23 POL dette publique nos remarques 2012 – 02

Cet article regroupe nos compléments d’information avec forcément des redites ou plutôt des “tuilages” : une notion déjà traitée mais abordée sous un angle différent entraîne une nouvelle réflexion et de nouveaux échanges. C’est la suite de 23 POL dette publique solution Partouche. Cet article est complété par 05 ECO crise France propositions 2012_03. Pour simplifier ces données sans les déformer, il faut procéder à un patient travail de réécritures. Celles-ci relèvent de la rhétorique. Roger.

1. Jean (2012_02_05) : les chiffres de la dette ne sont pas exacts : – nous avons 1700 milliards « officiels » – ces 1700 milliards n’incluent pas les salaires des fonctionnaires qui comptablement sont des charges de fonctionnement et non des dettes – les retraites dues aux fonctionnaires devraient être provisionnées en plus sur la base de calcul de 1200 milliards dus aujourd’hui à ce titre à l’ensemble des fonctionnaires jusqu’à leur décès. Mais cette charge n’est pas à porter sur une seule année mais sur x années à calculer à partir des tables de mortalité – par ailleurs les chiffres officiels sont faux et fortement sous-estimés : « on ne nous dit pas tout !  » et on essaye de nous cacher bien des choses: je joins un document édifiant en précisant que l’auteur, directrice de rédaction de revues financières est loin d’être une gauchiste égarée.

2. Roger : Merci à Jean pour les précisions fournies. L’auteure est Simone Wapler. Pour lire son texte consulter son blog (Le blog de Vahiné) : l’analyse s’y trouve en entier et couvre à peu près le triple de ce que Jean nous a transmis :

http://vahineblog.over-blog.com/article-analyse-economique-de-simone-wapler- 96971997.html

Certaines de ses analyses sont discutées (taper sur Google « Simone Wapler »). Ceci dit l’ « effet shadocks » (Bernard Maris) est bien réel et j’en ferai état dans le prochain tremplin de Retorica [tremplin 05] Je reprends ici le noyau de la démonstration de Simone Wapler. J’ai déjà rencontré ces chiffres dans les analyses du Canard. Je ne les discute donc pas : « …dans ses ‘Résultats et gestion budgétaire de l’Etat, exercice 2009’, la Cour des Comptes estime en mai 2010 les ‘engagements de retraite des fonctionnaires et des militaires’ à 60% du PIB, soit 1 200 milliards d’euros. Pour l’instant, Bruxelles n’a pas demandé à la France des les intégrer dans sa dette publique »… Maintenant que nous avons toutes ces données, refaisons les comptes… ou plutôt, voyons ce qui n’y figure PAS : 8,7 milliards d’euros (SAAD) + 27,8 milliards d’euros (RFF) + 55 milliards d’euros (conversion des 77 milliards de dollars SFEF) + 93 milliards d’euros (CADES) + 91 milliards d’euros (ACOSS) + 20 milliards d’euros (hôpitaux) + 4 milliards d’euros (allocations chômage) + 1,2 milliard d’euros (dette du Cameroun) + 1 200 milliards d’euros (retraites fonctionnaires) = 1 500,7 milliards d’euros A cela s’ajoutent les montants des taux d’intérêts, l’accumulation de la dette et tout ce qui nous est encore dissimulé. On nous dit que la dette publique de la France est de 1 692,7 milliards d’euros. Selon les calculs ci-dessus, elle est quasiment double, soit plus de 3 193,4 milliards d’euros ! » (Simone Wapler)

3. Roger : Il me semble que les retraites des fonctionnaires d’Etat et des militaires ne doivent pas figurer dans la dette publique, pas plus que celles des fonctionnaires territoriaux, dont il n’est d’ailleurs presque jamais question. Il s’agit là de sommes productives parce que dépensées pour l’essentiel dans les circuits économiques et fiscaux. C’est pourquoi je défalque ces 1.200 milliards de la dette globale de 3.200 milliards d’euros : cette dette serait donc d’environ 2.000 milliards. On est évidemment loin des 630 milliards que j’avais retenus. Le débat avec Olivier portait sur ce qu’il fallait attribuer au passif de Sarkozy lui-même. Je retiens toujours les proportions suivantes : 630 milliards = 110 pour la crise + 410 pour les Trente Piteuses + 130 pour Sarkozy. Ce qui pour une dette approximative de 2.080 milliards = 350 pour la crise + 1310 pour les Trente Piteuses + 420 pour Sarkozy. J’ai arrondi les chiffres pour avoir simplement un ordre de grandeur.

