26 REL Pan mort – Jésus vivant 2017 – 02

26 REL Pan mort – Jésus vivant 2017-02-04

(1) 26 REL Pan mort

Nostalgie de la verticalité : le grand Pan est mort

On connaît ce récit de Plutarque repris par Rabelais puis Fontenelle (1) et commenté très savamment par Philippe Borgeaud en 1983 (2) La mort du grand Pan signifie le triomphe de Jésus-Christ qui devient ainsi « le grand Tout ». Un monde s’écroule et un autre s’édifie.

Mais sous les coups de la rationalité, à son tour, en Occident, le monde chrétien s’estompe et semble disparaître. Il n’en reste alors que la nostalgie, la nostalgie de la verticalité.

Le triomphe de l’esprit scientifique est tel, ses réussites sont si éclatantes, qu’il est difficile non seulement de garder le souvenir de cette verticalité mais même d’en garder la nostalgie. Du passé nous aurons ainsi fait table rase.

Mais voici que l’islam nous propose, et quand il le peut nous impose, une autre verticalité, la sienne. Les esprits forts, fort occupés à détruire les restes du christianisme, ne voient pas qu’ils s’abandonnent à une doctrine bien éloignée des valeurs évangéliques et même des leurs.

Il n’est pas trop tard, heureusement, pour revenir à la raison. Certes Jésus a remplacé le grand Pan. Parce que les valeurs qu’il portait étaient supérieures à celles du monde antique. C’est quelquefois difficile à entendre et à comprendre mais, la mondialisation aidant, le christianisme reste, tous comptes faits, la doctrine la plus humaine dans la recherche de la verticalité.

(222 mots)

(1) «Tout le monde sait ce qui arriva au pilote Thamus. Son vaisseau étant un soir dans les parages de certaines îles de la mer Égée, le vent cessa tout à fait. Tous les gens du vaisseau étaient bien éveillés; la plupart même passaient le temps à boire les uns avec les autres, lorsqu’on entendit tout d’un coup une voix qui venait des îles, et qui appelait Thamus. Thamus se laissa appeler deux fois sans répondre; mais à la troisième il répondit. La voix lui commanda que, quand il serait arrivé à un certain lieu, il criât que le grand Pan était mort. Il n’y eut personne qui ne fût saisi de frayeur et d’épouvante. On délibérait si Thamus devait obéir à la voix: mais Thamus conclut que si, quand ils seraient arrivés au lieu marqué, il faisait assez de vent pour passer outre, il ne fallait rien dire; mais que si un calme les arrêtait là, il fallait s’acquitter de l’ordre qu’il avait reçu. Il ne manqua point d’être surpris d’un calme à cet endroit-là, et aussitôt il se mit à crier de toute sa force que le grand Pan était mort. À peine avait-il cessé de parler, que l’on entendit de tous côtés des plaintes et des gémissements, comme d’un grand nombre de personnes surprises et affligées de cette nouvelle. Tous ceux qui étaient dans le vaisseau furent témoins de l’aventure. Le bruit s’en répandit en peu de temps jusqu’à Rome; et l’empereur Tibère, ayant voulu voir Thamus lui-même, assembla des gens savants dans la théologie païenne, pour apprendre d’eux qui était ce grand Pan; et il fut conclu que c’était le fils de Mercure et de Pénélope

 

(2) La mort du grand Pan. Problèmes d’interprétation – Persée

www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1983_num_200_1_4563

de P Borgeaud – ‎1983 –

 

(2) 02 BIB Jésus vivant Quo vadis 2017-01-28

« Quo vadis » est d’abord un roman puis un film. Ils reposent sur une anecdote célèbre chez les premiers Chrétiens.

