26 REL Bouddha Dieu illumination 2016 04

(1.) Le bouddha et Dieu. Un matin, le bouddha était en compagnie de ses disciples quand un homme s’approcha.

– Dieu existe-t-il ? demanda-t-il.

– Il existe, répondit le bouddha.

Après le déjeuner, un autre homme s’approcha.

– Dieu existe-t-il ? demanda-t-il.

– Non, il n’existe pas, répondit le bouddha.

A la fin de l’après-midi, un troisième homme posa la même question.

– Dieu existe-t-il ?

– C’est à toi de décider, répondit le bouddha.

Dès que l’homme fut parti, un disciple s’exclama, révolté :

– Maître, c’est absurde ! Pourquoi donnez-vous des réponses différentes à la même question ?

– Parce que ce sont des personnes différentes, chacune parviendra à Dieu par sa propre voie. Le premier me croira. Le second fera tout ce qu’il peut pour prouver que j’ai tort. Le troisième ne croira qu’à ce qu’il choisira lui-même.

(cité par Paolo Coelho, Psychologies mars 2001)

(2.) Cette anecdote est outrageusement fausse car le bouddha ne cherche pas Dieu mais l’illumination. Cependant le point de départ est juste et dans de nombreuses croyances on assiste à des réponses contradictoires de la part du gourou, du maître spirituel. Il ne s’agit pas de donner une réponse mais d’entrer en contact «  i shin den shin », « de mon âme à ton âme » selon le bouddhisme zen. Il faut donc réécrire cet apologue. Je m’y risque :

(3.) Réécriture. Un matin, le bouddha était en compagnie de ses disciples quand un homme s’approcha.

– Dieu existe-t-il ? demanda-t-il.

– Il existe pour toi, c’est bien, répondit le bouddha.

Après le déjeuner, un autre homme s’approcha.

– Dieu existe-t-il ? demanda-t-il.

– Non, il n’existe pas pour toi, c’est bien, répondit le bouddha.

A la fin de l’après-midi, un troisième homme posa la même question.

– Dieu existe-t-il ?

– C’est à toi de décider, c’est bien, répondit le bouddha.

Dès que l’homme fut parti, un disciple s’exclama, révolté :

– Maître, c’est absurde ! Pourquoi donnez-vous des réponses différentes à la même question ?

– Parce que ce sont des personnes différentes. Chacune est à la recherche d’une vérité qui la satisfasse temporairement. Mais cette recherche est marquée par l’impermanence. Il lui faut donc un point d’ancrage lui aussi temporaire qu’elle pourra dépasser pour atteindre progressivement la vérité de l’illumination.

(4.) Illumination. J’ai choisi le terme d’ « illumination » simplement par commodité. Dans le « Dictionnaire de la sagesse orientale » (Bouquins, Laffont) l’ « Illumination » est ainsi définie : « En l’absence de terme plus approprié, ce mot permet de traduire la notion sanskrite de Bodhi (littéralement « éveil »), en japonais : Satori ou Kenshô. Ce phénomène n’a toutefois rien à voir avec une quelconque expérience optique liée à la lumière. Il s’agit au contraire de l’instant où l’homme prend conscience du vide (japonais : ku : Shûnyata) qu’il est lui-même – à l’image de l’ensemble de l’univers et qui seul lui permet de comprendre la Vraie Nature de toute chose. (…) on préférera dans de nombreux cas employer le terme d’ « éveil » plus proche de la vérité. Le « vide » dont on prend conscience en cet instant n’est pas celui du néant mais de l’insaisissable, de l’impossible à appréhender, par la pensée comme par la sensation , de l’infini au-delà de l’être et du non-être. Le vide n’est pas un objet qu’un sujet peut comprendre, à moins de s’y dissoudre lui-même. (…) Bien que l’illumination soit par nature un état toujours identique à lui-même, il existe différents degrés d’illumination. (…) L’illumination profonde révèle que vide et phénomènes, Absolu et relatif ne font qu’un. L’expérience. L’expérience de la vraie Réalité passe précisément par celle de l’Unité. « La forme est vide, le vide est forme » dit le « Sutra du Cœur de la Sagesse parfaite » (voir plus loin). Il n’existe pas deux univers distincts. L’Ego meurt, disparaît dans l’Illumination profonde. C’est pourquoi le zen dit : « Tu dois mourir sur le coussin. » La conséquence de cet anéantissement, de cette « grande mort » est la « grande vie », une vie de paix et de liberté. » (Dictionnaire de la sagesse orientale, Bouquins, Laffont 1989, pp 246 -247)

(5.) Sutra du Cœur de la Sagesse Parfaite. Pour couper court à toute discussion, on dit souvent dans la pratique du zen que l’illumination « vient dès qu’on s’assoit sur son zafu (coussin). » Et à la fin de la séance les participants psalmodient l’Hannya Shingyo, le « Sutra du Cœur (de la Sagesse parfaite) » dont voici une traduction.

