27 RET 40mots Journal de Guy 1999

1. Guy a 33 ans. C’est un enfant adopté. Mais là n’est pas l’essentiel. Quand je l’ai rencontré, il s’estimait heureux car “au moins je sais parler”. De 7 à 14 ans ses parents adoptifs l’ont placé dans une maison d’éducation spécialisée. C’est là qu’il a appris à parler. Ensuite deux ans d’ IMP où il n’a pas progressé.
    Après ses 16 ans il est devenu homme à tout faire chez un agriculteur. Exploitation paternaliste qui a duré 14 ans. Des amis l’en ont sorti pour lui trouver autre chose.
    Depuis trois ans, il travaille dans un IMP. Avec l’aide d’un tuteur, il a intenté un procès à son ancien employeur . Il vit toujours chez ses parents adoptifs. Ils sont très âgés. Il les aide sur l’exploitation, une fois sa journée de travail achevée.
    Il a tenté ou on a tenté plusieurs fois de lui apprendre à lire. Par des amis communs nous nous rencontrons. Guy est davantage motivé. L’administration dont il dépend veut le mettre sous une tutelle plus étroite. Et puis, je le sais par nos amis, il y a les filles. Elles fuient ce garçon gentil mais qui ne sait pas lire. La tare sociale aujourd’hui.
    Guy conduit, fait les courses de ses parents adoptifs, vérifie et signe les chèques qu’on lui présente rédigés. Il sait forcément des choses. Je ne m’engage pas à lui apprendre à lire. Je me borne à lui proposer une aide pour progresser.

    2. Nous travaillons deux puis trois fois par semaine par séances d’environ 45 mn, de 18.30 heures à 19.15 heures, après son travail.
    Nous avons commençé par déchiffrer des listes de course. Puis je suis parti d’une technique courante en méthode naturelle. Guy me dicte un texte très bref. Je le reproduis au traitement de texte. Et nous le déchiffrons ensemble.
    Les textes s’ajoutent aux textes. Leur longueur est immuable : 40 mots. J’ai emprunté cette forme aux ateliers d’écriture en 40 mots que j’utilisais avec les élèves de second cycle et les BTS. En 40 mots on peut dire beaucoup de choses. D’une manière très concise évidemment. Ce qui est une qualité stylistique.

   3. Du 18 novembre 1996 au 11 avril 97, nous avons eu 44 séances et nous avons rédigé, lu et relu 19 textes. Il faudrait évidemment faire des rapprochements entre les mots, dégager des ressemblances mais ni lui ni moi ne sommes très intéressés par cet aspect des choses.
    Par contre je sens bien qu’il nous faut un cadre extérieur pour être sûr de ne rien oublier. Ce cadre, je le trouve avec la méthode Boscher dans laquelle j’ai appris à lire il y a 55 ans et qui m’a laissé un souvenir plaisant.
    Guy aime ce livre qui ne manque pas d’humour (au second degré bien sûr). Il a l’impression de faire un vrai cours préparatoire. Nous lisons une page du Boscher et je lui dicte la dernière ligne manuscrite.

    4. Nous alternons ainsi en une même séance, selon l’humeur, l’expression personnelle en 40 mots, la méthode Boscher et d’autres textes qu’il apporte ou que je lui trouve : bandes dessinées, quotidiens, programmes de télévision etc.
    J’essaie de lui faire acquérir une lecture fluide et souple par la relecture chronométrée. Les temps sont soignement notés et comparés. Gagner 2 ou 3 secondes sur un texte de 40 mots est très important.
    Pour chaque texte trois lectures : Guy fait la première, je fais la seconde (je sers alors de lièvre) et il suit le texte du doigt et il fait la troisième. Le texte qu’il vient de rédiger est lu généralement en 1’ 30”. Ma propre lecture se fait en 40” et Guy descend alors à 1’ 20”.
    Nous révisons constamment les textes et en écrivons de de nouveau. Actuellement les trois temps tombent respectivement à 50” – 20” – 40”. Des difficultés de lecture tombent progressivement. Les neurones s’organisent et font la synthèse entre Boscher et l’expression personnelle.

