24 PSY bonheur malheur 2016 06

(1) « En grec, « eudaimonia » peut s’entendre comme avoir un bon « daimôn ». On dirait aujourd’hui : avoir un ange gardien, ou être né sous une bonne étoile. En français « bonheur » vient du latin « bonum augurium », « bon augure » ou « bonne fortune ». En anglais « happiness » est issu de la racine islandaise « happ », « chance ». » (Fédéric Lenoir, « Du bonheur. Un voyage philosophique » (Fayard Livre de poche 2013, p. 10) Le malheur est la mauvaise fortune. On lutte contre le malheur en développant les puissances du bonheur. Très souvent cela se fait à grands coups de pensées positives que nous nous répétons inlassablement en les variant car elles s’usent. Ces citations sont tellement nombreuses et elles posent tant de problèmes rhétoriques qu’elles font l’objet d’un fichier spécifique : « 28 RHE citations bonheur ».

(2) 24 PSY bonheur Lao Tseu 2016-06-19

Lao Tseu « Il n’y a pas de chemin vers le bonheur ; le bonheur c’est le chemin » Tout est dit.

(3) 17 LIT Chardonne Jacques « Claire » 1931

Bonheur : En quarante ans, nous avons vu tant de découvertes, que l’invention humaine ne peut plus surprendre. L’avenir s’est dévidé tout d’un coup ; nous dépassons en esprit, les merveilles qui s’accompliront. Je sais, aujourd’hui, que le génie des hommes ne m’apportera rien, si je ne trouve d’abord mon contentement dans ma vie intime et spirituelle, dans mes sentiments, mes goûts vrais, mes amours.

(4) 24 PSY bonheur intensité Garcia 2016-06-08

Tristan Garcia :  « La vie intense. Une obsession moderne. » (Ed Autrement, 208 p).

« Une plus grande intensité de vie est toujours une augmentation de bonheur » (Madame de Staël). Tristan Garcia, philosophe : « Au tournant du XVIII°s, l’idéal de l’intensité remplace celui de la religion. » L’intensité, c’est celle du courant électrique dont la découverte a lieu à cette époque. Les libertins, comme Sade, sont à l’origine de cette recherche d’intensité. « Levez-vous, orages désirés » dit René, héros de Chateaubriand. « La manifestation de l’électricité naturelle, celle du tonnerre et de la foudre, mène le héros romantique à sa propre électricité intérieure » (TG) Mais « C’était un idéal, cela finit par devenir une norme, une injonction. » (TG). Ceci mène au bord du gouffre, à la dépression. On s’en sort par la lenteur, Pierre Rabhi.. « Vouloir à tout prix intensifier notre vie ne conduit qu’à la diminuer. » (TG) Penser permet d’échapper à l’intensité. (d’après des propos de TG Tristan Garcia, recueillis par Juliette Cerf, Télérama, 25/05/2016)

« Sommé de vivre intensément pour se sentir pleinement vivant , l’homme moderne sans cesse varie ses expériences, accélère le progrès technologique, tente de ressentir le goût de la première fois, jusqu’à l’épuisement. » (BB) d’où l’effondrement intérieur, le burn out. Tristan Garcia voit « dans le découragement actuel un point de bascule. » (BB) Il y voit « les prémisses d’une nouvelle condition de l’homme contemporain. » Tout commence au XVIII°s et l’électricité. Le robot « annonce la fin de l’idéal né avec l’électricité et propose déjà un nouveau rêve, électronique celui-là » (BB) Comment entretenir la ligne de crête, un lieu de résistance ? « On ne se sent vraiment vivre qu’à l’épreuve d’une pensée qui résiste à la vie, et on ne se sent vraiment penser qu’à l’épreuve d’une vie qui résiste à la pensée. » (TG)

(d’après TG Tristan Garcia et BB Béatrice Bouniol, La Croix, 9 juin 2016)

La vie intense ne nous a pas apporté le bonheur, contrairement à ce que pensait Madame de Staël.

(5) Bonheur, bien-être, joie, passion.

Ne pas confondre ces quatre termes. En classe on peut faire un tableau à double entrée pour les distinguer. S’aider du proverbe anglais suivant : « Happiness comes through doors you didn’t even know you left open. » traduit par : « Le bonheur vient par des portes que vous ne vous souveniez même pas avoir laissé ouvertes ». Comparer avec Lao-Tseu (voir § 3)

(6) Cyrulnik Boris Les clés du bonheur Nouvel Obs du 03/01/2002 Auteur de “Un merveilleux malheur”, psychiatre et éthologue.   Une confidence de patients : “J’ai souvent connu le bonheur, mais ça ne m’a jamais rendu heureux.”. Si le contexte familial et social ne prend pas de sens, l’individu ne peut construire son identité. Beaucoup de gens sont tristes après la réalisation d’un projet. Jusqu’aux années 70 deux femmes sur trois étaient frigides ou insatisfaites. Aujourd’hui moins de 15 %. L’acte sexuel, dans 86 % des cas, c’est un homme et une femme qui partagent leur plaisir. Ceci est dû à la maîtrise de la fécondité : une découverte technique suivie d’une loi sociale (loi sur l’IVG)

(7) Une fable de Péguy. Sur le chemin de Chartres, il rencontre trois casseurs de cailloux. Il leur demande ce qu’ils font.

            Le premier est très mal : “C’est dur. J’ai mal au dos, j’ai soif, j’ai chaud. Je fais un sous métier. Je suis un sous-homme.

            Le second est moins mal : “Je gagne ma vie. Je n’ai pas trouvé d’autre métier pour nourrir ma famille. Je suis bien content d’avoir trouvé celui-là”.

            Le troisième est souriant : “Je bâtis une cathédrale !

            Ils font la même chose mais l’attribution du sens au fait est totalement différente.

(8) Le bien-être est important mais quand il est globalement atteint il faut que je puisse m’identifier à quelque chose, une épreuve. C ‘est Eric Zorn et son cancer. Cyril Collard et le sida. C’est ce que Paul Ricœur appelle l’”identité narrative” : “A partir de l’âge de six ans, dès l’instant où je deviens capable de me faire un récit de ma vie, je construis qui je suis. Mais je le construis dans la rencontre : avec les autres et avec les évènements – nager, sauter d’une falaise ou être malade.”

