26 REL renaissances repères 2014-06

1. Je préfère parler de renaissances plutôt que de réincarnations ou de métempsychose. Simple choix personnel, pour rendre la notion plus familière. J’introduis ce sujet avec une réflexion d’Agnès Desarthe, romancière et traductrice : “… Je suis très frappée par l’effroi des enfants quand ils se rendent compte qo’il y a un moment où ils n’ont pas existé, et que ce néant d’avant leur dévoile le néant d’après. C’est un moment dangereux, mais très fécond pour la pensée.” (Le Monde 2010_11_05). Voici une autre réflexion tout aussi énigmatique :

“Si tu sais que tu ne sais pas, tu sauras

Si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras pas” (Proverbe peul)

Le propre du secret c’est de rester ignoré. On ne sait même pas qu’il existe. Dès qu’on en parle, fût-ce pour le nier, il est découvert et bientôt révélé. Sa révélation est une aventure extraordinaire : ce qui n’existait pas apparaît. Sa découverte prend l’allure d’un récit initiatique. 

2. Les résistances de la raison Pour la pensée extrême-orientale, comme pour une grande partie de la pensée antique, la notion de vies antérieures paraît évidente. Il n’en va pas de même pour la pensée occidentale profondément marquée – surtout quand elle jure s’en défendre ! – par le monothéisme  

En gros nous avons affaire à quatre attitudes :

a). Dieu – un Dieu personnel -crée l’âme humaine qui dès lors devient immortelle.

b). L’incroyance moderne refuse Dieu et l’immortalité de l’âme. Celle-ci venue du néant ou du grand Tout retourne au néant ou au grand Tout. La pensée occidentale, croyante ou incroyante, oscille entre ces deux images mentales qui excluent l’une et l’autre toute idée de vie antérieure. La seconde est la plus courante sous la forme : “On n’en sait rien. Il n’y a probablement rien.” On agit et on réagit  en fonction de cette imagerie totalement négative. 

c). Le bouddhisme, comme toute la pensée extrême-orientale estime que ce qui est a été. On ne peut pas naître et gagner l’immortalité. Si l’âme est immortelle, elle a un avant et un après, elle est donc éternelle. Le bouddhisme appelle “continuum” cette âme ou ce vouloir-vivre. Deux contradictions n’émeuvent pas le bouddhisme. La première c’est que l’âme est constituée d’un ensemble d’agrégats qui devraient se disperser comme le corps et ne plus former de “continuum”. Or le vouloir-vivre venu du passé et se poursuit dans l’avenir sauf si l’on atteint l’Eveil qui marque son extinction. La seconde contradiction, c’est que tout ceci est réglé par la loi du karma, loi mécanique selon laquelle : “Ceci est la cause, cela en est l’effet”, loi qui semble ne dépendre de personne. En effet le bouddhisme s’estime incompétent pour évoquer le problème de Dieu. Il n’est ni pour, ni contre cette croyance. Il admet qu’elle est utile pour certains et inutiles pour d’autres. Mais il ne méconnaît pas l’inconnaissable.

d). Or si les existences réglées par le karma sont vouées à l’extinction de l’Eveil, c’est qu’elles ont une mission. Elles appartiennent à un flux éternel mais à un certain moment, pour une raison mystérieuse, une mission leur a été proposée. Elles la réalisent plus ou moins maladroitement au cours de leurs incarnations successives et quand la mission est totalement accomplie, c’est l’Eveil et l’absorption dans le grand Tout. C’est la vision d’ Aurobindo qui en critiquant une vision bouddhiste qu’il juge trop mécaniste  renouvelle l’hindouisme. A la fois transcendant et immanent, Dieu apparaît à l’homme en tant que Conscience cosmique. Ce qui évite l’écueil du Dieu personnel trop facilement anthropomorphique.

