27 RET 40mots, 200mots, pp3, hygiène des lettres 2009_05

Je n’ai pas trouvé d’autre formule que celle-ci pour tenter de définir ce que nous essayons de faire. Je l’emprunte à Etiemble qui publia de 1952 à 1967 chez Gallimard plusieurs séries d’articles sous le titre général « Hygiène des lettres » Les contributions retenues vont de 2007 à 2009. Que dire en 2015 ? Je le note en fin de fichier. Roger.

Laurence (11 oct 2007) : Un petit mot pour vous faire part de tentatives pédagogiques dans ma classe de TL en philo cette année et pour susciter, je l’espère des discussions, d’autres propositions, d’autres échanges de pratiques.

J’ai la chance cette année de travailler avec une classe de TL que j’ai 8 heures par semaine en philo, 1 heure en ECJS et 1 heure tous les 15 jours en vie de classe car je suis leur PP.

J’ai mis en place pour les cours de cette année:

– des exposés trois minutes

– l’écriture de textes libres (certains sont déposés sur le site ICEM vous pouvez aller les consulter pour remarques et commentaires en passant par le chemin suivant : Espace enfants/jeunes / Le coin des classes / X Marmier – Classe philo / Textes libres )

– le conseil coopératif

– des discussions philosophiques- des plans de travail individualisés

Les exposés trois minutes:

La théorie

a) Le choix de la question traitée : Au début de l’année à partir d’une liste de questions les élèves doivent reconnaître celles qui sont philosophiques et celles qui ne le sont pas en dégageant des critères. Exemple : une question philosophique est ouverte car elle n’a pas de réponse définitive, elle s’adresse à tout le monde et pas à un spécialiste, il faut argumenter pour y répondre etc…. En respectant ces critères chaque élève rédige une question philosophique qui lui plaît. Les questions proposées sont alors notées par toute la classe. Puis chacun choisit celle qu’il voudra développer lors d’un exposé trois minutes (pas nécessairement celle qu’il a rédigée). Pendant cette même séance nous fixons une date pour tous les exposés qui auront lieu trois fois par semaine (à la mi novembre tous les élèves auront présenté quelque chose).

b) La méthode. Je leur distribue une fiche « organisation du trois minutes » (je l’ai piquée à Catherine, on peut la retrouver sur le site de la classe) ainsi qu’une grille d’évaluation à remplir (disponible au même endroit sur le site). Cette dernière sera progressivement complétée par des critères nouveaux qui apparaîtront au fil des exposés. Deux élèves sont particulièrement attentifs et choisissent d’évaluer le camarade qui « passe ». Ils remplissent alors la grille suite à une discussion sur l’évaluation avec le prof et la classe puis ils la remettent à l’élève concerné. Ces exposés ne sont donc pas notés mais seulement évalués.

c) Le déroulement de l’exposé. Les tables sont en U ou en carré, tous les élèves peuvent donc se voir.Un élève chronomètre le temps de parole. Si l’élève qui parle a terminé avant terme il peut improviser pour « remplir » ses trois minutes, s’il n’a pas terminé, il est interrompu par le gardien du temps. Il pourra peut-être développer ce qu’il n’a pas pu dire en répondant aux questions. Après la présentation les autres élèves posent des questions à l’auteur de l’exposé. Ces questions doivent être de vraies questions, c’est à dire qu’elles ne doivent pas être une affirmation déguisée. Il ne s’agit pas de dire ce qu’on pense à ce moment là mais d’aider l’auteur de l’exposé à aller plus loin dans sa réflexion. Quand un élève a posé sa question l’auteur de l’exposé dit s’il l’accepte ou non en expliquant pourquoi. Quand il accepte une question il prend le temps d’y répondre. Puis on demande à l’auteur de la question si la réponse le satisfait ou s’il faut aller plus loin, préciser, formuler autrement.

La classe propose une évaluation de l’exposé sur la forme et le fond dans laquelle je peux intervenir. Puis pendant la pause les deux élèves chargés de l’évaluation remplissent la grille qu’ils remettent ensuite à l’orateur en herbe.