            “Je sais que je vais choquer beaucoup de gens en disant cela, mais beaucoup de jeunes plongent dans la drogue pour ça : pour vivre quelque chose. Pour devenir quelqu’un. Il y a d’ailleurs des addictions sans substance : le jeu, le sexe, l’amour…

            Mieux on se porte moins on est capable de jouir de notre santé. “La notion de violence quand on baigne dedans, n’est même pas pensée. Elle n’a pas de relief, elle est normale. Le fait qu’aujourd’hui elle ne soit plus supportée est la preuve des progrès réalisés.” Même chose pour la maltraitance. “Le martinet, qui vient de disparaître, était vendu dans les drogueries et on pensait que c’était bien de faire du mal à un enfant.” Aujourd’hui, on alerterait une assistante sociale.

            On a besoin d’une représentation du bonheur et du malheur. C’est la fonction des artistes, des journalistes, de ceux qui fabriquent le discours social. Beaucoup sont heureux ou malheureux sans le savoir. Le Prozac marche très bien et il a moins d’effets secondaires que le vin et la cigarette mais ce n’est pas une solution au bonheur. Les solutions sont affectives et culturelles.

(9) Le bonheur n’existe que dans la représentation. C’est toujours le fruit d’une élaboration. C’est une utopie qui rend heureux, même si elle est criminelle. C’est l’espoir. Or notre société n’a plus de représentation de son avenir. Quand B.C faisait ses études de médecine il vivait sur une utopie du progrès médical auquel il participait. On croyait le progrès linéaire alors qu’il a des effets indésirables.

            C’est l’absence de projet qui crée la crise du progrès. “Le bonheur est une idée neuve en Europe” disait Saint-Just et à partir de là le bonheur n’est plus une idée métaphysique mais un projet social, accessible pour peu qu’on s’unisse. Et le meilleur ciment c’est la haine.

           “Dans une culture de l’utopie qui repose sur une représentation du temps à venir, on peut accepter la durée de la souffrance. Dans notre culture de l’immédiat on n’accepte plus d’attendre. La souffrance, l’angoisse doivent disparaître tout de suite : les désirs doivent être satisfaits aussitôt. Et cette culture de l’immédiat mène à la frustration, donc à l’agressivité et à l’acrimonie. Sinon on est dans la quête éperdue de jouissance – celle de Don Juan, ou du drogué.” Quand on cesse de jouir, le réel prend un goût amer. L’OMS prédit que la dépression sera la maladie principale du XXI° siècle.

            Les utopies sont nécessaires et dangereuses. Les gens des sectes sont heureux dans un premier temps. Ceux du Front National aussi (histoire du patient très dépressif sauvé par le F.N). Et les nazis donc : il suffit de voir les films de Leni Riefenstahl. Ces jeunes gens étaient heureux, heureux dans une utopie criminelle. Idem pour l’utopie communiste, criminelle elle aussi mais qui a rendu heureux beaucoup de braves gens. Le sentiment d’appartenance, comme l’utopie, est délicieux et dangereux. Il mène à mépriser les autres qui n’ont pas la chance d’appartenir au groupe. J’étais dans la confusion et quelqu’un me propose un discours clair. Il réunit du monde autour de lui. Grâce au mythe qu’il développe je sais désormais ce qui est bien et ce qui est mal. Et de plus il y a les rites, une scénographie, une transe collective. Plus le groupe est clos, sectaire, plus il est sécurisant, plus il crée du bonheur. Le racisme, le fanatisme, l’intolérance sont euphorisants. Le racisme rend heureux car alors je n’ai rien à prouver. Je suis Blanc, je suis né au bon endroit, dans une bonne famille, j’appartiens à l’essence humaine supérieure. “C’est l’aristocratie des minables.”

            Idem dans les banlieues. La haine va permettre de réparer l’estime de soi blessée. Elle renforce le sentiment d’appartenance : l’amour du même et la haine du différent. Tu as le même ennemi que moi : grâce à la haine on va s’aimer.

            C’est dans les groupes d’appartenance humiliés qu’on trouve les héros les plus magnifiques. Le héros a pour fonction de réparer “la blessure narcissique” du groupe, de réparer l’identité du groupe humilié. Il est un peu moi. Son courage est le mien. Au Proche-Orient on trouve en ce moment plein de héros. Moi, candidat au martyre, non seulement je vais réparer l’identité de mon peuple mais, après ma mort; je vivrai éternellement dans sa représentation. La transcendance parfaite. La vie ne les intéresse pas. C’est du malheur. On est au-delà de l’euphorie, on est dans l’extase, qui frôle la souffrance extrême.

            Les extatiques, les mystiques sont de grands anxieux. L’extase est un mécanisme défensif contre le doute.

            Finalement le doute est rassurant. Car l’ambivalence est source de conflits, de débats et d’évolution. “Elle nous permet de prendre l’autre en compte : je veux comprendre ce qu’il a dans la tête, pourquoi il m’agresse, il a peut-être des raisons.”

            Mais le doute est aussi source d’angoisse. Pour en sortir : l’action kamikaze. Mais quand on est globalement heureux on a de petits héros…

            L’homme déteste le bonheur et la liberté. Si la liberté est une utopie, elle vous donne le bonheur. Mais la liberté est angoisse car elle vous rend responsable de vos choix. Dans le Portugal de Salazar il y avait beaucoup de souffrances, de misères et de disparitions mais il n’y avait pas d’angoisse. Car on connaissait les responsables : pour les militaires c’étaient les communistes ; pour les gens du peuple c’étaient les curés et les militaires. Il y avait des rites d’interaction : on se cachait pour se rencontrer. A la chute de Salazar est venue l’angoisse. Elle apparaissait avec la liberté.

            Si on fait une civilisation des loisirs sans sens, les gens vont devenir très agressifs. Ceux qui bénéficieront de cette morale du bonheur, que peut ouvrir les 35 heures, auront une double vie organisée autour de deux projets : un projet social (il faut bien gagner sa vie) et un projet personnel (tenter une belle aventure). Si l’avenir est aux doubles vies, la retraite peut devenir une promotion. Mais il faut distinguer entre la rêverie (réalisable sous certaines conditions à rassembler) et la mythomanie (où l’on s’enferme dans le rêve, dans le mythe. Si on m’en sort autant me tuer, d’ailleurs je ne vivais pas avant… c’est l’aventure tragique de Jean-Claude Romand cf le film “L’Emploi du temps”).

