25 REC fantastique trampoline 2011-07

Le fantastique est une catégorie qui intéresse la littérature le cinéma, les séries télévisées et bien d’autres domaines… comme les jeux vidéos. Mais à la base il y a toujours un récit. D’où le classement de cette étude dans la section 25 REC. Par ailleurs cet article est du type trampoline : il saute un peu d’un sujet à l’autre sans perdre son axe directeur. Les définitions comparées entre fantastique, science- fiction, fantasy et merveilleux se trouvent à la fin de l’article, au paragraphe 7.

Roger.

1. Approche du 2008_04_02 Pour aborder la notion je propose un petit débat à la classe autour du mot célèbre de Madame du Deffand « Je ne crois pas aux fantômes mais j’en ai peur « . A partir de là on va développer la notion du fantastique en utilisant la méthode d’Alain Rey pour expliquer l’origine des mots : Relever des occurrences courantes. Ex : « My Toyota is fantastic » où le sens est évidemment affaibli. On remonte ainsi à la notion originelle. Voir son “Dictionnaire historique de la langue française.”

Le noyau du fantastique relève du récit et de deux techniques spécifiques : retour en arrière et bouleversement de la chronologie – ellipse. Sur le bouleversement de la chronologie j’ai une référence intéressante dûe à Hervé Le Bras. In “Essai de géométrie sociale” (Editions Odile Jacob, 2000). Elle concerne Kafka. Dans le Procès il suffirait d’inverser les chapitres pour que Joseph K. soit effectivement coupable (d’une tentative de viol sur sa voisine), idem pour Grégoire dans La métamorphose (mis à la porte pour indélicatesse envers son patron et réduisant ainsi sa famille à la misère). Ainsi tout le fantastique disparaît… Preuve qu’il naîtrait d’un bouleversement des unités du récit. Note du 9 juin 2014 : Cette analyse me paraît fausse Roger.

Sur l’ellipse le récit canonique absolu me semble être “Podolo” de L.P Hartley, 16 pages dans “Histoires de monstres” (Presse-Pocket) où l’ellipse du monstre abominable est totale.

http://frankzumbach.wordpress.com/2013/10/02/l-p-hartley-podolo/

C’est vraiment l’indicible. Ensuite je propose trois sujets thématiques : sujet I. “Le fantastique n’est pas le merveilleux”

sujet II. Saint-Simon “Les masques de cire”

sujet III Expliquer et discuter le mot de Madame du Deffand : “Je ne crois pas aux fantômes mais j’en ai peur.” Par commodité et pour offrir des textes complets à une classe, on ne retient ici que les anthologies. Voici les principales : Roger Caillois : “Anthologie du fantastique”, 2 volumes, Gallimard Alfred Hitchcok : “Histoires abominables”, “Histoires à ne pas lire la nuit”, “Histoires à faire peur” etc… (Livre de poche) J. Goimard et R. Stragliati “La grande anthologie du fantastique” chez Pocket en 8 volumes, dont “Histoires de monstres” évoqué plus haut. Ce sont les deux grand spécialistes du genre. Leur anthologie fournit des textes qui vont de deux à cinquante pages.

Pour une lecture dirigée en classe on peut utiliser “le Horla” de Maupassant (Livre de Poche 840) et ceci pour plusieurs raisons :

– “Le Horla” lui-même, chef d’œuvre du genre, ne couvre que 40 pages et les autres nouvelles peuvent amorcer d’autres thèmes.

autres nouvelles peuIl existe deux versions du Horla (voir ce qu’en disent Goimard et Stragliati p. 357 de “Histoires de monstres”). La comparaison des deux versions permet de mieux cerner le triangle thématique : folie – fantastique – science-fiction et voir comment on passe d’un thème à l’autre.

