23 POL génocides démocides 2015_04

Il s’agit d’un fichier trampoline : il ne cherche pas une construction cohérente mais offre de multiples éclairages. Le génocide et le racisme sont toujours des questions politiques (d’où le choix ici de 23 POL et non 13 HIS).  Roger

1. Génocide, cas particulier du démocide. Voir l’article « Démocide » dans Wikipédia, article très complet avec de nombreux chiffres. (GengisKhan : 30 millions) « Démocide » (1987) est une création du politologue anglo-saxon. R.J. Rimmel : le terme inclut le génocide mais se veut plus large.

2. Gengis Khan secouchermoinsbête.fr Gengis Khan éradiqua un cinquième du monde Proposé par le hollandais volant le 17/07/2013 dans Histoire 124

« Genghis Khan, l’empereur mongol du XIIe siècle fut l’un des plus grands tyrans de l’Histoire, par le nombre de personnes que son armée a tué. On estime qu’il a causé la mort d’environ 40 millions de personnes, ce qui représentait à l’époque près de 17% de l’humanité. Cela aurait eu des conséquences étonnantes, en faisant par exemple baisser le taux de carbone dans l’atmosphère, les forêts repoussant du fait de la disparition d’activités humaines. »

3. Génocide des Indiens. Eric Vuillard « Tristesse de la terre » récit (Actes Sud) : « Au service de Buffalo Bill, des Indiens contraints de divertir ceux-là même qui ont massacré leur peuple (…)… ce que joue et rejoue jusqu’à l’écœurement Buffalo Bill, dans un bazar savamment orchestré de cris et de poudre, c’est le génocide du peuple indien » (c.r Olivier Pascal-Mousselard, Télérama)

4. Génocide au Congo belge Le génocide dans l’Etat du Congo de Léopold II de Belgique (ex-Congo Belge) fit 10 millions de morts et des dégâts écologiques énormes, avec l’aide de l’explorateur Stanley et divers entreprises multinationales, de 1880 à 1920. (source inconnue)

5. Génocide hindou par les musulmans et négationnisme. « Chaque nouvel envahisseur bâtissait littéralement sa montagne de crânes hindous. Ainsi la conquête de l’Afghanistan en l’an 1000 fut suivie par l’annihilation de l’ENTIÈRE population hindoue de cette région, qu’on appelle toujours d’ailleurs « Hindu Kush », le massacre des hindous. Les Sultans Bahmani, qui gouvernaient en Inde centrale, s’étaient fixé un quota de 100 000 hindous par an et semblent s’y être tenus. Mais en 1399, le célèbre Timur fit mieux, il tua 100 000 hindous en UNE SEULE JOURNÉE, un record. Le Professeur K.S. Lal dans son livre La Croissance de la Population musulmane en Inde estime qu’entre les seules années 1000 à 1525, 80 millions d’hindous furent tués, (sans parler des famines et autres calamités naturelles engendrées par la guerre), « sans doute le plus grand holocauste de l’histoire de l’humanité », affirme-t-il. » (François Gautier « Un autre regard sur l’Inde » chapitre 7. La négation des atrocités musulmanes en Inde.

http://www.jaia-bharati.org/livres/autre-regard/autre-reg-chap7.htm

6. Génocide vendéen. Voir « guerre de Vendée » (Wikipédia). Ce génocide est discuté. Il relèverait plutôt du démocide. Gracchus Babeuf avait inventé le mot « populicide » pour les massacres des Vendéens.

7. La « part maudite » (G. Bataille). La guerre doit être appréciée dans la perspective de la « part maudite » dont parle Georges Bataille. La guerre est toujours un jeu à somme négative, des deux côtés. La « part maudite » c’est la destruction par la guerre des biens et des êtres vivants (hommes et animaux), comme une sorte d’hommage à des dieux effrayants. Des deux côtés on se met hors humanité et la célébration des héros est une manière maladroite et vaine d’entrer à nouveau dans l’humanité. Idem pour les génocides. Le retour dans l’humanité est devenu très problématique pour tout le monde. Exemple : exportation d’officiers tortionnaires français en Amérique latine et du sud après la guerre d’Algérie.

8. Palestiniens. « Les Juifs d’Europe ont subi un génocide, les Arméniens ont subi un génocide,les Cambodgiens ont subi un génocide, les Tutsis ont subi un génocide, les Palestiniens sont occupés à subir un génocide.
 Les Juifs d’Europe avant le génocide étaient 12 millions, après le génocide, ils étaient 6 millions.

Les Arméniens, avant étaient trois millions, après  un million et demi, les Cambodgiens avant quatre millions et demi, après trois. Les Tutsis avant étaient un million et demi, après un demi million.