La pratique : Les élèves choisissent des questions souvent existentielles et touchant à la psycho ce qui est bien normal à 17, 18 ans. Exemple : « Faut-il douter de soi ? Peut-on avoir plusieurs personnalité ? Le but est-il de se trouver soi-même ? A-t-on besoin des autres ? La peur nous empêche-t-elle d’avancer ? La vie est-elle prédestinée ? Est-ce un défaut d’être influençable? « 

Mais on trouve aussi plus rares, des sujets pouvant toucher à l’épistémologie « Faut-il croire tout ce qu’on voit ?  » Ou à l’esthétique « Peut-on dire à chacun ses goûts? « . La politique est absente de leur préoccupation ce qui est sûrement trèsnormal aussi.

J’ai donc commencé mon cours magistral -eh,oui j’en fais aussi- pour montrer que la raison et la philosophie sont nées de discussions politiques sur l’agora. Je me suis appuyée sur la thèse de Jean Pierre Vernant dans les Origines de la pensée Grecque.

Trois minutes c’est parfois trop long pour eux !!! Cela m’a beaucoup étonnée car j’avais fait faire il y a quelques années des exposés qui étaient souvent interminables et ennuyeux. Certains ont du mal à ne pas lire leur notes ; regarder son public et parler lentement est pourtant un critère qui a été rapidement dégagé. Ils prennent ce travail au sérieux même s’ils ne sont pas notés.Globalement la qualité des exposés progresse dans le temps. Il y a toujours des élèves qui se proposent spontanément pour évaluer leur camarade orateur et remplir la grille.

Les sujets de ces exposés donnent lieu par la suite à de petits débats au fil du temps de plus en plus approfondis. Je vois vraiment que cela a des incidences sur leur façon de construire leur réflexion à l’écrit. Mais je vous le raconterai dans un autre message. Finalement ces exposés ne sont pas filmés. Décision du conseil coopératif, ça aussi il faudra que je vous raconte car je crois y avoir compris beaucoup de choses. En bref c’est trop chouette, trop cool, trop de la balle Freinet au second degré (évidemment à deux ou trois heures par semaine ça ne serait pas la même chose).

Christelle (11 oct 2007) : Laurence, ça fait plaisir de voir qu’en lycée le trois minutes marche aussi ! Pour ce qui est de mon expérience personnelle elle est aussi enthousiaste que la tienne ! Le tableau d’inscription est rempli de noms et malheur à celui qui oublie le rituel des trois minutes ! J’ai commencé à mettre les films sur le blog de la classe. Contrairement à toi, j’utilise la vidéo (je leur ai bien entendu demandé leur autorisation pour la diffusion sur le blog). Je n’ai pas eu de refus. Mes élèves n’ont pas non plus le même âge et en plus la caméra change de main à chaque trois minutes alors j’vous raconte pas quand il m’arrive de l’oublier ! En plus de son aspect ludique, la vidéo est un outil intéressant car elle permet à l’élève qui est passé de se voir (je pratique beaucoup l’autoévaluation). S’il y a la moindre gêne je ne diffuse pas le film sur le blog.

Pour ce qui est des textes libres, je suis en train d’imaginer une façon de gérer le flux!! J’ai donc décidé (je n’ai pas encore fait de conseil coopé, je ne trouve pas le temps alors c’est moi qui gère le planning de la semaine… je sais il faut que j’évolue de ce côté-là mais on peut pas tout faire!!!) de programmer une lecture par mois. S’inscrivent ceux qui le désirent. Ils ont à choisir un texte. La classe utilisera la grille d’évaluation (déjà mise au point. Cette grille comporte une partie « façon de lire » et une partie « le texte: contenu, genre… »: les élèves de 6è ont déjà parlé du genre autobiographique, du documentaire…) et décideront des textes à garder pour créer un recueil (nous mélangerons les textes des 6è, 5è,4è et 3è). Chaque élève aura un recueil et ce recueil figurera aussi sur le blog ainsi les autres classes du collège y auront accès. J’imagine bien aussi un deuxième recueil plutôt audio sur cd: là il faudra que je demande aux élèves mais j’imagine déjà leur réponse: ils adorent s’enregistrer!). ainsi, on changerait de support et pas de routine! Je peux vous dire que l’affiche que j’ai mise aujourd’hui pour les inscriptions a le même succès que les trois minutes! Qui ose dire que les élèves n’aiment pas travailler ???? Voilà voilà! Merci pour ton enthousiasme. ça me conforte dans ma vision de l’enseignement !