    5. L’expression personnelle de Guy offre de multiples intérêts pour lui, pour moi et, je pense, pour des lecteurs extérieurs.
Les textes 1 à 4 montrent qu’il n’arrive pas, au début, à dépasser son horizon quotidien, le travail, toujours le travail… Le 5 et le 6 montrent comment l’étau se desserre légèrement. Mais c’est difficile : la liberté offerte en 7 le laisse perplexe.
    Ce qu’il aime, ce qu’il voudrait faire se dégage lentement dans les textes de 8 à 10. Qu’il y ait des inconséquences (texte 8) importe peu. Plus tard nous reverrons ces textes pour en élaborer des versions plus cohérentes, si notre collaboration se poursuit bien sûr.
    Le texte 11 marque un tournant car Guy a su lire des mots qu’il ne connaissait pas. En 12, 13 et 14 c’est le contact avec des tableaux impressionnistes. En 15 et 16 savoir présenter un film en 40 mots n’a rien d’évident.
    Guy exprime ses inquiétudes devant ce procès qui le ronge (texte 17). Je lui apprends à se relaxer, à faire un peu de yoga. Il n’a jamais eu le temps de penser à lui. Je lui fait dire comment il procède pour qu’il intègre mieux cette pratique qu’il juge très bénéfique (texte 18).
   On lui propose un véhicule d’occasion au double de sa valeur (texte 19). Son tuteur réagit mais Guy veut absolument ce C15 bien entretenu. Je lui achète l’Argus et le laisse feuilleter l’hebdomadaire jusqu’au moment où il y trouve ce qui concerne son achat. Et c’est l’Argus à la main qu’il va discuter avec le vendeur, un voisin de campagne qui croyait l’affaire faite et qui, surpris, va lâcher le véhicule au prix de l’Argus bien sûr !

    6. Guy fait constamment des progrès. Pris en eux-mêmes, ils sont apparemment minimes. Mais la mécanique est en marche. Les neurones s’organisent. Guy a des prises de conscience bénéfiques : je lui ai montré que nous lisons constamment, sans même nous en rendre compte, qu’il a un déficit important de lecture mais qu’il commence à le combler en prenant les raccourcis que je lui indique.
    Et en février il découvre qu’il commence à s’intéresser presque spontanément aux textes des affiches et aux panneaux indicateurs ! Il faudrait qu’il lire davantage mais il rentre extrêmement fatigué de son travail et doit soigner les bêtes de ses vieux parents adoptifs. Je lui demande de relire à haute voix, pendant un quart d’heure, les textes qu’il a écrits et que j’ai reproduis au traitement de textes, sur de belles feuilles A4 pour son classeur de français.

Roger 12 avril 1997

Journal de Guy

1. Les rosiers. L’autre jour j’ai travaillé dans un jardin près de l’école Lalande. Il fallait arracher des vieux rosiers. Il faisait froid et il pleuvait. C’était pénible. J’avais mal au dos. J’étais très fatigué. (28 novembre 1996)

2. Les feuilles Aujourd’hui j’ai ramassé et surtout ratissé les feuilles. Je les ai mises dans des sacs d’engrais. Je les ai vidées dans un trou. L’après-midi j’ai passé la débroussailleuse. J’ai ratissé l’herbe que j’ai coupée.    (29 novembre 1996)

3. Le nettoyage. Ce matin j’ai taillé des cerisiers, des pruniers et des laurières. J’ai ramassé les branches coupées et j’en ai fait un tas. Il y avait de vieilles herbes sur un compost. Je les ai enlevées et mises de côté. (2 décembre 1996)

4. La taille des sapinettes. Ce matin je suis parti tailler des sapinettes. Je les ai taillées d’abord sur les côtés et ensuite sur le dessus. A midi, je n’avais pas fini et l’après-midi je suis revenu terminer la haie. (6 décembre 1996)