            “De récentes enquêtes montrent que la foi contribue de façon substantielle au bonheur, et attestent que les gens qui sont animés d’une foi, quelle qu’elle soit, se sentent en général plus heureux que les athées. D’après ces études, la foi permet de mieux affronter l’âge, les périodes critiques ou les évènements traumatisants.” (Le Dalaï-Lama “L’art du bonheur”, Laffont 1999) C’est vrai. Mais il n’y a pas que la croyance religieuse. “A mon avis, la croyance en un beau projet d’existence – en l’homme par exemple – obtient les mêmes effets.” “Quand le lien social est fort, c’est le meilleur tranquillisant qui soit.” Mais les liens forts formaient un carcan culturel qui étouffait les personnalités. Notre société est plus souple et permet l’aventure de la personnalité

           Une grande partie de mon monde intime est structuré par des rites traditionnels. Le rite est l’organe de la coexistence. Mais notre société fracasse les rites familiaux et sociaux : la Fête des Mères et Noël sont les deux pics de suicide. Il faut trouver un substitut. C’est la tâche de la culture.           Si l’entourage familial fournit au bébé des perceptions qui déclenchent un sentiment de bonheur on le voit sourire, s’épanouir, mettre son sommeil en place facilement, explorer son monde. Plus il se sent en sécurité; plus il est attaché (c’est-à-dire uni), mieux il explore son monde. Les enfants non-attachés deviennent auto-centrés ou phobiques.

            La mère est un carrefour. Si son mari la rend heureuse, elle transmet cela à l’enfant. Si on aime quelqu’un, si on lui est “attaché” (c’est un bon mot on habite ses représentations. L’aptitude au bonheur se construit dès l’enfance. Ce qui donne une tendance à construire du bonheur.      Le bonheur s’élabore. C’est un échafaudage. Chaque étage compte. C’est un processus dynamique. Si un étage manque on peut le reconstruire ou le contourner. Exemple du garçon qui souffre d’une grave encéphalopathie, qui ne pouvait ni communiquer, ni se déplacer. Grâce à un ordinateur il peut traduire son monde intérieur, extrêmement riche. Il vient de passer une maîtrise de philo.

            Le bonheur se construit dans le temps et dans le partage. Pas dans l’échange qui est un terme commercial et immédiat. Dans le partage on vit ensemble. On ne peut être heureux seul.

(Analyse de B.C : Boris Cyrulnik, sans date ?)

 

(10). Vœux de bonne année 2000 de la part du Dalaï Lama. INSTRUCTIONS POUR MENER VOTRE VIE

  1. Tenez compte du fait que le grand amour et les grandes réussites impliquent de grands risques.
  2. Lorsque vous perdez, ne perdez pas la leçon.
  3. Suivez les 3 R:

   *Respect de soi-même,

   *Respect des autres,

   *Responsabilités de tous vos actes.

  1. Souvenez-vous que ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois un merveilleux coup de chance.
  2. Apprenez les règles pour savoir comment les transgresser correctement.
  3. Ne laissez pas une petite dispute meurtrir une grande amitié.
  4. Lorsque vous réalisez que vous avez commis une erreur, prenez immédiatement des mesures pour la corriger.
  5. Passez un peu de temps seul chaque jour.
  6. Ouvrez vos bras au changement, mais ne laissez pas s’envoler vos valeurs.
  7. Rappelez-vous que le silence est parfois la meilleure des réponses.
  8. Vivez votre vie d’une faéon bonne et honorable. Ainsi, lorsque vous vieillirez et que vous regarderez en arrière, vous en profiterez une deuxième fois.
  9. Un foyer aimant est la fondation de votre vie.
  10. Dans les désaccords que vous avez avec ceux que vous aimez, ne vous occupez que de la situation actuelle. Ne réveillez pas le passé.
  11. Partagez votre savoir. C’est une manière d’atteindre l’immortalité.
  12. Soyez tendre avec la Terre.
  13. Une fois par an, allez quelque part où vous n’êtes jamais allé auparavant.
  14. Souvenez-vous que la meilleure des relations est celle dans laquelle l’amour que chacun porte à l’autre dépasse le besoin que vous avez de l’autre.
  15. Jugez vos succès d’après ce que vous avez dû sacrifier pour les obtenir.
  16. Approchez l’amour et la cuisine avec un abandon insousciant.

TRANSMETTEZ CE COURRIER MANTRA A AU MOINS 5 PERSONNES ET VOTRE VIE S’AMELIORERA.

0 à 4 personnes: votre vie s’améliorera légèrement.

5 à 9 personnes: votre vie s’améliorera selon vos désirs.

9 à 14 personnes: vous aurez au moins 5 surprises dans les 3 prochaines semaines.

15 personnes et plus : votre vie s’améliorera de façon radicale et tout ce

que vous avez pu rêver commencera à prendre forme.

Je sais aussi que les rêves se réalisent vraiment, et je vous assure de mes meilleurs vœux et de mes plus grands efforts en ce sens. Salutations. Dalaï Lama. Roger (30 juin 2016) : attribution discutable !

 

(11) BONHEUR. SUJET I. BONHEUR ET BIEN ETRE MATERIEL                       (Jean Cazeneuve)

  1. a) (170 mots demandés pour 74 lignes, soit 2,30 mots par ligne ; 7 paragraphes de 6, 11, 12, 7, 18, 10 et 10 lignes).
  2. (14 mots demandés). La recherche du bonheur se développe dans deux directions : l’aisance sociale, l’intimité heureuse. (15 mots obtenus)
  3. (25 mots demandés). La première se confond en partie avec le confort. Bien que le bonheur ne soit pas matériel la diffusion des objets industrialisés le ferait croire. (25 mots obtenus)
  4. (28 mots demandés). Les biens de consommation courante fournissent des plaisirs dont la saveur est prévisible. Appelez cela le bonheur et la publicité vous aidera à le croire. (25 mots obtenus)
  5. (16 mots demandés). Un dentifrice aidera la jeune fille incomprise à trouver un mari. Un savon procurera une jeunesse éternelle. (17 mots obtenus).
  6. (41 mots demandés). Les images publicitaires lient toujours les objets offerts et des visages souriants, Nous ne sommes évidemment pas dupes de ces associations visuelles mais par une imprégnation subtile nous sommes conditionnés à croire que notre bonheur dépend de notre confort. (39 mots obtenus)
  7. (23 mots demandés). Ainsi se développe à l’échelle mondiale une société fondée sur la stimulation des besoins et des envies. La publicité propose le modèle à imiter. (25 mots obtenus).
  8. (23 mots demandés). Tous les médias concourent à la même promotion du confort. Non pour vendre mais pour promouvoir une certaine manière de concevoir le bonheur. (23 mots obtenus).

   * TOTAL : 15 + 25 + 25 + 17 + 39 + 25 + 23 = 169 mots.

