27 RET 40mots part du maître 2014_01

1. Marlène (10 janvier 2014) concernant les textes libres en BTS 1ère année : “Je vais proposer aux personnes inscrites à l’atelier de nettoyer un des textes libres qui a été lu cette semaine. Les étudiants ont apprécié le texte, pourtant lu fort laborieusement par endroits ; on va voir comment cette tâche est reçue et assumée. Si je sens une réticence, je leur proposerai de travailler sur un de leurs propres textes.”
Roger (14 janv) Ceci me renvoie à ma propre expérience dans les mêmes classes. Elle m’a montré que les élèves répugnaient à admettre des corrections venues de l’extérieur même si le texte en sortait amélioré. C’était le cas des deux-cents-mots : beaucoup de textes tournent autour de cette longueur. Par contre des corrections sur les quarante-mots étaient et sont aisément admises. D’où ma prédilection pour cette forme d’écriture et cette citation de Francis Ponge récemment découverte : “La meilleure façon de servir la République est de redonner force et tenue au langage.
Cette pratique implique une part aidante du maître et donc une implication importante pour que le produit fini soit
– impeccable du point de vue du français
– totalement fidèle aux intentions de l’auteur
– revendiqué par l’auteur comme production personnelle.

2. Marlène (10 jan) : M’intéressent davantage les expressions liées à la méthode naturelle, notamment au texte libre. Lors du congrès en août, un certain nombre parmi nous partageait ces mêmes préoccupations. Ensuite il est extrêmement difficile et fatigant de reprendre le fil de nos conversations par l’intermédiaire des courriers électroniques. Mais j’espère que cet appel réveillera quelques bons souvenirs d’échanges fructueux. Ce sont ces partages-là qui me manquent.
Roger (10 janv) : J’ai rajouté les trois conditions de la part aidante du maître (notion propre à Freinet) qui s’implique dans le processus alors que dans le texte libre traditionnel il est simplement spectateur non impliqué. C’est un vrai débat. Comment vois-tu la chose ?
Marlène (10 janv) : Effectivement, c’est un vrai débat, extrêmement intéressant même. Malheureusement, autant j’aimerais que cette liste de diffusion « méthode naturelle en français » soit un lieu d’expression pour enseignants du 1er et du 2nd degré, autant j’ai peu de temps à accorder au débat électronique à deux voix. Tu m’en vois désolée. J’espère que des conversations sur de tels sujets viendront bientôt, un jour ou l’autre, animer la liste de diffusion sans que nous ayons besoin de les attiser de notre présence.
Roger (10 jan) : Je comprends ton manque de disponibilité pour des échanges électroniques toujours contraignants. Le « débat à deux voix » est fait pour devenir « débat à voix multiples ». Mais le passage de l’un à l’autre est très difficile car il suppose du temps et de la volonté. Les conversations sur de tels sujets ne viendront pas d’elles-mêmes. Ta remarque – dans sa brièveté – est riche d’harmoniques. (…)

3. Guy (18 oct 2008) …  il faut bien voir qu’il existe un monde entre un quasi adulte de seconde, de première ou de terminale de lycée et un enfant de primaire. Ce qui peut s’appliquer à l’un ne convient pas obligatoirement à l’autre. Les élèves-étudiants de lycée, déjà triés, représentent quel pourcentage de la classe d’âge tout entière réunie dans les classes de l’école primaire. L’hétérogénéité de la classe de seconde, aussi ouverte soit-elle, n’a rien à voir avec celle d’une classe primaire. Les niveaux de compréhension et d’accès à certaines formes ou procédés ne sont pas comparables et on ne peut proposer à l’élève du primaire ce que l’on peut mettre en œuvre en lycée.
De plus ne confondons pas un procédé aussi efficace soit-il avec une pédagogie.
Tout dépend de ce que l’on se donne en priorité. Veut-on favoriser l’expression personnelle naturelle des enfants ou veut-on, prioritairement, s’attacher à l’apprentissage de la rédaction dans un Français élégant. Le procédé que tu emploies peut sûrement faciliter le déblocage des ados de lycée tout en les formant à l’expression nécessaire à l’obtention du bac. Nous ne sommes pas dans la même perspective au niveau du primaire. Et même au niveau du lycée j’espère que l’expression naturelle y sera encouragée parallèlement au procédé. En tout cas, pour moi, ce qui reste fondamental, c’est l’accès à l’expression personnelle.