La version la plus ancienne de « Quo vadis » vient des « Actes de Pierre » (fin II° – début III°s). Elle est rédigée en grec. Les autres versions sont rédigées en latin et dans toutes les langues de la chrétienté d’alors (arméniennes, coptes, arabes, irlandaises…). C’est la version latine qui a été retenue pour la question célèbre : « Quo vadis, Domine ? », « Où va-tu, Seigneur ? »

Voici le contexte. Pierre enseigne la chasteté. Des femmes de hauts fonctionnaires refusent les relations sexuelles avec leurs maris. Ces derniers le menacent de mort. La communauté le presse de quitter Rome. « Mais comme il franchissait la porte de la Ville, il vit le Seigneur entrer dans Rome. En le voyant, il lui dit « Seigneur, où va tu ainsi ? » Et le Seigneur lui dit : « J’entre dans Rome pour y être crucifié. » Et Pierre lui dit : « Seigneur, seras-tu de nouveau crucifié ? » Il lui dit : « Oui, Pierre, je serai de nouveau crucifié. » Et Pierre rentra en lui-même en voyant le Seigneur remonter au ciel ; il retourna à Rome, se réjouissant et glorifiant le Seigneur de ce qu’il avait dit : « Je serai de nouveau crucifié » ; ce qui devait arriver à Pierre. »

Dans les autres versions postérieures Pierre raconte lui-même l’épisode de sa rencontre avec le Christ.

(d’après Maïeul Rouquette, «Le « Quo vadis » ou la démission de Pierre, 11 février 2013,   http://apocryphes.hypotheses.org/185)

Ce sentiment de la Présence divine est partagé alors par de nombreux chrétiens. Il permet de supporter les supplices.

« Redoutant de ne pouvoir aller au martyre parce qu’enceinte, l’esclave Félicité supplie Dieu d’accoucher au plus vite. Ce qu’il lui accorde. Dans la souffrance. Mais au garde de prison qui suggère qu’exposée aux bêtes — léopards, lions, ours, sangliers ou vaches — elle souffrira davantage, Félicité a ces mots : « Maintenant c’est moi qui souffre ce que je souffre ; mais là-bas, il y aura quelqu’un d’autre en moi qui souffrira pour moi, parce que moi aussi je vais souffrir pour lui. » C’était en 203. A Carthage. Une des premières et plus belles, et plus simples formulations de la communion aux souffrances du Christ. Qui influencera des générations de mystiques… Une des premières voix de femmes, aussi, dont on ait perçu l’écho dans des textes anciens. Avec celle de Perpétue, de noble naissance, elle, et martyrisée avec Félicité, alors qu’elle venait d’allaiter son enfant et se présenta aux spectateurs de son supplice les seins inondés de lait. (…)

« Certains des plus anciens Pères de l’Eglise — on appelle ainsi les auteurs dont les textes, les actes et l’exemple moral ont forgé la doctrine — ont parfois connu les apôtres mêmes du Christ, ou leurs premiers disciples. Ils construisent mot à mot les dogmes, les usages liturgiques et les règles sacramentelles d’un message christique jusqu’alors essentiellement oral, et encore très nourri de judaïsme ; et de visions, de rêves et de songes tout imprégnés de culture païenne ; qu’on en juge par le troublant Pasteur d’Hermas. Même le mot « christianisme » n’apparaît qu’au début du IIe siècle, sous la plume d’Ignace d’Antioche (v. 35-117). Avant, on le considérait simplement comme une « hérésie juive ». De Clément de Rome à Irénée de Lyon, de Justin de Naplouse à Tertullien, la langue est encore râpeuse, maladroite. Elle se cherche. C’est qu’il lui faut fonder un corpus, un credo, un monde de foi. Pour les siècles des siècles. Et une poésie, un imaginaire. Fou et transcendant, qui n’en finira pas de hanter artistes et écrivains. Ça commence tout juste. Moisson, le mystérieux poème qui clôt le superbe recueil, en est l’étrange prémisse : Je vois tout suspendu par l’Esprit,/Je perçois tout véhiculé par l’Esprit :/La chair suspendue à l’âme,/L’âme se rattachant à l’air,/L’air suspendu à l’éther,/Les fruits portés hors de l’abîme,/Le nourrisson porté hors de la matrice. » (d’après Fabienne Pascaud, Télérama, 19 décembre 2016, « Premiers écrits chrétiens ». Sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini. La Pléiade, Gallimard, 1648 p.

Sous la direction de Bernard Pouderon, Jean-Marie Salamito et Vincent Zarini.

(3) 26 REL Stigmates ou Jésus vivant ?

