23 POL Etat pouvoir Napoléon 2014_04

suite de 31 SOC Taxis contre VTC 200 mots 2014_03 Etienne

1. Roger (26 avril) Je redonne mon deux-cents-mots que commente Etienne. Ce débat national Taxis / VTC me paraît insensé et pas qu’un peu.

Taxis contre VTC

1. Le débat taxis contre VTC (voitures de tourisme avec chauffeur) me semble très mal posé surtout quand on y ajoute le covoiturage. 

2. Une plaque de taxi coûte 230.000 euros ce qui paraît excessif. Les situations sont complexes. Il faudrait, comme le propose un chercheur Guillaume Allègre, que l’administration prenne la décision de rembourser cette somme de 230.000 euros à tous les taxis. 

4. Ensuite il suffirait d’imposer la même plaque individuelle d’un montant raisonnable à tous les chauffeurs qu’ils soient taxis ou VTC. L’opération financière  serait neutre pour l’administration.

3. Le mode de fonctionnement des taxis et des VTC n’est pas concurrent mais complémentaire. En fonction des circonstances, des clients peuvent préférer utiliser un taxi ou un VTC. De même un chauffeur de taxi peut préférer se reconvertir en VTC.

5. Le covoiturage devrait être exclu de ce système. On ne peut pas empêcher des voisins ou des amis de s’entraider par le covoiturage mais ceci ne doit pas devenir une activité économique. 

6. Le problème est certes complexe dans sa résolution. Néanmoins cette ligne générale me paraît correcte. Ce qui m’étonne, c’est que je ne la vois nulle part définie ainsi dans ses grandes lignes. 

(201 mots, deux heures)

2. Etienne (11 mars) : La guerre féroce que se livrent les taxis et les VTC est révélateur d’un syndrome bien français. A savoir le recours à l’Etat en toutes circonstances. Merci Monsieur le Ministre du Redressement Productif…!  Que l’Etat paie, nationalise ou, ce qui revient au même, taxe (un peu moins ou plutôt plus) les plaques individuelles pour tous, taxis et autres. Faut-il rappeler que cet appel au secours de l’Etat à tout propos et en particulier dans le secteur commercial, se fait toujours aux dépens du contribuable (l’Etat donc nous) et aux dépens du client (donc nous, citoyens). Sans oublier nos enfants et petits enfants qui auront à payer nos dettes.

Les taxis, parisiens en particulier (mais j’ai vu des taxis bloquer une ambulance à Toulouse dans des circonstances similaires de blocage de la circulation à titre revendicatif) ont largement montré leur incompétence, leur inefficacité, leur saleté, leur manque de courtoisie, parfois même leur malhonnêteté et en bref, leur inaptitude à répondre à la demande (donc nous, les clients). 

Cela dit, libres à eux, les taxis, de continuer sur cette voie comme ils l’entendent, au mieux de s’ajuster progressivement  à la demande  de leur clientèle. 

Mon intime conviction est que le meilleur gagne! 

Dans ma région d’origine, on avait coutume de dire que la compétition (ou la concurrence) n’a pas été inventée pour les chiens…. Il existe des moments dans la vie, où n’importe quel citoyen, (urgence ou autre raison) est prêt à payer le prix pour obtenir ce qu’il veut. Et alors? 

Au final, le gain profite à tous car il permet de libérer des taxis pour d’autres citoyens qui les appellent en vain. Il en est de même dans d’autres domaines: citons à titre d’exemple, parmi d’autres, le secteur hospitalier. Ceux qui partent dans les cliniques privées libèrent des lits d’hôpital public en plus grand nombre et c’est très bien ainsi.

Que l’Etat, après coup ou de préférence avant, fasse son travail de régulateur, c’est la moindre des choses pour protéger le citoyen. A condition encore qu’il ne soit pas aux mains de lobbies, commerciaux ou corporatistes, ce que seul un Etat fort peut se permettre.

Mais de grâce, il est grand temps de cesser de recourir systématiquement aux services de l’Etat pour taxer et créer à tous vents de nouveaux impôts, qui tuent la créativité, l’innovation et, pire encore, le marché du travail. Et en fin de compte qui étouffent notre pays à petit feu.

La compétition (ou la concurrence) n’a pas été inventée pour les chiens.

3. Roger (21 mars) : Je réponds avec beaucoup de retard, faute de temps. Je suis tout-à-fait d’accord avec vous. 

Je réoriente l’objet car votre propos me semble amorcer une réflexion sur l’Etat et le pouvoir, sur laquelle j’aimerais avoir votre avis.

Louis XIV a parachevé le pouvoir absolu avec l’affaire Fouquet. De haut en bas de la hiérarchie sociale l’opinion publique a été muselée, anesthésiée. La Révolution française allait libérer cette  parole captive mais Napoléon la confisque de nouveau. Un peu partout, grâce notamment à internet cette parole commence à se libérer.  Le récent livre de Lionel Jospin « Le mal napoléonien » (Seuil, 233 p.) est intéressant si j’en juge d’après trois recensions. La première la plus favorable est de Gérard Courtois (Monde du 14 mars). La seconde, finalement assez critique, vient d’Alain Duhamel (Libération du 6 mars). La troisième, franchement hostile, peut être lue sous la plume d’Eric Zemmour, (Figaro du 6 mars).