P.S.  »les mots à la bouche: la vie dans une classe de français au collège Jacques Brel où l’on voit que les élèves ont une kyrielle de choses à dire et à partager » (blog de la classe)

http://www.weblettres.net/blogs/?w=lesmotsalab

Catherine (11 oct 2007) : Bonsoir,

Ce qui m’intéresse, Christelle, c’est comment tu fais démarrer le texte libre dans ta classe. Chez moi, ça ne décolle pas cette année. Ils n’écrivent pas.

Roger (12 oct 2007) : Je crois qu’il faut commencer par des ateliers 40 mots. Le refus du texte libre vient de son apparente proximité avec la rédaction ou la dissertation. Le 40 mots permet de casser ce schéma, invite à la réécriture (de 3 à 7 versions) et surtout fait accéder à la littérature. Mais il faut pratiquer soi-même un peu. J’ai eu mon agrégation sur un atelier d’écriture : enthousiasmée par la formule l’IPR qui m’inspectait s’est mise, en pleine inspection,  immédiatement, et je l’encourageais à chercher. S’il y a des personnes intéressées par le trio trois minutes – quarante mots et deux-cents-mots car les trois pratiques sont liées en rhétorique, je puis fournir le dossier zippé. Et les inscrire dans le chantier Retorica (lié aux listes second degré et BT2 mais autonome tant il y a de fichiers….)

Guy (18 oct 2008) : (…) il faut bien voir qu’il existe un monde entre un quasi adulte de seconde, de première ou de terminale de lycée et un enfant de primaire. Ce qui peut s’appliquer à l’un ne convient pas obligatoirement à l’autre. Les élèves-étudiants de lycée, déjà triés, représentent quel pourcentage de la classe d’âge tout entière réunie dans les classes de l’école primaire. L’hétérogénéité de la classe de seconde, aussi ouverte soit-elle, n’a rien à voir avec celle d’une classe primaire. Les niveaux de compréhension et d’accès à certaines formes ou procédés ne sont pas comparables et on ne peut proposer à l’élève du primaire ce que l’on peut mettre en œuvre en lycée.

De plus ne confondons pas un procédé aussi efficace soit-il avec une pédagogie. 

Tout dépend de ce que l’on se donne en priorité. Veut-on favoriser l’expression personnelle naturelle des enfants ou veut-on, prioritairement, s’attacher à l’apprentissage de la rédaction dans un Français élégant. Le procédé que tu emploies peut sûrement faciliter le déblocage des ados de lycée tout en les formant à l’expression nécessaire à l’obtention du bac. Nous ne sommes pas dans la même perspective au niveau du primaire. Et même au niveau du lycée j’espère que l’expression naturelle y sera encouragée parallèlement au procédé. En tout cas, pour moi, ce qui reste fondamental, c’est l’accès à l’expression personnelle.

Roger (19 oct 2008) : Tu te fais une idée singulière du public que je fréquente. Les quarante-mots que je t’ai communiqués couvrent l’ensemble de la population scolaire, y compris illettrés. Car les enfants du primaire passent dans le secondaire jusqu’en troisième. Et mes secondes technologiques avaient quelquefois été refusés en BEP faute de place. Cela ne se voit peut-être pas mais parmi les productions retenues, la plupart proviennent d’élèves jugés faibles et même nuls en français. J’ai pratiqué le quarante-mots avec des enfants du niveau CP-CE1 et du reste c’est bien ce que font les professeurs des écoles lorsqu’ils prennent sous la dictée les textes des enfants en veillant à ce qu’ils soient corrects. Je ne dis pas dans un « Français élégant » mais simplement correct. Et les productions que je propose, à titre d’exemple, ne sont pas élégantes à mes yeux, simplement correcte. J’ajoute, et je crois que c’est l’argument définitif,  que la première idée du quarante mots m’est venue en observant le travail des institutrices de CP en méthode naturelle d’écriture et lecture. 

