26 REL Chamanes – vision chamanique du monde 2017-11

 

 

Le chamanisme est à l’origine de toutes les religions. D’où l’étude qui suit. Roger

(1) Le mot chaman vient de la langue de la tribu des Tungus de Sibérie. Introduit par les relations de voyages (après 1700), il a été  adopté par les anthropologues pour ne pas le confondre avec des termes comme “magicien”, “envoûteur”, “sorcier”, “médium” ou “voyant”. C’est un homme ou une femme qui exerce des fonctions de devin, de psychologue et de guérisseur en voyageant dans un état de conscience altérée (extase). Le terme désigne les mêmes fonctions exercées en Asie (Mongolie, Tibet, Sibérie), sur le continent américain (Indiens, Inuits) etc. Le chamanisme a été la première religion de l’humanité. On en trouve des traces un peu partout. Voici un témoignage venu d’un médecin américain familier de la tribu des Cherokees.

(2) « Les antécédents de chacun d’entre nous sèment des graines d’où nous tirons notre réalité présente. J’ai passé les premières années de ma vie dans le sud-est du Kentucky, au milieu d’un groupe de Cherokees et de montagnards. Dès cette époque, j’ai observé attentivement les guérisseurs indiens et les guérisseurs traditionnels des Appalaches. Tous étaient des personnes fiables et obtenaient d’incontestables résultats. Plus tard, à la faculté de médecine, je fus surpris d’apprendre que des guérisons considérées comme banales dans ma région paraissaient miraculeuses pour la médecine occidentale contemporaine. Les médecins refusaient même de croire aux expériences de mon enfance. Dès cet instant, je me rendis compte qu’il manquait à la médecine moderne une idée juste de la guérison et du fondement spirituel dont elle participe.

(3)       « La biomédecine moderne a longtemps méprisé les médecines traditionnelles. Ce mépris remonte à l’établissement de l’Eglise catholique dans l’Empire romain. Le pouvoir de guérir était alors réservé à l’Eglise et aux prêtres, les autres guérisseurs étant considérés comme des hérétiques. Au Moyen-Age, ces mêmes guérisseurs passaient pour des sorciers. On les envoyait au bûcher. Le Marteau des sorcières, ouvrage de l’Inquisition, condamnait systématiquement les guérisseuses. Lorsque, à l’époque de la Renaissance, médecine et religion commencèrent à se séparer, on évita tout naturellement les concepts non mécaniques. On préférait considérer le corps humain comme un appareil purement mécanique. Cette sorte de paradigme permettait d’échapper au contrôle désastreux de l’Eglise.

(4)       « (…) Aujourd’hui, nous assistons à l’apogée de la séparation entre médecine et religion, étape sans doute nécessaire, étant donné les préjugés et les superstitions de nos ancêtres. Toutefois une telle séparation n’est plus de mise et doit être reconsidérée dans l’intérêt même de la médecine. (…) Au centre de Guérison de San Francisco, nous adoptons… une nouvelle approche dans laquelle nous faisons appel à la fois au monde ancien et au monde moderne pour améliorer la vie de nos malades.(…) »

(5) « La vision chamanique du monde en 5 points

« 1. Toutes les parties du monde sont interconnectées, à tous les niveaux de la réalité, de sorte que tout ce qui arrive à un individu affecte tous les autres, et ce qui arrive aux autres affecte l’individu que ce soit au plan physique ou spirituel.

« 2. Les objets perceptibles par les sens humains sont des manifestations locales de sommes d’énergie plus considérables.

« 3. Ce qui est imperceptible aux sens humains est aussi important dans la maladie que ce qui peut être mesuré et évalué au moyen des sens.

« 4. La conscience est universelle ; autrement dit, “tout est vivant”.

« 5. L’univers dans son ensemble est chose sacrée et possède un sens et un but précis. »

 

(6) Le “sacré” dans la guérison chamanique           

« Le terme “sacré” se rattache à un sentiment de révérence entre les systèmes et énergies plus larges qui gouvernent nos existences. L’individualisme américain a érodé de concept du sacré, basé sur l’illusion que chacun de nous est à même de contrôler sa propre vie et que nous sommes les maîtres absolus de notre destinée. Mais dans la tradition chamanique, respecter le sacré signifie au contraire que nous ne possédons pas un tel contrôle, que nous ne gouvernons pas notre vie et que nous sommes ballotés par des forces qui nous dépassent. Le chaman respecte ces forces, reconnaît leur entité, leur but. Il travaille avec elles. Il sait qu’elles nous cernent, qu’il est impossible de leur échapper et que nous devons collaborer avec elles. Nous demandons à comprendre notre rôle au sein de cet immense système de forces, nous prions pour que ce rôle soit compatible avec notre santé physique. Tout comme les cellules de notre corps doivent mourir pour être remplacés par d’autres, nous devons nous-mêmes, en fin de compte, mourir et être remplacés. Mais les énormes systèmes de forces dont nous faisons partie continueront d’exister après nous. (…) »

