25 REC Golem – emeth – meth – Jezira – 2017-07

Le thème du golem est traité ici d’une manière volontairement décousue. Chaque lecteur fera sa propre synthèse, si c’est possible. Roger.

(1) Puis-je cacher à Abraham ce que je vais faire ? (Gen 18 : 17)

« « Lorsque notre père Abraham naquit, les anges dirent devant Dieu : Maître du monde, tu as un ami dans le monde et tu veux lui cacher quelque chose ? Aussitôt Dieu parla (Gen 18 : 17) : « Est-ce que je tiens quelque chose caché devant Abraham ? » Et il conféra avec la Tora et il dit : « Ma fille, viens, nous voulons te marier avec mon ami Abraham. » Elle dit : « Non pas, jusqu’à ce que le débonnaire (c’eest-à-dire Moïse) vienne et prenne la douce (la Tora, le mot hébraïque peut vouloir dire « épouser »). Aussitôt Dieu conféra avec le livre « Jezira » et lui dit la même chose et le transmit à Abraham. Il était assis seul et méditait (me’ajjen) là-dessus, m     ais il ne pouvait rien y comprendre lorsqu’une voix céleste se fit entendre et lui dit : « Veux-tu t’assimiler à moi ? Je suis Un et ai créée le livre Jezira et y ai médité ; mais toi, en tant qu’être isolé, tu ne peux comprendre. Alors prends-toi un compagnon, alors méditez tous les deux et vous comprendrez. »

« Aussitôt Abraham alla chez son maître Sem, le fils de Noé, et ils restèrent trois ans ensemble jusqu’à ce qu’ils aient su créer le monde. Et jusqu’à maintenant il n’y a personne qui puisse le comprendre seul, mais deux savants (sont nécessaires), et encore ils ne le comprennent qu’au bout de trois ans, sur quoi ils peuvent faire tout ce que leur cœur demande. Rabha aussi voulait comprendre le livre seul. Alors Rabbi Zera lui dit : «  Cela signifie bien (Jérémie 50 : 36) : « Une épée sur les isolés, ils deviennent fous. » Cela signifie : Une épée pour les docteurs de la loi, qui sont seuls pour méditer avec la Tora. Voulons-nous donc venir ensemble et nous occuper du livre « Jezira » ? » Ainsi ils restèrent trois années durant en longues contemplations et ils réussirent ensuite à comprendre. Alors on leur donna un veau, et ils l’abattirent pour en faire une fête à la gloire de la fin des méditations. Aussitôt qu’ils l’eurent abattu, ils l’oublièrent (c’est-à-dire la compréhension du livre « Jézira »). Alors ils passèrent encore trois années ensemble et la retrouvèrent encore une fois. » (Judas ben Barsilai, fin de son commentaire du livre « Jezira », début XII°, Midi de la France ou Catalogne). Voir Wikipédia : « Juda ben Barsilai »

Le livre « Jezira » (c’est-à-dire « le livre de la Création ») a été composé entre le III° et le VI° siècle par un Néo-Pythagoricien. Il explique la signification et la fonction des « trente deux chemins de la sagesse », c’est-à-dire les dix sephiroth et les vingt-deux consonnes de l’aalphabet hébraïque. L’homme et le Monde ont été construits à l’aide de ces éléments. Comprendre la création c’est se donner les moyens de la refaire en partie. C’est donc aussi un livre de magie. Curieusement Abraham est présenté comme ayant tenté cette opération. « Lorsque notre père Abraham vint, il regarda, considéra et vit, sonda et comprit, renversa, creusa, combina et construisit (‘est-à-dire créa) et il y réussit. Là le Seigneur du monde se révéla à lui, il le mit dans son sein, lui baisa la têre et le nomma son ami (une autre version ajoute encore : et le fit son fils) et conclut avec lui et sa postérité un pacte éternel. » Abraham créant des êtres par un processus agique est un commentaire littéraire de Gen 12 : 5 où Abraham et Sarah fuient vers l’ouest en emportant avec eux « les âmes qu’ils avaient faites à Haran. »