Les Palestiniens avant le génocide étaient un million deux cent mille. (…) Aujourd’hui après soixante ans de génocide ininterrompu, d’extermination

 ils sont un peu plus que dix millions : 
 

Deux et  demi en Cisjordanie, 


Un et demi à Gaza,

 
1,3 en Israël 


et à peu près cinq millions de réfugiés. » (Source inconnue)


9. Israël et le génocide arménien. Michel P. (23 avr 2015) :(…) As-tu lu le texte (toujours dans Le Monde) dans lequel les  Klarsfeld (père et fils) protestent contre le fait qu’Israël fasse partie des pays qui ne reconnaissent pas le « génocide » des Arméniens par la Turquie ?

Roger (24 avr) : Le silence d’Israël sur le génocide arménien est injustifiable et préjudiciable à l’Etat hébreu. Il s’explique à mon avis par les raisons suivantes :

1. Après 1492 et l’expulsion d’Espagne  beaucoup de juifs séfarades se sont réfugiés dans l’empire ottoman.

2. Au moment de la création d’Israël la Turquie a été le seul pays musulman à reconnaître la légitimité du sionisme en vertu d’un passage du Coran qui estime que la Palestine est d’abord le pays des juifs.

3. J’oubliais une dernière raison. Il s’agissait de montrer que la Shoah était unique. Les anti-sionistes ont beau jeu de montrer que les gouvernements israéliens successifs instrumentalisent la Shoah.

Cette amitié turque était précieuse. Elle l’est beaucoup moins aujourd’hui. D’où l’actualité de l’article des Klarsfeld (que je ne connaissais pas, merci au passage) et que j’ai retrouvé très facilement (car il n’était pas payant !). Le voici :

10. Israël doit reconnaître le génocide arménien (Le Monde 20 avr 2015)

« Il est temps pour les autorités les plus représentatives d’Israël, son président, le chef de son gouvernement, la Knesset, de reconnaître le génocide dont ont été victimes les Arméniens de l’Empire ottoman.

« Dans moins de vingt-cinq ans, ce sera au tour du centenaire du génocide des juifs d’être célébré dans le monde entier, et – nous l’espérons – y compris dans le monde musulman. Comment cultiver cette espérance d’unanimité si l’Etat des juifs se refuse encore à cette reconnaissance formelle pour ne pas indisposer son puissant voisin turc ?

« Le génocide arménien a été reconnu par de nombreux pays, et le président de la République, François Hollande, s’est engagé à ce qu’une loi sanctionne la négation du génocide arménien comme la loi Gayssot sanctionne depuis un quart de siècle la négation du génocide juif.

« En un temps ou les massacres des chrétiens d’Orient se multiplient, la voix du pape s’est fait entendre pour le déplorer et pour, enfin, proclamer que les Arméniens ont été victimes d’un génocide.

« Suivre l’exemple allemand Ce n’est pas pour condamner la Turquie moderne, pas plus qu’à Nuremberg on a voulu condamner l’Allemagne qui naîtrait des ruines du IIIe Reich. D’ailleurs, l’Allemagne fédérale dès sa naissance, la République démocratique allemande peu avant sa chute et l’Allemagne enfin réunifiée ont reconnu le génocide commis par l’Allemagne hitlérienne et, en en assumant les conséquences sur tous les plans, ont libéré le peuple allemand d’une partie de son fardeau moral.

« Les dirigeants de la Turquie doivent suivre cet exemple. Tant qu’ils nieront la vérité historique, tant qu’ils essaieront d’échapper à leurs responsabilités et qu’ils continueront à prétendre que les Arméniens les ont trahis pendant la première guerre mondiale et qu’eux ont seulement riposté, ils seront tenus à l’écart par la communauté internationale, et en priorité par l’Union européenne. Tant qu’Israël ne reconnaîtra pas le génocide arménien, la Turquie se refusera à le faire.

« L’Etat juif sait que les nazis ont pu se risquer à commettre au XXe siècle un second génocide parce que les auteurs du premier n’avaient pas été punis. Aucun argument ne peut s’opposer valablement à la reconnaissance que nous demandons à Israël en ces jours ou nous commémorons Yom HaShoah (la Journée du souvenir de l’Holocauste en Israël). »

Serge Klarsfeld préside Fils et filles des déportés juifs de France.

Arno Klarsfeld est l’ancien avocat des Fils et filles des déportés juifs de France.

