26 REL foi – incroyance – acédie – 2017-08

Dans une période marquée en Occident par l’incroyance « avoir la foi » et surtout « perdre la foi » peut relever d’un drame intime. D’où la portée de la réflexion qui suit, développée en trois moments A/ B/ C/ et conduite selon la méthode trampoline. Roger

 

D’abord la notion la plus complexe :

A / 26 REL acédie – mélancolie (2010_08_16)

 

  1. (« L’acédie dans la tradition spirituelle » par Claude Flipo, s,j, Christus 2006_05). Insatisfaction devant un présent difficile, maladie sociale, atonie de l’âme qui atteint jusqu’aux solitaires, l’acédie est ainsi définie par le dictionnaire Théo : « Etat spirituel d’atonie où l’esprit flotte et la chair est lourde. Ce marasme, cette indolence spirituelle sont la source du découragement, de l’inconstance, de l’infidélité autant que de l’activisme, quand celui-ci est une manière de refuser les réalités spirituelles. » Dans la langue classique akèdia signifie « négligence, indifférence, découragement », d’où acidia, acédie. « Morosité » du latin mos-moris, morosus désigne l’humeur sombre, chagrine, difficile. « Morosité » (1615) reste d’usage rare jusqu’au XIX° siècle où on le trouve chez Balzac : « Je jouais l’homme fatigué de la vie, épuisé de chagrin, morose, sceptique, âpre » (Honorine). Evagre le Pontique, IV° siècle, 3° génération des Pères du désert, est le premier à établir la liste des huit « pensées génériques » qui s’opposent aux vertus, devenues la liste des « vices » ou « péchés capitaux ». Par « pensées » il entend les représentations qui poussent à agir. Les pensées mauvaises ne sont pas des péchés. Mais y consentir, c’est laisser le mal prendre racine par l’habitude et la passion devient maladie de l’âme. Au XIII° siècle les péchés capitaux sont distingués par l’Eglise des péchés mortels. Voici la liste d’Evagre : gloutonnerie, fornication, avarice, tristesse, colère, acédie, vaine gloire, orgueil. Cassien, introduit cette doctrine en Occident, garde cette ordre mais intervertit colère et tristesse. Grégoire le Grand change l’ordre des passions, ajoute la jalousie et supprime l’acédie absorbées par la tristesse. Saint Thomas d’Aquin fixe la liste : orgueil, avarice, luxure, envie, gourmandise, colère, paresse. L’acédie devient un avatar de la paresse. Pour Evagre l’acédie est l’enfant dévoyé de la tristesse et de la colère ; elle est intrication d’amour et de haine, faiblesse de la volonté dirait Nietszche. Pour le monachisme ancien, sûr de la victoire du Christ sur le mal, l’acédie est une maladie purement curable. Elle se soigne par la continence, l’abstinence, le jeûne, un cadre de vie impitoyable, le retour à la prière, aux psaumes pour retrouver le goût de Dieu. Le divertissement du XVII°s est devenu système comme le montre Gilles Lipovetsky : « C’est à la même dissolution du Moi qu’œuvre la nouvelle éthique permissive et hédoniste : l’effort n’est plus à la mode, ce qui est contrainte ou discipline austère est dévalorisé au bénéfice du culte du désir et de son accomplissement immédiat. » (d’après Claude Flipo, s.j, Christus, 2006_05).

 

  1. L’acédie, du grec a- “sans” et kèdos “le soin”, désigne la négligence en matière de foi et dans l’Eglise orthodoxe c’est le 8° péché capital. C’est le sentiment d’être abandonné de Dieu. Tous les grands mystiques ont connu ce passage à vide, notamment les trois Thérèse (d’Avila, de Lisieux et mère Térésa). Un ouvrage très savant lui a été consacré (Jean-Charles Nault “La saveur de Dieu. L’acédie dans le dynamisme de l’agir”, Cerf, 560 p, 2006). Plus simplement un article de Télérama faisait le point sur l’acédie sans en prononcer le mot évoquant les “nuits obscures” (Jean de la Croix), les “nuits privées d’étoiles” (Thomas Merton) et donnant la parole à mère Teresa : “Où est ma foi ? Tout au fond de moi, où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité. Mon Dieu, que cette souffrance est douloureuse. Je n’ai pas la foi. […] Si un jour je deviens une sainte, je serai sûrement celle des ténèbres, je serai continuellement absente du paradis.” (cité par Nathalie Crom, Télérama, 19_12_07) Et encore : “Si Dieu n’existe pas, il ne peut y avoir d’âme. S’il n’y a pas d’âme, alors Jésus, toi non plus, tu n’existes pas.” (cité par le Canard 29_08_07) Le Canard commente ainsi : « Ce qui laisse ouverte la question : si Jésus n’existe pas, quel est cet inconnu qui s’invitait dans ses visions ? Dans le doute, Teresa n’a pas voulu parier que si Dieu n’existe pas tout est permis. Elle a donc choisi de rester en religion plutôt que d’aller en boîte de nuit. Du coup, elle a hérité d’un prix Nobel de la paix et bientôt d’une canonisation. Mais loupé le concours de Miss Calcutta. (Canard 29-08_07)