Dans cette vision l’homme est toujours au milieu de son éternité. La notion d’antériorités et de renaissances fournit dans ce cadre un outil psychologique très intéressant. Ainsi Lyk-system http://www.lyk-system.fr/Lyk_System/Lyk_System.html (explique que pour chaque personne un premier missionné n’a pas rempli sa tâche restée ainsi en suspens d’où une inquiétude existentielle. Les traces de huit incarnations se sont fixées sur les huit chakras de l’incarnation actuelle. En cours de réincarnations, les éclatements et les recompositions de personnalités expliquenr la complexité de la dernière d’entre elles, la nôtre.

3. Sture Lönnerstrand, Shanti Devi, l’enfant réincarnée, 1994, Pocket. Né en 1919 en Suède, Sture Lönnerstrand est écrivain et journaliste. Il attira l’attention des pays occidentaux  dès la fin des années cinquante sur Shanti Devi  qui lui a accordé sa confiance exclusive  quant à la diffusion de l’histoire de sa vie. En 1935, en Inde, le Mahatma Gandhi constitue un comité de spécialistes pour enquêter sur un cas de réincarnation exceptionnel. Une petite fille, Shanti Devi, prétend en effet que sa maison n’est pas sa maison, qu’elle est une femme brahmane, née à Mathura et qu’elle attend un bébé. Bouleversés, ses parents  et son entourage décident de vérifier ses dires et de l’aider à remonter le fil de son histoire. Elle a effectivement été mariée et elle est morte en donnant naissance à un garçon. Que s’est-il passé ? C’est ce que la commission établira. Antérieurement elle a été Lugdi Devi (1902-1925). Shanti Devi est née deux ans plus tard, en 1927 et dès l’âge de quatre ans, donc en 1931, a voulu retrouver son foyer antérieur. 

Les parents réagissent d’abord négativement : “S’il est vrai que notre fille se souvient de sa vie antérieure, alors, selon les anciens textes, elle est vouée au malheur.” (p. 25) Shanti Devi, dans cette incarnation et la précédente, a toujours eu pour Krishna une dévotion particulière. A mesure que l’enquête officielle progresse (novembre 1935), il n’est plus possible de douter. On retrouve son mari qui fond en larmes et lui demande pardon. Elle lui avait fait promettre de ne pas se remarier car elle allait revenir. Le livre décrit les multiples difficultés psychologiques soulevées dans les deux familles par cette révélation.

En 1947 Sture Lönnerstrand rend visite à Shanti Devi et sait gagner sa confiance car il la croit sans réserve. Il va relier tous les éléments de cette histoire. La clé de l’évènement ? “La voie est le bhakti yoga, la prière et la dévotion sincère”.  Elle explique : “J’ai prié Krishna sans cesse comme on me l’avait appris. Ce n’était pas une prière courante. C’était un mantra qui accompagne la mort après qu’il a quitté son corps. Mais moi je voulais vivre et rester sur terre ! Ce fut là ma grande erreur. Si je n’avais pas eu si désespérément envie de revenir à la vie, je n’aurais pas eu besoin de me réincarner. J’aurais rejoint Brahmâ et la vie éternelle.” (p. 117)

Sture Lönnerstrand reste en contact avec Shanti Devi et trente ans après, en 1977, il la revoit à Delhi. Elle enseigne, comme elle voulait le faire. Sa dévotion à Krishna est toujours aussi forte. Il lui apparaît comme “une colonne de lumière” (p. 133). 

4. L’ouvrage se termine sur un dossier plus général et notamment sur quelques citations éclairantes du Nouveau Testament. Jésus demanda à ses disciples (Matthieu, 16, 13) :  “Que disent les hommes ? Qui disent-ils qu’est le Fils de l’Homme ?” Ils lui répondirent : “Les uns disent que tu es Jean le Baptiste, les autres Elie ; les autres Jérémie, ou quelqu’un des prophètes.” (Mais comment Jésus pourrait-il être Jean le Baptiste qui va ou l’a déjà baptisé ? Le reste de l’échange prouve que la réincarnation était une donnée courante du judaïsme d’alors comme elle l’est dans certains cercles juifs aujourd’hui). 