« Dans le domaine religieux on appelle stigmates les marques des plaies du corps de Jésus de Nazareth crucifié qu’ont porté certaines personnes au cours de leur vie. Le phénomène, signalé à partir du xiiie siècle, est d’ordre mystique en religion et d’ordre psychosomatique pour la médecine moderne. Son aspect ‘miraculeux’ est fortement contesté par la médecine moderne. (…)Du côté de ceux qui nient l’origine divine des stigmates, l’hypothèse la plus communément admise est que ce phénomène est une manifestation d’hystérie. Bien que plusieurs médecins de son époque avaient écarté cette hypothèse pour Marthe Robin, d’autres se rangent au diagnostic « d’hystérie » qui avait été fait en 1938 pour une autre stigmatisée célèbre, Thérèse Neumann. » (Wikipédia)

Roger (2017-02-04) : Toutes les religions connaissent des phénomènes comparables, quelquefois sévèrement réprimés, tant la mystique fait peur. Pourtant elle fait vivre incontestablement. A preuve la vie de Marthe Robin (Voir « Marthe Robin » Wikipédia). Pour elle, comme pour beaucoup de croyants chrétiens, Jésus est une Personne vivante qu’on peut rencontrer pourvu qu’on y soit attentif, en tous temps et en tous lieux.

 

(4) Dans un camp nazi d’extermination. Deux détenus assistent au supplice d’un troisième. Le premier dit au second : « Tu peux me dire où est ton Jésus ? et le second de lui répondre : « Il est en train de mourir sous nos yeux. » (Roger anecdote réelle dont je recherche la provenance)

http://www.lemondejuif.info/2014/04/video-jesus-auschwitz-la-video-provocatrice-des-juifs-pour-jesus/ :

 

(5) « Une association de missionnaires américains Chrétiens évangéliques, d’origine juive, « Les Juifs pour Jésus », a mis en ligne début avril une vidéo promotionnelle intitulée « Ce Juif mort pour vous », vue plus de 485000 fois sur Youtube en près de deux semaines, inspirée du film de La liste de Schindler.

« Dans ce clip vidéo de moins de quatre minutes filmé en noir et blanc, des déportés juifs sont évacués d’un train de la mort et conduits à l’entrée du camp d’Auschwitz.

« Une jeune fille juive tombe à terre, un personnage à l’aspect de Jésus, vêtu d’un châle de prière juif de couleur rouge, une référence au personnage de la jeune fille juive au manteau rouge de la Liste de Schindler, apparait pour l’aider à se relever.

« Arrive le moment redouté de la sélection des médecins nazis qui décident quels sont les déportés qui vont être choisis pour le travail forcé ou les chambres à gaz. Les nazis, tout sourire, devant des femmes et des enfants en sanglots, font leur macabre sélection. C’est à ce moment, que le personnage de Jésus se présente devant eux, la croix sur ses épaules, l’inspecteur nazi décidant de l’envoyer aux chambres à gaz. « Un juif comme un autre », précise-t-il.

« La vidéo se termine sur un passage du Livre du prophète Esaïe : « Ce sont nos souffrances qu’il a portées, C’est de nos douleurs qu’il s’est chargé. Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités ; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris ».

« Sur leur site internet, les Juifs pour Jésus expliquent que « Jésus a souvent été faussement associé à ceux qui ont perpétré l’Holocauste. En réalité, il doit être identifié à ceux qui en furent les victimes « . « Comme Juif, s’il avait été en Europe à ce moment-là, Jésus aurait bien pu souffrir le même sort que les six millions qui ont péri dans les camps de concentration. », ajoutent t-ils.

« L’enseignement juif soutient l’idée que la mort des Juifs dans la Shoah accomplit le Kiddush haShem, la sanctification du Nom de Dieu. », précisent t-ils en conclusion. »

 

(6) 26 REL prières matin soir 2016-06-10

Toutes les religions proposent à leurs croyants des prières quotidiennes à dire le matin et le soir. A la sortie de la nuit l’âme est toute surprise d’être encore en vie. Et ce sentiment d’émerveillement conduit à remercier la cause première de ce miracle. La prière du soir permet de s’endormir calmement dans le sein de la divinité avec l’espoir de se réveiller le lendemain matin.