  1. b) « vous encourage sournoisement« . 1. « encourager » c’est donner du courage, c’est inciter quelqu’un à faire quelque chose. 2. « sournoisement« , d’une manière hypocrite, détournée ; une personne sournoise agit comme Tartuffe, en se dissimulant. 3. La publicité est ici personnifiée. Elle incite aux achats d’une manière peu honnête, en éveillant nos désirs.

            « prendre à la lettre de telles fadaises » 1. La « lettre » c’est ce qui est écrit ; on l’oppose souvent à « l’esprit » : « respecter une loi à la lettre » s’oppose ainsi à “respecter l’esprit de la loi » 2. « fadaises » est un mot familier et péjoratif ; il désigne des propos stupides. 3. l’expression signifie : manquer d’esprit critique au point de croire ce que disent les slogans publicitaires.

  1. c) A l’aide du dossier proposé vous tenterez de définir en quoi consiste selon vous le bonheur. PLAN DETAILLE
  2. Bonheur : « état de satisfaction intérieure » (Larousse). Etymologie : heur = présage, bonheur : de bon présage, malheur : de mauvais présage. Notre joie de vivre dépend-elle de l’extérieur ? « Le plus grand secret du bonheur est d’être bien avec soi » (Fontenelle). Distinguer les éléments superficiels du bonheur et les éléments profonds qui procurent une vraie joie de vivre.

            1.0. Eléments superficiels du bonheur.

            1.1. Le confort. Et quand on n’a pas d’argent ?

            1.2 La santé. Et quand on n’a plus la santé ?

            1.3. La recherche du bonheur : « Si vous courez après le bonheur, c’est que le bonheur vous tourne le dos » (proverbe taoïste). Les gens heureux ne cherchent pas à l’être.

            1.9. Ces éléments sont superficiels parce que instables. Ils créent un sentiment de poursuite inquiète.

            2.0. Il faut donc construire son bonheur sur des éléments stables.

            2.1. L’ouverture personnelle : « Après tout on peut vivre sans philosophie, sans peinture, sans musique, sans joie, sans amour mais pas si bien » (Vladimir Jankelévitch)

            2.2. Se donner dans la vie des buts qui en valent la peine. « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent » (Victor Hugo)

            2.3. Avoir le sens de l’humour, savoir rire de ses propres défauts, de ses erreurs, de ses malheurs. Rire est bon pour l’organisme (productions d’endomorphines) et permet de relativiser, de prendre du recul.

            2.4. Avoir une vie intérieure fondée sur une religion ou une philosophie ; se construire une sagesse. « Dépendre des autres, c’est perdre l’équilibre » dit une maxime bouddhiste.

            2.9. Ces éléments sont stables parce qu’ils sont fondés sur le plus intime de la personnalité.

  1. Rechercher le bonheur mais pas dans des éléments extérieurs à notre personnalité profonde. Donner du bonheur pour en recevoir. C’est une récompense et non un but.

            AGRANDISSEMENT D’UN PARAGRAPHE DE DEMONSTRATION.

1.2     Un second élément est souvent avancé./ Lors d’un sondage publié en 1979 par la revue « Sélection du Reader’s Digest » le fait de n’avoir pas été forcé de rester chez soi, pendant les six derniers mois, pour cause de maladie, était présenté comme l’un des quinze facteurs du bonheur./ Quand on vieillit on aurait donc moins de chance d’être heureux puisqu’on est davantage exposé à la maladie. Et, à ce compte, les handicapés peuvent-ils être heureux ? / Le facteur santé paraît déterminant dans le sentiment de bonheur mais ce n’est peut-être pas tout à fait raisonnable….

(12). Le bonheur en Europe 04/02/2006

Le bonheur est une idée neuve en Europe” (Saint-Just)

            La Fondation de Dublin pour l’amélioration des conditions de vie et de travail a fait un sondage (1.000 personnes, été 2003) pour demander aux Européens de se situer sur une échelle de 1 à 10 pour évaluer leur sentiment de bien-être, 1 pour très insatisfait et 10 pour très satisfait. Tous les pays sont au-dessus de la moyenne mais les Français se situent plus bas qu’on ne le penserait et ce sont les seuls à se dire pessimistes pour l’avenir (à 55 %). Ils sont presque rejoints par les Bulgares (à 51 %) et les Allemands (à 50 %). Suède, Finlande et Danemark sont les plus optimistes pour l’avenir (85, 89, 95 %). La situation de l’emploi est un facteur déterminant dans l’appréciation.

Danemark 8,4

Finlande 8,1

Suède 7,8

Luxembourg 7,8

Autriche 7,8

Irlande 7,7

Belgique 7,7

Pays-Bas 7,5

Espagne 7,5

Royaume-Unis 7,3`

Malte 7,3

Chypre 7,2

Slovénie 7

Italie 7,2

France 6,9

Grèce 6,8

République tchèque 6,5

Pologne 6,2

Roumanie 6,2

Portugal 6

Estonie 5,9

Hongrie 5,9

Slovaquie 5,7

Turquie 5,6

Lettonie 5,4

Lituanie 5,4

Bulgarie 4,4

(données publiées par le Monde 14/12/2004)

(13). Ne pas courir après le bonheur

            “Si vous courez après le bonheur, c’est que le bonheur vous tourne le dos”. Expliquez et commentez ce proverbe taoïste à l’aide d’exemples tirés de vos lectures, de films, d’émissions télévisées ou de votre vie personnelle.

  1. Introduction générale. Bonheur est construit sur le mot “heur” qui vient du latin augurium qui signifie “présage (bon ou mauvais)”. “Heur” prend le sens de “sort, chance, destinée”. Le mot n’existe plus que dans l’expression “avoir l’heur de plaire à quelqu’un”. Le “bonheur” c’est “bénéficier d’un destin favorable” (XII° siècle). Le bonheur est destiné aux “heureux” et même aux “bienheureux”, lesquels s’opposent aux “malheureux”, ceux sur qui le “malheur” est tombé. Le “malheur” est une situation douloureuse, venue du mauvais sort, d’un manque de chance.

            1ère partie. Explication du proverbe.

            1.1 Courir après le bonheur : ce que fait tout le monde.

           1.2 Le bonheur vous tourne le dos : on ne le voit jamais de face, on ne le reconnaît jamais, on n’ose pas dire qu’on le vit.

            1.3 Résultat : les gens sont en fait malheureux même quand ils pourraient être heureux. Le bonheur, surtout réduit au bien-être, au confort, est toujours un peu plus loin.