Dans une épître aux Galates (Galates 6, 7-8) Paul écrit : “Ne vous trompez pas, on ne se moque point de Dieu. L’homme ne recueillera que ce qu’il a semé.” Explication : il continue à semer jusqu’à son dernier souffle et en recueille le fruit dans une vie suivante. 

Dans l’Evangile de Marc (9,11-12), les disciples demandent : “Pourquoi les pharisiens et les scribes disent-ils qu’il faut qu’Elie vienne auparavant ?” “Jésus leur répond qu’il “est vrai qu’auparavant Elie doit venir, pour rétablir toute chose.”

Dans Matthieu (17, 12) on rapporte que Jésus a dit : “Mais je vous dis qu’Elie est déjà venu.” Et plus loin : “Puis les disciples comprirent qu’il était en train de leur parler de Jean-Baptiste.” (17,13). Dans Matthieu (11,14), Jésus est limpide quand il s’exprime sur l’identité première de Jean-Basptiste : “Et si vous voulez comprendre ce que je vous dis, c’est lui-même qui est cet Elie qui doit venir.” Vers le V° siècle l’Eglise renoncera à la réincarnation. 

5. Les témoignages de vies antérieures sont nombreux. Il s’agit de récits dont la véracité doit pouvoir être contrôlée. On en trouve des témoignages chez des auteurs comme Alexandra David Neel, le lama Anagarika Govinda, le lama Sogyal Rinpoché et bien d’autres. Le docteur Ian Stevenson a étudié plus de vingt cas suggérant le phénomène de réincarnation (http://psiland.free.fr/biblio/description/stevenson2.html). Mais, à les multiplier, ces récits ne veulent plus rien dire et deviennent complaisance suspecte pour le passé. La seule incarnation qui compte est celle que nous vivons ici et maintenant. Que pouvons-nous en faire pour être pleinement en harmonie avec le grand Tout ? La notion de vie antérieure n’a d’utilité que pratique. Si elle est inutile mieux vaut s’en passer pour éviter le risque d’identifications ridicules et même dangereuses . Par contre si elle est utile il faut en définir le pourquoi et le comment. 

6. Les traces d’antériorité. Le terme “traces d’antériorités” me semble plus précis que “réincarnation”. Tout se passe comme si nous conservions en nous-mêmes, des traces de ce que nous avons été et que nous ne sommes plus. Ces traces semblent se réactiver au fil des évènements qui nous touchent : rencontres, voyages, actions, lectures, spectacles, prises de conscience etc… Lorsque nous ignorons l’existence ces traces, certaines de nos réactions peuvent nous étonner et même nous angoisser. Au contraire quand nous connaissons les plus importantes de ces traces ces réactions cessent de nous surprendre. Nous savons  comment les utiliser, les dominer et les transmuter. Les grandes vocations et aussi les grands crimes peuvent venir de la réactivation spectaculaire de ces traces. Quand un évènement ne peut s’expliquer par le conditionnement familial, éducatif ou social, il est intéressant de songer aux traces d’antériorités. Les progrès de la génétique d’une part et de la psychogénéalogie d’autre part fourniront probablement des explications à ces phénomènes.