11. L’Allemagne reconnaît sa « co-responsabilité » dans le génocide des Arméniens. (in Metronews, 24 avr 2015). « REPENTIR – Par la voix de son président, Joachim Gauck, l’Allemagne a reconnu jeudi 23 avril au soir le « génocide » des Arméniens, tout en soulignant « une coresponsabilité, et même, potentiellement, une complicité » du pays dans ce crime. « Une coresponsabilité », voire « une complicité » allemande. A l’occasion d’une cérémonie oecuménique dans la cathédrale protestante de Berlin, à la vieille des commémorations officielles du centenaire du massacre des Arméniens, à Erevan la capitale arménienne, le président allemand, Joachim Gauck a reconnu la responsabilité de son pays dans le génocide des Arméniens qui a fait 1,5 millions de morts entre 1915 et 1917. 

« L’Allemagne face à son devoir de mémoire « Nous devons également, nous, Allemands, faire notre travail de mémoire », a notamment déclaré le président Gauck, un ancien pasteur de la RDA. Des militaires allemands « ont participé à la planification et pour une part à la mise en place des déportations », a-t-il ajouté. « Des informations d’observateurs et de diplomates allemands qui ont clairement établi la volonté d’extermination contre les Arméniens ont été ignorées » car le Reich allemand, allié à l’Empire ottoman, « ne voulait pas compromettre ses relations » avec lui.

C’est la première fois que l’Allemagne reconnaît et utilise le terme de « génocide » des Arméniens pour qualifier ces massacres commis par les Turcs ottomans, engagés à ce moment-là dans le premier conflit mondial aux côtés du IIème Reich et de l’Autriche-Hongrie. Au total, seuls une vingtaine de pays ont franchi ce cap dont l’Uruguay (en 1965), l’Argentine, la France, l’Italie, la Russie, ou plus récemment l’Autriche. Au risque d’irriter la Turquie qui rejette ce terme et refuse de reconnaître les massacres de 1915. »

11. Filiation : Namibie – Arméniens – Shoah. Avant le génocide arménien il y eut le massacre organisé par le II° Reich des Héréros et des Namas : «  Le massacre des Héréros et des Namas perpétré par les troupes de Lothar von Trotha dans le Sud-Ouest africain allemand (Deutsch-Südwestafrika, actuelle Namibie) à partir de 1904, considéré comme étant le premier génocide du xxe  siècle est un véritable programme d’extermination qui s’inscrit au sein d’un processus de conquête d’un territoire par les troupes coloniales allemandes entre 1884 et 1911: il entraîna la mort de 80  % des autochtones insurgés et de leurs familles (65  000 Héréros et près de 20  000 Namas). Les faits, incontestables, ont été consignés pour la première fois dans un rapport commandé en 1917 dans un but politique par le Gouvernement britannique au juge Thomas O’Reilly et connu sous le nom de «  The Blue Book  »  (Wikipédia). Ce massacre est considéré comme la vraie matrice des massacres d’Arméniens. Les massacreurs allemands sont devenus les conseillers des massacreurs ottomans. D’où une tradition génocidaire qui atteint sa sinistre perfection avec la Shoah, elle même matrice des génocides futurs (Cambodge, Rwanda…) On ne parlait pas des massacres des Héréros et des Namas parce que les génocides à l’égard des peuples de couleur n’intéressaient pas les Blancs. Lire Elise Fontenaille «  EBEN ou les yeux de la nuit  » (Editions du Rouergue 2015) «  Eben est un adolescent d’aujourd’hui, à la peau sombre et aux yeux bleus. Ces yeux bleus, il découvre un jour qu’il sont la marque de l’Histoire coloniale de son pays, la Namibie, et notamment des massacres et des viols perpétrés par les Allemands au début du XXe siècle contre sa tribu, les Hereros. Un nouveau récit historique d’Elise Fontenaille sur un génocide très peu connu en Europe, qui en annonçait d’autres. En parallèle, l’auteur publie Le blue book, version pour les adultes, chez Calmann-Levy.  »(4° de couverture).

12. Autour de la Shoah. Selon l’article 2 de la Convention sur le Génocide de 1948, est qualifié de génocide un acte criminel prémédité afin de détruire méthodiquement un “groupe national, ethnique, racial ou religieux”, d’exterminer “un peuple de trop sur Terre”. L’Etat coupable organise sa population de manière à massacrer le groupe social qu”il a transformé en “bouc émissaire”. Ce crime d’Etat est imprescriptible. Tous ses acteurs peuvent être poursuivis jusqu’à leur mort, même après la disparition de l’Etat génocidaire L’excuse “J’obéissais aux ordres” n’est pas admise. Des chercheurs ont noté que les premiers génocides modernes (XVIII° à XX° siècle) viennent de sociétés qui étaient à l’avant-garde de la constitution des Etats-nations. C’est-à-dire de sociétés qui se jugeaient plus civilisées que les autres. Quatre génocides ont particulièrement marqué le XX° siècle : l’Arménie, la Shoah, le Cambodge et le Rwanda.