Enfin sur le thème des “morts-vivants”, outre l’anthologie de Goimard et Stragliati, il faut, en première approche, citer et voir l’excellent film “Les autres” de Alejandro Amenabar. Mais ceci échappe à cette étude. Je traite ce sujet dans le mot-clé “shéol” avec les liaisons Mésopotamie – Bible – Hallowen – “Les autres” d’Amenabar etc…

Ces trois sujets constituent un mini-dossier : ils se répondent les uns aux autres. On peut en faire collectivement une lecture et un débat où les allusions seront éclaircies par le professeur.

Sujet I Roger Caillois Le fantastique n’est pas le merveilleux

Il faut prendre garde que le fantastique n’a aucun sens dans un univers merveilleux. Il en est simplement exclu. Il y est même inconcevable. Dans un monde de miracle, l’extraordinaire perd sa puissance. Il n’épouvante que s’il rompt et discrédite une ordonnance immuable, inflexible que rien ne saurait modifier et qui semble la garantie même de la raison.

Un seul exemple en apporte la démonstration immédiate, décisive. Le récit de W. W. Jacobs “La Patte de Singe” peut d’abord apparaître comme une variante tragique du fabliau des “Trois Souhaits” répandu dans toute l’Europe et qu’on connaît en France dans la version classique de Perrault. A y regarder de près, il n’y a pas seulement entre les deux récits la différence du plaisant et de l’atroce. Un contraste fondamental oppose les conditions même de l’une et l’autre aventure.

Trois prodiges jalonnent la déception des paysans dans le conte populaire. Dans la nouvelle de Jacobs, l’influence du talisman n’est visible que dans un enchaînement, senti comme inéluctable, de causes qui pourtant demeurent équivoques et de conséquences qui restent ambigües.

Les trois vœux sont exhaucés sans rupture manifeste de l’ordre naturel, car il n’arrive rien qui le contredit. Un accident dans une usine, le versement d’une indemnité, les coups frappés à la porte d’une maison, la nuit : tout s’explique sans doute par le pouvoir maléfique de la patte de singe.

Mais qui ne serait pas dans le secret, qui omettrait la puissance de la relique fatale n’apercevrait dans le drame que coïncidence et auto-suggestion. Dans les lois immuables de l’univers quotidien, une fissure s’est produite, minuscule, imperceptible, douteuse, suffisante cependant pour livrer passage à l’Effroyable.

Le fantastique suppose la solidité du monde réel, mais pour mieux la ravager. Le moment venu, contrairement à toute possibilité ou vraisemblance, sur la paroi la plus rassurante, comme jadis au monarque de Babylone (1) apparaît la signature de phosphore. Alors vacillent les certitudes les mieux assises et l’Epouvante s’installe. La démarche essentielle du fantastique est l’Apparition ; ce qui ne peut pas arriver et qui se produit pourtant, en un point et à un instant précis, au cœur d’un univers parfaitement repéré et d’où on estimait le mystère à jamais banni.

Tout semble comme aujourd’hi et comme hier : tranquille, banal, sans rien d’insolite et voici que lentement s’insinue ou que soudain se déploie, l’Inadmissible.

Roger Caillois, préface à “60 récits de terreur” (Club français du livre, 1958) (1) voir Bible, le livre de Daniel.

1. Vous résumerez ce texte au quart de sa longueur, soit 100 mots (limite admise : plus ou moins 10 % )

2. Expliquer les trois expressions suivantes : – “une ordonnance immuable” – “causes… équivoques” – “on estimait le mystère à jamais banni”

3. A partir de votre expérience du fantastique (lectures, films, vidéos) vous direz en quoi il consiste selon vous et l’intérêt que vous y prenez ou pas.

Sujet II Saint-Simon “Les masques de cire” voir plus loin, paragraphe 3

Sujet III On prête le mot suivant à Madame du Deffand qui tenait salon au XVIII° siècle : “Je ne crois pas aux fantômes mais j’en ai peur”. Vous vous demanderez si ce paradoxe vous paraît résumer le problème de la littérature fantastique.

3. Saint-Simon Les masques de cire. Texte

(a) Bouligneux, lieutenant général et Wartigny, maréchal de camp, furent tués devant Verue ; deux hommes d’une grande valeur, mais tout à fait singuliers.

