26 REL Gargantua dieu celte 200mots 2011_01

1. Le personnage de Gargantua n’a pas été inventé par Rabelais. Huit chroniques gargantines destinées au colportage avaient déjà été publiées vers 1532 à Lyon et à Paris. Gargantua est signalé par Geoffroy de Monmouth, sous le nom de Gurgontius, fils de Bélénus. Geoffroy de Monmouth (1100-1154), moine bénédictin du pays de Galles publia, avant 1147, une « Histoire des rois bretons » (Historia Regum Britanniæ). Wace, chanoine de Bayeux, la traduisit en anglo- normand dans “Le roman de Brut” [Brutus] Il y raconte que Brutus, petit-fils d’Enée, vint en Grande-Bretagne et fonda une ville Troyovani devenue Londres. Arthur y est présenté comme le défenseur héroïque des Bretons, vainqueur des Anglo- Saxons, des Pictes et des Scots. Voir 07 ESS matière de Bretagne.

2. Voici ce que dit la légende au sujet de Gargantua. Merlin avertit le roi Arthur que de grands dangers le menacent. Mais il peut le protéger par la magie. Il se retire sur la plus haute montagne de l’Orient emportant avec lui une ampoule remplie du sang de Lancelot, des rognures d’ongles de la reine Guenièvre et d’une poudre spermatique secrète. Il se fabrique une énorme enclume d’acier, se procure les ossements d’une baleine mâle, les arrose du contenu de son ampoule, réduit le tout en poussière. Sous l’effet de la chaleur du soleil, est engendré Grandgosier, un géant qui prend les dimensions d’une baleine. La même opération est renouvelée avec les ossements d’une baleine femelle et ainsi naît Gallemelle. Merlin recommence l’opération une troisième fois avec les ossements d’une jument et crée une grande et forte jument destinée à porter le couple de géants.

3. Ce couple engendre Gargantua et Merlin leur donne pour consigne d’amener l’enfant à la cour du roi Arthur quand il aura sept ans ; il suffira de tourner la tête de la jument vers l’Occident et elle trouvera seule son chemin. Ainsi est fait. Grandgosier et Gallemelle portent chacun un grand rocher pour montrer leur puissance au roi Arthur. La famille passe par Rome, l’Allemagne, la Suisse, la Lorraine et la Champagne. La Champagne était couverte d’une forêt mais la Grande Jument piquée par des mouches les chasse de sa queue, détruisant ainsi tous les chênes du pays. Quand Gargantua dort c’est pour deux ou trois mois. Arrivés à la mer, les parents déposent leurs rochers : ainsi naissent le mont Saint- Michel et le rocher de Tombelaine. C’est là que Merlin enterre Grandgosier et Gallemelle car, après une expédition à Rennes, ils sont morts, faute de purgations et de suppositoires appropriés à leur morphologie.

4. Pour oublier son chagrin Gargantua se dirige vers Paris. Mais les Parisiens se moquent de lui. Il leur dérobe les deux grosses cloches de Notre-Dame puis les rend après négociation. Cela fait, il débarrasse le pays d’Angers d’un géant qui le terrorisait. Avec une massue de fer de dix-sept pieds de long (5 mètres) forgée par Merlin, il combat les Gots et les Magots, les ennemis redoutés du roi Arthur. Après la victoire Arthur le récompense magnifiquement, lui offrant en particulier une énorme gibecière. Gargantua souhaitant se marier, Merlin le laisse partir pour le royaume d’Utopie. Il y épouse Badebec, la fille du roi des Amarautes.

5. Malheureusement elle meurt à la naissance de leur fils Pantagruel. Celui-ci montre, dès l’enfance, une force herculéenne. Gargantua reprend du service pour le roi Arthur tandis que Pantagruel va étudier à Poitiers. Au siège de Reboursin, Gargantua avale par mégarde un vaisseau, tandis qu’il se désaltère dans une rivière qu’il asséche involontairement. Merlin le soigne : il lui fait tourner le cul vers la ville; on lui met dans la bouche trois charretées d’allumettes ; on les allume ; Gargantua ferme la bouche et ouvre le cul ; et le tonnerre qui sort de son corps brûle tous les faubourgs. Après bien d’autres aventures, après avoir guerroyé sans relâche au service du roi Arthur, Gargantua est transporté par Merlin, dans l’île d’Avalon. Il y retrouve le bon roi Arthur et sa sœur Morgane, Ogier le Danois et Huon de Bordeaux. Ils y sont encore et y font bonne chère.