Une pédagogie repose sur des procédés. La pédagogie Freinet est faite de techniques Freinet. Je n’ai jamais prétendu faire du Freinet. Si le mouvement Freinet accepte mon travail, c’est bien. S’il le refuse, c’est bien aussi. Lorsque j’ai proposé au second degré la technique des prises de parole en 3 mn (devenue sur le site ICEM « exposés en trois minutes » ce qui est très réducteur) c’était comme je le disais alors et aujourd’hui encore « Retorica pour nous sortir du caca ». Le caca c’était évidemment l’enseignement traditionnel mais aussi l’impossibilité de pratiquer la P.F au second cycle pour de multiples raisons. Alors que leur démarche est la même : offrir une forme vide à remplir personnellement,  les pp3 se sont répandues tout de suite. Les ateliers en quarante-mots pas du tout.  Pourquoi ? 

Parce que, dans le mouvement Freinet, on vit souvent sur une idée dualiste et fausse. Tout ce qui n’est pas  expression naturelle devient « apprentissage de la rédaction ». Le quarante-mots a pour but d’échapper à ce dualisme. Pour une raison rarement évoquée. Monsieur Lopez, l’instituteur du film « Etre et avoir » travaillait à la campagne, en classe unique, comme Freinet et beaucoup de camarades alors. Je me suis immédiatement demandé pourquoi il ne travaillait pas en P.F.  Je croyais qu’il l’ignorait. Pas du tout. Il la connaissait fort bien et l’avait pratiquée. Alors ? Ce serait intéressant de l’interroger à ce sujet. Je l’ai fait avec d’autres collègues qui avaient commencé à travailler en expression libre et qui y avaient rapidement renoncé. Leur raison : « On ne sait jamais si ce que produisent les élèves vient d’eux, de leurs parents ou de petits copains ». Sans parler de l’auto-plagiat. Je me souviens d’une double page intérieure du Monde consacrée à l’expression libre personnelle d’un élève du primaire. Le nom de l’instituteur était cité et donc on admirait le résultat de sa pédagogie. La semaine suivante en même page intérieure on trouvait un petit entrefilet où l’instituteur de l’année précédente expliquait que c’était avec lui que l’élève avait produit tous ces beaux textes. L’année suivante il s’était simplement mis en libre et auto-plagié tandis que l’instituteur avait eu le réflexe de communiquer ces productions au grand quotidien du soir.

J’ai pratiqué le quarante-mots, avec fil rouge et en classe, sur table,  pour savoir comment évoluait l’expression réelle des élèves que j’avais en charge pendant un an. En somme c’est aussi un instrument d’étalonnage de l’expression. Cela n’a rien de glorieux mais je n’en ai pas honte.  

Claire-Marie (11 mai 2009) : Je vous fais part d’un petit problème que j’ai à gérer aujourd’hui ( 😉 c’était avant-hier maintenant, mais le problème est le même !) Dans ma classe de 5ème6 -qui carbure vraiment bien en termes de motivation, à défaut d’être excellente dans les savoirs académiques, mais je me contente du point 1 -, j’ai 3 garçons ingérables : pas méchants, mais très agités, chahuteurs, jamais au courant de ce que l’on fait, incapables de gérer un planning personnel. Ils perdent leur plan de travail, n’ont jamais le bon matériel au bon moment. Leurs problèmes sont un peu différents :

– un grand dyslexique que je soupçonne aussi d’hyperactivité (pathologique, ce n’est pas une expression en l’air) ;

– 1 élève totalement abandonné à lui-même par des parents qui ne s’entendent pas et se renvoient la balle (les affaires du jour se trouvent toujours chez l’autre parent… il n’est pas capable d’écrire de lui-même plus de 3 lignes ; ne peut faire que des exercices à trous et encore, si on est sur son dos)

– 1 élève complètement désorienté, plein de bonne volonté mais n’a pas les acquis du primaire ; perd ses affaires, souvent absent… ;

J’ai essayé de les séparer, de les mettre dans d’autres groupes, mais dans ce cas, ils ne font rien (même avec des missions précises et les autres s’en plaignent).

J’ai donc fini par les mettre ensemble (ils l’avaient demandé) et évidemment le résultat est nul au sens mathématique du terme.

Tous les autres élèves de la classe (22 au total), même faibles en orthographe, grammaire, même petits « écriveurs », même décrocheurs, arrivent à déposer leurs travaux écrits sur le blog en temps et heures (ou presque !) ou dans le pire des cas, à me les remettre manuscrits avant la date fatidique (qui bénéficie toujours d’un délai…. c’est peut-être une erreur).

