26 REL Herméneutique PaRDeS 2014-12

1. Herméneutique est un mot d’origine grecque. Hermeneutikè, art d’interpréter, hermeneuein signifie d’abord « parler », « s’exprimer » et vient du nom Hermès, dieu grec, messager des dieux et interprète de leurs ordres. Herméneutique est la théorie de la lecture, de l’explication et de l’interprétation des textes (d’après Wikipédia, article apparemment complet mais il omet Paul Ricœur).  Ce mot appartient à la même famille que hermétique et hermétisme. Hermétique vient lui aussi du nom Hermès et désigne quelque chose 1. qui ferme complètement (« un bocal hermétique ») ou 2. qui est incompréhensible (« un texte hermétique »). Hermétisme a pris le sens d’ésotérisme. Ce qui est fermé peut être ouvert, aux risques et périls de la personne qui ouvre ce qui avait pour vocation de rester secret.

2. PaRDeS ou paradis. « (…) … Le terme paradis est issu d’une langue très ancienne, l’iranien avestique dans laquelle pairidaēza, signifie enceinte royale ou nobiliaire. Le terme se transmet ensuite au  persan (pardēz, voulant dire enclos), puis au grec ancien (« paradeisos » signifiant un parc clos où se trouvent des animaux sauvages) pour aboutir enfin au latin chrétien (paradisus).(…) » (Wikipedia).  Il y a un jeu de mots entre PaRDeS qui désigne une herméneutique juive et paradis. Cette herméneutique est fondée sur quatre sens représentés par quatre lettres P – R – D -S (Pchat, Rémèz Drach, Sod) qui servent d’aide-mémoire avec la vocalisation (a, e) Ceci aurait été créé au Moyen-Age par Bahya en Acher, Espagne, 1260 – 1340) .  Le sens profond de ce jeu de mots est que l’étude, c’est le Paradis, à condition d’en sortir intact. On verra pourquoi un peu plus loin. Ne pas confondre le Pardès avec le Gan Eden (jardin d’Eden).

3. Paul Ricœur “L’herméneutique biblique” Cerf, 380 p, 24,39 €,  2001. « Celui qui perd la vie à cause de moi la trouvera » (Jésus Marc 8,35 ; Jean 12, 25 ; Mathieu 10,24 à 11,1). Commentaire de Ricœur : « Comme seul pouvoir divin, Dieu ne donne aux chrétiens  que le signe de la faiblesse divine, qui est le signe de l’amour de Dieu. » Pour Paul Ricœur le mal s’introduit dans le monde parce qu’il n’y a pas de coïncidence de l’homme avec lui-même sur les plans de la connaissance, de l’action et des sentiments. Nous ne percevons qu’une partie minime de la réalité mais notre langage va au-delà.

Paul Ricœur “De l’interprétation”, 1965 Seuil, Points-Essais, 586 p,  1995. Il s’agit d’un essai sur Freud mais dont la portée est, explicitement, plus large. Ricœur exprime la nécessité d’une « téléologie du sujet ». à savoir le retour à une « conscience » immédiate de soi.

« Dire quelque chose de quelque chose c’est au sens complet et fort  du mot, interpréter. » Cette parole peut se présenter comme mythe, poésie ou rêve. Mais la « philosophie du soupçon » (Marx, Nietzsche, Freud) a provoqué « une perte de confiance » dans la capacité de la raison à « interpréter ». Freud nous fait entrer dans une culture de la « conscience fausse ».  Il s’agit désormais de démystifier. La philosophie du soupçon ne renonce pas à l’interprétation mais elle complique sa procédure : « les véritables significations sont indirectes ». 

Ricœur met en question cette prétention. Pour lui « le symbole donne à penser ». La philosophie se trouve démunie devant la psychanalyse qui voit dans tout discours une « énigme » à résoudre. La philosophie  sait depuis toujours  que « l’énigme ne bloque pas l’intelligence, mais la provoque ». Pour Ricœur, qui conteste ainsi une philosophie moderne influencée par la psychanalyse, « le langage est moins parlé par des hommes  que parlé aux hommes ».

Les modernes ont, pour lui, perdu le sens du sacré. « A cette discipline du réel, à cette ascèse du nécessaire, ne manque-t-il pas la grâce de l’imagination, le surgissement du possible ? Et cette grâce de l’imagination n’a-t-elle pas quelque chose à voir avec la Parole comme Révélation ? » et donc comme Présence.