6. De nombreux sites évoquent directement ou indirectement (par les consonnes G-R-G) le nom de Gargantua mais il faut rester prudent car ils ont pu être nommés après le succès de l’œuvre de Rabelais. En tout cas de nombreux récits le montrent construisant avec ses déjections ou les crottes de ses semelles des buttes, des rocs, des mégalithes. Il avale des rivières ou en crée quand il urine. Quand il voyage à pied, ses enjambées font dix lieues (40 km). Son appétit est célèbre. Son arme favorite est la massue. Il sait se faire bûcheron et paysan. Personne n’ose lui tenir tête sauf les chiens.

7. Ces chiens seraient en fait une chienne, assimilée à la Vieille, la Chienne Noire, la grande déesse celtique, devenue Mélusine. Et Gargantua serait son rival masculin. Son nom viendrait de gar-gant, participe présent de gar : « avaler, dévorer ». Ce serait un dieu gaulois transformé en géant, dieu auquel on aurait offert des sacrifices humains et surnommé le « Dévorant ». On aime Gargantua car c’est une divinité protectrice et même phallique par sa célèbre « troisième jambe », garante de la fécondité des femmes A Rouen, on vendait pour la saint Romain (23 octobre) des « Gargans », figurines d’environ trois centimètres de hauteur, pourvues d’un grand sexe et d’une double paire d’yeux. Les jeunes filles les glissaient dans leur corsage pour trouver plus facilement un mari. La police interdit cette vente en 1890. Il suffirait de peu de choses pour remettre cet usage en honneur.

8. Gargantua emporte des hommes dans sa gibecière. D’autres tombent dans sa dent creuse et en ressortent. Lui-même a été enterré sous des pierres, au fond d’un puits. Tout ceci serait le symbole d’une divinité psychopompe. On appelle « psychopompe » une divinité ou un héros qui conduit les âmes dans l’au-delà (grec : psycho : « âme » et pompe « cortège » cf « pompes funèbres ». Hermès psychopompe conduisait les âmes aux Enfers) Il façonne les paysages, lutte ainsi contre le chaos, assure la fécondité des végétaux, des animaux et des hommes. Dieu protecteur de la Gaule, il aurait été progressivement chassé par la religion gallo- romaine puis par le christianisme. Les moines Bénédictins s’installent intentionnellement près des lieux où on le vénérait. Ils le christianisent en Saint Gargan, le remplacent par Saint-Michel ou le transforment en diable.

9. Gargantua était donc, probablement, une grande divinité celte d’origine chamanique, symbole de l’énergie et de la fécondité. Elle a survécu à travers le personnage de Rabelais. Elle semble avoir gardé son pouvoir dans l’inconscient collectif. (d’après Guy-Edouard Pillard “Le vrai Gargantua, mythologie d’un géant”. Ed Imago Diffusion Payot 1987)

10. Gargantua et les ponts. Compléments de Willy Bakeroot in L’imaginaire des ponts http://carmina-carmina.com/carmina/contes/mythologiques.htm “L’imaginaire des ponts ne peut se passer d’évoquer un des géants les plus importants, celui qui a “fabriqué” la plupart des paysages de France : Gargantua. Il est probablement antérieur à toutes les formes de personnages gigantesques qui ont pris des noms divers et dont la fonction de demi-dieux était “constructrice” ou “fédérative”. Gargantua n’est pas une invention de Rabelais. On le trouvait déjà dans huit textes antérieurs nommés “Chroniques Gargantuines”. Rabelais l’a fait exister dans la littérature de son temps avec une verve extraordinaire. Mais déjà, avant ces chroniques, le nom de Gargantua existait sous les formes de Gargan, Galgan, Garganeüs, Gorgon, Gorgontuas etc. Tous bâtis sur la racine GAR qui pourrait signifier GORGE. (Gargouille, gargouillis, gargariser, grailler, jargon etc.) Son père s’appelait Grandgousier. Ou du grec Gorgos : “horreur”. Sa mère Gallemelle ou Gargamelle. La gorge se trouve au centre de l’oeuvre rabelaisienne comme voie de passage des souffles fécondants. A voir aussi à l’origine : JAR ou OIE, en rapport avec le géant OG qui accompagnait l’arche de Noé.