(b) On avait fait, l’hiver précédent, plusieurs masques de cire de personnes de la cour, au naturel, qui les portaient sous d’autres masques, en sorte qu’en se démasquant on y était trompé en prenant le second masque pour le visage et c’en était un véritable, tout différent, dessous ; on s’amusa fort à cette badinerie.

(c) Cet hiver-ci on voulut encore s’en divertir.

(d) La surprise fut grande lorsqu’on trouva tous ces masques naturels frais, et tels qu’on les avait serrés après le carnaval, excepté ceux de Bouligneux et de Wartigny qui, en conservant leur parfaite ressemblance, avaient la pâleur et le tiré de personnes qui viennent de mourir.

(e) Ils parurent de la sorte à un bal, et firent tant d’horreur, qu’on essaya de les raccommoder avec du rouge, mais le rouge s’effaçait dans l’instant, et le tiré ne se put rajuster.

(f) Cela m’a paru si extraordinaire que je l’ai cru digne d’être rapporté mais je m’en serais bien gardé aussi, si toute la cour n’avait été, comme moi, témoin et surprise extrêmement, et plusieurs fois, de cette étrange singularité.

(g) A la fin on jeta ces deux masques.

Saint-Simon (1675-1755) “Mémoires”, chap XXV, année 1704. Cité par Roger Caillois, Préface de “60 récits de terreur” (1958, Club français du livre).

Sous forme de commentaire composé, vous étudierez ce texte dans lequel Roger Caillois, auteur d’une anthologie de récits fantastiques cité en référence, voit la naissance du genre en France. Le découpage en paragraphes de (a) à (g) n’est pas de Saint-Simon. Il est donné pour faciliter l’étude du texte.

4. Commentaire composé. Correction

Mémorialiste, Saint-Simon n’est pas un écrivain fantastique ; pourtant cette histoire qu’il garantit comme vraie (étape f) marque, d’après Roger Gallois, la naissance du genre en France. Mais les “Mémoires” de Saint-Simon ne sont publiés qu’en 1830, en plein romantisme. En somme le fantastique a été vécu avant d’entrer en littérature.

I. Construction.

On distingue 7 étapes dans ce texte. On peut les éclairer ainsi : (a) mort des deux officiers lors d’un siège tenu dans le printemps 1704 (b) retour sur l’hiver 1703 : jeu des doubles masques qui séduit la cour (c) hiver 1704 : on décide d’y jouer à nouveau (d) découverte des masques tous intacts, sauf ceux des deux officiers (e) ils paraissent au bal, font horreur ; les masques sont irréparables (f) très marqué, l’auteur-narrateur (Saint-Simon) décide de consigner ce fait dans son journal (g) Après la mort des officiers on jette les masques.

Chronologiquement la mort des officiers (a) se situe entre (e) et (g). L’étape (f) vient après (g) où l’on jette les masques. Saint-Simon en dit le moins possible et il faut donc reconstituer les détails manquants. Traditionnellement on ne fait la guerre qu’à la belle saison (à partir du printemps). L’hiver est consacré aux fêtes de Versailles. On devine que tout l’épisode baigne dans une ambiance très particulière, marquée par la joie (étapes b, c, d) puis par l’horreur (e, a, g, f). Tous les acteurs sont persuadés qu’un sort funeste a frappé les deux officiers, marqués par le destin (“singuliers” et “singularité” figurent dans les étapes (a) et (f). Jusque-là nous sommes dans le miracle, dans le merveilleux. Mais Saint-Simon, malgré lui, nous incite à tenter de comprendre.

Le fantastique c’est en profondeur une manière de raconter qui déplace les étapes du récit (retour en arrière) ou en omet (ellipse) de manière à faire osciller l’esprit du lecteur entre deux explications : surnaturelle et naturelle. Pour un rationaliste un miracle c’est simplement un fait qui n’a pas encore été expliqué. Un examen attentif du texte donne la clé du mystère.