Pour Ricœur « le symbolique c’est l’universelle médiation de l’esprit entre a réalité. » Ce qui rejoint l’enseignement de Lacan sur Freud. Mais Ricœur extirpe Freud de l’univers analytique.

4. Herméneutiques juive et chrétienne. Il existe deux herméneutiques, l’une juive, l’autre chrétienne qui semblent avoir déteint l’une sur l’autre L’herméneutique chrétienne hérite de l’herméneutique aristotélicienne, puis reprend les quatre catégories principales juives et enfin vers les XIII° – XIV° inspire à son tour les commentateurs juifs. Il me semble que l’on peut établir la comparaison suivante.

Niveau 1 : sens littéral. Chez les talmudistes il est grammatical car l’hébreu est une langue apte à de nombreux jeux de mots . Chez les chrétiens ce niveau est historique.

Niveau 2 : sens allégorique. Chez les talmudistes il est dit allusif et concerne l’histoire. Chez les chrétiens il est métaphorique et sert à décoder les paraboles.

Niveau 3 : sens topologique ou moral. Du grec “topos”, au sens de “lieu commun”, comme notion partagée par tous. Dans le judaïme c’est le “midrach” (récit moral), dans le christianisme, c’est la morale qui s’impose à tous.

Niveau 4 : sens secret ou anagogique. Pour le judaïsme, c’est le sens où l’on atteint Dieu par la mystique et la kabbale. Dans le christianisme c’est le sens anagogique ou escatologique (les deux adjectifs signifient “qui concerne la fin des temps”).

Dante (1265 –  1321) présente ainsi les quatre sens de l’herméneutique chrétienne :

1. littéral : l’histoire au temps où elle se passe, le texte.
2. métaphorique : application à l’histoire d’aujourd’hui
3. moral : “sensus moralis” (Dante)
4. anagogique ou mystique
: “sensus anagogicus” (Dante)

La connaissance se fait par analogie d’où le rôle important que joue l’allégorie et plus largement la rhétorique. Il est temps d’aborder l’herméneutique juive elle-même.

5. PaRDeS (L’étude, c’est le Paradis). J’en viens ainsi progressivement au PaRDeS.

Pchat : Je traduis ce terme par grammaire. C’est le sens simple ou littéral : sens littéral, le texte, les variantes, le sens des mots, la grammaire, les traductions, les effets de sens

Rémèz : je traduis ce terme par métonymie. C’est le sens allusif ou métonymique. La métonymie fonctionne sur des indices qui renvoient à d’autres éléments, de telle sorte qu’apparaît un réseau d’allusions immanentes

Drach : je traduis ce terme par métaphore. C’est le sens sollicité, métaphorique ou métaphysique La métaphore va du connu à l’inconnu. “L’invisible c’est du visible caché par du visible” (Magritte). A travers l’immanence on découvre la transcendance. C’est le sens métaphysique.

Sod : je traduis ce terme par mystique. C’est le sens caché, secret  ou mystique. On vit en Dieu. Il faut éviter trois dangers : la mort, la folie et l’incrédulité. Savoir entrer en paix dans l’étude pour en sortir en paix.

Ceci est illustré par une parabole du Talmud  (traité Haguiga) apparemment obscure  :

« Quatre sont entrés dans le Paradis (Pardès) : Ben Azai, Ben Zoma, Aher et Rabbi Akiva. Rabbi Akiva s’adressant à eux leur dit : – Quand vous arriverez près des marbres de pierre brillant ne dites pas : “Eau, eau”, car il est écrit : “Celui qui profère des mensonges ne demeurera pas en ma présence.”

Le premier regarda et mourut.

Le second regarda et devint fou.

Le troisième coupa les racines et devint hérétique.

Seul rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix. »

Mais qui est rabbi Akiva ? Le connaître est fondamental pour comprendre l’environnement du texte (niveau du Rémèz).

6. Akiva ben Yosef (45 – 135). Berger ignorant, à l’âge adulte il fut encouragé par Rachel, son épouse fidèle et dévouée, à quitter son foyer pour étudier la Torah pendant de longues années. Il aurait survécu en vendant des ballots de laine. Lorsqu’il revint entouré de milliers de disciples, il lui rendit publiquement hommage : « Qui est riche ? Celui qui possède une épouse vertueuse. » Cette femme qui travailla pour que son époux pût étudier la Torah est présentée comme un modèle pour beaucoup de juifs rigoristes.