 

  1. « La saveur de Dieu. L’acédie dans le dynamisme de l’agir » (Cert, 2006, 558 p) (D’après Annie Wellens, Christus 2006_10). L’auteur, Jean-Charles Nault décrit l’histoire de la notion et progresse dans l’œuvre magistrale de saint Thomas. L’acédie y prend place , au cœur du dynamisme de la vie chrétienne. « Le don divin permet à celui qui le reçoit de goûter la saveur unique de sa joie, bien au-delà des mérites et du désir humains. » Face à cette joie sans contrainte l’acédie provoque la « tristesse du bien divin », dégoûte de l’action, entraîne « à fuir ce qui contriste » et à rechercher les « compensations mauvaises ». La joie spirituelle semble se refuser. Verbiage, agitation. La charité, l’espérance et la foi sont menacées, vice théologal que Thomas nomme « péché contre l’Esprit ». Après Thomas, les premiers commentateurs font « disparaître le dynamisme qui se dégageait de sa pensée » puis les casuistes vont distinguer des degrés dans l’acédie au point qu’on ne la retient que comme négligence dans les bonnes œuvres. L’auteur ne signale pas le sursaut du couple « consolation – désolation » propre à Ignace de Loyola. Aujourd’hui Joseph Ratzinger définit l’acédie comme « paresse métaphysique » et c’est l’un des rares. L’auteur invite à « éviter l’opposition entre une morale conçue comme un agir sans l’Esprit et une spiritualité conçue comme l’Esprit sans l’agir. » (d’après Annie Wellens, Christus,2006_10)

 