Entre (b) et (c) les hivers 1703 et 1704 il manque une étape (b’) : les masques ont été soigneusement rangés pendant l’été 1703. Mais où ? Très probablement dans des combles. Le soleil a pu pénétrer dans un vasistas et chauffer deux masques en particulier, ceux des deux officiers. Ceci a été dû au hasard. Mais ensuite se produit un phénomène d’hystérie collective à laquelle les deux officiers n’échappent pas, malgré leur courage (ils osent tenter de porter les masques dans l’étape (e). Ils partent à la guerre persuadés qu’ils vont y mourir. Et effectivement ils y meurent.

Une fois qu’on a déconstruit le texte, l’effet de fantastique cesse. Pour le retrouver il suffit de relire le texte dans l’ordre que lui a donné Saint-Simon et d’oublier un moment l’explication rationnelle.

II. Attitude du narrateur.

Prétendant décrire la vie quotidienne de la cour de Louis XIV dans ses grands et ses petits intérêts, Saint-Simon est évidemment attentif aux détails. Il fait un éloge funèbre rapide mais senti : “grande valeur” : inclut courage et science des deux officiers supérieurs (“lieutenant général”, “maréchal de camp”). Mais un adjectif étrange (“singulier”) apparaît : ils se détachent du lot commun parce qu’ils sont marqués par le destin.

L’auteur-narrateur n’approfondit pas et préfère raconter les circonstances qui en ont fait des êtres “singuliers”. La description des masques est longue et minutieuse dans une phrase un peu confuse. “…qui les portaient” a pour antécédent “personnes de la cour”. Il faut comprendre que dans ce bal masqué les gens portent des loups et que sous les loups ils portent des masques de cire qu’ils ont échangés entre eux. Ce divertissement est évidemment très coûteux.

Le récit avance rapidement. “La surprise fut grande” : le tour abstrait dispense Saint-Simon de décrire l’émotion, les cris etc… La “surprise” devient “horreur” puis “consternation”. Mais il manque une explication. Dans la fête de l’hiver 1704 on a tenté d’échanger les masques mais personne n’a voulu prendre ceux des deux officiers. Ceux-ci ont alors décidé, par défi, de porter leurs propres masques, leurs propres effigies. On tente évidemment de raccommoder les masques. Impossible. Le destin va frapper.

Toute cette émotion est palpable (“si extraordinaire”) malgré la sécheresse du texte et l’apparente impassibilité du mémorialiste. Il avoue qu’il n’aurait pas consigné ce fait pour ne pas être taxé de mensonge, d’invraisemblance. “Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable” écrit Boileau qui définit ainsi l’idéal classique. Saint-Simon décide de raconter quand même l’invraisemblable, car il y a des témoins de marque (la cour, le roi lui-même). Ceci marque une brèche dans l’idéal classique. Le siècle des Lumières approche avec son “matérialisme enchanté” (formule d’Elisabeth de Fontenay appliquée à Diderot) et l’aveu de ses faiblesses : “Je ne crois pas aux fantômes mais j’en ai peur” dit Madame du Deffand.

“Plusieurs fois” : montre que les masques ont fait l’objet d’une véritable curiosité qui éclipsait le bal masqué. C’était la grande attaction. Saint-Simon essaie de garder son sang-froid. “A la fin” (g) traduit la peur collective à laquelle il s’est laissé gagner, malgré lui.