(2) Origine du Golem

Ceci nous mène au Golem. Le mot n’apparaît qu’une fois à Ps 139 : 16 et il signifie « sans forme » : « Quand je n’étais qu’une masse informe, tes yeux me voyaient : Et sur ton livre étaient tous inscrits les jours qui m’étaient destinés, avant qu’aucun d’eux n’existât. »

« Acha bar Chanina a dit : « La journée avait douze heures. Pendant la première heure la terre fut accumulée ; pendant la deuxième il devint un Golem, une masse encore informe ; dans la troisième ses membres furent étendus ; dans la quatrième l’âme fut jetée en lui ; dans la cinquième il se tint sur ses pieds ; dans la sixième il donna (à tous les vivants- un nom ; dans la septième Eve lui fut adjointe ; dans la huitième ils se mirent au lit à deux et le quittèrent à quatre ; dans la neuvième il connut l’interdiction ; dans la dixième il passa outre ; dans la onzième on le jugea ; dans la douzième il fut chassé et il quitta le paradis, comme il est dit au Ps 49 : 13 : « Et Adam ne resta pas une nuit dans la sainteté. » » (Berechit Rabba : commentaire sur Berechit)

Pendant tout le Moyen-Age le thème du Golem avait circulé entre les cercles hassidistes (Rhénanie et Nord de la France) et les kabbalistes du Languedoc. Le prophète Jérémie et son fils Sira étudient le livre « Jezira ». Ils créent un homme sur le front duquel était écrit JHWH Elihim Emeth. Emeth réduit à Meth, l’expression devenait « Dieu est mort » et on tombait dans l’idolâtrie. Aussi Jérémie et son fils interdirent-ils de faire un Golem.

(3) Voici comment se présente la légende tardive du Golem : « Les Juifs polonais fabriquent, après certaines prières récitées et jours jeûnés, la forme d’un homme en argile et en glu et s’ils prononcent au-dessus le « Schemhamphoras » miraculeux, il doit devenir vivant. Il ne peut naturellement pas parler mais il comprend suffisamment ce que l’on dit ou commande. Ils le nomment Golem et l’emploie comme domestique pour exécuter les travaux domestiques. Seulement il ne doit jamais sortir de la maison. Sur son front est écrit « emeth » (vérité). Il grossit chaque jour et devient facilement plus grand et plus fort que tous ceux qui vivent dans la maison, alors qu’au début il était si petit. Par peur de lui ils effacent la première lettre afin qu’il ne reste que « meth » (il est mort). Sur ce, il s’écroule et redevient de l’argile. Un homme avait laissé, par insouciance, grandir sont Golem. Il était devenu si grand qu’on ne pouvait même plus atteindre son front. Alors, il ordonna, pa peur, au valet de lui enlever ses bottes, avec l’idée qu’étant baissé, il pourrait lui atteindre le front. Cela réussit, la première lettre fut enlevée mais tout le poids de l’argile tomba sur le Juif et l’écrasa. » (Jacob Grimm « Journal pour ermites », 1808)

Dans « le Golem » (1915) Gustav Meyrink popularise le thème en le déformant totalement. Le Golem est, en partie, l’âme du ghetto de Prague qui se matérialiserait tous les trente-trois ans. C’est en partie, le sosie du héros lui-même qui combat pour sa propre rédemption.

Source : G.C Scholem « La Kabbale et sa symbolique » (Payot)

Judah Loew, fameux rabbin pragois de la fin du XVI° siècle, pour protéger sa communauté des persécutions, créa un géant d’argile dont il perdit le contrôle. Il a sa statue à Prague.