[…] Plusieurs substituts chrétiens ont pris la place d’anciens dieux païens. Ainsi Gargantua a fait place à : Saint Gorgon, que l’on invoquait pour les écrouelles , saint Georges, saint Blaise, saint Maurice, saint Pierre, saint Nicolas, saint Michel dont les apparitions se font souvent près de la mer, sur des monts appelés Gargan, saint Martin qui, à l’instar de Gargantua, laisse partout, aussi bien dans l’Indre que dans l’Allier, des traces de son passage : pieds, genoux, sabots de sa mule, pointe de son bâton etc. Puis enfin au plus proche des ses successeurs : saint Christophe, saint de la Canicule.

Ce thème se trouve aussi tout au long des récits de la mythologie européenne. Sortir ou entrer, passer de l’autre côté, c’est se métamorphoser, encore faut-il qu’il y ait un pont et que la voie soit ouverte. Gargantua est un passeur qui court parmi les champs avec sa hotte pleine de surprises.

Le corps de Gargantua rassemble tous les processus vitaux du vivant : il souffle, boit ou recrache les rivières, avale ou recrache les montagnes, défèque les collines, pisse les fleuves, et ainsi construit la campagne française. Il ne semble pas avoir beaucoup d’états d’âme mais, curieusement, il a peur des chiens, ces gardiens de ponts célestes, et il essaye de s’en débarrasser à coup de rochers.” (Willy Bakeroot, 2007)

200mots A propos de Gargantua

– Ah, docteur, gémit Gargantua, ça ne va vraiment pas fort. Je sens comme un poids sur l’estomac et j’ai toujours envie de vomir. Si ça continue, il faudra que je me mette au régime.

– Voyons, voyons, dit le médecin; ne vous affolez pas; ce n’est peut-être pas grave. Dites-moi ce que vous avez mangé ces jours derniers.

– Eh bien, dit Gargantua en rassemblant ses souvenirs, avant-hier, j’ai croqué un garde-champêtre, un coureur cycliste et une marchande de fruits et légumes. Tous bien frais et pas trop gros.

– Ce n’est vraiment pas ça qui vous a rendu malade, dit le médecin en se grattant le menton. Et hier, qu’avez-vous mangé ?

– Hier, répond l’ogre, j’ai avalé un instituteur et quelques-uns de ses élèves. Je ne sais plus combien : ils sont tellement petits à cet âge-là.

– Vous n’avez quand même pas mangé la classe entière d’un seul coup ? interroge gravement le médecin.

Non, non, répond Gargantua. j’en ai gardé quelques-uns pour le goûter. Et pour le dîner, je me suis fait un sandwich avec un gendarme et deux directeurs d’usine. Au dessert, j’ai pris un danseur étoile. Avec un tutu.

– C’est tout ?


– Oui, fait Gargantua.

– Vous êtes sûr ? Réfléchissez bien.

– Ah oui, maintenant, je me souviens ! En traversant la forêt, j’ai mangé une fraise des bois.


– Ne cherchez plus, c’est ça qui vous a rendu malade, dit le médecin.


– Et vous pensez que c’est grave ? demande l’ogre, inquiet.

– Pas du tout ! Tenez, avalez ce cachet. Vous pouvez continuer votre alimentation habituelle mais évitez les fraises.

.
- Oh, merci docteur.

– Et l’ogre, tout joyeux, retrouve son bel appétit : il saute sur le médecin et n’en fait qu’une bouchée.


Ludovic , classe de seconde, juin 1994

Roger et Alii

Retorica

(1.840 mots, 11.100 caractères)

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