SUTRA DU CŒUR DE LA SAGESSE PARFAITE

1. L’Eveillé qui-écoute-les-supplications-du-monde (= le boddhisattva Avalokiteshvara)

s’est perfectionné dans la sagesse parfaite.

Il a saisi la vacuité des cinq agrégats

et ôté toute amertume au malheur.

2. O mon disciple ! (= Sariputra),

La réalité ne diffère pas de la vacuité.

La vacuité ne diffère pas de la réalité

C’est dire que la réalité est vacuité

C’est dire que la vacuité est réalité.

Pour les sens, les idées, la volonté

la connaissance,

c’est tout à fait pareil.

.

3. O mon disciple !

Tout dans ce monde est vacuité.

Il n’y a pas de naissance, pas de mort.

Il n’y a pas de souillure, pas de pureté.

Il n’y a pas de croissance ni de décroissance

4. Donc dans la vacuité

il n’y a ni réalité, ni sens, ni idées,

ni volonté; ni connaissance

ni œil, ni oreille, ni nez, ni langue, ni corps,

ni volonté

ni réalité, ni voix, ni odorat, ni goût,

ni toucher, ni objet d’affectivité.

5. ni vision, ni connaissance,

ni rien entre les deux.

Pas d’entraves.

Ni même effacement des entraves

Ni vieillissement, ni mort

Ni même effacement

de la vieillesse et de la mort.

6. Il n’y a pas de voie

pour unir la souffrance à la mort

ni même de connaissance

ou de quoi la posséder

et donc même pas de lieu pour la posséder

7. Les Éveillés ont atteint la sagesse parfaite.

Chez eux, pas de voile devant le cœur.

Pas de voile et donc

pas de peur.

Au loin et séparés

des brumes de l’esprit qui embrouillent

Ils vivent enfin le nirvâna.

8. Les Bouddhas

du passé, du présent et du futur.

ont donc suivi la sagesse parfaite

et atteint le meilleur du parfait Éveil.

9. Donc il faut connaître la sagesse parfaite

Voici la grande incantation

Voici la grande et lumineuse incantation

Voici la suprême incantation

Voici l’incomparable incantation

10. Elle ôte entièrement la souffrance,

cette vérité qui n’est donc pas fausse,

l’incantation qui explique la sagesse parfaite

Voici l’incantation. Elle dit :

11. Ils sont partis, ils sont partis,

pour le nirvâna, ils sont partis,

Pour le nirvâna ils sont partis

dans la perfection

Õ l’Éveil ! Alleluia !

Voilà le cœur de la sagesse parfaite

LES QUATRE GRANDS VOEUX

Si nombreux que soient les êtres,

je fais vœu de les sauver tous.

Si nombreuses que soient les passions,

je fais vœu de les vaincre toutes.

Si nombreux que soient les dharmas,

je fais vœu de les acquérir tous.

Si parfaite que soit la voie du Bouddha,

je fais vœu de la réaliser.

Tous les Bouddhas passés, présents et futurs

dans les dix directions

Tous les Bodhisattvas et les Patriarches

Ont vécu, vivent et vivront le sutra de la Sagesse-qui-va-au-delà.

(6) Commentaire. Beaucoup de bouddhistes en Chine et au Japon récitent et même recopient quotidiennement le Sutra du Cœur-de-la-Sagesse-parfaite. Il se réduit pour l’essentiel à un seul paragraphe, le mantra, (le n°11) ; il expose la quintessence des “Enseignements de Sagesse” que l’on retrouve ailleurs, en vers, sur des centaines de pages. Le Sutra dissipe l’illusion fondamentale, l’erreur fatale la croyance en un ego réel et permanent. Pour provoquer le choc qui permettra d’appréhender d’un seul coup cette vérité, le Sutra du Cœur-de-la-Sagesse-parfaite démolit en apparence pièce par pièce tous les enseignements antérieurs du Bouddha, les plus connus, les plus révérés, les plus fondamentaux. L’impact de ce Sutra est donc immense et terrible. Jusqu’au moment où on en saisit brusquement la signification cachée. On connaît alors l’Eveil car la compréhension intime du Sutra est l’Eveil lui-même. Voici l’explication d’un maître bouddhiste : “Que signifie prononcer ce montra ? Prononcer signifie vivre le mantra en percevant le vide de tous les concepts, entités et êtres sans la moindre exception. Ce n’est que lorsque leur vacuité apparaîtra clairement au regard de votre esprit que vous pourrez abandonner les enseignements antérieurs et reposer dans l’éblouissement de la sereine perception du vide pur, infini et rayonnant”. (d’après John Blofield Le Yoga de la compassion, Albin Michel, 1982).