(4) Moshe Idel « Golem, Traditions magiques et mystiques sur un anthropoïde artificiel » (New York) 1992 et traduction : IDEL (Moshe) « Le Golem » Paris Cerf 1992 426 p. Coll Patrimoines. Cet ouvrage est très important.   « On découvre avec étonnement qu’à ce niveau premier nos idées sur la vie n’ont pas changé : la vie est aujourd’hui pour nous le résultat d’une information codée, un nombre fini, bien qu’extrêmement complexe, de permutation des quatre unités fondamentales formant l’ADN. » Cette idée de permutations existait dans les sources magiques grecques, chez Marc le Gnostique qui pratiquait la grammatologie et la numérologie, en disciple d’un magicien nommé Kolorbassos. Des textes assyriens en parlent également mais « à partir du début du Moyen-Age la pratique de la permutation est presque exclusivement liée aux sciences occultes juives. » Dans le second chapitre du « Sepher Yetsirah » il est question de la création des âmes selon une combinatoire qu’on retrouve chez Raymond Lulle (XIII° – XIV° siècle) qui connaissait la kabbale. Abraham semble, selon le « Bereshit rabba » le co-auteur de la création du monde mais un midrach postérieur affirme qu’il n’a pu créer un monde ou un golem qu’en association avec son maître Shem. « Le midrach poursuit en reprenant la version d’une légende qui figure également dans le Talmud babylonien (traité Sanhédrin, 65b). Selon ce dernier, Rava créa un golem et l’envoya à Rabbi Zera qui le questionna. Mais le golem ne pouvant parler , Rabbi Zera le réduisit en poussière. » Rava et Zera auraient créé un veau. C’est chez les hassidium ashkénazes qu’on trouve l’histoire de deux rabbins créant un golem au front duquel on inscrit le mot ‘MT (Vérité) qui peut devenir MT (mort). L’histoire du Maharal de Prague a été racontée par Rosenberg-Bloch et publiée en 1909. Dans la kabbale extatique d’Abraham Abulafia la création des corps est moins importante que celle des âmes, laquelle consiste en visualisations et méditations selon la « devegut » (union mystique). La puissance créatrice de l’homme est inférieure à celle de Dieu par sa faiblesse ou, plus souvent, à cause du péché (Talmud, traité Barakhot 10a). L’homme ne peut « créer qu’en deux dimensions, en dessinant sur le papier, quand Dieu seul crée en trois dimensions. » (d’après Ioan P. Couliano, le Monde, sans date).

 

(5) André Néher « Faust et le Maharal de Prague. Le mythe et le réel. » (PUF, 1987, 204 p). Néher précise l’origine du surnom « morenu harab Rabbi Löw » : « Rabbi Löw notre maître ». Néher est célèbre par « Le Puits de l’Exil . La théologie dialectique du Maharal de Prague (1512 – 1609) » (1966). Faust et le Maharal sont exactement contemporains. Tous deux ont étudié la kabbale à Cracovie. Ils ont la même hardiesse humaniste. On leur attribue la création de deux êtres artificiels, l’homunculus » de Faust et le « Golem » de Löw. Différence : « C’est Faust et non son homoncule qui est connu ; c’est le Golem et non son créateur qui est devenu mythe. » Les golems sont nombreux dans la littérature populaire juive mais celui du Rabbi Löw était une sorte de détective privé « chargé de repérer et de neutraliser les menées et provocations des antisémites de Prague. » Néher voit en Löw un précurseur du sionisme. En tout cas il était de connivence avec l’Empereur Germanique Rodolphe II qui protégeait la communauté. On dit que le Maharal aurait caché le corps du Golem sous un amas de livres cabbalistiques dans une chambre inaccessible de la Vieille Synagogue de Prague. On dit aussi, au XIX° s, que le Golem aurait ravagé le ghetto de Prague parce que son maître avait oublié de le désactivé pendant le shabbat. Le film célèbre de Wegener (1912) a popularisé cette thèse. Néher y voit un élargissement vers la légitimité de la cybernétique. Autre élément majeur : le « Doktor Faustus » de Thomas Mann qui invente la musique dodécaphonique à la suite d’un pacte avec le Diable. Or Arnold Schönberg a inventé le dodécaphonisme. Et selon Néher ce dernier doit tout à la Kabbale du Rabbi de Prague. D’où l’actualité du « Puits de l’Exil ».   (d’après Michel Reffet, revue « Sens » nov 1987)

 

Roger et Alii – Retorica – 1 970 mots – 11 100 caractères – 2017-07-13

 

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