Voici une formulation catholique que j’ai bien connue et que j’ai retrouvée avec plaisir. Le soir, à genoux au pied du lit, on chante ce qui suit :

« Jésus, Jésus doux et humble de cœur

Gardez mon cœur, tout près du vôtre » (pour la mélodie, consulter un moteur de recherche)

 

Le cantique est suivi d’un Pater et d’un Ave. (fin de la prière)

Ceci vient tout droit de l’Imitation de Jésus (voir Wikipédia). Jésus y est clairement la Personne qu’il faut suivre.

 

(7) Ce qui nous mène, et ce sera le mot de la fin, au mystère des trois Personnes de la Trinité : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Les « Personnes » sont simplement les trois aspects d’un Dieu unique. Le Père est le Créateur de toute chose et notamment de cette Energie primordiale qui anime l’Univers. Il suffit de se concentrer sur sa propre expiration pour en prendre conscience. Le Fils c’est Jésus mais aussi toute l’humanité définie dans Genèse I,26 Genèse I. (26) : « Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. (27) Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme. (28) Dieu les bénit… (trad. Louis Segond) » Roger (2017-02-04) L’homme est comme Dieu. C’est un dieu en réduction. C’est une parcelle de Dieu. La comparaison fonctionne dans les deux sens : Dieu est un homme en très grand. Quand les incroyants disent que Dieu est une création humaine, ils n’ont pas tort mais c’est insuffisant. Enfin le « Saint-Esprit » c’est l’intelligence elle-même qui parcourt toute la Création. Saisir les trois Personnes d’un seul regard c’est découvrir les trois faces de la Divinité, symbolisée, chez les Maçons et ailleurs, sous la forme d’un triangle.

L’islam conteste cette construction. Soit. Il veut la détruire. Soit. Que met-il à la place ? La comparaison est ouverte. Que le meilleur gagne dans cette mondialisation des idées. « On juge l’arbre à ses fruits. » (Matthieu 7 : 17)

 

26 REL Pan mort, Jésus vivant Jean

 

(8) Jean (5 fév) :  Donc, souvenir de mes années de récitant…

 

Mars et Vénus sont revenus

Ils s’embrassent à bouches folles

Devant des sites ingénus

Où sous les roses qui feuillolent

De beaux dieux roses dansent nus

 

Viens ma tendresse est la régente

De la floraison qui paraît

La nature est belle et touchante

Pan sifflote dans la forêt

Les grenouilles humides chantent

 

– –

 

Beaucoup de ces dieux ont péri

C’est sur eux que pleurent les saules

Le grand Pan l’amour Jésus-Christ

Sont bien morts et les chats miaulent

Dans la cour je pleure à Paris

 

Moi qui sais des lais pour les reines

Les complaintes de mes années

Des hymnes d’esclave aux murènes

La romance du mal aimé

Et des chansons pour les sirènes

 

Quant au christianisme, c’est compliqué…  Je m’estime toujours « chrétien », ce qui sans doute m’a valu quelques ennuis. Sans compter la philosophie critique. C’est également assez incompatible avec le sectarisme.

(9) Roger (11 fév) : Belle citation d’Apollinaire et assez longue pour qu’on puisse comprendre l’ensemble. Je ne connaissais pas ce poème. Son titre : «  Aubade chantée à Lætare un an passé »

Il est question de la survivance des dieux antiques. Le grand Pan n’est pas vraiment mort. Jésus ne l’a pas tué. Il survit encore sous de multiples formes. Je songe à ce roman étrange de Jean Ray « Malpertuis » :  « Le fantastique du roman repose sur l’opposition entre la description d’un quotidien trivial, « petit bourgeois » familier aux récits de Jean Ray, et les grands mythes grecs, ainsi que l’abolition de l’espace et du temps. Des personnages comme l’oncle Dideloo ou la cuisinière sont des récurrences dans l’œuvre de Jean Ray, et incarnent souvent le malaise qui nait de l’irruption du fantastique et de la peur dans un univers ordinaire, étriqué, banal et rassurant. Ainsi, au fur et à mesure des différentes parties du texte, on comprend peu à peu que Cassave n’était pas normal, de même que son étrange demeure. D’étranges petits êtres habitent le grenier, une ombre maléfique éteint les lampes et les différentes personnes habitant la maison depuis la mort du vieux Cassave sont en fait des divinités déchues, capturées par Cassave il y a de cela bien des lustres : Zeus (Eisengott), Héra (la Mère Groulle), Aphrodite (la femme Griboin), Héphaïstos (M.. Griboin), Apollon (Mathias Krook), un Titan (Tchiek), Prométhée (Lampernisse), une des trois Gorgones (Euryale), les Érinyes (les sœurs Cormélon). » (Wikipedia)