7. Il n’est pas nécessaire de croire à ces traces d’antériorités pour s’en servir. Ce sont des outils, comme un marteau. On ne se pose pas de question sur l’existence du marteau.  On s’en sert, si possible correctement. Un très bon livre de Brian Weiss “Nos vies antérieures, une thérapie pour demain” (Ed Rocher, 1995 et grand livre du mois) montre comment des psychanalystes américains recourent aux antériorités, sans forcément y croire, pour aider des patients à évacuer des angoisses très profondes. En France, Patrick Drouot en fait de même : “Des vies antérieures aux vies futures” (Pocket, Collection L’âge d’être n° 4766). Il utilise une hypnose lucide. Le sujet reste totalement conscient et reçoit en fin de séance la cassette enregistrée de tout ce qu’il a pu dire. Il revit par l’intérieur une ou plusieurs antériorités par des questions neutres mais précises qui provoquent des visualisations et des remontées d’inconscient. P. Drouot a formé des psychothérapeuthes à cette technique, dangereuse entre des mains inexpérimentées. Le channelling de Lyk-system offre aussi une voie intéressante. En croisant les recherches on ne rencontre pas forcément les mêmes antériorités. Ce qui incitera à la prudence. “Quand le disciple est prêt, le maître se présente” dit le bouddhisme tibétain. Et le discipline quitte le maître quand le moment est venu. Une fois la curiosité assouvie, on peut oublier la recherche. Elle poursuivra souterrainement ses effets bénéfiques, si elle a été menée prudemment.

8. Une bonne synthèse sur le sujet est celle de Jean-Pierre Schnetzler : De la mort à la vie. Dialogue Orient-Occident sur la transmigration”. Dervy, Paris 1995. Les Tibétains ont bien travaillé la question du passage (bardo) avec leur Livre des Morts. On en lira une bonne synthèse chez Sogyal Rinpoché “Le livre tibétain de la vie et de la mort” (Table ronde 1993). Alexandra David Néel évoque les réincarnés tibétains (tulkous) dans “Mystiques et magiciens du Tibet”  (Pocket) et surtout son roman “Le lama aux cinq Sagesses”, (Pocket)

9. Pour prendre du recul on peut lire de Patrice Van Eersel “La source noire, Révélations aux portes de la mort” (1986, Livre de poche) bonne synthèse des recherches en cours. Les mêmes recherches sont évoquées dans un roman de science-fiction : Bernard Werber “Les Thanatonautes” (1994, Livre de Poche). Nous glissons  ici vers des thèmes annexes. Les techniques de projection du corps astral : Robert A. Monroe “Le voyage hors du corps” (Pocket 1989). Un channel tout à fait étrange : Jane Roberts “Le livre de Seth” et “L’enseignement de Seth” (J’ai lu, New Age, 1990). Tous ces témoignages vécus sont passionnants à lire ; les fréquenter avec esprit critique et prudence.

10. Renaissance et chômage. Des fonctionnaires des services sociaux de la ville hollandaise de Maastricht 120.000 habitants) ont conseillé à 3.400 chômeurs longue durée, particulièremejnt traumatisés, de recourir à des thérapies concernant leurs vies antérieures. Il s’agit de thérapies de 10 séances, 90 € chacune, payées par la collectivité. D’où scandale. Le ministère de la Défense, et notamment les services secrets ont déjà eu recours à la méditation bouddhiste. (D’après Sabine Cessou, Libération, 19_06_2008).

11. Renaissances et judaïsme « Le Judaïsme croit-il en la réincarnation ? »Texte traduit et adapté par Claude Krasetzki Lamed.fr 2003 Résumé et numérotation Retorica. Le texte initial comprend 19.000 caractères avec de nombreuses notes. Celui-ci 8.600 caractères.

L’eschatologie est définie comme étant une branche de la théologie relative à la transformation ultime du monde. (…) L’eschatologie juive est constituée de trois éléments essentiels : « L’Ere messianique »,  » La vie future »,  » Le Monde de la Résurrection »Suivant la tradition juive, le Messie sera un être humain, né de père et de mère, tous deux de chair et de sang (…) selon Maïmonide, une fois que le Messie aura achevé sa tâche, il mourra comme n’importe quel autre homme. (Sa tâche) est de mettre fin à l’agonie de l’histoire et de faire entrer l’humanité tout entière dans une nouvelle ère de félicité. La période pendant laquelle il apparaît et complète sa tâche est appelée l’Ere messianique. (…) La paix (règnera) entre les nations. Le peuple juif vivant sur sa terre, y (exercera) une pleine souveraineté, délivré des persécutions et de l’antisémitisme. (Il sera enfin) libre de poursuivre ses objectifs spirituels, comme il n’avait pu le faire jusqu’alors.