5. La cuisine. J’ai épluché les oignons. J’ai coupé les poireaux et les concombres. On a confectionné un gâteau avec des tranches d’ananas et de kiwis. Le tout couvert de crème Chantilly. Mais je n’ai pu en manger. (9 décembre 1996)

6. Les courses du samedi. J’ai acheté des boîtes pour les chiens et les chats. J’ai pris aussi des légumes (des pommes de terre, des poireaux, une salade, des endives et des artichauts). J’ai tout payé en chèque. Ensuite je suis reparti à la maison. (12 décembre 1996)

7. Imaginons ! Je ne sais pas quoi inventer. Vous me bloquez, là. Vous jouez sur mes mots, là ! Je cherche. J’ai regardé “L’homme qui tombe à pic.” C’est un film de cascades. J’ai trouvé que c’était un bon film. (19 décembre 1996)

8. Ce que je voudrais faire. Mon métier à moi c’était agriculteur. Cela veut dire travailler avec des tracteurs. L’autre travail qui me plaît ce serait bûcheron. Entre les deux je choisirais agriculteur. Je ne vois pas d’autre métier qui me conviendrait. (24 décembre 1996)

9. Ce que j’aime dans mon métier. D’abord travailler avec des tracteurs. Ensuite j’aime passer les disques, labourer et semer. Enfin j’aime la récolte que la nature m’a donnée. J’ai oublié de dire qu’il fallait sulfater parce que ce travail-là ne me plaît pas beaucoup. (26 décembre 1996)

10. L’âne a eu des malheurs (Sur un poème de Francis Jammes). Ce texte me plaît. Cette histoire me convient pour apprendre à lire. Il s’agit d’une jeune fille et d’un âne. Il est meilleur qu’elle. Il rentre le soir, fatigué, et il a été blessé par une mouche. (28 décembre 1996)

11. “Libération”. C’est le titre du journal que j’ai lu. Ce journal m’a plu. J’ai trouvé des mots que je ne connaissais pas et que j’ai su lire. On y parlait d’un jeune homme, Philippe. Il est devenu S.D.F. (30 décembre 1996)

12. Tableaux. J’ai vu des tableaux. J’ai lu leurs légendes. J’ai prononcé des noms inconnus, donc que je n’avais jamais appris. Ces tableaux étaient beaux. Je n’ai pas fini de les regarder. On continuera. (3 janvier 1997)

13. Auguste Renoir. Jeunes filles au piano. Je pense que c’est une jeune fille qui veut apprendre à jouer du piano et son professeur est là pour la conseiller. Elles ont le même âge. Les fleurs, les rideaux, le piano et la chaise délimitent le cadre.  (16 janvier 1996)

14. L’atelier de Bazille. Des clients et des amis viennent voir les tableaux du peintre. Beaucoup d’œuvres sont pendues au mur. Quelqu’un joue du piano pour se distraire. Je vois du vert et du gris dans une pièce immense bien éclairée par une grande fenêtre. (17 janvier 1997)

15. L’instit’. Il y a un film qu’on regarde un mercredi par mois avec ma mère. C’est L’instit’. On l’aime bien. Le père d’un élève avait le sida. L’instituteur le défendait contre ceux qui avaient peur de lui. (20 février 1997)

16. Indiana Jones. Indiana recherchait son père qui avait été fait prisonnier par les nazis. Mais c’était Indiana qui avait le plan. Les nazis voulaient la coupe du Graal qui avait servi à Jésus et qui donnait l’immortalité. C’était “la dernière croisade”. (27 février 1997)

17. Mes états d’âmes. Ces derniers jours j’avais la tête comme une citrouille. Je réagissais mal à ce qu’on me disait quand on me donnait du travail. J’étais surtout préoccupé par le procès que je dois normalement gagner et qui me donne du souci. (8 mars 1997)

18. Bien respirer. Je m’allonge. J’étends bras et jambes. Je commande à tout mon corps de se décontracter. Je commence par les doigts des mains et des pieds. Je finis par la tête. J’inspire en gonflant le ventre. J’expire en le rentrant. (20 mars 1997)