Voici un extrait significatif sur la « Loi de Cassave » : « Les hommes ne sont pas nés du caprice ou de la volonté des dieux ; au contraire, les dieux doivent leur existence à la croyance des hommes. Que cette foi s’éteigne et les dieux meurent. Mais cette foi ne se souffle pas comme une flamme de chandelle, elle s’allume, brûle, irradie et agonise. Les dieux vivent d’elle, lui empruntent leur force et leur pouvoir, sinon leur forme. Or les divinités de l’Attique n’ont pas encore disparu du cœur et de l’esprit des humains ; la légende, les livres, les arts ont continué d’alimenter le brasier que les siècles ont surchargé de cendre. (…) (Jean Ray « Malpertuis » 1943 éd Bibliothèque Marabout 1962 p. 212)

Il me semble qu’en intertextualité « Malpertuis » de Jean Ray est issu à la fois du récit « Le grand Pan est mort » et d’Alyosus Bertrand « Gaspard de la nuit » (voir Wikipédia et autres liens).

Roger et Alii

 

(10) 26 REL Pan mort – Jésus vivant Bernhart

Bernhart (4 févr) : L’Antéchrist Martyr

« — Il est si peu vrai qu’un martyr puisse prouver la vérité d’une chose que je voudrais affirmer qu’un martyr n’a jamais rien eu à voir avec la vérité. Dans l’allure que prend un martyr pour jeter sa conviction à la tête du monde, s’exprime un degré si inférieur de probité intellectuelle, une telle incapacité à résoudre la question de « vérité », qu’on n’a jamais besoin de réfuter un martyr. La vérité n’est pas une chose que les uns possèdent et que les autres ne possèdent pas : il n’y a que des paysans et des apôtres de paysans, dans le genre de Luther, qui puissent penser ainsi de la vérité. On peut être certain que, selon le degré de conscience dans les choses de l’esprit, la modestie sur ce point deviendra toujours plus grande. Savoir dans cinq ou six choses et refuser d’une main légère de savoir ailleurs… la « vérité », comme l’entend le prophète, le sectaire, le libre-penseur, le socialiste, l’homme d’église, est une preuve absolue que l’éducation de l’esprit et la victoire sur soi-même, nécessaires pour trouver une vérité, même des plus petites, manquent encore totalement. — Les supplices des martyrs, pour le dire en passant, ont été un grand malheur dans l’histoire — ils ont séduit… Conclure comme font tous les faibles d’esprit, y compris les femmes et le peuple, qu’une cause qui peut mener au martyre (ou même qui provoque une épidé­mie de sacrifices, comme le premier christianisme) ait quelque valeur, — conclure ainsi empêche le libre examen, l’esprit d’examen et de précaution. Le martyre nuit à la vérité… Aujourd’hui encore, il n’est besoin que d’une certaine crudité dans la persécution pour créer à des sectaires quelconques un nom honorable. Comment ! une cause peut gagner en valeur si quelqu’un lui sacrifie sa vie. Une erreur qui devient plus honorable est une erreur qui possède un charme de séduction de plus : croyez-vous, messieurs les théologiens, que nous vous donnerons occasion de faire les martyrs pour vos mensonges ? — On réfute une chose en en démontrant les points faibles avec égard, — c’est ainsi que l’on réfute aussi les théologiens… Ce fut la bêtise historique de tous les persécuteurs, de donner à la cause adverse l’apparence de l’honorabilité, — de lui accorder la fascination du martyr… La femme se met aujourd’hui encore à genoux devant une erreur, puisqu’on lui a dit que quelqu’un est mort sur la croix pour cette erreur. La croix est-elle donc un argument ? —— Mais sur toutes ces choses un seul a dit le mot dont on aurait eu besoin depuis des milliers d’années » — Zarathustra.

 

 

Ils inscrivent des signes de sang sur le chemin qu’ils ont parcouru, et leur folie enseignait que l’on prouve des vérités avec du sang.