Depuis 1685 les sorciers sont poursuivis non pour sorcellerie mais pour escroquerie (ce qui est encore la législation actuelle). On lutte donc contre l’irrationnel. Et Louis XIV en donne lui-même l’exemple lors d’une autre histoire mystérieuse racontée également par Saint-Simon. Les franges d’or du grand appartement disparaissent un jour. Puis un soir, elles arrivent par la voie des airs, dans un énorme paquet, sur la table royale. Le roi ne bronche pas alors que tous les convives s’effraient. C’est probablement la vengeance d’un domestique. Là aussi Saint-Simon garde la même attitude qu’on attend d’un bon narrateur fantastique. Il doit être à la fois de bonne foi et impuissant, crédible et crédule. Et assez habile pour construire un récit ambigü par sa construction (retours en arrière, ellipses)

III. Le fantastique.

Le fantastique naît d’une hésitation entre deux explications dont l’irrationnelle paraît la plus commode. Est-ce par coïncidence que les titulaires des masques abîmés sont précisément tués en campagne ? Leurs masques ressemblaient à des masques mortuaires : prémonition ? “Ils parurent de la sorte” : les deux officiers refusent de laisser impressionner. Personne ne veut échanger son effigie avec la leur ? Soit ! Ils vont la porter eux-mêmes, par bravade, comme Dom Juan affrontant la statue du commandeur.

Ils ont tort. Ils ont voulu braver les esprits. Saint-Simon suggère cette explication parce que c’est l’opînion (la doxa) de toute la cour. On luttait alors contre les superstitions, l’astrologie et la sorcellerie parce que beaucoup y croyaient. Et après l’affaire des poisons la cour découvrit qu’on avait tenté d’envoûter le roi. L’affaire, devenue politique, fut rapidement étouffée.

Le nœud du problème est évidemment la source de chaleur qui a modifié les masques des deux officiers. Lorsqu’un objet de cire est placé près d’une source de chaleur, la cire fond, les couleurs pâlissent et on ne peut, sans l’endommager davantage, le remodeler (“raccommoder”) ou refaire sa couleur. Ce phénomène ordinaire devient extraordinaire sous la plume de Saint-Simon. Plus que l’effet du soleil évoqué plus haut on peut songer à l’inattention d’un domestique. Les masques étaient soigneusement enfermés mais deux d’entre eux étaient peut-être proche d’une cheminée allumée. Le domestique ne s’en est pas aperçu ou ne s’en est pas vanté. L’imagination a fait le reste. Bouligneux et Wartigny sont vus comme des esprits forts qui bravent le destin. On leur promet secrètement un destin funeste. Ils partent en campagne, l’esprit ébranlé et se font tuer au siège de Verue. Mécanisme psychologique bien connu aujourd’hui. Mais frappé par l’ensemble des coïncidences Saint-Simon n’exerce pas son esprit critique pour lutter contre sa propre peur. On opposera son attitude à celle de Fontenelle dans “La dent d’or”.

Conclusion. Eléments : l’art du récit, un narrateur crédible et crédule, la naissance du fantastique.

5. Stephen King et le problème du Mal.

Ce qui frappe c’est l’extrême normalité de l’homme, Stephen King. Son père a abandonné sa mère quand il avait 2 ans. Enfance financièrement très difficile. Son choc essentiel vient de l’enfance. A 10 ans il est frappé par un fait-divers sanglant. Un sérial-killer de 20 ans, s’offre avec sa compagne de 14 ans, une série de 11 meurtres à travers plusieurs Etats. L’enfant comprend que toute sa vie sera consacrée à percer le mystère du Mal. Désespérément normal, Stephen King a toujours vécu dans le Maine, un des Etats les plus pauvres des Etats-Unis, où les gens sont volontiers rustauds et bruts de coffrage. Stephen King joue au base-ball avec ses copains, est marié, a des enfants, n’accorde que très rarement des interviews pour ne pas être importunés par des fans déments, lui qui est l’écrivain qui gagne le plus d’argent au monde et dont beaucoup d’ouvrages ont été à l’origine de films à succès. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_King

Trois crises majeures chez lui :

a) L’expérience de l’alcoolisme et de la toxicomanie. Pendant plusieurs années son corps n’a été qu’une poubelle où il déversait les produits alcoolisés les plus nocifs, jusquà des after-shave… Expérience qui va nourrir plusieurs de ses romans.

b) L’aventure d’un fan dément qui prétendait que Stephen King lui avait volé tous ses romans et qui, muni d’explosifs dans une boîte à chaussures, prétendait se faire sauter avec lui. C’est le sang-froid de sa femme qui sauve le romancier. La police découvre après coup qu’il n’y avait pas d’explosifs. Ceci va déclencher l’écriture de “Misery “: une admiratrice enferme un romancier à succès pour le torturer à mort.

c) Le romancier a été menacé de cécité par la dégénérescence de la macula de ses yeux car il est très myope. Il avait alors 50 ans et affronta l’épeuve avec beaucoup de courage. Note de 2014 : il semble qu’il ait sauvé sa vue.