  1. « Le plaisir d’être insatisfait » par Nicole Jeammet, maître de conférences en psycho-pathologie, Paris V, Christus, 2006_05). « Il vivrait cette vie de tous, où les actions n’ont plus le soutien d’aucune foi ni d’aucune sincérité, se valent toutes et s’accumulent, en belles stratifications, sur l’esprit oublié et finalement étouffé . » (Alberto Moravia). Morosité (acedia) et tristesse sont assez vite retranchées de la liste d’Evagre et remplacées par l’envie. Qu’en dit la psychanalyse ? Deux lois : le moi cherche à éviter le déplaisir et le moi ne peut se construire que dans l’échange (et d’abord avec la mère). Le bébé vit sa mère comme faisant parfte de lui-même et cette indistinction est aliénation si elle dure. Or après le plaisir on ne se déprend que par le déplaisir. Il faut que le bébé ait accumulé suffisamment de plaisir avec sa mère pour que l’attente qu’elle lui impose soit simplement promesse différée et non déplaisir. C’est tout le problème de la confiance et de la foi qui est ici posé. D’où un regard intériorisé qui va devenir le surmoi, relais interne des interdits et des idéaux parentaux. Ce surmoi évolue avec l’évolution des identifications. Le « mauvais » va être accepté dans son ambivalence. « Et c’est là où beaucoup d’entre nous vont achopper : accepter d’être soi-même mauvais, et reconnaître que l’être aimé l’est aussi, suppose cette sécurité interne dont nous parlions. » On ne sera pas submergé par la souffrance. « … la sensation de plaisir éprouvée pour elle-même pourra être utilisée comme substitut de l’objet lui-même » ce qui permettra « d’éviter le dangereux imprévu des échanges ». . « Le moi fait là d’une pierre deux coups : il se rend maître de ses sources de plaisir, tout en trouvant une forme de contrôle sur l’autre, en lui échappant. » Mais la différenciation moi / non-moi est mise à mal. La tristesse en est le fruit. « En contre partie la joie signe la présence de l’Esprit, cette circulation vivante des échanges entre le Père et le Fils. » Morosité et tristesse sont à différencier. Alberto Moravia en a parlé dcans « L’ennui » et « Les Indifférents ». Une insatisfaction chronique et paradoxale marque la vie de Dino, héros de « L’ennui » : « Ce qui me frappait surtout, c’est que tout en désirant ardemment faire quelque chose, je ne voulais absolument rien faire. » C’est très exactement l’acédia que Galland de Rigny (Parabolaire, 1134) présente en allégorie vivante  qui s’écrie : « Qui donc a pu figer le soleil dans le ciel ? », C’est le « démon de midi » (Cassien) , nom donné au soleil qui frappait les moines du désert au milieu du jour », Le soleil à son zénith écrase l’homme, le prive de son ombre dans un instant qui n’a ni présent, ni avenir figeant le monde dans une caricature d’éternité. L’homme est paralysé par le sentiment de ne pas avoir de rapport au monde. Dans « Les indifférents » Michel sent bien que l’inconsistance du monde n’est que le reflet de sa propre inconsistance. Engourdissement affectif qui laisse le héros dans un monde vide, absurde, plat. Négation de toute intériorité entre Cécilia et son amant Michel. Ni sincérité, ni authenticité, simplement des dons de comédien. On passe sans transition de la haine à la tendresse. D’où lutte contre une violence mal liée. A quoi sert le « Tout m’est égal » ? à museler une violence toute prête à éclater ? Haine blanche qu’on ne peut rattacher à des raisons précises, notamment des parents et des enfants entre eux. Cette haine reste inconsciente car elle n’a pu, faute de sécurité suffisante, se représenter dans des mots. On veut détruire ou tout au moins faire souffrir l’autre, sans avoir pourquoi. On veut rétablir le contact avec un réel qui échappe. Comment trouver l’issue de cette acedia ? La sincérité ? elle est disqualifiée. Mais les forces inconscientes continuent à agir. L’envie fait miroiter un ailleurs heureux. Or l’envie a pris la place de la morosité dans la liste des péchés capitaux. Il y a désir de détruire Dieu, comme symbole de plénitude heureuse, et de tout ce qui peut y mener les hommes. Le salut ne peut venir que d’une reprise de l’échange affectif avec l’autre. Mais cet échange qui est refusé. Il y faut la remise de soi à un père spirituel et la prière. (D’après Nicole Jeammet, Christus, 2006_05).

 

  1. Pour supporter le vide insupportable de l’acédie et résister aux attaques de ceux qui souhaitent malignement l’entretenir, les croyants occidentaux font bien quand ils approfondissent leur foi par des informations et des pratiques apparemment extérieures à leur monde. Les ouvrages abondent comme “Le Zen et la Bible” (Albin Michel 1992) d’un jésuite japonais J.K. Kadowaki ou “Bouddha vivant, Christ vivant” (Marabout 1996) du maître bouddhiste vietnamien Thich Nhat Hanh. Un exemple magnifique d’acédie. Voir 23 autonomes, « L’insurrection qui vient » du collectif invisibles. Celui-ci cherche la joie à travers les « communes » se substiiuant à toutes les autres institutions jusqu’à la famille…

 

  1. Voici comment certains maîtres tibétains contournent le problème de l’acédie chez un disciple. A son arrivée, le gourou (sanskrit “ami spirituel”) l’observe pendant quelques semaines et lui attribue la déité qui convient le mieux à son tempérament. Admettons que ce soit la Târâ verte. La Târâ (“celle qui sauve” en sanskrit) ou Dolma en tibétain est l’aspect féminin de la compassion et correspond à Kuan Yin dans le reste de l’Asie, sorte d’équivalent de la Vierge Marie. Il y a 21 formes différentes de Târâ qui se distinguent du point de vue iconographique par la couleur, la posture et les attributs. Elles peuvent se manifester par des Représentations pacifiques ou “insensées”. La formation va se faire en trois phases. Dans la première qui dure plusieurs années le disciple absorbe les différentes Représentations de la Tara verte au point de la sentir vivante. Il atteint alors la seconde phase. Il y reste assez de temps pour y trouver un refuge spirituel. Ensuite commence la troisième phase :   son gourou lui apprend à détruire cette illusion mentale, travail difficile de déconstruction. Dès lors le disciple est armé pour faire renaître, selon ses besoins spirituel, la Tara verte et s’y réfugier. Tantôt il y croit, tantôt il n’y croit pas pour reprendre une terminologie occidentale, totalement inappropriée.

