23 POL Républicain ou démocrate ? 2015 07

  1. « La démocratie est le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres » disait Churchill.  Je me sens républicain c’est-à-dire attaché à la « chose publique » mais pas spécialement à la démocratie.
  2. J’attends de responsables de tous niveaux  qu’ils prennent des décisions courageuses, de bon sens, brèves et claires.  En ce sens je me sens pleinement républicain.
  3. La démocratie sacralisée n’est pas la vérité. Une majorité peut se tromper et un individu avoir raison contre tous. La minorité a sa part de vérité à reconnaître et des droits à respecter.
  4. Avant la Révolution française de nombreuses sociétés, plus ou moins secrètes, cherchaient des mots pour résumer leurs aspirations. Robespierre en retint trois « Liberté, Egalité, Fraternité ».
  5. La « Liberté » c’est la liberté de penser, d’entreprendre et de s’enrichir. Elle peut devenir intolérable.  D’où son correctif l’ « Egalité » qui contient la notion de « démocratie », le pouvoir du peuple pour le peuple.
  6. Comment ceux qui n’ont pas d’argent pourraient-ils être égaux à ceux qui en ont ? C’est la construction et la pratique de la « Fraternité », de la solidarité qui permet d’y parvenir. Le bien commun réside dans l’équilibre toujours instable entre ces trois notions.

Roger : 216 mots et plusieurs heures en y ajoutant le temps consacré aux compléments.

