26 REL prière pèlerin russe 2016-09

« Les récits d’un pèlerin russe » (anonyme 1884)

(1) Entre 1856 et 1861, donc peu après la guerre de Crimée et avant l’abolition de l’esclavage, un pélerin russe, simple paysan de trente-trois ans est à la recherche de la perfection que donne la prière perpétuelle. Cette quête l’entraîne dans une longue errance, aidé simplement de la Bible et de la Philocalie, recueil de textes patristiques sur la « prière spirituelle » rassemblés par un moine grec du mont Athos vers 1782. Ce qui le rattache au courant mystique hésychaste ( « hésychias » : « calme », d’où « silence », d’où « contemplation ») qui recherche l’illumination, notamment par la répétition fréquente d’une courte prière.

(2) L’intérêt du livre fort bref vient de plusieurs éléments :

  1. C’est le récit d’une errance comme la picaresque mais effectuée dans la sainteté. C’est donc un récit anti-picaresque, à opposer au Lazarillo de Tormes.
  2. C’est un document important sur la mystique russe qui permet de comprendre tout un courant qui va de Dostoïevski à Soljénitsyne.
  3. C’est en une méditation sur le sens de la prière, ce qui à travers le thème du mysticisme rattache l’ouvrage au monachisme (articles « moines », « religieuses »), au phénomène religieux lui-même (voir « Le livre d’or de la prière » Ed. Marabou) et à Pascal. L’édition utilisée pour le montage de lecture est celle de Jean Gauvain, parue à Neuchâtel, aux éditions de la Baconnière, 1943

(3) « Homme et chrétien, par actions grand pêcheur, par état pèlerin sans abri, de la plus basse condition, toujours errant de lieu en lieu », le narrateur veut trouver la méthode pour obéir au précepte de l’Apôtre (« Priez sans cesse » I Thess V, 16). Il consulte religieux et gens savants : en vain. Leurs réponses ne le satisfont pas. Mais un staret, un moine devenu par sa sainteté un maître spirituel, lui enseigne le secret de cette prière intérieure perpétuelle (26 – 27). Il répète donc souvent, « Seigneur, ayez pitié de oi », jusqu’à six mille puis douze mille fois par jour (31 – 32). Il achète une « Philocalie » et prend la route. Il part pour la Sibérie, où il pourra mieux méditer en silence, est attaqué par des brigands puis rencontre un capitaine. Celui-ci, sur le conseil d’un moine a renoncé à boire en lisant l’Evangile (43 – 44). Il rencontre ensuite un forestier qui par peur de l’enfer a choisi la solitude mais a des doutes : et si l’enfer n’existait pas ? Le pèlerin le rassure (51 – 52). Le staret qui est mort lui explique en songe comment lire la « Philocalie » afin de mieux progresser dans la prière. Reprenant la route, le pèlerin échappe par miracle à un loup. Puis il conseille à une jeune fille de prier de toutes ses forces afin d’échapper à un mariage forcé. La jeune fille s’enfuit de sa maison, rejoint le pèlerin sur la route. Celui-ci est fouetté car on pense qu’il l’a subornée mais le fiancé renonce au mariage. A la suite d’une extase, le pèlerin reste paralysé sous l’effet du froid et un paysan lui propose de le soigner (73 – 74). Le paysan le sauve et en remerciement le pèlerin apprend à lire et à écrire à son fils, vante la « Philocalie » près de l’intendant et fait un miracle (77 – 78). Arrivé à Irkoutsk, il rencontre un généreux marchant qui lui offre de l’aider à gagner Jérusalem.

(4) Au troisième récit, le pèlerin qui est revenu chez un des pères spirituels qu’il a consultés accepte de raconter sa vie. A sept ans, tombé d’un poële russe, il est resté avec le bras gauche desséché ; il a donc appris à lire et à écrire pour survivre. A dix-sept ans on l’a marié avec une jeune fille bonne et sérieuse mais son frère, par jalousie, a brûlé leur demeure et volé leur argent. Ils ne sauvent que leur Bible et vivent pauvrement (84). A la mort de sa femme il a vingt ans et muni d’un passeport perpétuel (à cause de son infirmité) il part « en suivant le chemin de ses yeux ». Il a maintenant trente-trois ans, l’âge du Christ.

(5) Au quatrième et dernier récit, il rencontre une famille orthodoxe d’une piété exemplaire et lui explique le sens du « Notre Père » (96 – 97) ainsi que le bon moyen de prier. Il repart sur Kazan en continuant à faire des rencontres étranges : un aveugle qui a le don de prescience, des personnes qui ont des visions et le souci de la perfection.

 

Roger et Alii, Retorica, 750 mots, 4 200 caractères, fiche établie vers 1980, 2016-09-03)

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