4. Roger : Qu’en conclure ? A mon avis :

a) l’hypothèse du bouclier fiscal était intéressante à condition de supprimer toutes les fraudes fiscales : vaste programme abordé timidement par Bercy ;

b) ce qui était au-delà du bouclier fiscal aurait dû être réinvesti dans l’économie et non servir à l’épargne des plus riches alors que Sarkozy feignait de croire que les riches allaient investir suffisamment pour fournir du travail aux pauvres ;

c) il faut dissocier la dette du déficit. Le déficit réduit à – 3 % (la règle d’or) est évidemment insuffisant car la dette continue à augmenter ; la règle d’or est venue de la croissance mondiale moyenne évaluée à + 3% aux environs de l’an 2.000 ; il faut construire le budget pour que celui-ci soit équilibré et même excédentaire de + 3 %, d’où chasse impitoyable au gaspi, à la fraude et aux diverses corruptions ; là dessus il me semble qu’Eva Joly serait la meilleure ;

d) La dette ainsi jugulée peut être traitée en « bad bank » mais il faut que tous les produits toxiques des banques et des collectivités locales y apparaissent ;

e) la dette doit être renégociée dans son principe : suppression pour la France de la loi de 1973 et pour l’Europe de l’article 123 du traité de Lisbonne qui obligent les Etats et les collectivités locales à recourir aux banques privées plutôt qu’aux banques centrales ;

f) prendre en compte, pour tous les problèmes, la vision des vases communiquants : l’impôt c’est tous les impôts y compris les impôts locaux ; les transferts de compétences Etat / régions sont fondamentaux et doivent être traités dans la clarté ; il y aura forcément augmentation des impôts locaux ; l’Etat ce sont toutes les instances institutionnelles de régulation y compris au niveau local : d’où harmonisation entre préfectures et conseils généraux ou régionaux ; en Allemagne et en Espagne on envisage la règle d’or au niveau local avec poursuites envisagées contre les instances régionales qui ne s’y plieraient pas.

5. La loi Pompidou-Giscard votée en 1973 sous l’impulsion du ministre de l’Economie d’alors, Valéry Giscard d’Estaing, modifie les statuts de la Banque de France, notre ancienne banque centrale. Elle stipule : “Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France.” Cette dernière n’a plus le droit de financer l’Etat alors qu’elle le faisait à des taux d’intérêt très faibles, voire nuls. L’Etat doit désormais s’adresser aux particuliers ou aux banques privées. Dans son blog Giscard justifie cette mesure : “La possibilité du prêt direct de la Banque de France au Trésor public a généré partout où il fut appliqué une situation d’inflation monétaire permanente”. Il s’agit donc d’empêcher les gouvernements de financer leur endettement par l’inflation, c’est-à-dire par la perte de valeur de l’argent remboursé. Mais, avec la libération du crédit international après 1985, s’endetter durablement est devenu un dogme avec cette afirmmation fausse : “Un Etat ne peut pas faire faillite”. Donc les 17 Etats de la zone euro peuvent s’endetter ! On a donc laissé faire.

6. Pendant ce temps les banques agissaient. Aux Etats-Unis, de 1975 à 1999, elles font abandonner progressivement le Glass-Steagall Act (1933) qui, à la suite de la crise de 1929, imposait une stricte séparation entre banques de détail (dépôts, prêts) et banques d’investissement (titres et valeurs mobilières). Devenus ainsi “banques universelles” quelques grands établissements incitent les Etats à s’endetter constamment, ce que fait notamment Golden Sachs pour la Grèce : cette banque l’aide à truquer ses comptes pour faciliter son entrée dans l’Europe puis dans la zone euro. En ce qui concerne la France, de 1979 à 2009, la dette publique est passée de 240 à 1492 milliards d’euros. La dette représentait 21 % du PIB en 1979, ce qui pouvit se justifier puisqu’elle servait à financer des investissements durables et rentables. En 2009 elle représentait 78 % du PIB. Et sur ces 1492 milliards, il y en avait 1340 d’intérêts (d’après La dette publique, une affaire rentable. A qui profite le système ? par André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, 2009).