Compléments
a) L’avantage du 200mots travaillé et retravaillé c’est de cerner une notion d’une manière toujours incomplète, toujours à revoir.
b) Le débat républicain / démocrate m’a semblé rejoindre celui de la théorie du complot. Plusieurs fichiers mis sur site en font état notamment
23 POL Frankisme noachisme
23 POL Illuminati Bilberberg
c) Dans « Le règne des Illuminati » (Pocket 2015)  Eric Giacometti et Jacques Ravenne citent Nicholas Butler (voir Wikipédia) : « Le monde se divise en trois catégories de personnes : un très petit nombre qui produit les événements, un groupe un peu plus nombreux qui veille à leur exécution, et enfin une large majorité qui ne comprendra jamais ce qui s’est passé en réalité » (p. 357). En somme la majorité ne saura jamais ce qui s’est réellement passé… Ce n’est pas forcément vrai car dire qu’il y a un secret, c’est donner envie de connaître ce secret. Ce désir que nourrit la « large majorité » nourrit évidemment la théorie du complot mais aussi les recherches historiques. De proche en proche on remonte la pyramide depuis la large majorité, les exécutants et jusqu’aux décideurs.
d) A mesure que la recherche historique avance et qu’elle est communiquée à la large majorité, friande de ces choses, des pans inconnus de la réalité se dévoilent. Ainsi les accords  de Munich sont présentés comme une victoire d’Hitler mais des documents nazis récents montrent qu’il les a jugés comme une défaite. Il pensait que ces accords l’avaient précipité dans une action militaire qu’il  voulait retarder d’environ deux ans pour être sûr de l’emporter sans coup férir. Info ou intox ? La fiche Wikipédia « Accords  de Munich » n’en fait pas état.  Un article « Les implications géopolitiques des Accords de Munich de 1938 » de Robert Steuckers (27 octobre  2007) que je trouve très intéressant n’en parle pas davantage :http://www.voxnr.com/cc/dh_autres/EEAFuluZlyjtcIpQsL.shtml
La question reste en suspens. Former sainement l’opinion publique  par une pédagogie appropriée devrait être l’objet du processus démocratique.  Le philosophe Alain disait : « Penser c’est penser contre. » Penser contre c’est s’opposer à une opinion commune, à une doxa. Quelle est la doxa des accords de Munich ?  « Hitler a roulé les démocraties occidentales dans la farine ».  Mais l’information dont je fais état suggère une autre manière de voir les choses. Hitler a pu rouler les démocraties occidentales dans la farine, en retirer une intense jubilation mais juger – probablement après coup – que ces accords ne lui étaient finalement pas bénéfiques. Et de fait c’est après 1938 que les démocraties occidentales ont compris progressivement et en ordre dispersé qu’elles n’échapperaient pas à une guerre et qu’il faudrait la gagner coûte que coûte.  En démocratie, le grand obstacle à la recherche de la vérité et d’une décision saine, c’est précisément la doxa, cette opinion publique dominante dont on ne se méfie jamais assez.
e) Rien ne vaut les cas concrets et douloureux qu’il faut réinterroger et réinterpréter constamment. Ainsi le référendum de 2005 sur la Constitution européenne reste aujourd’hui un objet d’étude fondamental. Pour nous rafraîchir la mémoire consultons la fiche Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Référendum_français_sur_le_traité_établissant_une_constitution_pour_l%27Europe
 Cette fiche me semble bien faite car elle évoque le traité de Lisbonne qui consacrait de fait l’adoption des éléments fondamentaux de la Constitution malgré son rejet, notamment par la France, à 54 % des votants.  La démocratie, formelle et réelle, avait été outrageusement bafouée. « Selon un sondage organisé par le Figaro en mai 2015, si la question du référendum de 2005 était reposée, les Français voteraient « non » pour 62 % d’entre eux, « soit sept points de plus qu’en 2005 »10. Les classes moyennes seront elles aussi de plus en plus nombreuses à voter non. »
f) L’exaspération n’a  donc pas cessé  de monter. Quelles que soient nos divergences (j’avais voté « oui » en 2005), il est  clair que  cette Europe-là n’est pas l’Europe que nous voulions.  L’aspiration  démocratique avait été déçue depuis très longtemps.  Pratiquement depuis les débuts institutionnels de l’Europe. Celle-ci a été voulue par Jean Monnet, ami des Etats-Unis et à ce titre atlantiste convaincu.  Comment trancher entre les systèmes capitaliste et communiste ? sur quelles bases et sur quels faits ? Il a fallu 70 ans pour comprendre et admettre que le communisme était parti sur de mauvaises bases. Le fameux mot « Seule la vérité est révolutionnaire » (Lénine) s’est trouvé dramatiquement démenti par les faits.  Mais est-il possible de choisir démocratiquement un système politique ?  Bien sûr que non. Le choix se fait à l’issue d’un rapport de forces, choix toujours mis en question et souvent biaisé : on croit avoir choisi une option et on en vit une autre, quelquefois très différente.
g) Le référendum de 2005 souffrait de multiples défauts. Tout d’abord un référendum est-il démocratique ? (belle question à traiter en pp3, 200mots : oui parce que… non parce que…) voir
http://www.oboulo.com/droit-public-et-international/droit-constitutionnel/dissertation/referendum-constitue-t-il-progres-democratique-105445.html
Ensuite on ne fait pas un référendum sur un texte complexe mais sur une question simple qui engage tout un processus et non qui le conclut. En l’occurrence la seule question convenable me semblait être : « Etes-vous favorable à une économie sociale de marché ? » et c’est à cette question que j’ai répondu « oui ».  L’économie de marché existe mais on ne peut pas la laisser faire n’importe quoi. D’où les limitations qu’implique l’adjectif « sociale ».  J’ai regretté le triomphe du « non » qui, à mon avis, signifiait concrètement une économie de marché sans limites. Mais la manière dont le « non » l’a emporté est intéressante à analyser. Au départ il y avait, selon les sondages, environ 60 % de « oui » puis, la défense du « oui » se faisant d’une manière molle et dispersée, le « non » a remonté la pente pour finalement triompher à 54 %. Triomphe d’une démocratie formelle mais qui ne correspondait pas à une réalité tangible. Le traité de Lisbonne, pour discutable qu’il a pu paraître, correspondait à un élan technocratique difficile à réorienter puisque la ferveur du refus ne savait pas comment s’investir.
h) Au fond derrière le mot « démocratie », il y a un élan, une ferveur, un désir  qui crée une majorité. Va-t-elle dans le sens de la « république », de la chose publique, du bien public ? Elle le croit et on peut l’admettre si en même temps on préserve les droits de la minorité et qu’on les fait respecter.  Mais ceci ne peut venir qu’après le vote lui-même, quand on en tire les conséquences. On n’a pas pu le faire après le « non » de 2005. Un vote démocratique n’est pas un point d’aboutissement mais un point de départ. On commence alors à remonter  la pyramide de Nicholas Butler (voir plus haut) : les décideurs, les exécutants et la majorité.  Mais cela ne peut se faire que si la majorité cesse de se gargariser du mot « démocratie » et se met réellement au travail avec l’aide de médias enfin conscients de leurs responsabilités.

Roger et Alii
Retorica
(1.400 mots, 8.600 caractères)

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