suite de la ballade va présenter d’autres femmes, fortes et admirables par leur vie et leur caractère. Villon est un poète féministe.

 

(215 mots, environ deux heures)

 

 

Roger et Alii – Retorica – 730 mots – 4 300 caractères – 2017-06-30

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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