12. Le monde futur (la vie future) est appelé dans les sources juives traditionnelles olam habah, littéralement le Monde à venir. Cependant, le même mot, olam habah, est également employé pour désigner le monde idéal et complètement renouvelé qui apparaîtra dans l’avenir , le Monde de la Résurrection, olam hat’hia. Le premier monde est celui où les âmes des justes sont placées après la mort , et c’est là qu’elles vont depuis que le premier homme est mort. On l’appelle également le Monde des Ames. Les âmes y demeurent sous une forme désincarnée, tout au plaisir d’être proches de Dieu. (…) Les authentiques expériences de mort clinique sont probablement des avant goûts du Monde des Ames, assimilé la plupart du temps au Monde futur à chaque fois que ce dernier terme est employé. Quant au Monde de la Résurrection, (lui-même) comme l’écrit le Talmud, « aucun œil ne l’a vu ». C’est un monde, d’après la plupart des commentateurs qui font autorité en la matière, où le corps et l’âme sont réunifiés pour vivre éternellement dans un pur état de perfection. Ce monde ne prendra naissance qu’après la venue du Messie et débutera par le »Grand Jour du Jugement », (Yom HaDin HaGadol). Il sera donc la récompense ultime, un endroit où le corps sera devenu éternel et de nature totalement spirituelle tandis que l’âme atteindra un niveau encore plus élevé.

13. La réincarnation est un moyen. Alors qu’un concept tel que le « Monde à venir » fait partie intégrante du domaine de l’eschatologie, la réincarnation, en elle-même, n’en est qu’un moyen permettant d’atteindre un de ses buts. Cela consiste, en fait, à réintroduire l’âme dans un corps totalement nouveau et ce, dans ce monde-ci. La Résurrection, au contraire, est la réunification de l’âme avec le corps tel qu’il était auparavant (nouvellement reconstitué) au sein du « Monde à venir », chose qui se s’est jamais produite dans l’histoire de l’humanité. La Résurrection est, par conséquent, une notion totalement eschatologique, dont le dessein est de gratifier le corps de l’éternité (et l’âme d’une plus grande perfection); la réincarnation a, quant à elle, généralement un double objectif: soit de rattraper une faute commise dans une vie antérieure soit de créer un nouvel état de plus haute perfection personnelle, telle qu’elle n’avait jamais été atteinte auparavant. La résurrection est donc le temps de la récompense et la réincarnation celui de la réparation. En d’autres termes, la résurrection, c’est la saison de la moisson et la réincarnation celle des semailles.

14. Mysticisme. La réincarnation (…) est mentionnée (…) dans les textes classiques du mysticisme juif, et tout d’abord dans le livre de référence de la Kabbale, le Zohar:  » Aussi longtemps qu’une personne ne parvient pas à atteindre ses objectifs dans ce monde, le Saint, Béni soit Il, la déracine et la replante autant de fois qu’il faut.  » (Zohar I 186b)  » Toutes les âmes sont sujettes à la réincarnation; nul ne connaît les voies du Saint, Béni soit Il! Les gens ne savent pas qu’ils sont présentés devant le tribunal avant d’entrer dans ce monde et une fois qu’ils l’ont quitté; ils ignorent qu’ils doivent subir beaucoup de réincarnations et de travaux secrets et que, complètement dépouillés, de nombreuses âmes et une infinité d’esprits errent dans l’au-delà sans pouvoir pénétrer sous le voile du Palais du Roi. Les hommes ne sont pas conscients que les âmes virevoltent comme des cailloux lancés par une fronde. Mais le temps sera proche quand on découvrira tous ces mystères « . (Zohar II 99b)

Le Zohar et la littérature qui lui est apparentée (…) cherchent à savoir quels sont les corps qui sont ressuscités et ce qu’il arrive à ceux qui ne réussissent pas à atteindre la perfection finale. D’autres questions sont également posées: combien de chances sont données aux âmes afin de leur permettre d’arriver à leur niveau suprême? Le mari et sa femme peuvent ils être se réincarner ensemble? Un enterrement effectué en retard peut-il avoir une incidence sur la réincarnation? L’âme d’un être humain peut-elle se réincarner dans un animal ?

