27 RET 40mots toilettage 2015_03

Nettoyage ou toilettage ? Voir plus loin. Toilettage bien sûr car généralement le 40 mots, par sa brièveté même offre peu de choses à nettoyer !

1. Echange entre Annie et Roger (10 et 11 sept 2007)

Annie : Je suis complètement d’accord sur la valeur formatrice des textes courts (mais très fréquents) ; mes élèves s’étonn(ai)ent de voir que je ne demandais pas de “rédactions” longues, mais que je multipliais la fréquence des écrits (courts), avec des types de “sujets” toujours nouveaux, ce qui les oblige(ait) à inventer chaque fois une réponse (si possible, en prise avec les types d’écrits du monde réel).

Une exigence : clarté de la parole.

Résultat paradoxal : ça fait pas mal d’années que même mes 6e écriv(ai)ent vite des textes de plus en plus longs, plus longs en tous cas que la moyenne des rédac’ que j’ai corrigées tant d’années  au Brevet !

Dommage pour la correctrice ? Même pas : ces textes étaient fort lisibles.

Ça fait drôle de proposer un sujet d’une longueur modeste, et d’entendre des mômes s’inquiéter : “je ne peux pas faire plus long ?”.

Ma réponse : A toi de voir ce que tu as à dire, car je ne comprends pas les textes “délayés” (et c’est vrai !)

On voit que la consigne n’était donc pas un calibrage précis (une exigence importante un peu plus tard) ; mais je crois que la valeur de l’écrit court et dense reste la même.

Ce serait intéressant d’essayer de voir ce qui dans le texte court contient en soi une exigence et des outils appropriés à l’apprentissage d’une expression mieux maîtrisée.

Y a-t-il une relation à faire avec l’art de la nouvelle ?

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Une autre expérience en collège :

inciter les élèves à tenir un “Journal de Bord” (ce qu’Emmanuel nous a joliment proposé avec “Journal du Dehors”, et que j’avais inventé toute seule) :  

j’écris absolument tous les jours un tout petit peu pendant 10-15 jours de mes vacances, je raconte ce que j’ai attrapé d’intéressant/cocasse/choquant dans la journée” ; quelques lignes. A tous les coups, quelques élèves continuaient pour eux ensuite.

(N’y aurait-il pas une adaptation possible de cette démarche en philo ?)

2. Roger :  La notion d’écrits courts est intéressante mais imprécise.  

    D’où le calibrage en ateliers de 40 mots : ces textes sont longuement travaillés, au moins trois versions et quelquefois sept.  Ce sont des exercices de style où l’on doit compter les mots pour obtenir la bonne longueur (à 10 % en plus ou en moins : 36 à 44 mots). Avec un fil rouge : trois mots pris au hasard dans un dictionnaire.

    Les textes en 200 mots (deux versions) ont la même exigence. Mes élèves réagissaient comme ceux d’Annie. Pourquoi on ne peut pas faire plus long… On pouvait évidemment mais dans un autre cadre. Dans ce cadre-ci, c’était comme si un ressort était tendu. L’effort d’écriture faisait que les élèves rompus au 40 et au 200 mots comprenaient bien ce que signifiait écrire.

    En fait c’est le calibrage qui conduit le mieux à comprendre que « chaque mot compte ».

Annie : D’accord sur le fond.

Simplement, j’ai pratiqué souvent tous les exercices qui consistent à résumer, contracter, en traquant le mot juste pour dire plus en moins de mots ;

je commençais dès la 5e ; mais pas en 6e !

(Quand je dis qu’ils souhaitaient avoir le droit de faire plus, c’est qu’ils avaient plus à dire – ça aussi, ça m’a interrogée.)

Roger : Je pense au mot de Gide : « L’art vit de contrainte et meurt de liberté. »

3. Rozenn (18 fév 2015) : Je voudrais me lancer avec mes élèves de CE1 (j’ai une classe de CP-CE1) dans le nettoyage de leurs textes, et j’ai plein de questions. Je trouve que les textes libres écrits depuis le début de l’année évoluent peu chez certains enfants, beaucoup d’énumérations, de répétitions, et ils ne semblent pas comprendre les « améliorations » que je leur suggère.

Tout d’abord, comment présentez-vous cette nouveauté dans la classe? Comment sont choisis les textes? Comment sont-ils présentés visuellement aux enfants?

Et au niveau du contenu du nettoyage, sur quoi insistez-vous? La correction orthographique? La compréhension du texte?

Qu’en fait-on ensuite, quelle trace est gardée de ce travail?