19. Le C15 d’occasion. Je voulais acheter un C15 Citroën Diésel pour faire des économies et transporter beaucoup de choses. Mais j’ai découvert sur l’Argus que le prix du C 15 était beaucoup plus bas que le prix proposé par le vendeur. Je réfléchis. (28 mars 1997)

20. L’assurance du C 15. J’ai acheté le C 15 au prix de l’Argus. Ce fut un peu dur avec le propriétaire. Ensuite j’ai longtemps recherché une assurance économique. J’en ai trouvé une qui couvre même le vol. Pour le moment je suis très content.  (9 mai 1997)

21. Vacances. Je suis bien content d’être en vacances. Je me repose. Je me promène. J’en profite pour bricoler un peu sur les tuyaux d’arrosage et la pompe. Toute la semaine prochaine, je roulerai en Espagne dans un camion conduit par un copain. (29 juin 1997)

22 Les brebis. Aujourd’hui j’ai tondu les moutons. Ou plutôt c’est le tondeur. J’attrapais les brebis et je ramassais la laine coupée. Trente-cinq brebis en une heure et demie. Ce travail est indispensable sinon les pauvres brebis mourraient de chaleur. (2 août 1997)

23 La rentrée On a repris les tontes d’herbe, les tailles de haie et l’entretien des massifs. Tout ceci me fatigue beaucoup, surtout la débroussailleuse. Elle réveille et aggrave les douleurs de mon dos. Et puis mon procès m’inquiète. Pourvu qu’il se termine bien. (11 septembre 1997)

24 Écrivez ! Je n’y arriverai jamais. Vous voulez ma mort. Je ne sais plus quoi dire. Je n’arrive pas à écrire parce que je suis un peu énervé. Je suis en train de chercher et je ne trouve pas ! Ça me reviendra. (26 septembre 1997)

25 La moto du copain. Mon copain m’a téléphoné pour me dire qu’il avait acheté une moto, une Yam 125. Il l’a achetée chez Leclerc-Sapiac. Le prix était de 6.500 frs. Je suis venu en voiture pour la chercher. Il était content. (24 octobre 1997)

26 Un projet de voyage. Le centre organise un voyage à la montagne en février ou en mars. On y va pour skier et faire de la luge. On y passera trois jours et demi. Il nous faut de la neige. Je ne sais faire que de la luge. (7 novembre 1997)

27 Deux réunions. J’ai rencontré d’abord la psychiatre. Elle m’a posé des questions sur ma santé, mon métier, mes goûts et mes ennuis. Elle a parlé avec l’équipe du Pech-Blanc qui m’a convoqué et veut m’aider pour mon procès. (13 novembre 1997)

28 Le cagibi. Ce soir je vais faire un cagibi en bois pour enfermer demain les moutons qu’on doit traiter. On leur fera avaler un liquide blanc pour les protéger du piétin aux pattes et des vers à la tête. Travail annuel délicat. (14 novembre 1997)

29 Réparations. Demain soir je vais partir avec un copain à Leclerc-Sapiac. Je vais prendre rendez-vous au Pièces 82, pour réparer ma voiture, la Renault 5. Elle ne freine plus du tout. Elle ne tient plus la route. Elle danse de l’arrière. (20 novembre 1997)

30 Renoir  Le déjeuner des canotiers. Jeunes et vieux sont sur une terrasse, sous une tonnelle. Les plus âgés sont bien habillés. Ils sont gais. Ils font la fête. Ils discutent. La table est bien garnie avec de quoi boire et manger. On distingue la rivière et des canards. (21 novembre 1997)

31 Le Paris – Dakar. Jeudi matin, premier janvier, je suis parti à Réalville pour voir passer le Paris – Dakar. L’après-midi j’ai vu les camions, les motos et les 4 x 4. J’étais très content. C’était la première fois que je les regardais de près. (7 janvier 1998)

32 Les calculs. J’ai du mal à réfléchir sur les calculs quand ils sont présentés d’une manière inhabituelle, quand ils sont à l’envers. Par exemple quand on donne la somme et un premier nombre et qu’il faut trouver le second nombre. (14 janvier 1998)