(7) L’amour, l’humilité, la nourriture les plantes et la mort

« L’amour est la source éternelle qui motive et guide le guérisseur efficace ; un amour qui jaillit d’une source plus profonde que le moi de l’individu et qui a reçu bien des noms dans les différentes traditions spirituelles. Notre tâche consiste à exploiter son pouvoir pour notre bien et celui de notre client. Il n’est pas nécessaire d’engager des discussions philosophiques ou théologiques sur la nature de cette source bénéfique. Il nous suffit d’exploiter son énergie pour que sa présence imprègne notre travail.(…)

« L’humilité est indispensable. Nous ne devons jamais oublier que des forces plus puissantes que nous-mêmes, œuvrent, créent et dirigent notre destinée.(…)

« Nous enseignons à nos malades à écouter les nourritures qu’ils absorbent et à leur parler. Ces aliments leur diront ce dont ils ont besoin. C’est la nourriture chamanique. Elle consiste à parler à la nourriture et à obtenir sa coopération , de manière à mettre au point un régime équilibré, un régime de guérison. Nous devons aussi apprendre à écouter notre corps après avoir mangé. La nourriture était-elle adaptée à nos besoins ? Ou bien a-t-elle, au contraire, apporté la cacophonie dans notre corps ? Les plantes ont également leur importance. On peut s’adresser à elles de la même manière. Les guérisseurs antiques apprenaient les pouvoirs des plantes en se promenant dans la forêt et en leur parlant ; et les plantes leur disaient dans quel but elles pouvaient être utilisées.(…)

« La mort n’était pas, pour les Cherokees, le résultat inéluctable de la maladie ; elle survenait lorsque la personne était prête à retourner vers le Créateur. L’idéal était de mourir en pleine santé, afin d’effectuer plus aisément le voyage vers le monde des Esprits et y prendre tout de suite une part active. Ma grand-mère avait de telles croyances. Un jour, à l’âge de quatre-vingt-huit ans, elle nous annonça qu’il était temps pour elle de s’en aller. Elle ajouta qu’elle mourrait cette nuit-là et nous remercia d’avoir fait partie de sa famille terrestre. Plusieurs d’entre nous la crurent folle. Nous n’attachâmes aucune importance à ses paroles. Mais le lendemain matin, elle était morte : dans son sommeil, son cœur avait cessé de battre.(…) »

(prise de notes Retorica, d’après Lewis E. Mehl, « Le chamanisme moderne : intégration de la biomédecine dans les opinions traditionnelles », dans Gary Doore « La voie des chamans », J’ai lu, New Age, 1989 pp 158-173)

(8) Anne Sibran « Enfance d’un chaman » (Gallimard 2017)

Anne Sibran est une ethnologue qui parle le quechua et revient toujours dans le même village de la région de Puyo, dans le haut bassin de l’Amazonie.  Au soir de sa vie le vieux Lucero Tanguila l’a prise en amitié. Il lui parle mais « avec parcimonie et seulement à certaines heures » usant d’un verbe palpitant et contagieux dont je pressens qu’il fut aussi le nôtre, avant l’invention de l’écriture. »  Or cette dernière est sentie comme une infirmité par le chaman. L’initiation d’un enfant de 8 ans dans la forêt vierge est difficile. Le Vieux lui explique la chasse : « Ce n’est pas l’homme qui chasse, mais la bête qui se montre et s’offre à celui qu’elle a choisi. » Pour lui « l’essentiel doit être tu. » « Quand tu racontes, chaque arbre qui nous entoure semble hocher la tête pour acquiescer derrière tes mots. » Lucero conseille à ses enfants d’apprendre l’espagnol pour faire valoir les droits de la tribu. C’est ainsi que l’Etat équatorien a renoncé à découper la forêt en blocs. (, résumé Retorica, d’après Frédéric Pagès, Canard, 11 jan 2017)

4° de couverture «La plante t’envoie parfois le tigre. Il est comme toi, jeune et fougueux, maladroit, la patte large, percluse de griffes. Il saute sur ta poitrine et ton corps s’alourdit. Ton souffle s’éteint presque, tandis qu’il t’emporte, les yeux larges, les babines retroussées. Tu chasses avec lui. Tu t’embusques. À la nuit, ta prunelle s’élargit et la voix qui s’échappe rugissant de ta gorge résonne si loin que tu t’arrêtes parfois, te retournes… et ne trouves que toi. Cette empreinte ronde sur le sable de la berge. Ce sang lapé comme un lait chaud. Cette dent vivante, impatiente de percer. Que toi, l’enfant tigre.»

Mêlant le fantastique à la réalité d’aujourd’hui, ce roman chamanique étourdissant est porteur d’une spiritualité immédiate et profonde.

 

(9) Pour mieux comprendre ce qu’était le chamanisme dans la Préhistoire on lira la saga de Jean M. Auel « Les Enfants de la terre » : « Les Enfants de la Terre est une série romanesque en six volumes de Jean M. Auel, qui met en scène la vie quotidienne des êtres humains durant la Préhistoire. Elle a été publiée entre 1980 et 2011. » (Wikipédia)

 

Roger et Alii – Retorica – 1590 mots –  9 700 caractères – 2017-11-18

 

 

 

 

1 commentaire

Laisser un commentaire ?