(…) Pourquoi n’advient il à tel juste que de bonnes choses alors qu’un autre juste subit des épreuves ? C’est parce que ce dernier a fait le mal dans une vie antérieure et qu’il en paie maintenant les conséquences…C’est comme la personne qui a planté une vigne et recueille du raisin acide au lieu des fruits sucrés qu’il espérait. Voyant qu’il a planté et vendangé en vain, il arrache la vigne et, après avoir bien nettoyé, en plante une nouvelle. Et ainsi de suite. (..) Dans les nombreux livres de Rabbi Its’hak Louria (Ari), rédigés et transmis pour la plupart par son principal disciple, Rabbi Haïm Vital, des idées particulièrement profondes sont émises à propos de la réincarnation. En vérité, son ouvrage Chaar HaGilgoulim, « Les portes de la réincarnation », est consacré exclusivement à ce sujet; des détails y sont donnés notamment sur l’origine des âmes de nombreux personnages bibliques et en qui se sont ils réincarnés depuis cette période jusqu’au Ari.

15. Les enseignements du Ari et sa vision du monde se répandirent après sa mort (1572) comme une traînée de poudre parmi les communautés juives d’Europe et du Proche-Orient. Auparavant, la réincarnation avait déjà été généralement une notion bien acceptée par les Juifs (…). Après le Ari, elle est devenue partie intégrante de l’expression et du savoir juifs et a nourri la pensée et les écrits des grands érudits et des dirigeants, en commençant par les commentateurs classiques du Talmud (…) jusqu’au fondateur du mouvement hassidique, le Baal Chem Tov, (mort en 1760) (et le leader du mouvement opposé), le Gaon de Vilna (mort en 1797).

Même les plus grands érudits qui ne sont pas connus pour leur prédisposition au mysticisme considèrent la réincarnation comme un principe acquis. Un des textes que les adeptes du mysticisme aiment à rappeler est l’allusion au principe de la réincarnation dans le verset suivant tiré du livre de Job :  » Voyez, tout cela, Dieu le fait deux ou trois fois en faveur de l’homme, pour ramener son âme des bords de l’abîme et l’éclairer de la lumière des vivants « . (Job, 33, 29-30) (…) Dieu autorise les humains à sortir de « l’abîme » (une des expressions bibliques désignant le Guehinnom ou « Purgatoire ») et à revenir dans le monde « des vivants » une deuxième fois et même une troisième si ce n’est une multitude de fois.(…) Cependant plusieurs décisionnaires qui font autorité dans la Tora, tels que Saadia Gaon (dixième siècle), ont rejeté l’idée que la réincarnation puisse être une notion juive.

16. Note de Claude Krasetzki (…) Platon (…), dans ses œuvres telles que Ménon, Phédon, Timée, Phèdre et la République, adopte la croyance dans la doctrine de la réincarnation. Il semble avoir subi les influences de penseurs grecs plus anciens comme Pythagore et Empédocle. (…) Au dix-neuvième siècle,Schopenhauer s’exprima ainsi dans son livre Parerga et Paralipomena :« Si un Asiatique me demandait une définition de l’Europe, je serais obligé de lui répondre ainsi: C’est la région du monde qui est bercée par l’absurde illusion qu’une personne qui vient de naître entre pour la première fois dans la vie... » (…) Note Retorica  : De nombreux textes, hindous et tibétains, fournissent des témoignages difficilement réfutables en faveur des renaissances.

Roger et Alii

Retorica

(22.300 caractères)

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