33 Chez le médecin. J’avais rendez-vous le 15 janvier à 18.30 heures. je suis venu à l’heure précise. Il y avait du monde. Je devais attendre mon tour. J’ai attendu deux heures. Et mon médecin m’avait donné un faux rendez-vous ! (16 janvier 1998)

34. Je ne suis plus malade. J’ai eu mal à la tête, mal à la gorge, mal au ventre. Le dos me faisait mal. Tout me tombait dessus. C’était la grippe. Je me suis soigné en prenant des cachets. Ils m’ont fait du bien. Je suis guéri. (6 février1998)

35. Je dois aller à Cahors. Après mon travail, je pense, mon copain va prendre sa moto et je vais le suivre en voiture parce que je ne connais pas la route pour aller chez lui. Une fois arrivé, je vais voir la remorque pour ma voiture. (11 février 1998)

36. La remorque. J’ai besoin d’une remorque parce que j’en ai assez de l’emprunter au voisin. Mon copain m’en propose une à 1.000 francs. Elle a été renforcée et peut supporter cinq cents kilos. je veux vérifier avant de la prendre. (11 février 1998)

37. Départ en vacances. Je suis parti en vacances à la mer, à Valras-Plage. J’ai trouvé le camping, je me suis installé avec deux copains. Nous avons monté la tente. On a fait tellement de choses que je ne sais quoi dire. (11 septembre 1998)

38. Dimanche, rallye à Albi. Je suis parti à Albi voir les voitures courir dans un rallye. Le matin, elles faisaient des essais et l’après-midi nous sommes revenus voir les épreuves. On est resté jusqu’à la fin. Nous sommes repartis, très contents. (11 septembre 1998)

39. De merveilleuses vacances J’ai fait connaissance avec des Hollandais. On s’est bien entendu avec eux et d’autres personnes qui étaient à côté de nous, toujours des Hollandais. On faisait la fête tous les jours. On les a invités à notre camping. (11 septembre 1998)

40. Mes impressions. Je me suis éclaté. J’étais heureux, heureux. Je ne me suis jamais autant amusé. Je me suis baigné. J’ai fait le fou dans l’eau. Si c’était à refaire je le referai et je le referai l’an prochain ! En Espagne. (11 septembre 1998)

41. Livingstone le Goéland. C’est un oiseau qui apprenait à voler. Ses parents lui reprochaient de vouloir voler très haut pour son plaisir. Il est chassé de sa communauté et il apprend son savoir à d’autres jeunes goélands qui deviennent ses disciples. (17 septembre 1998)

42. Je réfléchis au week-end. J’ai beaucoup de boulot, surtout dimanche. Je dois soit enlever le fumier, soit rentrer du bois. Le plus urgent serait les deux. Peut-être le fumier car les brebis vont mettre bas et il me faut de la place pour les moutons. (17 septembre 1998)

43. Pour le fumier mettre des lunettes. Le fumier fermente et il brûle les yeux. Ainsi j’ai failli perdre la vue il y a deux ans. Dans la nuit les yeux me faisaient mal. J’ai pris un gant avec de l’eau froide pour me soulager. (17 septembre 1998)

44. J’ai trouvé une maison. J’ai trouvé une maison à Réalville. Elle me plaît beaucoup. Quand j’y suis entré, j’en ai eu les larmes aux yeux. Je n’arrive pas à croire que je suis chez moi. Pourtant c’est vrai. Je suis heureux. (Jeudi 8 octobre 1998)

45. J’étais malade. Mercredi je n’étais pas bien. Je dormais en travaillant. Je suis rentré à la maison très fatigué. Je me suis allongé sur le canapé. Et à sept heures j’ai appelé chez mes parents pour leur dire que je ne venais pas. (Mercredi 4 novembre 1998)

46. Un gros malaise inquiétant. Jeudi j’ai repris le travail, toujours très fatigué. J’ai chargé le camion. Vers 9 heures, en taillant la haie, je me suis retrouvé avec le cou bloqué en l’air. Torticolis ? résultat de mes ennuis ? On m’a conduit à l’hôpita.l (Jeudi 5 novembre 1998)