Le génocide arménien, en Turquie, fut précédé par des tueries ordonnées en 1897 par le sultan Abdul Hamid II (près de 300.000 morts dans la communauté arménienne). Puis sous la conduite d’Enver pacha, le gouvernement transitoire Jeunes-Turcs (1909 – 1918) fit massacrer en 1915 1.500.000 Arméniens et 300.000 chrétiens syriaques et chaldéens. Enver pacha affirma que ces Arméniens turcs complotaient contre la Turquie avec l’aide des Arméniens russes. Ces massacres furent observés par des officiers allemands alors présents en Turquie. Hitler aimait à dire : “Qui se souvient du massacre des Arméniens ?”

La Shoah (en hébreu “catastrophe”) fut rendue possible par l’antisémitisme des protestants luthériens. Luther avait dit au XVI° siècle : “Brûlez les Talmuds des juifs et, comme ils les connaissent par cœur brûlez-les avec.” Ce que Luther souhaitait, Hitler le fit. Autres complices : les industriels allemands et le silence des démocraties occidentales.

Avec les membres du parti nazi (national-socialiste) qui le suivaient aveuglément dans une hypnose collective, Hitler employa toute son énergie à détruire les juifs allemands puis européens. Les nazis utilisèrent les ressources technologiques et de division du travail d’un Etat moderne pour créer une machine de mort de portée européenne. Sur les 10 millions de morts dans les camps de concentration et d’extermination, 4 millions étaient juifs, les 6 autres étaient des slaves, des tsiganes, des homosexuels et des résistants. Il faut ajouter 2 millions de juifs massacrés dans les ghettos. Seule la victoire des Alliés en 1945 put venir à bout de cette machine infernale.

13 Le génocide cambodgien (1975 – 1979) fut perpétré par les Khmers rouges alors au pouvoir. 1,7 millions de personnes périrent sur 6,8 millions. Pol Pot, leur leader, expliquait qu’il voulait refaire un homme cambodgien neuf purifié de toute trace occidentale et capitaliste. Il lui suffisait, disait-il, d’un million de Cambodgiens pour tout reconstruire. Les autres pouvaient disparaître. Le pays fut libéré par le Vietnam. L’ONU était restée globalement muette. Faire un homme nouveau était également le projet des soviétiques et des nazis.

14. Le génocide rwandais (avril, mai, juin 1994) fit entre 800.000 et 1.100.000 victimes tutsies et hutus modérés. Dans ce pays largement catholique les génocidaires mirent Dieu en congé pendant trois mois. Pendant les décennies de la colonisation les Tutsis avaient été présentés comme d’une race supérieuse aux Hutus alors que rien ne les distinguaient les uns des autres. Les élites hutus planifièrent le génocide très longtemps à l’avance. La radio Mille Collines diffusa pendant des mois des appels au meurtre. Les responsables jouèrent près de la population sur les promesses (“On vous donnera les terres confisquées”) et les menaces (“Si vous épargnez quelqu’un on vous fait tuer”). Ensuite tout alla très vite. Les victimes n’avaient pas cru aux menaces. Interrogés, des génocidaires de base qui avaient massacré leurs voisins (certains en avaient tué 30 par jour) disent simplement : “Tuer était moins échinant que cultiver.” Des survivantes témoignent : “Les génocidaires qui ont le sida ont droit à la trithérapie en prison. Les femmes qu’ils ont infectées en les violant et à qui ils disaient, alors qu’elles les suppliaient de les tuer, “La mort que je t’ai donnée est pire que la mort”, ces femmes meurent aujourd’hui parce qu’on n’a pas les moyens de les soigner.” Simone Veil, rescapée de la Shoah a cette phrase terrible : “Nous avons été protégées du viol par la haine raciale.” (1)

(1) – Rithy Panh “S21, la machine de mort khmère rouge” Documentaire. 2003. 105 mn

– Jean Hatzfeld “Une saison de machettes” (Seuil 2003)

– “Survivante, Rwanda dix ans après” Editions de l’Aube, 2003.

15. Un génocide invisible des femmes en Asie par Passeur de sciences

http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2012/06/03/y-a-t-il-un-genocide-invisible-des-femmes-en-asie/

Roger et Alii

Retorica

(2.740 mots, 17.200 caractères)

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