            1.4 Le proverbe taoïste constate cela d’une manière très tranquille. Il n’est pas le seul : « Si tu veux comprendre le mot bonheur, il faut l’entendre comme récompense et non comme but, car alors il n’a point de signification.” (Antoine de Saint-Exupéry)

            1.9 Conclusion partielle. Donc cette phrase dénonce une course infernale où le bonheur est confondu avec le bien-être, le confort matériel, intellectuel ou sentimental.

            2ème partie. Quelles solutions ?

            2.1 S’immobiliser pour savourer l’instant présent même s’il est désagréable, parce que ce moment est unique. « Carpe diem » (saisis le jour présent)

            2.2 Prendre du recul par l’humour et le rire.

            2.3 Se donner des buts qui en vaillent la peine parce qu’ils sont ouverts aux autres. Le solitaire devient solidaire.

            2.4 Avoir une vie intérieure fondée sur une religion ou une philosophie, se donner une sagesse.

            2.9 Conclusion partielle. Donc se recentrer. L’”aliéné” est celui qui est “étranger à soi”. Il ne peut être heureux

            3ème partie. Le taoïsme fournit quelques réponses.

            3.1 Le Tao-tê-king : Voie-vertu-livre : le livre de la voie et de la vertu (Lao-Tseu IV°s avant notre ère).

            « Sans nom, il (le Tao) représente l’origine de l’univers.

            Avec un nom, il constitue la Mère de tous les êtres.« 

Il se confond donc avec Dieu, la Lumière, l’Énergie fondamentale dans laquelle nous baignons.

            3.2 « Le Tao est comme un bol

            Que l’usage ne remplit jamais. »

Garder la main ouverte. Quand elle est fermée on ne peut rien saisir. C’est le creux du bol, sa vacuité qui lui donne sa puissance et c’est l’élément féminin contenu par les bords du bol qui sont masculins.

            3.3 « Si tu perds confiance en autrui,

            Autrui perdra confiance en toi ».

            3.4 « Le Tao lui-même n’agit pas

            Mais tous agissent par lui ».

Donc l’imiter par le « wou-wei » : le non-agir. Etre PRESENT, ATTENTIF pour que la seule présence aide à ramener les êtres dans l’harmonie sociale et cosmique.

            « Attaque une difficulté dans ses éléments faciles…« 

            « La chose la plus difficile au monde se réduit finalement à des éléments faciles ».

            « Celui qui sait ne parle pas

            Celui qui parle ne sait pas« 

  1. Conclusion partielle. Se centrer sur soi.
  2. Conclusion générale. Faire ce que l’on doit faire. Dans l’Antiquité, Pythagore disait : “Le commencement est la moitié du tout.” Commençons donc.

(14). La construction du bonheur

            Camus explique que l’homme révolté (1) dit “non” à une situation intolérable et que du coup il dit “oui” à un engagement possible. Il explique dans “La Peste” (1945) : “le bonheur passe avant l’héroïsme” mais “il y a de la honte à être heureux seul” André Gide à la même époque : “Pour être heureux j’ai besoin du bonheur de tous”. Dans “Manifeste pour une morale laïque” (Nouvelles clés n° 26, été 2000) Albert Jacquart explique que notre espèce a produit quelque chose de plus complexe qu’un être humain : c’est l’ensemble des êtres humains. L’individu est devenu une personne qui se définit par les liens qu’elle tisse avec les autres dans un réseau qui construit une éthique laïque.

            Un psychiatre éthologue (spécialiste du comportement), Boris Cyrulnik évoque “Les clés du bonheur” (Nouvel Observateur, 3 janvier 2001). Il commence par les propos de certains de ses patients : “J’ai souvent connu le bonheur, mais ça ne m’a jamais rendu heureux.”. Il en déduit que “le bien-être n’est pas le bonheur”. Quand le bien-être est globalement atteint il faut se trouver des raisons de vivre. “A partir de l’âge de six ans , dès l’instant où je deviens capable de me faire un récit de ma vie, je construis qui je suis. Mais je le construis dans la rencontre : avec les autres et avec les évènements. (…) Je sais que je vais choquer beaucoup de gens en disant cela, mais beaucoup de jeunes plongent dans la drogue pour éa : pour vivre quelque chose. Pour devenir quelqu’un.” Cyrulnik propose d’avoir deux projets : un projet social (il faut bien gagner sa vie) et un projet personnel (tenter une belle aventure réalisable). Ce qui mène au faux bonheur de la drogue ce n’est pas l’incroyance mais une société trop individualiste qui n’offre aux jeunes qu’une perspective : la consommation.

            « Carpe diem« : saisis le jour (pour en profiter pleinement) disait la sagesse antique aux environs de 500 ou 300 ans avant notre ère. Au moins 1500 ans avant notre ère, en Mésopotamie, le narrateur de l’ ”épopée de Gilgamesh “ s’adresse au héros pour lui conseiller de cesser les recherches qui lui permettraient de devenir immortel :

            “Demeure en gaîté, jour et nuit,

            Fais quotidiennement la fête :

            Danse et amuse-toi jour et nuit ;

            Accoutre-toi d’habits bien propres ;

            Lave-toi, baigne-toi ;

            Regarde tendrement ton petit qui te tiens la main ;

            Et fais le bonheur de la femme serrée contre toi !

            Car telle est l’unique perspective des hommes.” (2)

            Voici le témoignage d’un couple d’incroyants, André et Josette, militants communistes dans les années 1970, viennent d’avoir un premier enfant, une fille. André : “Evidemment nous désirions beaucoup cette enfant, et nous étions comblés. Mais quand j’ai senti qu’elle allait porter notre amour bien au-delà de notre propre vie, qu’elle aurait elle-même des enfants, que la vie passant à travers nous continuerait dans l’avenir, alors j’ai fait un acte de foi, mais dans la vie réelle. J’ai trouvé une espèce de sérénité que je n’espérais pas. “ (3) L’amour humain fait de sexualité et de tendresse peut procurer aux couples un sentiment de plénitude qui se suffit à lui-même.

            (1) Camus “L’homme révolté” (1947 Gallimard, Folio)

            (2) “Epopée de Gilgamesh”. Adaptation du texte, musique et chant : Abed Azrié, 75 minutes, CD Audivis Ethnics, 1994. . Pour le texte : adaptation d’Abed Azrié, parue (Berg international 1972) et aussi édition plus précise avec appareil critique dûe à Jean Bottero (Gallimard, Collection L’aube des peuples, 1992

            (3) in Ch. Chabannes, “Dieu existe-t-il ? Non, répondent diverses personnalités”, Fayard 1973. Il existe un autre ouvrage, du même auteur, même éditeur : ““Dieu existe-t-il ? Oui, répondent diverses personnalités”.