47. Au lit pour huit jours. L’hôpital n’a rien trouvé. Je suis rentré chez moi mais le lendemain, vendredi, je n’ai pas pu aller au travail. J’ai été mis en arrêt-maladie pendant une semaine. Lundi j’ai repris le travail et mes activités. (Jeudi 5 novembre 1998)

48. J’aurais dû consulter mon tuteur. Je suis très content de ma maison mais je n’en avais pas parlé à mon tuteur. Il n’était pas content. Il juge que la maison est au-dessus de mes moyens mais, en me serrant la ceinture, je pense y arriver. (Jeudi 5 novembre 1998)

49 Occupations du samedi. Demain matin je me repose un peu. Demain après-midi je vais aller à Montauban acheter un filtre à huile pour le C 15. Après, je vais poursuivre l’aménagement de ma maison : installer le bar, le buffet de la cuisine et deux fauteuils. (Vendredi 6 novembre 1998)

50. J’ai consulté un avocat. Lundi soir, j’ai été voir un avocat. J’étais accompagné de deux amis. Je veux pouvoir gérer à nouveau mes comptes, donc obtenir la main-levée de ma tutelle. L’avocat va écrire au juge. J’espère que cela se terminera bien. (Mercredi 18 novembre 1998)

51. Ma nouvelle vie. Je suis content de vivre dans ma maison. Maintenant je peux inviter des amis, des garçons, des filles et même des gosses avec leurs parents. Chaque fois, quand ils viennent, ils m’apportent quelque chose à manger. Je suis heureux d’avoir du monde. (Mercredi 18 novembre 1998)

52. Un repas de douze personnes. Samedi soir, j’ai invité des amis à manger. On a partagé les frais. Je me suis occupé de mettre la table, de servir et de faire la vaisselle, balayer, etc. Les femmes ont fait la cuisine. C’était une bonne soirée. (Mercredi 25 novembre 1998)

53. La coupe du bois. Dimanche après-midi, j’étais chez mon copain pour couper du bois afin de me chauffer. On est revenu pour allumer le poële. Je les ai retenus à manger. Un autre copain est venu pour faire la cuisine. Et on s’est couché tôt. (Mercredi 25 novembre 1998)

54. Je ne veux pas inventer. Inventer ? ça ne se fait pas d’inventer ! Ce serait du mensonge. Mais il y en a bien qui inventent des choses. Quand on regarde un film, un policier ou un western, ce sont des choses inventées. Alors, pourquoi ne pas inventer ? (Jeudi 26 novembre 1998)

55. Une invention. J’en ai fait tellement de textes que je ne sais plus quoi dire. Je vais inventer. Ou plutôt j’ai déjà inventé. J’avais oublié les clés du tracteur à la maison. Je l’ai allumé avec un couteau. Donc j’ai inventé ! (Jeudi 3 décembre 1998)

56. Le soutien du vendredi. Le vendredi après-midi je suis en soutien. J’apprends à faire le ménage c’est-à-dire balayer, serpiller, nettoyer les meubles avec un produit spécial. En soutien il y a encore la lingerie, les espaces verts et l’entretien des véhicules. (Vendredi 4 décembre 1998)

57. Le meuble à cassettes vidéo. Je suis venu samedi midi pour prendre le meuble qui était resté dans le garage de monsieur Favry. J’étais accompagné par un copain. Il m’a aidé à le transporter dans ma voiture. On l’a installé dans la salle à manger. (Mercredi 11 décembre 1998)

58 Le Baillement. Je baille parce que je suis fatigué, parce qu’il pleut et que je me sens un peu triste. Quelquefois cela me fait du bien. Cela me détend. Un livre dit que c’est très bon : on baïlle comme une fleur qui s’ouvre. (Jeudi 10 décembre 1998)