Quelle fréquence pour ces nettoyages?

Et aussi, que pensez-vous d’y associer les CP (ça fait un groupe de 19)

4. Roger (20 fév 2015) La remarque de Rozenn va au cœur du problème. Je la garde précieusement.

Voici la solution que j’ai trouvée pour le nettoyage de textes.

1. Le texte doit être bref (40 mots). Mais ça vous le savez déjà.

2. Donc il y a peu à nettoyer et on nettoie l’essentiel qui est forcément fondamental.

3. On arrive ainsi à des textes corrects, voire élégants et même littéraires. Et ceci dès le CP et jusqu’au BTS ou la formation adultes.

Je l’ai pratiqué à tous niveaux et avec tous publics, y compris en inspection pour obtenir l’agrégation sur liste d’aptitude. C’est dire si la formule est solide.

Le problème est au niveau 2 pour le maître car il doit lui-même avoir des notions solides en grammaire et rhétorique pour ne pas bousiller une formule heureuse mais dont il ne comprend pas la portée. C’est « la part aidante du maître » (Freinet). Le dernier état du texte (niveau 3) doit être fidèle à l’élève : c’est lui qui dit son accord et ce texte lui appartient. Il le signe. Le texte vit alors sa vraie vie à l’extérieur de la classe et au fil des années. Je prépare pour le site des 40 mots qui datent du siècle dernier mais dont la charge sensible n’a pas faibli.

5. Frédéric (13 jan 2010) J’ai oublie de vous dire a quel point j’ai apprécié la fiche « 27 RET Quarante mots ». Je l’ai epingle sur le mur qui fait face a mon bureau, chez moi. L’attention, le lien entre la maitrise du style et la maitrise de soi, l’aspect « artisanal » de l’écriture, tout cela est clairement énoncé

Votre fiche donne envie d’ecrire !!!

27 RET quarante-mots part aidante du maître 2014_01

6. Marlène (10 janvier 2014) sur les textes libres en BTS 1ère année : “Je vais proposer aux personnes inscrites à l’atelier de nettoyer un des textes libres qui a été lu cette semaine. Les étudiants ont apprécié le texte, pourtant lu fort laborieusement par endroits ; on va voir comment cette tâche est reçue et assumée. Si je sens une réticence, je leur proposerai de travailler sur un de leurs propres textes.”

Roger (14 janv) Ceci me renvoie à ma propre expérience dans les mêmes classes. Elle m’a montré que les élèves répugnaient à admettre des corrections venues de l’extérieur même si le texte en sortait amélioré. C’était le cas des deux-cents-mots : beaucoup de textes tournent autour de cette longueur. Par contre des corrections sur les quarante-mots étaient et sont aisément admises. D’où ma prédilection pour cette forme d’écriture et cette citation de Francis Ponge récemment découverte : “La meilleure façon de servir la République est de redonner force et tenue au langage.”

Cette pratique implique une part aidante du maître et donc une implication importante pour que le produit fini soit

– impeccable du point de vue du français

– totalement fidèle aux intentions de l’auteur

– revendiqué par l’auteur comme production personnelle.

7. Marlène (10 jan) : M’intéressent davantage les expressions liées à la méthode naturelle, notamment au texte libre. Lors du congrès en août, un certain nombre parmi nous partageait ces mêmes préoccupations. Ensuite il est extrêmement difficile et fatigant de reprendre le fil de nos conversations par l’intermédiaire des courriers électroniques.

Mais j’espère que cet appel réveillera quelques bons souvenirs d’échanges fructueux. Ce sont ces partages-là qui me manquent.

Roger (10 janv) : J’ai rajouté les trois conditions de la part aidante du maître (notion propre à Freinet) qui s’implique dans le processus alors que dans le texte libre traditionnel il est simplement spectateur non impliqué. C’est un vrai débat. Comment vois-tu la chose ?

Marlène (10 janv) : Effectivement, c’est un vrai débat, extrêmement intéressant même. Malheureusement, autant j’aimerais que cette liste de diffusion « méthode naturelle en français » soit un lieu d’expression pour enseignants du 1er et du 2nd degré, autant j’ai peu de temps à accorder au débat électronique à deux voix. Tu m’en vois désolée. J’espère que des conversations sur de tels sujets viendront bientôt, un jour ou l’autre, animer la liste de diffusion sans que nous ayons besoin de les attiser de notre présence.

