25 REC blagues explications ?- 2018-03

 

 

(1) Michel (11 mars 2018) : Mon message complet était : je crois avoir remarqué que les « histoires drôles » que je préfère sont celles que je ne comprends pas immédiatement, mais avec 1 ou 2 secondes de décalage.  Je me demande si ce n’est pas un reste de mon éducation judéo-chrétienne : il faut « souffrir » pour « mériter » une joie.

 

Roger(12 mars) : Ta remarque me paraît très juste : l’important est le décalage. Jusqu’à présent j’utilisais le terme de « contraste ». Mais « décalage » me paraît meilleur et je l’adopte. La terminologie est très importante en ce domaine. Ainsi j’ai renoncé à parler d’ « histoires drôles »

http://www.retorica.fr/Retorica/25-rec-histoires-droles-lappeau-2009_04/

J’utilise désormais le terme de « blagues » plus court, plus parlant, plus dynamique. Je continue à les classer en 25 REC car les « blagues » sont à géométrie variable comme on le voit chez les humoristes. J’ai une tendresse particulière pour Roland Magdane. Faire sur Google « Roland Magdane Décalés 1.50 mn» puis enchaîner sur les diverses versions de « Chère maman 2011», la meilleure étant, à mon avis, celle de 2017, 6 mn chez Drucker.

 

(2) On ne comprend pas immédiatement une bonne blague. Cela vient du décalage. On entend un premier récit. On devine qu’il en cache un second sans que l’on sache où celui-ci va nous mener. D’où l’effet de suspense qui peut durer quelques secondes. Ensuite vient la découverte du décalage et du contraste. Ce choc provoque le rire selon un mécanisme mystérieux mais qui met en joie le groupe à qui s’adresse l’écrivain ou l’humoriste qui conduit l’ensemble du récit.

 

« Education judéo-chrétienne ». Oui. Je ne sais pas où nous mène cette idée. Voici trois blagues qui viennent de cet univers.

 

(3) Première blague Les deux curés et le fruit défendu(Planet.fr) « Un curé invite un autre curé à souper. En arrivant chez son hôte, l’invité constate que la bonne de ce dernier est une jolie jeune demoiselle d’une vingtaine d’années. La soirée se déroule sans problème et finalement les curés se séparent contents et… un peu éméchés.

« Le lendemain, la bonne arrive paniquée vers le curé et lui dit :- La louche a disparu, je ne peux pas servir la soupe ! Et le curé lui répond :- C’est probablement mon ami d’hier soir qui m’a fait une blague. Je vais lui écrire.

« Et il lui envoie la lettre suivante : « Cher ami, je ne dis pas que vous m’avez chipé ma louche, je ne dis pas non plus que vous aviez l’intention de le faire, mais si vous la trouvez chez vous, je vous prie de me la rendre. »

«  Et quelques jours plus tard, il reçoit cette lettre en retour : « Cher ami, je ne dis pas que vous couchez avec votre bonne, je ne dis pas non plus que vous avez l’intention de le faire, mais si vous aviez dormi dans votre lit, vous auriez retrouvé la louche ! » »

Analyse. On connaît cette blague sous de multiples formes. L’une d’elles, vraiment triste, est dûe à Stendhal. Un jeune homme très amoureux de la jeune bonne du curé cache la louche dans le lit de la belle. Celle-ci lui reproche ce qu’elle prend pour une mauvaise plaisanterie. Alors le jeune homme renonce à lui demander sa main. La version présente est très soignée dans sa présentation. En particulier « … un peu éméchés » donne de la vraisemblance à l’idée d’une mauvaise plaisanterie. La fin de la blague donne le véritable récit : le curé ne couche jamais dans son lit ; la bonne est sa maîtresse. Donc apparemment c’est une blague anticléricale mais à peine : le curé est normal. Au moins il n’est pas pédophile. Le célibat des prêtres est une absurdité quand il est imposé par l’institution ecclésiale.

 

(4) La bonne sœur à l’esprit tordu(Planet.fr) « C’est un homme et une bonne sœur qui sont dans un train. Ils sont assis l’un en face de l’autre et font le même magazine de mots croisés. À un moment, le type bloque et demande de l’aide à son ami assis à côté.

« – J’ai du mal avec le mot qui rentre dans « Se vide lorsqu’on la presse. ». Je sais que ça finit par « OUILLE » mais je ne trouve pas la première lettre.

« Son pote lui dit:  – Bah « DOUILLE », tout simplement.

« Alors la bonne sœur dit à haute voix : – Quelqu’un a une gomme ? »

Analyse. Une blague, comme tout récit, comporte trois éléments : l’écrivain, le narrateur, le lecteur. L’écrivain est particulièrement subtil. Il charge son narrateur du premier récit. Mais le lecteur est invité à trouver lui aussi la première lettre de « OUILLE ». « DOUILLE » est plus improbable que « COUILLE ». Mais le narrateur affirme contre toute vraisemblance que c’est la bonne réponse. C’est une blague et on se demande d’où va venir le second récit, donc le décalage et la bonne sœur. Avec une belle simplicité elle demande « une gomme » car elle aussi elle a fait erreur comme le lecteur. On remarque que le mot en question n’est jamais prononcé. Du grand art.