Je suis en train de procéder aux évaluations des écrits du trimestre (des écrits « encadrés », corrigés, recorrigés, retravaillés en classe) en prenant en compte un certain nombre de compétences (J’utilise un système d’évaluation sans note /20 par devoir ; j’ai un système de calcul compétence par compétence).

Ces 4 garçons m’ont bien eue (involontairement je pense quand même) et je me suis bien laissée avoir.

Les élèves écrivent leurs textes sur 3 heures en classe (donc 3 semaines : 1 heure découverte, recherche, mise en route / 1 heure perfectionnement du texte => je ramasse pour une première correction / 1 heure de correction-reprise => je ramasse pour évaluation, puis ils déposent sur le blog). S’ils ont besoin de plus de temps, ils peuvent travailler à la maison… certains le font, d’autres non.

Ces 4 garçons ont trouvé le moyen de ne rien écrire en 6 heures…. les autres s’en sont tirés avec 2 à 4 heures de travail.

Mon erreur a été de leur laisser à deux reprises une chance après leurs supplications.

La réalité, c’est qu’ils ont de grandes difficultés à produire et surtout à s’inscrire dans une continuité.

D’une semaine sur l’autre, ils perdent le travail effectué (mentalement et matériellement). Pour le deuxième point, je prends des photocopies, ou je garde les brouillons pour être sûre que la matière soit en classe à la séance suivante. Malheureusement, ça n’a pas suivi, suffi. Ils sont les seuls aujourd’hui de qui je n’ai RIEN au bout de 6 semaines de travail.

Du point de vue du contenu, ils s’étaient lancés dans une réflexion philosophique (j’étais plutôt contente) sur la honte…

Il n’ont fait que poser quelques questions, répondu à quelques unes. C’est très pauvre du point de vue du contenu. Ils n’ont tenu aucun compte des conseils et des ressources procurées.

Je pense qu’ils se sont découragés et que c’était en réalité trop difficile pour eux (le contenu, l’autonomie, la régulation, la correction….). Mais j’hésite toujours à enlever à un élève un poids qu’il a choisi. Après tout…

J’ai besoin…

1. De votre regard critique sur la situation ;

2. de vos conseils pour éviter que ça ne se reproduise une autre année ;

3. d’un avis concernant les sanctions (au sens large du terme, pas seulement restrictif). Ces élèves ont clairement utilisé 6 heures de français pour ne rien faire. Et je ne dis rien du reste du temps, passé à s’amuser, à ne pas lire ce que l’on demande, à ne pas préparer son exposé (7 mn sur un sujet….).

Moi, je ne sais pas quoi faire des élèves dilettantes. J’ai beaucoup de mal avec ce problème. Comment faites-vous ?

Je précise que les élèves écrivent dans le cadre d’un journal qui paraît à peu près toutes les 6-7 semaines et sur un blog.

Suite (actualisation) :

Aujourd’hui j’ai repris ces élèves en classe.

Je les ai mis devant leurs responsabilités : ça non rendu ; ça non rendu ; et ça et ça…. hop au boulot. Papier-crayon et on refait.

– Mais m’dame, je l’ai chez moi.

– Et bien tu devais me le rendre il y a 15 jours. Au travail.

Ils ont (re ?)fait…

J’ai au moins une rédaction.

Demain ?

Un journaliste vient dans la classe pour une interview (de la classe). Sur la touche ou pas sur la touche ces élèves ?

Roger (12 mai 2009) En gros je constate que  »ça fuit de partout », qu’on fasse du traditionnel ou qu’on fasse du neuf. Les élèves n’arrivent pas, pour certains, à se prendre en main. Le travail aboutit quand on les aide personnellement dans l’accouchement de leur vérité, si petite soit-elle. J’avais ce problème avec mes élèves de lycée. Je l’ai tout autant avec mes élèves détenus avec qui je travaille par correspondance. 