(15). Bonheur et classes sociales. Texte de Jean Cazeneuve : Qui voudrait se dire bourgeois ? (1972)

  1. a) [150 mots demandés pour 52 lignes données, donc 3 mots par ligne. 4 paragraphes, le 2¯ très long peut être scindé en 3 parties aux deux articulations « Bref… », « En bref…). “En bref” introduit en bonne logique une conclusion ! Mais le texte est manifestement écrit à la va-vite, peut-être dicté et revu simplement après transcription. On est bien obligé de s’y soumettre ! On obtient :

1 – 4 lignes = 12 mots ; 2.1 – 12 lignes = 36 mots ; 2.2 – 8 lignes = 24 mots (Bref…) 2.3 9 lignes = 27 mots (En bref…) 3 – 12 lignes = 36 mots ; 4. – 6 lignes = 18 mots ]

  1. (4 l, 12 m) La bourgeoisie se nie, minée par les idées et les mœurs qui travaillent toutes les classes. [17 mots]

            2.1 (12 l, 36 m) Les bourgeois évoluent, revendiquant des goûts nouveaux, changeant de classe et de mœurs, se refusant comme bourgeois fût-ce moralement. C’est évidemment un leurre mais le feindre leur suffit.[30 mots]

            2.2 (8 l, 24 m) Partis à la conquête du bonheur, ils le cherchent là où ils le refusaient autrefois, ce qui leur a définitivement ôté toute tranquillité. [23 mots]

           2.3 (9 l, 27 m) Pourtant ils existent encore mais, se reniant, ils refusent un bonheur qui reposait sur des acquis solides. Ses débris deviennent inavouables ou laissés aux classes moins favorisées. [27 mots]

  1. (12 l, 36 m) Devenus simplement des gens riches, ils se réclament d’autres idéaux ou se fondent dans la masse. Ils peuvent alors soit partager des aspirations spiritualistes ou humanistes soit choisir le bonheur hédoniste des médias. [34 mots]
  2. La masse, elle, ne se demande plus si elle est heureuse mais se satisfait de la consommation. [17 mots]

            Total obtenu : 150 mots

  1. b) -« un certain archétype de vie heureuse «  Un archétype est un modèle de type supérieur (du grec chef + modèle). L’expression désigne l’idéal d’une vie pleinement heureuse.

           -« intelligentsia ». Le mot, d’origine russe, désigne la classe des intellectuels. Il est devenu un peu péjoratif.

            –« le conformisme ». C’est une attitude d’esprit qui juge que le code de bonne conduite consiste à penser et agir comme la masse de ses contemporains sans originalité ni responsabilités. Le terme est péjoratif et a pour synonyme “l’instinct grégaire”.

  1. c) Dans un développement composé vous commenterez et discuterez la formule : “Etre heureux, c’est être parfaitement adapté à la culture de masse.” Proposition de plan détaillé
  2. « Etre heureux, c’est être parfaitement adapté à la culture de masse ». L’expression est ironique sous la plume de J. Cazeneuve. Mais pour la commenter puis la discuter il faut d’abord la prendre au sérieux.
  3. Le bonheur dans l’adaptation à la culture de masse.
  4. La culture de masse n’est pas une culture (le mot culture implique soin, effort) mais une certaine idée de confort matériel et moral, véhiculé par la publicité (analyse d’un spot publicitaire).
  5. L’adaptation rassure car on peut vérifier que l’on est dans la norme, par un effet de mode et d’imitation (Moravia, roman « L’imitation« ).
  6. Cette conception endort l’esprit critique pour un temps, le temps de l’adaptation.
  7. En fait cette vision ne correspond pas à la réalité.
  8. Il y a un réveil (Moravia, « L’imitation »)
  9. Désir de personnalisation, de reconnaissance sociale (thème publicitaire du VIP, ne pas être comme M. Tout-le-Monde (personnaliser sa voiture ou ses potages).
  10. Besoin de reconnaissance tout court qui s’exprime notamment dans les mouvements sociaux (ex : affiches syndicales 1906-1973 ou Linhart « L’Etabli »)
  11. Donc refus de la culture de masse pourtant subie.
  12. L’analyse proposée ne résiste pas à l’examen. Sans doute, vue de loin, la société moderne uniformise-t-elle les comportements mais il suffit de regarder de plus près pour voir de tous côtés éclater le refus de cette culture de masse. Et c’est normal : « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent » écrit Hugo. La culture de masse comme consommation passive est vécue comme une mort sociale. (Total : 271 mots)

Agrandissement du plan détaillé.

Les paragraphes sont construits sur la formule 0+exemple+commentaire+9.

            « Etre heureux, c’est être parfaitement adapté à la culture de masse ». L’expression est ironique sous la plume de J. Cazeneuve. Mais pour la commenter avant de la discuter il faut la prendre au sérieux.

            Expliquons tout d’abord la formule.

            La « culture de masse » est ouverte à tous. Prenons ce golfeur en chambre. D’un coup magistral il expédie la balle très haut, vers le ciel. Des mains admiratives se tendent et en suivent la trajectoire au-dessus des terres et des océans. Hélas ! la balle s’arrête au bord du trou qu’elle vient enfin d’atteindre. Et à des milliers de kilomètres, notre golfeur s’abat sur le plancher et sanglote. Non, le club Méditerranée ne peut tout donner ! (spot télé 1987). Des millions de Français ont vu ce spot magnifique de technique et d’humour . Tout en fantasmant sur des vacances de rêve qu’ils s’offriront peut-être. Il y a bien d’autres témoignages de culture de masse mais celui-ci est particulièrement significatif dans sa banalité même.

           « Etre parfaitement adapté » est tout à fait possible. Dans une nouvelle « L’imitation« , Moravia décrit une famille bourgeoise apparemment heureuse. Mais, sur une remarque de son mari, la jeune femme se rend compte que tout leur confort, tout leur mode de vie, des meubles jusqu’aux cigarettes, est une imitation suggérée par la publicité, même dans les moments où elle n’intervient pas. Il en résultait paradoxalement une sensation de bien-être car cette famille garde constamment des points de repère sociaux. Et c’est justement ce qui rassure le mari qui ne comprend pas sa femme. L’adaptation à la culture de masse permet de vérifier que l’on reste dans la norme.