C’est de la banalité de la vie quotidienne qu’il tire les sujets de ses romans. Dans un moment d’auto-dépréciation il a dit que ses romans c’était l’équivalent d’un Big Mac servi avec une portion de frites. Mais en réalité c’est un très grand écrivain populaire qui connaît à fond l’art de raconter des histoires.

Dans “Le Bazaar de l’épouvante” il raconte comment le diable s’installe comme antiquaire dans une petite ville paisible. A chacune et chacun il propose, à un prix très modique, un objet convoité depuis l’enfance. Mais il y ajoute une condition : faire un petit mensonge ou une petite farce “dont personne ne saura rien”. Le résultat est hallucinant. La ville est bientôt à feu et à sang. Les gens s’entretuent sans comprendre pourquoi. Le shériff alerté par un petit garçon, victime lui aussi de l’antiquaire, comprend le mécanisme… et la solution. A la suite d’une scène dramatique il invite ses concitoyens à confesser publiquement ce qu’ils ont promis. Les rouages de la machination se révèlent. Le charme est rompu. L’antiquaire battu va quitter la ville en promettant de se venger en 2050 sur le petit-fils du shériff.

La parabole est claire : Le mal est en nous parce que nous l’avons laissé pénétrer en nous. (cf Caïn : le péché – le Mal – est tapi à ta porte, ne le laisse pas entrer). Le mal ne peut s’en aller qu’à la condition de dire comment publiquement comment il y est entré. Mais le mal reviendra. Il faut donc se transmettre le problème et la solution. D’où le roman de Stephen King et le film de Fraser C. Heston (1993) “Le Bazaar de l’épouvante”.

Le Mal est souvent personnifié par une condensation qui relève de la rhétorique (métaphore, parabole, allégorie, personnification) et de la p.n.l (l’image de Satan investit le mental). La confession publique permet la communication des informations. Elle n’a pas pour but de se réconcilier avec Dieu mais avec ses concitoyens. C’est un acte de transparence qui a d’abord une valeur judiciaire et même policière (c’est un shériff qui la conduit). Et ensuite seulement une valeur métaphysique. (sans date, rédigé d’après des notes diverses)

6. Voici un récit très bref de Fredrick Brown – La réponse

Dwar Ev, solennellement, employa de l’or pour faire la dernière soudure. Les yeux d’une douzaine de caméras de la Télévision l’observaient et les ondes portaient à travers l’univers l’image multipliée de ce qu’il était en train d’accomplir.

Il se redressa et fit un signe de tête à Dwar Reyn, puis il se plaça devant la manette qui établirait le contact quand il l’abaisserait. Une manette qui relierait brusquement toutes les gigantesques machines à calculer de toutes les planètes habitées de l’univers – quatre-vingt-seize billions de planètes – en un seul circuit géant. Ainsi, tous ces cerveaux artificiels ne formeraient plus qu’une monstrueuse machine cybernétique englobant et centralisant toute la connaissance de toutes les galaxies.

Dwar Ev abaissa la mamette. On entendit un énorme bourdonnement, l’afflux de force arraché aux quatre-vingt-seize billions de planètes. Des éclairs jaillirent puis s’évanouirent.