 

  1. Le New Age fournit lui aussi des outils de méditation comme “la petite voix”’ d’Eileen Caddy. Eileen Caddy (1917 – 13 déc 2006) est l’une des co-fondateurs de la communauté de Findhorn (Écosse). Elle mena sa vie selon les messages personnels d’une “petite voix” qui émanait d’une source qu’elle nommait le Dieu intérieur et qui ressemble fort à Jésus (cité seulement deux fois dans les méditations des 24 et 25 décembre). Elle vécut deux divorces, eut huit enfants et mena une action communautaire énergique. En 1953 elle entendit pour la première fois cette “petite voix” qui lui “ouvrit les portes du dedans”. “Opening doors within”, série de 365 méditations quotidiennes fut publié en 1986 puis, en français, sous le titre “la petite voix” en 1989 par Le Souffle d’Or. La “petite voix” d’Eileen lui dit et nous dit :”Très doucement et avec beaucoup d’amour, je continue sans cesse de te rappeler les choses qui comptent réellement dans la vie, jusqu’à ce qu’elles finissent par faire partie intégrante de ta vie, et qu’elles vivent et se meuvent et aient leur être en toi”.

 

  1. Acédie : vivre dans une absence totale des conséquences. Il s’agit plus de pratiques et de rites que de discours. Rites mercantiles, rejet de la précarité ultime : la mort. « Cette indifférence à Dieu alliée à cette alternance de torpeur et d’hyperactivité sont les symptômes d’une maladie bien connue de la tradition monastique : l’acédie. Dans « Les possédés » Dostoievski analyse cette attitude à travers Kirilov : « Alors, dit-il, l’histoire de l’humanité se divisera en deux : jusqu’à Kirilov, l’home-singe ; à partir de Kirilov, l’homme-Dieu. Et il se tue au moment choisi. » (D’après Franck Damour, Christus, 2003_10)

« Dans un monde qui était holistique et de culture chrétienne, la religion donnait une explication à la vie, à la souffrance, à la mort. Aujourd’hui, les gens sont confrontés personnellement et solitairement à ces questions dernières sans avoir d’outils issus de la culture pour les accompagner. »… « Il m’arrive de citer Deutéronome (30, 17) à des patients incroyants : « Vois donc, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur, la bénédiction ou la malédiction… Choisis donc la vie ! » « … Dieu n’est pas là pour m’aider, disait Etty Hillesum, mais j’essaierai de lui rester fidèle et de l’aider à trouver une place dans le cœur des autres. »  (D’après X…, Christus, 2003_10)

 

B/ 26 REL Foi croyance joie acedie 2011_09

 

  1. La foi est confondue avec la croyance mais elle plus que la croyance. Cette dernière se discute, la foi ne se discute pas. La foi est confiance absolue.

http://josephmarie.perso.neuf.fr/racines/foi.pdf : “ Le mot hébreu « HèMOUNaH » est construit sur le mot « Amen »*, qui revient si souvent dans la liturgie. On le traduisait autrefois: « Ainsi soit-il », « Qu’il en soit ainsi ». Le mot « Amen » est plus fort et plus explicite, car il ne signifie pas un voeu pieux, exprimé au subjonctif, ou à l’optatif, mais l’approbation ferme et consciente d’une expression, discours ou prière, qui expriment une Vérité.”.

La foi est synonyme de joie. Quand la joie n’est plus là, il y a acédie.

 

Notons qu’on peut changer de croyance tout en gardant la même joie. Cela vient du fait qu’en approfondissant sa croyance on intègre d’autres éléments qui la transforment.