Voici le résultat des courses : si un deux-cents-mots demande deux heures à un de mes élèves, il me faut à moi aussi deux heures pour lui proposer la version qui respecte à la fois sa pensée et la langue française. C’est pas grand-chose un deux-cents-mots mais vous voyez l’abîme qui s’ouvre sous nos pas. A trente élèves remettant chacun un deux-cents-mots qui prend à chacun deux heures, la correction générale de l’ensemble demandera 30 x 2 = 60 heures de correction au prof ! Or  CETTE AIDE INDIVIDUELLE DU COMPAGNONNAGE PROF-ELEVE EST LE FONDEMENT MEME DE NOTRE TRAVAIL. CAR C’EST UN TRAVAIL SUR SOI. Et cela nous le fuyons tous, tant que nous sommes. Il faut donc que les élèves réussissent des deux-cents-mots SANS NOUS ou du moins que les 60 heures de correction tombent à une quantité raisonnable, disons dix fois moins, 6 heures. Donc 120 mn d’écriture pour un texte demanderont en moyenne 12 minutes de correction. 

Ecrire correctement c’est une hygiène de vie indispensable parce que NOUS SOMMES PAYES POUR FAIRE ACQUERIR CETTE HYGIENE DE VIE A NOS ELEVES, PAS POUR AUTRE CHOSE. Comme deux-cents-mots dans l’état actuel des choses, c’est monstrueux à corriger j’ai adopté le quarante-mots qui lui, permet un compagnonnage individualisé et collectif plus accessible. En une heure chaque élève peut fournir trois versions de son texte soit donc avec les pertes de temps diverses 15 mn par texte. En fait chaque texte demande de 5 à 10 minutes pour sa rédaction et, miraculeusement, il est presque totalement correct parce que l’élève a pu mobiliser toutes ses énergies sur un temps bref. La correction en est évidemment facilitée et tout le monde est content : l’élève, le prof, l’institution, les parents. Si on se donne comme objectif qu’un travail propre doit sortir de la classe, de l’étude ou de chez soi, alors cela commencera peut-être à « ne plus fuir de partout » … Bref je me demande si nos problèmes ne viennent pas du fait qu’on demande aux élèves des travaux hors de leur portée. Exemple : une dissertation de quatre heures en demande six en réalité et huit ou douze à certains élèves. Plutôt que de devenir fous, ils ne le font pas, ou ils pompent ! 

Mon dernier cas est celui d’un élève de première (Henri IV) qui me demande de l’aider pour « Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui » de Mallarmé. OK. Je lui demande de m’envoyer sa première ébauche. Elle est maladroite mais vraiment prometteuse. Donc un compagnonnage semble s’installer. Je corrige et pour parfaire mon information je vais sur le net. Et qu’est-ce que je vois ? La fameuse ébauche est totalement pompée ! J’ai corrigé le devoir d’un collègue ! C’est trop drôle !  J’en fais la remarque à cet élève plus futé qu’intelligent. Voici la fin de l’échange. Pas gêné le gars  :

« Bonjour Monsieur J’ai trouvé des bons commentaire sur internet donc cela serait dommage si nous en profitons pas. Cependant j’utilise en majorité mon cours ( étant au lycée Henri 4 à Paris, je pense que mon cours doit être de bonne qualité) En réponse à vos questions :

1) Au début tout cela n’était que des révisions pour le bac de français que je passe en Juin. Mais en travaillant, en comprenant les textes, cela me passionne de plus en plus. De plus je vise la mention très bien au bac donc il faut que je travailler : « C’est que la sagesse est un travail, et que pour être seulement raisonnable, il faut se donner beaucoup de mal, tandis que pour faire des sottises, il n’y a qu’à se laisser aller(Musset). Je me suis découvert une passion pendant ces vacances. Plus tard j’aimerai être pilote de ligne. 

2) Je suis tout à fait d’accord avec vous pour laisser un peu reposer le travail : on reprendra dans quelques jours . Merci pour vos conseils, je vais étudier tout cela pour être plus performant. « 

Ce à quoi j’ai répondu :

« vous poussez le bouchon un peu loin car ce que vous m’avez envoyé comme travail personnel c’est le travail d’un autre :

http://mezaille.chez.com/mallarme.htm

Et cela change tout. Car venant d’un élève de première c’était un travail remarquable et on pouvait passer facilement sur ses imperfections que j’ai signalées au passage. Venant de Thierry Mézaille c’est un peu différent. L’étude reste intéressante bien sûr mais c’est celle d’un prof. pas celle d’un élève. Vous venez de perdre votre aura !

Vous avez raison de profiter des commentaires sur internet quand ils sont bons et que vous les retravaillez. Encore faut-il les retravailler. 

Je ne doute pas de la qualité des cours que vous recevez à Henri 4 mais en l’occurence le travail que vous m’aviez envoyé n’est même pas un reflet de ce qu’on vous enseigne.