Dwar Ev recula. “L’honneur de poser la première question vous revient, Dwar Reyn. Ce sera une question qu’aucune machine cybernétique n’a jamais été capable de résoudre.” Il se tourna vers la machine. “Existe-t-il un Dieu ?” La voix puissante répondit sans aucune hésitation, sans le moindre cliquetis de

rouage. “Oui, MAINTENANT il y a un Dieu.” Une soudaine panique envahit le visage de Dwar Ev. Il bondit pour relever la manette. Mais, à cet instant, le ciel sans nuage fut déchiré par une gerbe d’éclairs qui foudroyèrent Dwar Ev et soudèrent à jamais la manette que l’homme avait abaissée.

(242 mots) Fredric Brown, traduit par Francine Sternberg, in “Histoires de machines” (Livre de Poche n° 3768) voir aussi Liste d’ordinateurs de fiction Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d’ordinateurs_de_fiction

Etudier ce texte en utilisant les grilles de la page 500 “Récit, généralités”

27 RET_Classeur_p.500_recit_16_03_08_panorama.pdf. On pourra interroger successivement : 1. La diégèse et la dramatisation du récit 2. Ecrivain, narrateur, personnage et lecteur. 3. Les focalisations (interne, externe, zéro) 4. Le schéma de Greimas (sujet-désir-objet, opposant-adjuvant, actants, destinateur-destinataire) 5. L.M.M : lieux, milieux, mentalités ; C.C.C : comportement, caractères, conflits ; E.N.L : écrivain, narrateur, lecteur.

7. Définitions : fantastique, science-fiction, fantasy, merveilleux par Sylvain Fontaine puis André-François Ruaud (source et date inconnues).

Denis Guiot, directeur de la collection de Science-fiction jeunesse Autres Mondes, emploie une parabole toute simple pour expliquer l’originalité de chaque genre.Imaginons que dans un roman, il y ait une scène où un chat demande à manger à son maître. Voilà que le chat se met à parler pour réclamer son ron-ron.

Si le maître manque de défaillir de stupéfaction, se demande s’il n’est pas en train de devenir fou, si ce chat n’est pas une créature de Satan, etc., nous sommes dans le Fantastique.

Si l’auteur fait de cette situation extraordinaire une donnée de départ qu’il ne justifiera peut-être pas, préférant développer les conséquences concrètes que pourraient avoir un tel événement, nous sommes dans une fantaisie.

Si l’auteur a rationalisé cette situation par des explications plus ou moins sérieuses (le chat est, en fait, un extraterrestre, ou bien il a subi des manipulations génétiques), alors nous sommes en pleine science-fiction.

Fantastique Signes particuliers : un cadre réaliste, une puissance transcendante, des gens qui deviennent fous. Livres : la série Chair De Poule, Dracula, Stephen King (Shinning). Films : Frankenstein, L’Exorciste, Le Sixième sens. Synonymes : épouvante, terreur, horreur. Commentaire : le fantastique décrit le surgissement du mystère dans notre monde quotidien. La figure essentielle du fantastique est l’apparition, qui vient rompre la cohérence de nos certitudes. L’inquiétude n’est jamais très loin. Le plus souvent le mystère révèle une puissance malveillante. Le monde est ébranlé dans ses bases. Il devient incertain et hostile. Nait alors une sensation d’effroi panique, le sentiment d’être soumis à des puissances supérieures qui peuvent vous balayer, une angoisse métaphysique qu’on nomme l’épouvante.

D’autres points de vue sur le fantastique « Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles face à un événement en apparence surnaturel » (Todorov T., Introduction à la littérature fantastique, Paris, Le Seuil, 1970, p. 29). Plutôt que de parler d’hésitation comme le caractère définitionnel du genre, on peut inclure l’hésitation parmi les autres caractères du fantastique que sont la peur, le malaise, le rêve. Notons toutefois que l’hésitation rend compte d’un élément essentiel du fantastique qui est celui de l’ambiguïté. Mieux que de parler d’hésitation (qui pose une question devant laquelle on hésite mais également à laquelle on pourrait apporter une réponse soit:…….. soit………, hésitation entre le mort et le vivant, l’inerte et l’animé…) parlons plutôt d’ambiguïté, mot qui souligne plus l’effet à long terme de cette hésitation et même un doute perpétuel (à la fois mort et vivant, inerte et animé, ce qui est impossible !). Voilà qui nous rapproche de la définition du fantastique: un genre qui ferait naître le doute provoqué par une hésitation dû à un être, une idée, quelque chose d’ambigu. Et ce doute provoquerait de par cette réponse impossible, peur, malaise, angoisse, folie, terreur et … mort !