 

(5) L’aveu de MarieJ’ai entendu cette blague « Aux grosses têtes » de Philippe Bouvard. Tout le monde était plié en deux. Mais en la racontant je n’ai jamais retrouvé le même succès. Probablement parce que je la raconte mal. Il faudrait trouver un premier récit mieux construit.

« Marie se penche vers Joseph son époux et lui dit quelque chose à l’oreille

Joseph s’écrie : QUOI ??? »

 

Analyse. La blague n’est comprise que par un public familier de la culture catholique. En voici l’origine . Luc : 1 : 26 – 35 : « 26 Le sixième mois (de la grossesse d’Elizabeth) , l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,

27 à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

28 L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

29 À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

30 L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

31 Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.

32 Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;

33 il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

34 Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »

35 L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. »

Ce premier récit n’évoque nullement Joseph. Le second récit, provoque le décalage car Marie va se confier à son époux ce qui est tout-à-fait vraisemblable. D’où la surprise indignée de Joseph. Marie est enceinte quoique vierge mais de qui ? de l’ange ? de Dieu ? d’un voisin amoureux ? C’est la thèse d’une source juive : elle précise que Joseph, homme très pieux, s’exila à Babylone.

 

Autre piste :

 

(6) 28 RHE rire – Richepin – imitation – neurones-miroirs – 2018-02-14

Je ne pourrai pas être des vôtres demain jeudi et je n’ai pas eu la possibilité d’approfondir cette question du rire. Elle avait pourtant plongé le groupe de « Libres paroles » (AVF Montauban)  dans un état très intéressant d’alacrité et de bonne humeur.

Sur la suggestion d’Hélène j’ai fait quelques recherches sur l’expression « mourir de rire ». Elle est à prendre au sens propre. Depuis l’antiquité jusqu’à l’époque moderne  on a relevé quelques cas de personnes mortes de rire à la suite d’un étouffement. En général, au Moyen-Age on mourait d’étouffement à la suite d’une coqueluche. Mais mourir de rire était tellement rare qu’on a gardé la liste des personnes mortes de rire (Voir « Mort de rire » Wikipédia). En général l’expression est à prendre au sens figuré : « C’est une histoire à mourir de rire. »

J’ai songé ensuite au sonnet « Diagnostic » de Jean Richepin (1849 – 1926) tiré de « Les Blasphèmes » (1916). Consulter Gallica.

 

22 POE Richepin Diagnostic

 

Le front est balafré de plis. Les yeux ardents
Flambent de fièvre et sont noyés de pleurs. La bouche
Fait un trou noir, béant, plein de bave et farouche
Où la langue ballotte, où se collent les dents.

Le ventre convulsé s’enfle, rentre en dedans,
Puis ressort, bossué de nœuds, comme une souche,
Et les poumons, crachant le spasme qui les bouche,
S’essoufflent par la gorge en cris durs et stridents.

Mais quel est donc ce mal, ce coup d’épilepsie,
où l’on râle écumant, la cervelle épaissie,
Les sens perdus, les nerfs détraqués, où la chair

Semble un poisson vivant dans une poêle à frire?
Hélas, ce mal, c’est notre ami, c’est le plus cher,
C’est le consolateur des hommes, c’est le Rire.

 

 (8) Le rire est donc d’abord une activité physiologique mystérieuse.  Dans « Rire » (Wikipédia) je note au passage : « Soit nous choisissons une transcendance qui nous écrase et ne nous laisse d’autre attitude possible que la prosternation et la soumission, et là, on arrête de rire. Soit on affirme que la liberté humaine est à la hauteur de cette transcendance, on la regarde dans les yeux, et on rit. » — (Abdennour BidarPour une réforme de l’islamTélérama n°3393, janvier 2015)

J’avais évoqué la notion de contraste et c’est sous cet angle que j’ai traité la notion de « rire » dans mon site Retorica : http://www.retorica.fr/Retorica/28-rhe-comique-rire-humour-2008-04/

Mais en vous, en nous regardant rire à l’autre séance j’ai pensé à l’imitation telle que la décrit le sociologue Gabriel Tarde (voir Wikipédia) à la fin du XIX° siècle. Son analyse reste pertinente.

Mais elle a récemment été enrichie par la notion de « neurones miroirs » (voir Wikipédia) qui insiste sur la notion d’empathie. Faire rire un groupe c’est gagner quelque part sa confiance.

Vos remarques même sommaires seront les bienvenues.

 

(1 730 mots, 9 700 caractères)

 

(9) Roger (17 mars) : Voici l’étude promise.

Tu me dis ce que tu en penses avant édition

 

Michel P.(19 mars) : Pas de remarques concernant ton projet d’article, sinon qu’il me semble long et que tu continues à hésiter entre « décalage » et « contraste ».

 

Roger(19 mars) : Bonnes remarques :

– C’est une étude en 1730 mots, pas un article (qui pour être supportable ne doit pas dépasser 1 200 mots). L’étude passera directement sur le site.

– En fait j’emploie les deux termes  : « décalage » renvoie pour moi à un processus et « contraste » au résultat du processus. L’intérêt serait de voir comment le processus s’enclenche généralement sur un mot.

 

Roger et Alii – Retorica – 1860 mots – 10 500 caractères – 2018-04-23

 

 

 

 

 

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