Vous visez la mention très bien au bac. Noble ambition mais il faut pouvoir la soutenir par un travail personnel de qualité. 

Au plaisir de VRAIMENT vous lire « 

J’ai communiqué au collègue cet échange. Mais je n’ai pas eu de réponse ! Il est possible qu’il n’ait pas apprécié d’être à son tour corrigé… J’insistais pourtant sur les drôleries du couper / coller numérique chez les élèves et les étudiants. Je n’ai pas eu davantage de réponse de l’élève qui m’avait consulté. Par contre il a eu cette trouvaille délicieuse. Il s’intéressait disait-il à Rectorica… en somme le Retorica du rectum ! Ce qui correspond bien à notre objectif « … pour nous sortir (un peu) du caca… » Et je retrouve ainsi la question posée par Claire-Marie !

Roger (17 juin 2009) : J’ai entendu ce matin Avital Ronell, philosophe américaine, spécialiste des addictions et de passage à Paris jusqu’à fin juin, expliquer que les enfants sont cibles et donc victimes de multiples addictions. Elle cite Claparède (1873 – 1940) qui expliquait en son temps que l’attention d’un enfant de 10 ans ne dépassait pas alors 15 mn. Elle est descendu aujourd’hui à 5 mn mais les cours sont toujours de 55 mn. L’indiscipline Solution : privilégier les formes brèves d’expression : quarante-mots liés aux a6 et pp3, bref les aider à se recentrer sur eux-mêmes et les autres pour les aider à regagner du temps d’attention. Affaire à suivre.

Claire-Marie (17 juin 2009) : (…) Une tension difficile à maintenir entre entraînement à la concentration-refus du zapping et efficacité-qualité de la forme brève. Je suis très intéressée par les 40 mots, mais je n’y arrive pas. Sur 100 mots, j’arrive à faire produire un contenu. En 40 mots, en collège, les textes sont d’une insipidité épouvantable et les élèves peinent à se mettre au (re)travail sur ces petits textes. Bref, je ne me suis pas encore appropriée la chose, pédagogiquement parlant.

Catherine (17 juin 2009) : Je suis un peu comme Claire-Marie : impossible de les faire retravailler. Mais je sais leur faire écrire de courts textes qui ont du sens, en poésie. Mais pas des récits, encore moins des argumentations construites.

Roger (21 juin 2009) : Je réussis à faire retravailler parce que j’ai affaire à des adultes ou de grands élèves. Mais l’intérêt s’émousse vite. Le quarante-mots n’est vraiment qu’un procédé parmi d’autres mais très efficace quand les circonstances s’y prêtent.

On peut prendre le problème à l’envers comme le propose Catherine :

Dans « courts textes qui ont du sens » je vois d’abord « du sens ». Souvent il s’agit d’émotion ou pour mieux dire d’états d’âme dont l’expression spontanée est la poésie ou une prose lourde de sens ; ensuite « courts textes ». Je suppose qu’ils tournent entre 40 et 100 mots. 

et enfin, communiquer. Le terme n’est pas dit mais il est sous-entendu. 

Vous vous souvenez certainement de la contribution de Michèle Sellam.  » Atelier de pychologie. Il lui restait 10 mn à remplir après un test de maths en 5°, septembre 2002. Elle est préoccupée par les élèves décrocheurs ou dérangeurs. Elle distribue des feuilles blanches et invite les élèves à exprimer ou décrire ce que ces élèves peuvent ressentir.« 

Les résultats étaient surprenants,  brefs (une quarantaine de mots), pleins de sens, correctement rédigés. Le problème était de savoir quoi en faire. Mais quelque chose s’était incontestablement passé. Voilà une dimension du quarante-mots lié au a6 : on ne part pas du travail du style pour arriver au sens. Mais on part du sens pour aller vers autre chose. 

Que dire en 2015 ? Roger (30 mars 2015) : Je n’ai pas retrouvé une contribution qui se plaignait de l’extrême banalité des 40mots produits par les élèves (en troisième). Mais c’est déjà un jugement littéraire ! Si les 40mots sont rédigés en un français correct c’est déjà bien.

Roger et Alii

Retorica

4.850 mots, 28.400 caractères

Laisser un commentaire ?