Nationaliste fervent, il soutint fermement la seconde guerre contre les Romains, saluant son chef, Bar  Kokhba comme le Messie longtemps attendu. Et ceci malgré les mises en garde de nombreux autres sages. Ayant désobéi à l’édit de l’empereur Hadrien qui interdisait d’enseigner la Torah, il fut arrêté, emprisonné, condamné à mort puis exécuté à Césarée en 135 (il avait près de 90 ans), ses chairs déchirées à l’aide de peignes de fer. Il considéra ce martyre comme une manière ultime de prouver son amour de Dieu et dans son dernier souffle prononça le mot “Un” du « Chema Israël » (« Ecoute Israël, l’Eternel [est] notre Dieu, l’Eternel [est] un »). On dit que les Romains ordonnèrent la vente de sa chair sur le marché.

Cet épisode donna lieu à un midrach (récit) terrible. Moïse voit rabbi Akiva enseigner la Torah au ciel. Et il demande à Dieu : « Quelle fut la récompense de ce sage ? » Dieu se contenta de lui montrer la chair de rabbi Akiva vendue sur le marché. Moïse s’indigna et Dieu lui dit alors : « Tais-toi. Telle a été ma pensée ». Un rabbin commenta ainsi : « Il n’est pas en notre pouvoir d’expliquer la prospérité du méchant ou les peines du juste. » On trouve la même réponse de Dieu dans le livre de Job.  La récompense de rabbi Akiva est d’enseigner la Torah au ciel,  de toute éternité.

Pour lui, la Torah, comme entité divine, avait précédé l’existence du monde, ce qui ouvrait la voie aux conceptions du Sefer Yetsira (le livre de la création) : les lettres de la Torah permettent de recréer un monde. Ses enseignements ont été inclus dans la Michna, la loi orale, dans  la Guemara (les commentaires talmudiques) et on les retrouve dans de nombreux midrachim.

Il a mis au point une méthode herméneutique extrêmement pointilleuse dont la pertinence nous échappe quelquefois. D’où, après lui, des montagnes de commentaires pertinents, ingénieux, ou saugrenus (du moins en apparence). On lui doit la règle d’or : « Ne fais pas à autrui, ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » (variante du Lévitique : « Aime ton prochain comme toi-même ». Il était partisan de l’abolition de la peine de mort. Alors que beaucoup de sages pensaient que le Cantique des Cantiques « souillait les mains » à cause de son contenu érotique, il usa de son prestige pour le faire admettre dans le canon biblique  car il en voyait la dimension mystique : « Toutes les Ecritures sont saintes et le Cantique des Cantiques est saint entre les saints. » Après lui, alors que le débat touchait également l’Ecclésiaste, on finit pas conclure : « Le Cantique des Cantiques souille les mains parce que c’est l’Esprit saint qui le prononça. L’Ecclésiaste ne les souille pas parce qu’il exprime la sagesse (personnelle) de Salomon. » (sources diverses)

Rabbi Akiva est l’objet de nombreuses anecdotes comme celle-ci :

  • « Un païen demanda un jour à Rabbi Akiva : « Qui a créé le monde ? »
  • « Dieu a créé le monde », répondit Rabbi Akiva.
  • « Prouve-le-moi ! »
  • « Reviens me voir demain », lui répondit Rabbi Akiva.
  • L’homme revint le lendemain. Rabbi Akiva lui demanda :
  • « Que portes-tu ? »
  • « Une cape, comme tu peux le voir. »
  • « Qui l’a faite ? »
  • « Le tisserand, bien évidemment. »
  • « Je ne te crois pas, prouve-le-moi ! » dit Rabbi Akiva
  • « De quelle preuve as-tu besoin ? Ne vois-tu pas que c’est le tisserand qui a fait cet habit ? Un habit se tisse t-il tout seul ? »
  • « Alors pourquoi me demandes-tu une preuve que Dieu créa le monde ? Tu viens de donner la réponse : Ne vois-tu pas que c’est le Saint, béni soit-Il, qui l’a créé ? »

(d’après Wikipedia)

7. Reprenons l’anecdote du PaRDes :

Quatre sont entrés dans le Paradis (Pardès) : Ben Azai, Ben Zoma, Aher et Rabbi Akiva. Rabbi Akiva s’adressant à eux leur dit : – Quand vous arriverez près des marbres de pierre brillant ne dites pas : “Eau, eau”, car il est écrit : “Celui qui profère des mensonges ne demeurera pas en ma présence.”

