25 REC western – cow-boy 1994

Synthèse Le mythe du cow-boy (BTS correction s.g.d.g)

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0 Introduction     Les cinq documents proposés en synthèse évoquent le mythe du cow-boy : – un poème de Jules Laforgue (1890), document 1 ; – une publicité Marlboro parue dans la presse française dans les années 1980, document 2 ; – une étude de Gary N. Granville “Les chevaliers du Far West” (“Le courrier de l’Unesco”, septembre 1989, document 3 ; – enfin deux études de Philippe Jacquin “Le mythe de l’Ouest américain” (“L’Histoire, mai 1990 document 4, noté Jacquin A et “Les mythes de la réalité” (“Calades Arts et Cultures” n° 147, février 1994, document 5, entretien noté Jacquin B). La synthèse est construite en trois mouvements : le portrait du cow-boy, les caractéristiques du western et enfin la transformation du mythe.

 

1.0     Étudions d’abord le portrait du cow-boy.

1.1     Le cow-boy c’est d’abord une tenue. Laforgue le voit “vêtu de cuir” mais selon Granville c’est le blue-jean qui est son image de marque. Jacquin A voit les bottes, le Stetson et même les colts des sénateurs à Washington. Marlboro reprend le blouson de cuir et le Stetson.

1.2     Le cow-boy c’est ensuite des tâches spécifiques. Chez Laforgue il est éleveur, chasseur, pêcheur mais aussi joueur et buveur de whisky. Le poète s’attendrit sur le cow-boy vieillissant, avec sa vache laitière, ses petits-enfants et ses loisirs de tatoueur. Jacquin B le voit trappeur et chasseur d’Indiens. Mais aujourd’hui, il est au service d’un élevage extensif qu’il surveille à cheval – le cheval indispensable le valorise – mais aussi en hélicoptère tandis que l’eau indispensable au bétail est obtenue par pompage actionné grâce à des éoliennes.

1.3     Le cow-boy traîne une image de mauvais garçon. Chez Jules laforgue il pratique la Loi de Lynch et cède à la folie des diamants bruts ou des pépites d’or. Jacquin B montre que le terme était péjoratif, représentatif d’un monde rustre et brutal où la vache n’avait rien d’esthétique.

1.4     C’est un héros ambigu. “Déclassé”, “sans foi ni loi”, “desperado” qui crie “Je serai roi” chez Laforgue, le cow-boy pour Jacquin B fait étalage de sa force et de sa virilité dans des rodéos machistes. Et pourtant pour Granville c’est l’héritier du chevalier par son exigence de maîtrise de soi et de justice, tandis que Jacquin A rapporte comme Kissinger, le diplomate, le voyait seul, sans pistolet mais arrivant au bon endroit, au bon moment.

1.9     Vêtu d’un blue jean et d’un blouson de cuir, coiffé d’un Stetson, le cow-boy est voué à l’élevage et à la bagarre sans cesser d’incarner une image ambigüe de maîtrise de soi et de sens aigu de la justice.

 

2.0     Mais cette figure appartient à un mythe plus large, celui du western.

2.1     C’est un romantisme fin de siècle, créé par l’Est américain. Il vante l’indépendance d’une vie sans loi dit Jacquin B. Il s’agit de “me scalper de mon cerveau d’Europe” s’écrie Laforgue. Et ce romantisme est démocratique car chacun peut désormais se prendre pour un chevalier note Granville.

2.2     Le nomadisme va se révéler comme un trait essentiel. Avoir le “gazon des Prairies pour lit” soupire Laforgue. Jacquin B le rejoint dans l’éloge du nomadisme et l’osmose avec la nature. Ceci remarque Jacquin A encourage un individualisme farouche opposé aussi bien à Wall Street qu’aux syndicats. Marlboro en garde quelque chose avec ces mains qui protègent le feu de la cigarette contre le vent de la Prairie…

2.3     Enfin le western c’est un culte un peu spécial de la nature. C’est le mythe rural destiné à des régions industrielles et urbaines note Jacquin A. Jacquin B complète avec l’évocation d’une nature comme ressourcement de valeurs. Jules Laforgue évoque le culte d’un âge d’or, devenu selon Granville, une référence mondiale, l’étoffe d’un rêve omniprésent. C’est bien le sens qu’il faut donner à cette publicité de cigarettes américaines destinée à un public français.

2.9     Romantisme rousseauiste, nomadisme et culte de la nature sont donc les traits qui marquent le western et le mythe du cow-boy.

 

3.0     Ce mythe a subi une transformation subtile.

3.1     Jacquin (A, B) évoque la naissance du mythe. Vers 1870 des journalistes couvrent les guerres indiennes. L’un d’eux Ned Buntline rencontre W.F. Cody et popularise la figure de Buffalo Bill. Owen Wister avec “Le Virginien” (1902) tiré à 300.000 exemplaires crée le mythe du cow-boy repris par G. Cooper, J. Wayne puis Clint Eastwood, même quand celui-ci prétend le casser avec “Impitoyable”.

3.2     Le héros a un visage. Jacquin (A, B) dépeint le “Virginien” : l’homme est grand, a le teint clair, des yeux bleus, traits que reprend le cinéma , un vrai WASP plus le colt. C’est la même image que nous offre Malboro. Tant pis note Jacquin B si les cow boys sont des métis, noirs, moins bien payés, fréquentant des prostituées dans des saloons misérables.

3.3     Le mythe du “Virginien” décrit par Jacquin (A, B) en fait un beau parleur, un “confidence man” qui dénonce les dangers des villes, un héros, un homme de courage et d’honneur. Jacquin B note que la peinture, la littérature et la photographie vont insister sur sa jeunesse et son dynamisme. Marlboro le montre au repos, plutôt d’un âge mûr, dynamique, calme et serein, bref inspirant confiance.

3.4     C’est une figure imaginaire et manipulée. Elle s’adresse à chacun en dehors des distinctions de caste ou de race note Granville. Jacquin A note, comme en passant, qu’Owen Wister, le créateur du mythe et Kissinger, son admirateur avisé, sortent tous deux de Harvard. Le détournement du mythe, par la publicité de Marlboro, est intelligemment conduit.

3.9     On voit donc comment la transformation du mythe tourne le dos à la réalité pour valoriser un héros grand aux yeux bleus, paré de vertus chevaleresques et rassurantes.

 

  1. Conclusion Le mythe du cow-boy nous apparaît à travers ce dossier, sous un jour assez critique. Porteur des valeurs viriles et nomades de l’Ouest, grand blond aux yeux bleus, épris de grands espaces et de justice le cow-boy de légende se prête à l’imaginaire de chacun.

J’observe que cet imaginaire s’est fortement lézardé en ce qui concerne l’image de Marlboro. Tous ceux qui ont posé pour cette publicité célèbre sont mort d’un cancer dû au tabac. On pourrait trouver mieux comme symbole de l’aventure dans une nature vierge et préservée de la pollution urbaine. Aussi les ligues américaines anti-tabac en ont-elles profité pour attaquer durement Marlboro. Mais il n’empêche que pour le reste, le mythe du cow-boy reste quasiment intact comme le prouve la reprise inlassable des grands westerns sur le petit écran et le succès constant des albums consacrés à Lucky Lucke : “I am a poor lonesome cow-boy…”.

 

Roger et Alii – Retorica – 1 120 mots – 6 700 caractères – 2017-04-01

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