La vision la plus intéressante, à mon sens, est une quatrième, dûe à Jean-Pierre Rioux (La Croix du 4 mars ): http://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Napoleon-par-Jospin-2014-04-02-1130154

« (…) Les trois quarts de ce livre de politique historique, «non exempt de subjectivité» militante, sont donc un réquisitoire contre celui que les pauvres conscrits de 1813 nommaient déjà «l’ogre de Corse» et dont les «vrais» républicains, depuis le XIXe  siècle, ont fait le père putatif des Badinguet, des ligueurs, des «fachos» et des populistes qui jalonnent le cours de l’histoire de France lue avec des lunettes de «la» gauche. 

« L’argumentaire est limpide et bien informé. Il trace un chemin gentiment rectiligne de la Révolution – sans Terreur trop affichée – au césarisme du «Robespierre botté», de la Grande Nation à l’Empire prédateur, des crimes en Espagne à l’abaissement européen après 1815. Mais il n’insiste guère sur le Bonaparte qui a parachevé l’œuvre de la Révolution avec le code civil, le cadastre et la restauration de l’État : Lionel Jospin n’aurait-il pas lu Patrice Gueniffey? [auteur d’un Bonaparte, qui fait autorité, Gallimard, 2013, 800 p. ]

« On suivra encore moins facilement son raisonnement qui débusque du bonapartisme intrinsèquement pervers après 1815, avec une monotonie assez grise. Où est-il dit que Napoléon III sut acclimater le suffrage universel dans les campagnes et inventa le plébiscite ancêtre de notre référendum? Et faut-il vraiment, c’est une première historiographie, faire de Pétain un bonapartiste attardé? Et laver de Gaulle de tout soupçon césarien, en hommage par la bande, on l’imagine, au monarque républicain de la Ve  République d’après 1981, ce François Mitterrand qui avait été aussi bien le dénonciateur du Coup d’État permanent gaullo-bonapartiste?

« Il est un point final qui ne laisse pas d’intriguer. Si ce «mal napoléonien» reste si facile à dénoncer par toute âme pure, pourquoi a-t-il si constamment instillé et souvent imposé ses maléfices idéologiques, pourquoi ses appels au rassemblement ont-ils réussi, au-delà de toute légende ou propagande préfabriquées? N’assumerait-il pas et n’incarnerait-il pas à sa manière une part tout à fait populaire de notre histoire, celle qui rend Lionel Jospin si utilement critique mais si mécaniquement péremptoire : le refus massif de l’invasion et de l’humiliation nationale, la nostalgie de la gloire et, pourquoi pas, le sens de la grandeur ? » (Jean-Pierre Rioux)

4. Digressions carrément hors sujet et qui constituent autant de tremplins pour d’autres réflexions :

* La sociologue Dominique Schnapper dans « L’esprit démocratique des lois » déclare ceci :  « Si on va jusqu’au bout de l’horizontalité, le collectif se dissout. Nous restons des héritiers. Il faut toujours une forme de verticalité et de hiérarchie. Le savant, l’élu au suffrage universel de la république représentative en sont l’expression. » (Cité par Charles Jégu, Figaro, 2014_02_13). En somme république et démocratie seraient des notions antinomiques.

  * Alain Duhamel (Libération 2014_03_14) note que le pouvoir repose sur le secret. Mais le pouvoir disparaît à mesure que le secret s’évente, démocratiquement certes car « le public a le droit de savoir« . Mais on ne peut plus gouverner, du moins impunément. Tout est dans cet « impunément« . 

* Une autre réflexion attire mon attention, celle de l’anthropologue Marc Abéles dans « Penser au-delà de l’Etat ». Je n’ai pas le temps d’approfondir. Je sais simplement qu’il poursuit sa réflexion autour du « care » et du « commun« 

* La philosophe Chantal Delsol (« Les pierres d’angle. A quoi tenons-nous ? ») remarque : « Privées de transcendance, les Lumières françaises cessent de croire au progrès et se résignent au temps circulaire : c’est-à-dire qu’elles s’éteignent. » (La Croix 2014_02_07).  

* Un sage du Talmud fait dire à Dieu ; « Qu’ils m’oublient s’ils le veulent mais qu’ils pratiquent ma Loi ». Sous-entendu « parce que je suis dans la Loi même si on ne veut pas le savoir ».

* Une remarque d’un économiste, remarque saisie au vol, hors contexte : « La révolution se fera quand elle sera rentable. »

* « Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire » (Léon Gambetta)

5. Certaines pistes peuvent vous inspirer plus que d’autres. Traitez-les en deux-cent mots ! A mes yeux, la forme la plus efficace reste le deux-cents mots qui ouvre cet article (« Taxis contre VTC »). En particulier le mot de Gambetta sur la démocratie peut provoquer une prise de conscience salutaire : « Ce qui constitue la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître des égaux, mais d’en faire » Une refondation de l’école devrait, à mon avis, partir de là.

Roger et Alii

Retorica

(1.570 mots, 9.700 caractères)

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