            Et c’est ce qu’on appelle le « bonheur » presque au sens étymologique : le bonheur est le “bon présage”, au fond ce qui prépare le bonheur lui-même. C’est le confort minimal (confort : ce qui donne de la force morale, qui réconforte). Une montée prodigieuse du niveau de vie occidental a permis de confondre bonheur et confort. Les sondages le prouvent : personnellement les gens se sentent heureux mais pensent que les autres sont malheureux et que la vie est dure pour certains.

            Donc, même si elle est ironique, la phrase de Jean Cazeneuve est profondément vraie et fournit une base solide de réflexion.

           Ce qui permet d’aller plus loin.

            Le mot « culture » est proche de « culte« . Leur très lointaine racine indo-européenne (kwel-) indique l’idée de tourner (sanskrit : chakra). On tourne autour de l’autel avec attention et ferveur (culte), le cultivateur en fait de même autour de ses plants et se cultiver implique le même effort. « Culture de masse » est un oxymore, une contradiction car il n’y a de culture qu’individuelle. Combien de téléspectateurs ont vu sans le comprendre le spot du Club Méditerranée ? Combien l’ont jugé « nul » n’ayant ni les outils ni la volonté de le comprendre, de l’apprécier ? Il dépend de chacun d’êre consommateur passif ou acteur de ses analyses et de ses choix.

            L’éveil est possible. Dans « L »imitation » de Moravia la jeune femme a donc découvert avec angoisse que l’univers dans lequel elle vit la dépersonnalise totalement, elle et les siens. Elle se réfugie dans les somnifères jusqu’au moment où elle découvre qu’ils sont prescrits par la publicité. Est-elle perdue? Va-t-elle devenir folle ? Non, cette toxicomane d’un genre un peu particulier est sauvée. Elle entame une longue réflexion sur elle-même.

            Et c’est ce que font beaucoup de personnes quand elles se consacrent à des activités qui leur tiennent profondément à coeur. Il suffit de regarder autour de soi pour voir que chacun, en dehors du travail, s’accomplit dans une activité sociale, artistique ou simplement conviviale. Ce peut être une chorale, une association de pêche ou de chasse, la revendication écologique. Pour ne rien dire le l’activité prodigieuse de certains retraités, de certains handicapés puisque, quel que soit son état de santé, on peut trouver sa voie. Et ceci échappe totalement à une massification des intérêts culturels.

            Donc la prise de conscience mène à un bonheur réel parce que personnellement construit.

            « Quand tu cours après le bonheur, il te tourne le dos » dit un proverbe taoïste. Le besoin sans frein du confort, le « toujours plus » ne rend pas heureux. Le nécessaire est vite atteint : »Tout ce qu’on n’a pas est inutile » dit un autre proverbe chinois. A partir de ce confort minimal la vraie culture et le vrai bonheur deviennent une affaire personnelle fondée sur l’attention à l’accomplissement de soi.

Total 777 mots pour 300 mots demandés ! Il faut réécrire)

Version réduite et souhaitée (autour de 300 mots)

            « Etre heureux, c’est être parfaitement adapté à la culture de masse« . L’expression est ironique sous la plume de J. Cazeneuve. Mais pour la commenter avant de la discuter il faut la prendre au sérieux.

            Expliquons tout d’abord la formule.

            La « culture de masse » est, entre autres, celle du club Med.ouvert aux milliers de Français qui ont pris des vacances avec lui. Au point que le club osait proposer en 1987 un spot publicitaire étonnant : un golfeur lanéait sans succès sa balle à travers des milliers de kilomètres ; le club Méd. ne pouvait pas tout donner !

           « Etre parfaitement adapté » est possible. Dans une nouvelle « L’imitation« , Moravia montre comment une famille bourgeoise ne vit qu’en fonction de la publicité. La jeune femme commence à s’inquiéter mais le reste de la famille vit très bien dans ce climat rassurant.

            “Etre heureux” c’est bénéficier du confort minimal permis par l’extraordinaire niveau de vie occidental. Les sondages le montrent : les gens se sentent personnellement heureux mais pensent que les autres ne le sont pas.

            Donc, même ironique, la phrase de Jean Cazeneuve est profondément vraie.

            Mais il faut approfondir.

            « Culture » et « culte » ont la même origine : tourner autour de la plante ou de l’autel, fournir un effort personnel. « Culture de masse » n’a donc pas de sens. Des téléspectateurs, peu cultivés, ont jugé “nul” le spot du Club Méd. évoqué plus haut.

            L’éveil est toujours possible. Dans « L’imitation » de Moravia la jeune femme angoissée, se réfugie dans les somnifères jusqu’au moment où elle découvre qu’ils sont prescrits par la publicité. Elle ne devient pas folle et réagit positivement.

            C’est ce que font tous ceux qui pratiquent une activité sociale, artistique ou simplement conviviale, chorale, association de pêche ou de chasse, revendication écologique etc. Pour ne rien dire de l’activité prodigieuse de certains retraités et de certains handicapés.

            La prise de conscience existe. On peut être vraiment heureux en dehors de la “culture de masse” car celle-ci n’existe pas.

            « Quand tu cours après le bonheur, il te tourne le dos » dit un proverbe taoïste. Et un autre proverbe chinois dit ironiquement : « Tout ce qu’on n’a pas est inutile« . A partir d’un confort minimal et collectif, la vraie culture devient une affaire personnelle.

Total : 378 mots obtenus.

(16). Compléments et problèmes soulevés

            * le succès des écologistes, des Verts, une contre-culture très active aux Etats-Unis, notamment en Californie (Silicon Valley), ainsi qu’en Allemagne (mouvement alternatif, Cohn-Bendit). A mesure que la consommation avance, ce contre-modèle culturel se développe, aussitôt récupéré par la publicité. Rôle des associations loi 1901 : locataires, usagers des transports publics, téléspectateurs (“Défense de la culture”), associations culturelles, de loisirs etc… tissu social indispensable : chômage et jeune retraités (60 au lieu de 65 ans) d’où temps libre plus important.

            * Télévision : culture de 20.30 h (svt médiocre) opposée à celle de 22.30 h (rôle du magnétoscope). « Après tout on peut vivre sans philosophie, sans peinture, sans musique, sans joie, sans amour mais pas si bien ». (V. Jankelevitch)   Problème fondamental au moment de la vieillesse. « La vieillesse est un naufrage » (De Gaulle). Naufrage encore plus métaphysique que physique : vieilles personnes qui n’ont pas su dépasser les intérêts et les soucis de la vie quotidienne. Pourquoi et surtout pour quoi vit-on ?