 

  1. Nikos KanzantzaKi “Alexis Zorba” (L de P)

“… l’antique légende : le cœur de l’homme est une fosse remplie de sang ; sur les bords de cette fosse les morts bien-aimés se jettent à plat ventre pour boire le sang et se ranimer, et plus ils vous sont chers, plus ils vous boivent de sang.” (A.Z X p. 172)

Les sauvages croient que lorsqu’un instrument musical ne sert plus à des rites religieux, il perd sa force divine et émet alors des sons religieux.” (A.Z XV, p. 246)

Tu as vu, Zorba, quand tu mets une loupe au soleil et que tu rassembles tous les rayons sur un seul point ? Ce point-là prend bientôt feu. Pourquoi ? Parce que la force du soleil ne s’est pas éparpillée, elle sort rassemblée toute entière sur ce seul point. De même l’esprit de l’homme. On fait des miracles en concentrant son esprit sur une seule et même chose. Tu comprends, Zorba ?” (A.Z XVI, p. 261)

(Alexis Zorfba a fait croire à un ami qu’il lui a offert un morceau de la Sainte Croix. Il est devenu invulnérable). “Zorba éclata de rire. – L’idée, c’est tout, dit-il. Tu as la foi ? Alors une écharde de vieille porte devient une sainte relique. Tu n’as pas la foi ? La Sainte Croix tout entière devient une vieille porte.” (A.Z XX, p. 317)

(Hussein Aga était un saint homme. Alexis Zorba rapporte un mot de lui : “Le bon Dieu, tu vois, ni les sept étages du ciel, ni les sept étages de la terre ne peuvent le contenir. Mais le cœur de l’homme le contient. Alors, prend garde, Alexis, de ne jamais blesser le cœur de l’homme.” (A.Z XXIV, p. 393)

(La biographie d’A.Z) “Je travaillais comme les sorciers des tribus sauvages d’Afrique qui dessinent dans les grottes l’Ancêtre qu’ils ont vu en rêve, s’efforçant de le rendre aussi fidèlement que possible, pour que l’âme de l’ancêtre puisse reconnaître son corps et y rentrer. “(A.Z XXVI, p. 437)

 

  1. “Si la religion est culturelle et collective, la foi et la recherche de sens sont universelles et individuelles. (Frédéric Lenoir, Psychologies, 2002). Relevé dans “Sac d’os” (1998) de Stephen King : “C’est peut-être stupide, mais il peut arriver que les choses marchent simplement parce qu’on pense qu’elles marchent. Il y a là une définition de la foi qui en vaut bien une autre.” (chap 16, p.389 L de P)

 

  1. Qui croit en qui et qui croit en quoi ? Je ne crois pas en Dieu” dit ce petit garçon au rabbin chargé de le former au talmud-thora (catéchisme juif). Le rabbin, qui en a vu d’autres, ne s’émeut pas. Il se contente de lui dire. “Ça ne fait rien. L’essentiel c’est que l’Eternel, lui, il croit en toi.” On connait la version chrétienne de cette histoire. Un enfant demande au prêtre qui lui enseigne le catéchisme : “Vous avez déjà vu Dieu ou Jésus?” Le prêtre lui répond : “Quand tu vas chez le médecin, ce n’est pas pour voir le médecin mais pour qu’il te voie. Même chose pour Dieu et pour Jésus. Ils te regardent pour soigner ton âme” Dans tous les cas, Dieu ou Jésus  sont des personnes qui croient en l’homme.

 

  1. Je ne sais plus d’où je tiens ce midrash. L’Eternel dit : “Qu’importe que les hommes m’oublient. L’essentiel est qu’ils appliquent ma Thora.” Or celle-ci tient en une seule prescription : “Aime ton prochain comme toi-même.” Concrètement cela veut dire : “Aime le bien de ton prochain comme tu veilles toi-même sur ton bien.” Cette morale du respect est partagée par les incroyants comme par les croyants. C’est sur elle que repose le contrat social qui unit toute l’humanité. S’en éloigner c’est la barbarie. Mais il existe une interprétation moins bienveillante : « Aime ton prochain comme toi-même… pour qu’il devienne semblable à toi . » Ce serait aussi une entreprise de séduction. Ce qui ouvre de multiples horizons…

 

  1. Les idoles. Isaïe demande de les détruire car faites de bois et de métal elles sont sans pouvoir. Bien. Mais avec  “Une lubie de Monsieur Fortune” (roman de Sylvia Towsend Warner 1927) voici de quoi ébranler nos certitudes. Monsieur Fortune, missionnaire, découvre que les idoles qu’il est chargé de détruire dans une île de Polynésie ont elles aussi leur légitimité. Et il a ce mot extraordinaire : “En blasphémant ton dieu, j’ai blasphémé le mien.”