59. La tondeuse à gazon. Ce matin j’étais à Mirabel pour tondre l’herbe. La tondeuse était bien partie à froid. Elle s’est bourrée d’herbes mouillées. Il m’a fallu la coucher pour la débourrer. Elle m’a blessé au bras quand je l’ai re-démarrée. (Vendredi 11 décembre 1998)

60. Le repas manqué. Aujourd’hui je devais participer au repas de fête du Pech-Blanc. J’ai refusé parce que je préférais venir au cours de français. Nous étions trois sur quarante à partir chez nous. Le repas avait lieu à la salle des fêtes d’Ardus. (Mercredi 16 décembre 1998)

61. Le match du vendredi. Après le repas on est parti faire un match de foot. Je ne jouais pas. J’encourageais l’équipe du Pech-Blanc. Un copain a reçu le ballon sur la figure. Il est tombé. Ensuite il a reçu une chaussure qui l’a assommé. (Vendredi 18 décembre 1998)

62. Le bois rentré à Noël. J’ai fait rentrer du bois pendant les vacances. Un copain m’a présenté au propriétaire du bois. Il avait fait arracher des pruniers. Il a préféré me les donner plutôt que de les brûler. On les a coupés et transportés en six voyages (Mercredi 13 janvier 1999)

63. A propos du sport. Aujourd’hui avec les copains on a parlé de sport. Je n’aime pas jouer au foot-ball et le docteur m’a fait un certificat médical. Demain on va sans doute me faire courir. Cela dure de 14 à 16 heures et ensuite réunion. (Jeudi 14 janvier 1999)

Postface

Robert  (1er janvier 2005)  Roger, Tu m’as envoyé au cours de l’année 2004 le Journal de Guy. Je tenais à te dire l’intérêt que j’y ai trouvé.
D’abord, ce texte (et ton introduction) m’ont aidé à accepter un relatif échec avec un jeune dyslexique de 34 ans que j’ai aidé pendant plusieurs années. Il n’est pas aussi handicapé que Guy, mais n’a pas fait de progrès décisifs, la chose écrit l’intéresse peu et il s’est habitué à vivre comme ça, se faisant aider dès qu’il doit écrire.
Ensuite, j’ai fait lire cette année (scolaire) le journal de Guy à mes élèves de 3e, qui ont l’autobiographie au programme. Deux classes faibles (à La Réunion, où je viens d’être muté), qui refusent de lire plus de quelques pages. Comme je le prévoyais, le Journal de Guy les a rassurés, parce que c’était enfin un écrit à leur portée. Je leur ai fait écrire une semaine de leur Journal personnel « à la manière de Guy », et cela a marché. Je les avais obligés, annonçant que ce serait noté, parce que c’est encore le seule incitation qu’ils connaissent), et j’ai obtenu des textes souvent minimalistes du genre: « Aujourd’hui, je me suis levé à …, j’ai pris le bus pour aller au collège. Je suis rentré à … h. ». Je fais le pari que c’était, pour la plupart d’entre eux, une expérience importante. Une collègue qui a des quatrièmes encore plus faibles et a-scolaires que les miens, a aussi utilisé le journal de Guy, avec les mêmes réactions positives.

Roger et Alii
Retorica(4.300 mots, 24.100 caractères)

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1 commentaire

  1. roger

    Bonjour Françoise,
    Je réponds à ta question : « Tu dis que tu prenais en dictée ce que Guy disait mais est-ce qu’à un moment donné tu l’as laissé écrire seul ? » Ma réponse est « Non » car il ne le souhaitait pas. Avec le recul je me rends compte que Guy avait fixé lui-même les limites de notre collaboration. Celle-ci prit fin après l’expérience suivante. Je lui avais proposé la lecture de « Jonathan Livingstone le goéland ». Il accepta et nous le lûmes ensemble. C’est un livre que je juge extraordinaire (voir ci-après la notice Wikipédia). En discutant avec lui, je me rendis compte qu’il n’avait rien compris à ce récit, trop loin de ses préoccupations. Mais notre collaboration avait été fructueuse puisqu’il en reste ce « Journal de Guy » dont nous dégageons les harmoniques au fil des années.

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