            * Notre civilisation n’est pas une civilisation de savants mais d’ingénieurs (le technologique). Soumis à l’industriel, le technologique ne prend du scientifique que ce qui est immédiatement rentable. L’ensemble économico-industriel veut décider de l’orientation de la société et nous mène à une catastrophe majeure de nature écologique (croissance = pollution croissante !).

            * Triomphe de l’électro-ménager. Dans les années 50 la confection des repas demande 3-4 heures par jour, elle tombe à 40 mn dans les années 90.

            * La publicité touche l’inconscient collectif, là se trouve la “culture de masse” si elle existe. L’excellente vidéo “Vermeer” d’Arte est vendue très bon marché. Qui va vraiment en profiter ? la regarder, apprécier Vermeer etc. Beaucoup de gens mais c’est un acte individuel. La culture de masse est simplement une chance donnée à la culture individuelle.

            * Achat : autrefois, au début du siècle, dans les campagnes bretonnes chacun avait sa cuillère en bois. Elle était personnelle, ornée etc. L’idée d’acheter six ou douze cuillères ne venait pas à l’esprit.

            * Bonnes références : Ionesco “Rhinocéros”, Kafka “Le procès”, “La métamorphose”, Huxley “Le meilleur des mondes”. Punks, babas-cools : bons exemples de refus d’une culture de masse.

            * Ce texte est de 1972 et nous sommes en 1996. En 1972 on n’est pas encore entré dans la crise pétrolière de 1973 qui marque la fin des trente glorieuses. La notion critique de bourgeoisie a encore un sens notamment dans une analyse marxisante. Nous sommes aujourd’hui en 2009 avec les dvd, les mp3, internet et des possibilités fabuleuses de culture personnelle.

            * Le bonheur est là quand la personne se consacre à sa mission, à sa vocation. Chacun en a une. Reste à l’identifier. cf Paulo Coelo “L’Alchimiste” (paru en format de poche)

            * La masse s’oppose à l’élite. Mais c’est l’individu qui choisit. Les responsabilités sont prises par l’élite. Mais inversement fait partie de l’élite celui qui prend ses responsabilités.

            * Massification : par les satellites et Internet ? quand on disposera de 500 chaînes de télévision, c’est la diffusion qui sera de masse mais le choix restera individuel.

(17) Plantin / Labé : deux sonnets. Voici deux sonnets du XVI° siècle qui abordent le problème du bonheur sous des angles différents.

            Le premier est dû à un célèbre imprimeur, Christophe Plantin (1520 – 1589), créateur d’une police de caractères encore employée aujourd’hui. Il publia à Anvers une Bible en plusieurs langues avec beaucoup de difficultés. Il échappa aux guerres de Religion en faisant partie des Nicodémites (du nom du disciple de Jésus qui pratiquait en secret). Il vante le “bonheur de ce monde”, peut-être sur le mode ironique…

            Le second sonnet est dû à la poétesse Louise Labé, née à Lyon vers 1524. Son père était cordier. On la maria à un cordier de trente ans son aîné. D’où son surnom de la “belle Cordière”. Son père, fasciné par la beauté et l’intelligence de sa fille, lui avait fait donné une instruction au-dessus de sa condition. Elle apprit le latin, l’italien, un peu de grec, la musique mais elle reçut aussi une éducation militaire : elle monte à cheval, manie les armes, s’habille en homme et participe à des tournois. En 1555 par privilège spécial du roi elle est autorisée à publier ses productions poétiques : “Le débat de folie et d’amour”, trois élégies, 24 sonnets. Le succès est immédiat pour ce petit livre qui fut réédité trois fois en 1556. Ensuite on ne sait rien d’elle. Elle meurt en 1566. La grande affaire de Louise Labé fut la liberté des femmes et l’amour. Elle le connaît à seize ans, dit-elle, avec un homme de guerre :  » Je n’avais vu encore seize hivers / lorsque j’entrai en ces ennuis divers  » . Aimer oui, mais : « Le plus grand plaisir qu’il soit après l’amour c’est d’en parler”.

 

Le bonheur de ce monde

 

            Avoir une maison commode, propre et belle,

            Un jardin tapissé d’espaliers odorants,

            Des fruits, d’excellent vin, peu de train, peu d’enfants,

            Posséder seul sans bruit une femme fidèle.

            N’avoir dettes, amour, ni procès, ni querelle,

            Ni de partage à faire avecque ses parents,

            Se contenter de peu, n’espérer rien des Grands,

            Régler tous ses desseins sur un juste modèle.

            Vivre avecque franchise et sans ambition,

            S’adonner sans scrupule à la dévotion,

            Dompter ses passions, les rendre obéissantes,

            Conserver l’esprit libre et le jugement fort,

            Dire son chapelet en cultivant ses entes,

            C’est attendre chez soi bien doucement la mort.

                        Christophe Plantin (1520-1589)

Je vis, je meurs

 

            Je vis, je meurs, je me brûle et me noie,

            Par chaud extrême en endurant froidure ;

            La vie m’est et trop molle et trop dure.

            J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

            Tout à un coup je ris et je larmoie,

            Et en plaisir maint grief (grave) tourment j’endure ;

            Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;

            Tout en un coup, je sèche et je verdoie.

            Ainsi Amour inconstamment me mène.

            Et quand je pense avoir plus de douleur,

            Sans y penser je me trouve hors de peine.

            Puis quand je crois ma joie être certaine,

            Et être au haut de mon désiré heur (bonheur),

            Il me remet en mon premier malheur.

Louise Labbé (1524 – 1566) “Sonnets” VII.

 

            Pour comparer ces deux sonnets on peut utiliser la grille suivante :

  1. LMM : lieux, milieux, mentalités.
  2. CCC : comportements, caractères, conflits
  3. ENL : écrivain, narrateur, lecteur.

  1. LMM : très précis chez Plantin, totalement intérieur chez Labé.
  2. CCC : on ne sait rien de Plantin (emploi constant de l’infinitif), Labé dit tout d’elle-même et de sa passion.
  3. ENL : Plantin ironise peut-être en présentant un idéal de bonheur terrestre qu’il n’a peut-être jamais atteint. Le narrateur est dissocié, chez lui, de l’écrivain. Labé vit de sa passion amoureuse. Chez elle, l’écrivain et le narrateur sont confondus. Le lecteur moderne peut rester perplexe devant Plantin, être séduit par Labé… ou l’inverse en fonction de sa propre conception du bonheur.

Roger et Alii

Retorica

8 000 mots, 48 000 caractères, 170 Ko, 2016-06-30

 

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