4. Roger (13 oct 2008) Tu te fais une idée singulière du public que je fréquente. Les quarante-mots que je t’ai communiqués couvrent l’ensemble de la population scolaire, y compris illettrés. Car les enfants du primaire passent dans le secondaire jusqu’en troisième. Et mes secondes technologiques avaient quelquefois été refusés en BEP faute de place. Cela ne se voit peut-être pas mais parmi les productions retenues, la plupart proviennent d’élèves jugés faibles et même nuls en français. J’ai pratiqué le quarante-mots avec des enfants du niveau CP-CE1 et du reste c’est bien ce que font les professeurs des écoles lorsqu’ils prennent sous la dictée les textes des enfants en veillant à ce qu’ils soient corrects. Je ne dis pas dans un « Français élégant » mais simplement correct. Et les productions que je propose, à titre d’exemple, ne sont pas élégantes à mes yeux, simplement correctes. J’ajoute, et je crois que c’est l’argument définitif,  que la première idée du quarante mots m’est venue en observant le travail des institutrices de CP en méthode naturelle d’écriture et lecture.
Une pédagogie repose sur des procédés. La pédagogie Freinet est faite de techniques Freinet. Je n’ai jamais prétendu faire du Freinet. Si le mouvement Freinet accepte mon travail, c’est bien. S’il le refuse, c’est bien aussi. Lorsque j’ai proposé au second degré la technique des prises de parole en 3 mn (devenue sur le site ICEM « exposés en trois minutes » ce qui est très réducteur) c’était comme je le disais alors et aujourd’hui encore « Retorica pour nous sortir du caca ». Le caca c’était évidemment l’enseignement traditionnel mais aussi l’impossibilité de pratiquer la P.F au second cycle pour de multiples raisons. Alors que leur démarche est la même : offrir une forme vide à remplir personnellement,  les pp3 se sont répandues tout de suite. Les ateliers en quarante-mots pas du tout.  Pourquoi ?

5. Parce que, dans le mouvement Freinet, on vit souvent sur une idée dualiste et fausse. Tout ce qui n’est pas  expression naturelle devient « apprentissage de la rédaction ». Le quarante-mots a pour but d’échapper à ce dualisme. Pour une raison rarement évoquée. Monsieur Lopez, l’instituteur du film « Etre et avoir » travaillait à la campagne, en classe unique, comme Freinet et beaucoup de camarades alors. Je me suis immédiatement demandé pourquoi il ne travaillait pas en P.F.  Je croyais qu’il l’ignorait. Pas du tout. Il la connaissait fort bien et l’avait pratiquée. Alors ? Ce serait intéressant de l’interroger à ce sujet. Je l’ai fait avec d’autres collègues qui avaient commencé à travailler en expression libre et qui y avaient rapidement renoncé. Leur raison : « On ne sait jamais si ce que produisent les élèves vient d’eux, de leurs parents ou de petits copains ». Sans parler de l’auto-plagiat. Je me souviens d’une double page intérieure du Monde consacrée à l’expression libre personnelle d’un élève du primaire. Le nom de l’instituteur était cité et donc on admirait le résultat de sa pédagogie. La semaine suivante en même page intérieure on trouvait un petit entrefilet où l’instituteur de l’année précédente expliquait que c’était avec lui que l’élève avait produit tous ces beaux textes. L’année suivante il s’était simplement mis en roue libre et auto-plagié tandis que l’instituteur avait eu le réflexe de communiquer ces productions au grand quotidien du soir.
J’ai pratiqué le quarante-mots, avec fil rouge et en classe, sur table,  pour savoir comment évoluait l’expression réelle des élèves que j’avais en charge pendant un an. En somme c’est aussi un instrument d’étalonnage de l’expression. Cela n’a rien de glorieux mais je n’en ai pas honte.  Tu m’as permis de préciser les données du problème. Merci.

6. Roger (12 mars 2015). Je relis cet échange et je relève ceci dans le propos de Guy : « Veut-on favoriser l’expression personnelle naturelle des enfants ou veut-on, prioritairement, s’attacher à l’apprentissage de la rédaction dans un Français élégant » Et s’il y avait une troisième voie ? Il faut, à mon avis, que les élèves puissent s’exprimer librement en disciplinant leur expression : ils prennent alors confiance en eux et s’insèrent plus facilement dans une société qui exige d’eux une maîtrise correcte du français.

Roger et Alii
Retorica
(1.400 mots, 8.700 caractères)

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