 

Mais le sang est le plus mauvais témoin de la vérité ; le sang empoisonne la doctrine la plus pure, pour créer la présomption et la haine des cœurs.

 

Et quand quelqu’un traverse le feu pour sa doctrine, — qu’est ce que cela prouve ? C’est bien davantage, vraiment, quand du propre incendie naît la propre doctrine. » (Friedrich Nietzsche)

 

« Avec l’amour et la pénicilline, on peut guérir le monde entier » (Friedrich Nietzsche)

(11) Roger (11 fév) : « Avec l’amour et la pénicilline, on peut guérir le monde entier » (Friedrich Nietzsche) Citation fausse parce que anachronique. La pénicilline n’existait pas du temps de Nietzsche ! Quel pied de nez à la vérité qu’on prétend défendre !

Plus sérieusement : Sur martyre et vérité. Dans cette réflexion de Nietzsche je vois surtout un sophisme. Un martyr meurt pour SA vérité et non pour LA vérité. Sa vérité c’est la vision intérieure d’une Personne qui le fait vivre et puis ensuite mourir. Dans un ordre d’idées comparable : «  Hors de l’Eglise point de salut » est une formule mal comprise parce qu’elle ne s’adresse pas à toute l’humanité mais aux seuls chrétiens. Je relève sur le Salon beige du 2 février 2017 l’explication suivante :  « … au IIIe siècle, une persécution très dure s’abat sur les chrétiens de Carthage. Plusieurs acceptent d’accomplir les rituels religieux pour l’Empereur, estimant que cela ne les engage pas à grand-chose vu qu’ils gardent la foi dans leur cœur. D’autres, effrayés, abandonnent effectivement le christianisme. L’évêque Cyprien part se mettre à l’abri à l’extérieur de la ville.

«  La situation se calmant, Cyprien revient et certains lapsi (ceux qui ont accepté de sacrifier dans les temples) reviennent aussi à l’église. Sauf qu’entretemps, des chrétiens fervents ont tenu bon dans la persécution et sont scandalisés que les lapsi soient réintégrés après avoir renié leur foi et que Cyprien reprenne sa charge d’évêque alors qu’il est allé « se planquer ». Ce groupe a d’ailleurs élu et ordonné un autre évêque. Ils sont donc de facto en schisme.

«  Après discernement, ce qui allait devenir l’Eglise catholique, la « Grande Eglise », comme disent les historiens, avait en effet accepté de réintégrer les lapsi repentants, après un temps de pénitence sévère. Au grand dam de groupes radicaux qui ont créé de ce fait plusieurs églises dissidentes et ont ouvert le champ à bien des hérésies (de Novatien, donatiste etc).

«  En disant « hors de l’Eglise point de salut », Cyprien vise deux publics :

–   Ceux qui sont tentés d’abandonner la foi chrétienne par peur des persécutions. Il leur signifie qu’ils ne trouveront rien répondant à leurs aspirations spirituelles ailleurs et que, certes, ils sauveront leur vie mais elle sera misérable et sans espérance

–  Ceux qui quittent une église qu’ils jugent trop laxiste. En devenant schismatiques, ils quittent les promesses de salut que le Christ a donné pour mandat de transmettre à son Eglise.

«  Notons qu’à aucun moment, il n’est question ici des païens et des Juifs. Leur salut est une autre affaire et n’est pas qualifié ici. (…) »  Notons que l’évêque Cyprien mourra martyr lors d’une persécution suivante. La vérité vécue de ces martyrs est bien loin de la vérité philosophique de Nietszche. Si l’on veut une coïncidence entre ces deux vérités il faut lire de Boèce « Consolation de la philosophie » (voir Wikipédia).

Bernard (11 févr) : Merci Roger. La vérité est au delà de l’humain.  La découverte oui.? mais les égyptiens l’utilisaient déjà !  Dans ce monde tout est faux même le faux est faux ,vrai ou faux?le questionnement.