(7) L’illumination est continue et doit être entretenue d’une manière permanente. On peut en dire de même pour toutes les croyances et les prières qu’elles proposent. Mais comment y parvenir ? Chacun(e) se bricole un rituel quotidien. Voici le mien. C’est un mélange de Tao et de New Age spiritualiste que je concocte ou que je relis jour après jour.

(8) Pour le Tao : je me sers de Deng Ming-Dao : « Le Tao au jour le jour, 365 méditations taoïstes » (Albin Michel 1998). D’abord la 4° de couverture : « Un livre utile à consulter et à méditer tout au long de l’année. Le taoïsme éveille aujourd’hui l’intérêt de nombreux Occidentaux. Mais pour vivre le Tao au quotidien, il fallait le traduire en des termes clairs et compréhensibles, sans pour autant en altérer le sens.

Au fil des 365 méditations, Le Tao au jour le jour offre cette possibilité d’une lecture accessible à tous. Répondant aux interrogations et aux problèmes contemporains, il permet d’appliquer effectivement les principes taoïstes dans les diverses situations de notre vie quotidienne. Ouvrage de réflexion et instrument de découverte de soi, il constitue un véritable manuel pratique où chacun pourra puiser afin de suivre une voie de sagesse.

Fort de son expérience et de sa profonde connaissance d’un savoir ancestral qui a toujours privilégié l’équilibre de l’être humain, Deng Ming-Dao, en héritier de la tradition taoïste, a su adapter les richesses de cet enseignement oriental millénaire aux besoins de l’Occidental en quête de vérité et de sérénité. »

Ensuite sous la plume de Baglisttv (5 octobre 2010) je lis ceci : « (…) Deng Ming-Dao est un Américain d’origine chinoise élève de maître Kwan Sailung. Enseignant d’arts martiaux chinois, il transmet aussi les techniques méditatives taoïstes. (…)

Pour chaque jour, l’auteur propose une courte pensée en Présence et un commentaire lucide et sage qui invite le lecteur à plonger en lui-même plutôt que dans les bibliothèques pour chercher le Tao ou se chercher lui-même. Exemple :

« Contre le ciel de lavande, des oiseaux

Se sont lancés à travers la voûte céleste.

Libérées, des hirondelles

Rejoignent leurs nids en tournoyant.

Les hirondelles sont célèbres pour leur audacieuse rapidité et les itinéraires imprévisibles qu’elles empruntent dans leur vol. Pourtant, quelles que soient les distances qu’elles parcourent, elles reviennent vers leurs nids en tournoyant.

L’idée du retour est significative pour chacun d’entre nous. Nous devons travailler, explorer, voyager et accomplir nos objectifs dans l’existence. Quels que soient nos efforts et l’ampleur de nos pérégrinations, nous avons tous besoin d’un port d’attache, un centre à partir duquel opérer. Pour certains, c’est un lieu, une maison. Pour d’autres, c’est simplement se retirer à l’intérieur d’eux-mêmes.

Les adeptes du Tao croient qu’il existe un noyau au cœur duquel chacun de nous devrait retourner. Ce centre spirituel est voilé par nos pensées et par la complexité de la civilisation, et le voile s’épaissit au fil du temps. Toute éducation, quoique nécessaire, est une tache sur l’âme primordiale. Le retour est un processus vital de simplification qui élimine les problèmes inutiles engendrés par la socialisation. Il consiste à enlever une à une les couches successives pour se frayer la voie du retour à l’être pur intérieur. Ce voyage demande du temps, un guide et un travail personnel soutenu sont nécessaires pour l’accomplir. Si l’on ne retourne pas au centre, on ne peut sérieusement espérer être un avec le Tao. »

L’essentiel est dit. En quelques mots, Deng Ming-Dao contribue à une mise en place autour de ce centre. Ce livre intéressera aussi bien le thérapeute, le spiritualiste, l’étudiant en philosophie que le pratiquant avancé en arts martiaux ou en méditation. »

Deng Ming-Dao (né en 1954) est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le Tao, tous disponibles sur Amazon.fr en français et en anglais.