Le 30 mai 2007 Agnès Desarthe écrit à Nicolas Sarkozy, pour lui offrir ce livre. Voici la fin de sa lettre : “Une lubie de M. Fortune est un roman d’apprentissage à l’envers; c’est l’histoire d’un missionnaire catholique envoyé dans une île du Pacifique afin d’évangéliser les sauvages et qui découvre, chemin faisant, que la sauvagerie ne siège pas où il le pensait. M. Fortune désapprend ce qu’il croyait savoir, fait l’expérience sublime du doute et accède à une nouvelle forme de transcendance. C’est un livre merveilleusement drôle et profond, un petit traité d’humanisme que je vous fais parvenir car c’est, selon moi, ce dont nous manquons le plus cruellement aujourd’hui.

Puissiez-vous prendre le temps de lire. C’est si bon. Et puisque nous parlons du temps, gageons que celui qui est perdu, celui que nous ne passons pas à travailler, est un trésor dans lequel un de nos plus grands auteurs est allé chercher une clé qui manque à tous ceux qui pensent que nous ne sommes au monde que pour être efficaces. Sans la métaphysique, il ne reste que l’angoisse. Comme c’est triste.

Bien à vous,”

(http://chermonsieurlepresident.blogspot.com/2007/05/une-lubie-de-monsieur-fortune-sylvia.html) Philippe Venault en a tiré un excellent téléfilm (100 mn, 2010).

 

C/ 26 REL Foi – acédie – Tirso de Molina – 2017-08-27

  1. Tirso de Molina « Le damné par manque de foi »

Ayant vu en rêve sa propre mort et sa damnation, l’ermite Paulo qui, pendant de longues années, a vécu dans l’ascèse la plus eude, commence à douter de son salut et demande à Dieu de lui révéler son destin final. Mais, devant les prétentions de Paulo, Dieu permet que, sous la forme d’un ange, le démon l’incite à se rendre à Naples et à observer un certain Enrico qui, lui assure-t-il, aura la même fin que lui. Or, Enrico est un bandit de grand chemin aux crimes innombrables. Paulo pense que rien ne peut racheter une vie aussi abominable. Définitivement désespéré, il renonce à ses inutiles pénitences et se fait lui-même bandit. La conversion in extrémis d’Enrico n’ouvrira pas les yeux de l’ancien ermite qui refusera de se réconcilier avec Dieu.

Il ne faut pas jouer avec la grâce, tel était la leçon du « Trompeur de Séville » (Dom Juan). Il ne faut jamais douter de la miséricorde divine, telle est la leçon du « Damné par manque de foi ». Pour Tirso de Molina, il n’y a point de prédestination : le salut de l’homme dépend entièrement de son choix, si grand que soit le nombre de ses péchés.

Tirso de Molina ne s’est pas contenté d’illustrer un important débat théologique sur la grâce et la prédestination : il l’a incarné dans un drame d’une intense beauté lyrique et dramatique.

(André Alter, Télérama, sans date, la pièce a été traduite par Carlos Semprun-Maura en ??? André Cabanis l’avait traduite en 1961)

 

  1. Roger (2017-08-27). J’ai eu du mal à retrouver cette référence tellement inactuelle et à laquelle il semblerait qu’on ne puisse rien opposer. Et pourtant dans le judaïsme on distingue les trois notions suivantes :

26 REL âme Gan Eden – Géhenne – Guilgoul – 2017-08-21

Le Gan Eden c’est le Paradis (le Jardin d’Eden) ; la Géhenne c’est le purgatoire ; enfin le guigoul c’est la réincarnation

L’âme peut aller directement au Paradis ou demeurer quelque temps dans la géhenne ou encore passer par un cycle de trois réincarnations. L’Enfer perpétuel ne semble pas exister dans le judaïsme. « On ira tous au paradis »

 

Roger et Alii – Retorica – 3 970 mots – 23 300 caractères – 2017-08-27

 

 

 

 

 

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