Le premier regarda et mourut.

Le second regarda et devint fou.

Le troisième coupa les racines et devint hérétique.

Seul rabbi Akiva entra en paix et sortit en paix. »

Au niveau du Pchat (grammaire, texte), le texte ne pose pas de problème : le récit emploie des mots simples. Entrer dans le paradis de l’étude est dangereux car on peut être victime d’illusion et prendre le marbre brillant pour de l’eau. Ce mensonge est puni de mort. D’où la mésaventure des trois premiers rabbins :  l’un regarde le marbre, croit y voir de l’eau et meurt, l’autre devient fou parce qu’il ne comprend plus ce qu’il lit, enfin le dernier finit par apostasier : la Bible lui semble  un fatras d’erreurs. Seul rabbi Akiba est assez fort pour entrer indemne dans l’étude de la Bible et en sortir indemne. A ce niveau je n’ai pu que paraphraser le texte.  De même pour l’apologue du tisserand évoqué plus haut : l’essentiel est d’être sûr du texte et de sa grammaire. On note que rabbi Akiva demande astucieusement un délai d’un jour avant de répondre.

Au niveau du Rémèz (métonymie) la vie de rabbi Akiva montre la force d’âme dont il a toujours témoigné parce que, quand on sort de l’étude, on revient à la vie courante, à ses difficultés. Cette vie courante permet de gagner assez d’argent pour avoir le temps de se livrer à l’étude. On retrouve la même idée dans la méditation telle que la présente le traité taoïste « Le secret de la fleur d’or » : il faut, dans la vie courante, avoir l’esprit pratique et concret. L’apologue du tisserand montre la pédagogie de rabbi Akiva : cette attente de vingt-quatre heures crée un suspense qu’on ne trouve pas dans ce distique de Voltaire :

« L’univers m’embarrasse et je ne puis songer 

que cette horloge existait n’ait point d’horloger. »

(Les cabales 1772). Mais l’anecdote introduit pour nous le débat entre évolutionnisme et dessein intelligent. Voir l’article « Complexité irréductible » (Wikipédia).

Au niveau du Drach (métaphore) : cette promenade dans ce lieu enchanté risque d’être dangereuse pour l’âme. Toute lecture peut devenir dangereuse si on fait erreur sur le sens profond.  Dans l’anecdote du tisserand le dialogue vise à mettre en difficulté l’interlocuteur de rabbi Akiva : pas de raisonnement à proprement parler mais une mise en cause personnelle qui est valable dans beaucoup de circonstances.

Il me semble que les trois premiers niveaux sont de nature intellectuelle (grammaire, métonymie et métaphore) mais le troisième (métaphore) amorce un tournant car « du visible vers l’invisible » on va vers « Dieu sensible au cœur » qui est l’objet du quatrième niveau.

8. Le niveau Sod (mystique) présente plusieurs degrés selon qu’on se rapproche ou non du cœur de la divinité au risque d’y mourir, de devenir fou ou de perdre totalement pied en choisissant l’incroyance ou une autre religion. De toute manière la démarche risque d’être incomprise. C’est ainsi qu’Hallâj, grand  mystique soufi, fut mis à mort à Bagdad en 922 pour avoir enseigné l’union de l’homme avec Dieu par l’Amour (notice précise chez Henry Corbin “Histoire de la philosophie islamique” Folio Essais pp. 276 – 278, voir aussi Wikipédia).

Dans l’apologue du tisserand, l’interlocuteur de rabbi Akiva arrive au seuil du mystère de la création. Dieu est certes comme le tisserand mais toute œuvre humaine, celle de l’artisan ou de l’artiste, est en même temps le témoignage d’une création plus haute.

Au niveau du Sod on atteint donc Dieu. Je pense à une anecdote très courante. Un enfant ne veut pas aller au Talmud-Torah (catéchisme juif) et il dit, défiant le rabbin : « Je ne crois pas en Dieu ». Le rabbin lui répond : « Cela ne fait rien, l’essentiel est que Dieu croit en toi. » J’ai relevé la même anecdote dans le christianisme. C’est le sentiment que Dieu est une personne vivante mais dont nous ne savons rien mais qui est aussi nous. Ce que suggère cette histoire soufie :    «  Un vieil ermite mourut et se présenta à la porte du paradis. « Qui est-ce ? »lui demanda une voix. « C’est moi. » répondit-il. « Je ne te te connais pas. » lui répondit la voix. « Va t’en. » Le vieil ermite s’éloigna.