(12) Roger (12 fév) : Bonne réflexion. La vérité est en effet au-delà de l’humain. L’homme n’en perçoit qu’un reflet forcément trompeur, d’où la vérité de ta réflexion « Dans ce monde tout est faux, même le faux est faux. » Certains hommes ont cependant réussi à aller au-delà de l’humain et ont atteint la vérité. Edouard Schuré dans « Les Grands Initiés. Esquisse de l’histoire secrète des religions » (1889 – 1926 – 1960) en a repéré huit dans une démarche ascendante : Rama, Krishna, Hermès, Moïse, Orphie, Pythagore, Platon et Jésus. Schuré déclarer : « L’Ame est la clef de l’Univers. »

 

Bernardt (12 fév) : Certains ‘ hommes ‘ ont cependant réussi à aller au-delà de l’humain et ont atteint ‘ la vérité ‘. je doute ? Mais le doute n’est rien .C’est la certitude du doute qui rend fou. Pas possible aux humains. Par contre cela est possible dans une autre dimension  » »supputation »; un espace temps, une autre dimension soit  ouverte ou fermée ou bien fermée et ouverte en même temps. Principe de Albert Einstein. Conviction perso à moi que j’ai. L’ être humain est par essence celui qui mesure. Et là il ne peut pas ; cela le ramène à sa condition humaine un peu trop humaine. Terrien nous sommes avec nos limitations biologique  nos erreurs nos convictions qui sont les ennemis de LA « Vérité » plus dangereuse que les mensonges. Menteur tu dois ?

 

 

26 REL Pan mort Jésus vivant Powys 2017-03-15

(13) John Cowper Powys (1872 – 1963), le grand écrivain anglais, s’est intéressé à Rabelais et plus spécialement à l’épisode du grand Pan. David Gervais, universitaire en dégage quelques éléments essentiels :

(Publié dans la lettre powysienne numéro 7, printemps 2004,
voir : http://www.powys-lannion.net/Powys/LettrePowysienne/number7.htm)

 

« . (…) L’idée principale ici est la notion paulinienne du “Christ en nous”, une notion que Powys emprunta à des écrivains aussi différents que Goethe, Montaigne et Walter Pater. Rabelais lui-même l’utilise dans le Quart Livre, dans la description émouvante de la mort de Pan. C’était un des passages favoris de Powys dans Rabelais. Pantagruel, discourant sur l’immortalité de l’âme, rappelle l’histoire d’un navire au large de Paxos dont les marins sont épouvantés par un grand cri, “Thamous!”, venant d’au-delà des eaux. Enfin, Thamous le pilote répond. La voix lui commande de déclarer que “Pan le grand Dieu est mort”: A peine avait-il achevé de prononcer le dernier mot qu’on entendit sur la terre de grands soupirs, de grandes lamentations et un grand vacarme, provenant non pas d’une seule personne, mais de plusieurs ensemble. (Quart livre chap 28).

« Il reste à Pantagruel à en déduire l’identité de ce Dieu:
… en effet, c’est à bon droit que l’on peut l’appeler Pan en grec, vu qu’il est notre Tout ; tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons, tout ce que nous avons, tout ce que nous espérons, c’est lui, se trouve en lui, vient de lui, par lui. C’est le bon Pan, le grand pasteur (….) Le temps concorde avec cette interprétation qui est la mienne, car ce Pan très bon, très grand, notre unique sauveur, mourut près de Jérusalem, sous le règne de Tibère César à Rome.

« A ce point dans l’histoire l’équipage de la Thalamège remarque que Pantagruel était devenu “silencieux et plongé dans une profonde méditation”, et peu après cela, vit “…couler de ses yeux des larmes grosses comme des œufs d’autruche”. Mais bien qu’il y ait ici du pathétique, il y a aussi quelque chose de terre à terre qui refuse d’être sublimé. Les larmes de Pantagruel ne sont pas abstraites, elles sont réelles. Pan était bien plus vivant que n’importe quel saint. Comme Powys le dit plus loin,

« De chaque paragraphe, de chaque ligne, émanent une allégresse et un courage capables de se mesurer aux énormes, aux obscènes, aux hasardeux et mortels agglomérats d’insondables irrationalités qui déferlent sur nous de partout ».

Rien ne pourrait être moins sectaire. La Thalamège est “un navire aux nombreuses dimensions”; à la fin c’est simplement par respect pour Rabelais que Powys refuse de préciser sa philosophie. La vénération ne coupe pas les cheveux en quatre. Faisant retour au jeune Powys “vieille fille” qui avait découvert Rabelais, on commence à mesurer quel chemin l’écrivain français lui avait fait faire. Aucune leçon n’aurait pu être plus importante pour un écrivain placé devant la destruction totale de sa culture de 1945 ». (David Gervais, 2004).