7. Trois grands Etats se financent sur leur banque centrale et se sont effectivement endettés d’une manière déraisonnable : la Grande-Bretagne en est à 80 % de son PIB (2011), les Etats-Unis à 100 % et le Japon à 200 % (mais la dette y est détenue par les Japonais eux-mêmes, très patriotes). Inversement la France se finance sur les marchés et en est à 86,2 % de son PIB (2011). Le Danemark en fait de même mais n’est endetté qu’à 44 % de son PIB. Que l’on finance sa dette par une banque centrale ou par les marchés importe peu, si on on laisse croître les intérêts pendant des dizaines d’années. Et la lutte pour le triple A près des agences de notation est un signe fort : on est décidé à s’endetter de plus belle mais à taux réduit !

7. Il me semble anormal que des banques privées empruntent près des banques centrales à 1% (voire 0,01 % en temps de crise) pour prêter cet argent aux Etats à 2 – 3 % voire 6 % ou plus. En décembre 2011 l’Allemagne en était à 1,9 %, les Britanniques à 2,1 %, la France à 3,23 % et les Italiens à 6,6 %. (d’après Valeurs actuelles, 2011_12_15). Les banques prêtent aussi cet argent aux entreprises et aux particuliers. Tout ceci entre dans un flux monétaire très complexe. La limite supérieure est celle du retour correct sur investissement (fair return standard), évalué à 15 %. Ce taux élevé qui inclut les pertes éventuelles a été fixé par et pour les retraites par capitalisation du monde anglo-saxon. Un Etat proche de la faillite, comme la Grèce, sera soumis à des taux variant entre 6 et 15 %.

8. Je relève ces informations dans le Canard : Durant les cinq dernières années, l’endettement public a augmenté en France de 22 % contre 15 % en Allemagne. Bernard Maris, nommé au conseil général de la Banque de France par le nouveau président PS du Sénat ne mâche pas ses mots (VSD 24/2) : “Si la zone euro contine à ne pas avoir de croissance, les Etats n’arriveront pas à rembourser leurs detttes, et pas seulement les pays pauvres mais aussi la Francer, l’Allemagne. (…) La gauche va se trouver totalement coïncée face aux contraintes de la concurrence internationale et de la zone euro.” Dans “Droite contre gauche” (Fayard) du Cercle des économistes, Jacques Mistral assure que quel que soit le vainqueur, “l’orientation de la politique économique qui va marquer les trois prochaines années est connue : l’heure sera à la rigueur, la vraie, pas les mesurettes d’août 2011.” (Canard 2012_02_29).

9. On entend quelquefois le raisonnement suivant : “A chaque crédit accordé par une banque ou un établissement de crédit c’est de la monnaie qui est créée. Pour prêter 100 € l’établissement est censé en avoir 5. Il s’agit donc de la création de 95 € par tranche de prêt de 100 €. Ce sont donc les banques et organismes de crédits qui créent la monnaie”. En réalité c’est l’emprunteur qui crée la monnaie et celle-ci disparaît dès qu’il a remboursé sa dette. Dans l’intervalle c’est une créance qui circule, déclarée solvable et traitée comme telle. Si elle ne peut être honorée la banque se paie sur l’emprunteur. Créance est un mot de la même famille que croire et cela veut tout dire. La BCE a prêté au total 1000 milliards d’euros à des banques privées à un taux de 1 % pour qu’elles se renflouent et renflouent des Etats. Pure fiction : la BCE a emprunté elle-même ces sommes à 0 % en les créant de rien et en faisant fonctionner la planche à billets pour les matérialiser. Miracle de la foi en économie aussi bien qu’en religion. In fine ce seront les contribables européens qui paieront le capital et ses intérêts, à moins que l’on recoure à la solution Partouche, celle du jubilé biblique.

Roger et Alii
Retorica
(2030 mots, 12.300 caractères)

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