(9) Pour le New Age j’utilise Eileen Caddy “La petite voix, méditations quotidiennes”, collection Findhorn, éditions Le Souffle d’Or, environ 380 p, 2006. Eileen Caddy (1917 – 13 déc 2006) est l’une des co-fondateurs de la communauté de Findhorn (Écosse). « La Fondation Findhorn est une association à but non lucratif fondée en 1962 par Eileen Caddy, Peter Caddy et Dorothy Maclean et enregistrée officiellement depuis 1972.

Le « Findhorn Ecovillage« , situé dans la baie de Findhorn, au nord de l’Écosse est le lieu où les idées de l’association sont mises en application. (…) La communauté fut d’abord connue pour son travail avec les plantes. Le jardin où ils réussirent à obtenir des choux énormes sur un terrain peu fertile grâce à ce qu’ils appellent une « communication subtile avec les devas » de la nature leur valut des articles de presse élogieux et un certain intérêt médiatique.

La fondation Findhorn accueille de nombreux ateliers d’enseignements holistiques en son sein comme l’Expérience week, des ateliers sur l’Ennéagramme, la résolution des conflits ou encore le Jeu de la Transformation. » (Wikipédia)

Eileen Caddy (1917 – 2006) mena sa vie selon les messages personnels d’une “petite voix” qui émanait d’une source qu’elle nommait le Dieu intérieur. Ce qui la conduisit, entre autres, à deux divorces et huit enfants, au mysticisme et à l’action communautaire. En 1953 elle entendit pour la première fois cette “petite voix” qui lui “ouvrit les portes du dedans”. Un jour, je suis allée dans une pièce que l’on appelle un sanctuaire, pour prier dans le silence. J’étais en plein milieu de mon monologue sérieux quand soudain, j’entendis très clairement une voix me parler et me dire : « Sois dans le silence et sache que je suis Dieu. »Opening doors within”, série de 365 méditations quotidiennes fut publié en 1986 puis, en français, sous le titre “la petite voix” en 1989 par Le Souffle d’Or.

La “petite voix” d’Eileen lui dit et nous dit :”Très doucement et avec beaucoup d’amour, je continue sans cesse de te rappeler les choses qui comptent réellement dans la vie, jusqu’à ce qu’elles finissent par faire partie intégrante de ta vie, et qu’elles vivent et se meuvent et aient leur être en toi”.

Elle dit aussi :

Laisse hier derrière toi

et entre avec grâce

dans ce merveilleux jour nouveau !
Sache qu’il contient seulement

le meilleur pour toi !

Alors, attends-en le meilleur !

Vois ma main en toute chose,

et visualise la naissance

du nouveau ciel et de la nouvelle Terre !”

(10) Comment concilier le Tao et la « petite voix ». Je le fais par écrit en relevant de brèves citations qui peuvent coïncider ou pas. Dans ce dernier cas j’établis des ponts. Le texte obtenu me sert de support de méditation pour la journée. Je crois qu’il est important de commencer par le Tao et de continuer avec la « petite voix ». Je faisais l’inverse et c’était une erreur. Car cette voix, ce Je se confond avec nous-mêmes. Notre respiration est celle de tout l’univers. Et c’est par là qu’il faut, je pense, terminer.

Voici un exemple :

26 REL Tao et Voix 2016-04-15

15 avril

Tao  : « Compassion. Une fois que vous avez vu le visage de Dieu, / Vous voyez ce visage / Sur chaque être que vous rencontrez. » Commentaire : « Le vrai Dieu n’a pas de visage. Le vrai Tao n’a pas de nom (…) »

Voix : Tu peux aider avec Mon aide. « Tu peux commencer dès maintenant à bannir toute amertume, toute critique et toute négativité dans ta façon de penser. »

Tao  et Voix : Convergence dans l’ouverture aux autres de manière à les aider. Cette ouverture est à la fois Dieu et le Tao.

A compléter avec la Présence :

http://www.retorica.fr/Retorica/26-rel-meditation-vie-presence-2016-02-14/

Roger et Alii

Retorica

2 700 mots, 16 000 caractères, 2016-04-15

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