    Comme il était tenace il revint le jour suivant. « Qui est-ce ? » lui demanda la voix. « C’est moi. » répondit-il. « Ici, il ne peut y avoir deux moi » répondit la voix. « Va t’en ». Le vieil ermite s’éloigna.

    Comme il était tenace il revint le jour suivant. « Qui est-ce ? » lui demanda la voix. « C’est toi » répondit-il. Et il entra au paradis. »

L’expérience de la Présence est signalée un peu partout. « Pour apaiser des migraines tenaces un chef d’entreprise accepte de suivre les recommandations de son médecin : vingt minutes de “relaxation-méditation” quotidienne pendant lesquelles il se concentre uniquement sur le va-et-vient de sa respiration et sur quelques mots de son choix comme “calme” et “paix”. Un mois plus tard ses migraines sont fortement atténuées. Cette technique est efficace contre les formes multiples du stress et elle remonie à la plus haute antiquité. Curieusement elle est plus efficace sur les femmes que sur les hommes. Enfin notre chef d’entreprise croit, pendant cette expérience, sentir près de lui une force invisible, proche et personnelle, émanant de lui-même et de partout autour de lui. Cette présence le fait accéder à un calme intérieur qu’il ne connaissait pas. » (d’après David Servan Schreiber, professeur en psychiatrie et sciences neuro-cognitives, revue Psychologies, sept 2000.)

9. J’ai pu et surtout vu faire l’expérience de la Présence dans un groupe de yoga particulièrement avancé. Songeons que ce que nous appelons la « réalité » que nous connaissons ne représente que 4 % de l’univers.  Donc 96 % de la réalité vraie est faite d’autre chose : énergie quantique inconnue, énergie noire, matière noire … Présence… Tout cela nous reste actuellement inaccessible. La recherche scientifique nous donnera quelques clés dans l’avenir. Il est possible que la méditation nous y fasse entrer comme par effraction. Dès lors le sentiment de la Présence renverrait à une Réalité que certains appellent Dieu, Allah etc. Certaines civilisations ou groupes sociaux se sont fait une spécialité de cette recherche. Je pense au bouddhisme tibétain mais aussi au hassidisme. Je relève une remarque intéressante de Martin Buber dans  « Gog et Mogog. Chronique de l’époque napoléonienne » (Idées / Gallimard 1958) : « Chekhina, présence de Dieu en exil dans le monde et, en particulier dans le peuple d’Israël, mais séparée de la source première par la faute de ce monde et à cause de son destin. L’unir à son « Epoux » est la tâche suprême de l’homme ; et c’est là-dessus que se fonde le caractère secret des actes humains. » (note 1, p. 22). Cet « exil de Dieu » est de même nature que le « Dieu caché » de Pascal, Dieu caché mais vivant.

Des circonstances éprouvantes font accéder à cette expérience. C’est ce qu’explique Claude Vigée dans « La lutte avec l’ange » rédigé en 1941 et publié seulement en 2005. Il avait 18 ans en 1939 (Il est né en 1921). Comme juif et comme résistant il affronte un destin dangereux et comprend que notre vraie et seule patrie c’est la vie. Il lit la Bible en français puis en hébreu. Il a vécu alors grâce à la Présence qu’il sentait en lui et à laquelle il est resté constamment fidèle et attentif dans son “élan en avant”.

On trouve la même expérience tragique du Sod dans « Dialogues avec l’ange. Edition intégrale », document recueilli par Gitta Mallasz, Aubier, 1990 : « Dialogues avec l’ange est la transcription d’une expérience spirituelle vécue pendant la Seconde Guerre mondiale par quatre amis  hongrois. Pendant dix sept mois, de juin 1943 à novembre 1944, alors que les nazis envahissent leur pays et déportent les juifs en masse, Hanna Dallos transmet au cours de 88 entretiens des paroles qu’elle dit ne pas émaner d’elle (qu’elle dit provenir d’« autre part », d’un maître intérieur ou d’un ange). Ces paroles sont retranscrites par Gitta Mallaaz et Lili Strausz. Seule survivante (les trois autres, juifs, périront en déportation), Gitta Mallasz, réfugiée en France en 1960, traduira ces entretiens en français. Une première édition a été publiée en 1976, suivie en 1990 d’une seconde édition, intégrale. » (Wikipedia).

Roger et Alii

Retorica

(20.100 caractères)

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