Site internet : lefantastique.net

Science-fiction Les œuvres de science-fiction abordent les événements de manière rationnelle, observant les faits, leurs causes et leurs conséquences. Signes particuliers : un monde basé sur d’autres lois physiques ou sociales, une science et une technique avancées, des êtres aux pouvoirs supérieurs. Livres : Le passeur, La citadelle du vertige, Niourk. Films : King Kong, La Planète sauvage, Blade Runner. Commentaire : Les utopies imaginent des mondes fondés sur d’autres règles naturelles ou sociales que les notres. Par exemple une société qui condamnerait la maladie physique et soignerait les désordres moraux : le criminel serait ainsi soigné et le malade jeté en prison (Erewhon, de Samuel Butler)

Fantasy La fantasy est un genre littéraire où abondent les paradoxes. Premier d’entre eux : il n’existe pas de terme français pour le désigner (…) Deuxième paradoxe : la fantasy (le merveilleux) n’a été identifiée comme genre littéraire que de manière relativement récente (disons depuis les années 1970, suite au succès américain du Seigneur des Anneaux), et n’a pris son indépendance éditoriale qu’encore plus récemment – alors qu’elle existe depuis l’origine de la littérature. Mais oui : qu’écrivait donc Chrétien de Troyes si ce n’est de la fantasy ? Tout y est déjà : plongée aux sources mythologiques, lien à la sensibilité contemporaine de l’auteur (et même : métaphore politico-sociale), narration en prose. Si la science- fiction trouve (selon la plupart des spécialistes) son origine dans la révolution industrielle du XIXe siècle (…) Les ingrédients du genre sont là : magie, aventure, juxtaposition d’un monde merveilleux avec celui de tous les jours. Toute la fantasy moderne s’enracine solidement et puise largement dans les mythologies ou légendes, ces histoires fondent la culture mondiale. Troisième paradoxe : la difficulté que l’on éprouve à définir un genre aussi protéiforme. (…) Je dirai donc qu’est fantasy (merveilleux) une littérature fantastique incorporant dans son récit un élément d’irrationnel qui n’est pas traité seulement de manière horrifique, a généralement un aspect mythique et est souvent incarné par l’irruption ou l’utilisation de la magie. (…) Avant de songer à la magie comme élément important de ma définition du genre, j’avais également pensé à la présence d’un « monde secondaire » comme condition nécessaire pour l’appartenance à la fantasy (au merveilleux). ( …) Cependant, cet élément me semble apporter au moins autant de problèmes que de solutions. D’abord, parce que l’expression « monde secondaire » est généralement utilisée par la critique spécialisée pour décrire des univers totalement séparés de notre réalité : la Terre du milieu, dans Le Seigneur des Anneaux, en est un des plus fameux archétypes. (…)Il serait possible de convenir d’une définition plus large de l’expression « monde secondaire » : par exemple en adoptant la formulation « univers matériel secondaire » (forgée par Patrick Marcel). Pour résumer, nous avons donc un ensemble de critères : irrationnel, non exclusivement horrifique, enchanté, mythique, univers matériel secondaire, magie. (apports d’André-François Ruaud pour Fantasy)

Note de Roger 2011_07 Fantasy et merveilleux. La fantasy me paraît coïncider tout-à-fait avec le merveilleux du Moyen-Age. Voir 07 ESS Matière de Bretagne qui contient les romans de la Table Ronde, Tristan et Iseut etc. Ce que signale Sylvain Fontaine quand il évoque Chrétien de Troyes.

Roger et Alii

Retorica

(30.400 caractères)

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