(14) 26 REL Pan mort, Jésus vivant Brassens

 

Roger (2017-03-15) : Brassens n’a pas la nostalgie de la verticalité quoique… (voir § 1) mais d’une émotion venue d’une joie faite d’ivresse, de volupté et de dignes funérailles. Tout cela a disparu avec le grand Pan et Jésus qui l’a remplacé a disparu lui aussi. Mais qui est responsable ? « La bande au professeur Nimbus », scientifiques, techniciens de tout poil ainsi que tous ceux qui savent en tirer du profit et dominent le monde.

 

Du temps que régnait le Grand Pan,

Les dieux protégeaient les ivrognes

Un tas de génies titubants

Au nez rouge, à la rouge trogne.

Dès qu’un homme vidait les cruchons,

Qu’un sac à vin faisait carousse

Ils venaient en bande à ses trousses

Compter les bouchons.

La plus humble piquette était alors bénie,

Distillée par Noé, Silène, et compagnie.

Le vin donnait un lustre au pire des minus,

Et le moindre pochard avait tout de Bacchus.

 

Mais se touchant le crâne, en criant  » J’ai trouvé  »

La bande au professeur Nimbus est arrivée

Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,

Chasser les dieux du firmament.

 

Aujourd’hui çà et là, les gens boivent encore,

Et le feu du nectar fait toujours luire les trognes.

 

Mais les dieux ne répondent plus pour les ivrognes.

Bacchus est alcoolique, et le grand Pan est mort.

 

Quand deux imbéciles heureux

S’amusaient à des bagatelles,

Un tas de génies amoureux

Venaient leur tenir la chandelle.

Du fin fond des Champs Elysées

Dès qu’ils entendaient un  » Je t’aime « ,

Ils accouraient à l’instant même

Compter les baisers.

 

La plus humble amourette

Était alors bénie

Sacrée par Aphrodite, Eros, et compagnie.

L’amour donnait un lustre au pire des minus,

Et la moindre amoureuse avait tout de Vénus.

 

Mais se touchant le crâne, en criant  » J’ai trouvé  »

La bande au professeur Nimbus est arrivée

Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,

Chasser les dieux du firmament

 

Aujourd’hui çà et là, les cœurs battent encore,

Et la règle du jeu de l’amour est la même.

Mais les dieux ne répondent plus de ceux qui s’aiment.

Vénus est faite femme, et le grand Pan est mort.

 

Et quand fatale sonnait l’heure

De prendre un linceul pour costume

Un tas de génies l’œil en pleurs

Vous offraient les honneurs posthumes.

Pour aller au céleste empire,

Dans leur barque ils venaient vous prendre.

C’était presque un plaisir de rendre

Le dernier soupir.

La plus humble dépouille était alors bénie,

Embarquée par Charon, Pluton et compagnie.

Au pire des minus, l’âme était accordée,

Et le moindre mortel avait l’éternité.

 

Mais se touchant le crâne, en criant  » J’ai trouvé  »

La bande au professeur Nimbus est arrivée

Qui s’est mise à frapper les cieux d’alignement,

Chasser les dieux du firmament

 

Aujourd’hui çà et là, les gens passent encore,

Mais la tombe est hélas la dernière demeure

Les dieux ne répondent plus de ceux qui meurent.

La mort est naturelle, et le grand Pan est mort.

 

Et l’un des derniers dieux, l’un des derniers suprêmes,

Ne doit plus se sentir tellement bien lui-même

Un beau jour on va voir le Christ

Descendre du calvaire en disant dans sa lippe

 » Merde je ne joue plus pour tous ces pauvres types. »

J’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste.

 

En savoir plus sur http://www.paroles.net/georges-brassens/paroles-le-grand-pan#sD4UyfdxdQsm7iu9.99

Roger (2017-03-18) : La fin du monde sera peut-être bien triste mais Louis Pasteur disait : « Un peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. » Offrons-nous la volupté de chercher plus avant, toujours plus avant…

 

Roger et Alii – Retorica – 5 360 mots – 31 400 caractères – 2017-03-20

 

Ed. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, 1 648 p., 58 EUR.

 

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