25 REC récit techniques Brown 1994

 

Le récit repose sur des techniques. Une brève nouvelle de Fredrick Brown permet de les aborder.

 

voir 25 REC récit panorama 2008_03

http://www.retorica.fr/Retorica/25-rec-recit-panorama-2008-03/

 

 

Fredrick Brown (1906 – 1972) est un romancier américain, auteur de nouvelles, de romans policiers et de science-fiction. Il aime l’humour et le burlesque comme dans le roman « Martiens, Go Home ». (voir Wikipédia) J’avais retenu cette nouvelle pour sa brièveté et son humour mais surtout parce qu’elle ne permettait de traiter avec mes élèves des notions-clés concernant le récit. Pour tout dire, je n’ai pas gardé un très bon souvenir de ce texte et les élèves non plus. C’était une fausse bonne idée… mais cet article peut néanmoins servir… Roger 2017-03-30

 

Fredrick Brown – La réponse

 

Chapitre 1

(A) Dwar Ev, solennellement, employa de l’or pour faire la dernière soudure. Les yeux d’une douzaine de caméras de la Télévision l’observaient et les ondes portaient à travers l’univers l’image multipliée de ce qu’il était en train d’accomplir.

(B) Il se redressa et fit un signe de tête à Dwar Reyn, puis il se plaça devant la manette

(C) qui établirait le contact quand il l’abaisserait. Une manette qui relierait brusquement toutes les gigantesques machines à calculer de toutes les planètes habitées de l’univers – quatre-vingt-seize billions de planètes – en un seul circuit géant. Ainsi, tous ces cerveaux artificiels ne formeraient plus qu’une monstrueuse machine cybernétique englobant et centralisant toute la connaissance de toutes les galaxies.

(D) Dwar Ev abaissa la manette. On entendit un énorme bourdonnement, l’afflux de force arraché aux quatre-vingt-seize billions de planètes. Des éclairs jaillirent puis s’évanouirent.

 

Chapitre 2       

(E) Dwar Ev recula.

« L’honneur de poser la première question vous revient, Dwar Reyn. Ce sera une question qu’aucune machine cybernétique n’a jamais été capable de résoudre. »

(F) Il se tourna vers la machine.

“Existe-t-il un Dieu ?”

La voix puissante répondit sans aucune hésitation, sans le moindre cliquetis de rouage.

« Oui, MAINTENANT il y a un Dieu. »

 

(G) Une soudaine panique envahit le visage de Dwar Ev. Il bondit pour relever la manette.

Epilogue

(H) Mais, à cet instant, le ciel sans nuage fut déchiré par une gerbe d’éclairs qui foudroyèrent Dwar Ev et soudèrent à jamais la manette que l’homme avait abaissée.

(242 mots) Fredric Brown, traduit par Francine Sternberg, in “Histoires de machines” (Livre de Poche n° 3768)

 

Etudier ce texte en utilisant les grilles de la page 500 du classeur de français « Récit, généralités »

  1. La diégèse et la dramatisation du récit (ellipse, retour en arrière et anticipation, récits parallèles, récits emboités, alternance description-narration-conversation, cohérence et vraisemblance)
  2. Ecrivain, narrateur, personnage et lecteur.
  3. Les focalisations (interne, externe, zéro)
  4. Le schéma de Greimas (sujet-désir-objet, opposant-adjuvant, actants, destinateur-destinataire)
  5. Repérage des séquences
  6. L.M.M : lieux, milieux, mentalités ; C.C.C : comportement, caractères, conflits ; E.N.L : écrivain, narrateur, lecteur.

 

Correction

Etudier ce texte en utilisant les grilles de la page 500 “Récit, généralités”

  1. La diégèse et la dramatisation du récit (ellipse, retour en arrière et anticipation, récits parallèles, récits emboités, alternance description-narration-conversation, cohérence et vraisemblance). Le récit suit la diégèse sauf en (C) où l’on a une anticipation (flash forward) Description : (A), (C). Narration : (B), (D), (E), (G), (H). Conversation : (E), (F). Donc rythme rapide puisque sur huit séquences deux seulement sont consacrées à la description. Récit peu vraisemblable : on ne saura jamais tout sur tout mais très cohérent : le réseau d’ordinateurs connaît tout comme Dieu
  2. Écrivain, narrateur, personnages et lecteur. Trois personnages : Dwar Ev le technicien, Dwar Ryen le concepteur qui pose la question et Dieu qui s’exprime à travers l’ordinateur mais d’une manière étrange puisqu’il affirme qu’il existe « MAINTENANT ». Le narrateur n’intervient pas sauf en (C) pour expliquer au lecteur une situation que les personnages connaissent. Le lecteur des années 60 a évidemment une idée plus sommaire des ordinateurs que le lecteur de 1996 ou de 2060… (évolution : lampes, transistors, circuits intégrés, circuits par protéines puis c’est l’inconnu…)
  3. Les focalisations (interne, externe, zéro). Focalisation purement externe : on n’entre pas dans la conscience des personnages mais on peut deviner leurs pensées à travers leurs propos et leurs comportements : ainsi, le rapport hiérarchique entre Dwar Ev et Dwar Reyn.
  4. Le schéma de Greimas (sujet-désir-objet, opposant-adjuvant, actants, destinateur-destinataire). Deux sujets : Dwar Ev et Dwar Reyn, leur désir : savoir si Dieu existe, objet : obtenir la réponse. adjuvant : le réseau d’ordinateurs, opposant : il n’y en a pas et pourtant la réponse n’est pas satisfaisante puisque le réseau d’ordinateurs est détruit. Dieu se manifeste pour aussitôt disparaître.
  5. Repérage des séquences : voir la présentation du texte : de (A) à (H)
  6. L.M.M : lieux, milieux, mentalités ; C.C.C : comportement, caractères, conflits ; E.N.L : écrivain, narrateur, lecteur. LMM : milieu scientifique (Dwar Reyn) et technique (Dwar Ev), mentalité : la recherche pure, connaître les secrets de l’univers. CCC : comportements convergents : l’un pose la question et l’autre actionne la manette, caractères : curiosité et intrépidité, conflit : avec une divinité qu’ils ne connaissent pas. ENL : Le texte est centré sur “MAINTENANT”. Cela veut dire qu’avant il n’y avait pas de Dieu… mais qu’il n’y en aura plus après puisque la machine sera détruite. Clin d’œil ironique de l’écrivain au lecteur à travers le narrateur. Les gens ne croient plus en Dieu : “Dieu est mort” disait Nietzsche à la fin du XIX°s. F. Brown part de cette idée. Quand l’homme sait tout il réinvente Dieu mais c’est pour le perdre à nouveau. Autre interprétation : Dieu existe, il coïncide un moment avec le savoir total de l’homme et il le détruit puisqu’il coïncide avec lui (il ne peut pas y avoir à la fois deux savoirs totaux, de même qu’en informatique deux fichiers qui ont le même nom sont appelés à se confondre). Dieu retourne à son silence. “Dieu est un Dieu caché” expliquait Pascal au milieu du XVII°s. Dieu mort ou Dieu caché ? Tel semble être l’enjeu métaphysique de ce récit de science-fiction.

 

Roger et Alii – Retorica – 1 000 mots – 6 300 caractères – 2017-03-30

 

 

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