Roger (10 jan) : Je comprends ton manque de disponibilité pour des échanges électroniques toujours contraignants. Le « débat à deux voix » est fait pour devenir « débat à voix multiples ». Mais le passage de l’un à l’autre est très difficile car il suppose du temps et de la volonté. Les conversations sur de tels sujets ne viendront pas d’elles-mêmes. Ta remarque – dans sa brièveté – est riche d’harmoniques. Je vais tenter de les développer.

8. 40mots Francis (29 avril 2010) Quarante mots

Vipère, remonter, écaillure

Je n’ai pas cherché à faire de la grammaire sur vos textes, simplement à mettre en valeur leurs éléments positifs et ils sont nombreux. Vous avez parfaitement compris l’optique du quarante mots. Avec trois mots pris au hasard et sans lien entre eux on crée, un récit, un essai, un dialogue, un poème et même un essai poétique. C’est assez magique. Comparez bien les versions initiales et les versions retouchées pour continuer à progresser dans l’exercice.

Version 1 initiale récit

Par un après-midi d’été, je croise sur un rocher, en remontant la colline. Une vipère aux éccaillures grisâtes. Son regard se frotte au mien l’espace d’une fraction de seconde, puis se volatilise dans la nature (39 mots, 10 mn)

Version 1 retouchée

Par un bel après-midi d’été, en remontant la colline, je croise sur un rocher une vipère aux écaillures grisâtres. Son regard se frotte au mien l’espace d’une fraction de seconde. Puis elle se volatilise dans la nature.

Remarques : Attention à l’emploi des points. Ils servent à séparer deux phrases importantes. J’ai simplement déplacé quelques éléments pour améliorer le rythme. Orthographe : écaillures, grisâtre. “Son regard se frotte au mien” est une image un peu bizarre mais je la trouve excellente. Bon récit.

Version 2 initiale essai

Seulement par période de reproduction, on peut trouver dans la campagne très calme. Sous les rochers. Des vipères bien cachés cherchant à protéger ses œufs de toutes son evergure éccaillure qui remontant à la surface que pour chasser la nuit nocturne (41 mots, 10 mn)

Version 2 retouchée.

En période de reproduction seulement, dans une campagne très calme, on peut trouver sous les rochers des vipères bien cachées. Elles cherchent à protéger leurs œufs de toute l’envergure de leur écaillure. Elles ne remontent à la surface que la nuit, pour chasser.

Remarques. Cette fois les notations se bousculent dans cet essai par ailleurs intéressant. La version retouchée tente de coller à l’idée. Noter que la nuit est forcément nocturne. C’est un pléonasme. Il m’a semblé inutile ici.

Version 3 initiale dialogue

– Vous ne connaissez pas la meilleure

– Non ! J’ai vu remonter de mes w.c égarée parmis les eaux de ma tuyauterie une vipère, du moins, je le crois.

– Son éccaillure noire et grise me faisait penser à cela.

– Vous devez me faire une mauvaise blague, mon cher !

(46 mots, 10 mn)

Version 3 retouchée.

Vous ne connaissez pas la meilleure ?

– Non.

– J’ai vu remonter de mes w.c, égarée dans les eaux de ma tuyauterie… une vipère ! du moins je le crois.

– Allons donc. Vous me faites marcher !

Remarques . Il y avait une erreur dans l’alternance des propos. La dernière réplique manquait de naturel. Mais l’idée du dialogue est excellente avec en particulier une hésitation (“du moins je le crois”) à mieux mettre en valeur par la ponctuation.

Version 4 initiale essai poétique de science-fiction.

Un jour qui sait en 4.000 peut-être la vipère sera reine du monde des animaux. Sa petite taille d’autrefois aura prit nettement en volume. Son éccaillure qui lui servait de bouclier aura changer en une peau impénétrable. Tous les animaux sont protesnnuent (?) à elle

(46 mots, 10 mn)

Version 4 retouchée.

Un jour, qui sait en 4.000 peut-être, la vipère, remontée en dignité, deviendra la reine des animaux. Sa petite taille aura bien grandi. Son écaillure qui lui servait de bouclier sera une peau impénétrable. Tous les animaux se prosterneront devant elle.

Remarque. Ce texte est à la fois un essai (c’est une réflexion) et un poème (par l’imagination). La “taille” n’évoque pas le “volume”. La fin était difficile à lire donc à interpréter. Perspective excellente. Mais oubli de “remonter” !

Version 5 initiale poème

Espèce mal aimé de tous. Ton histoire traverse les générations. Tu ne doit que ton salut que par la volonté de dieu. Vipère ou serpent de malheur aux grosses écaillures visqueuses plus jamais tu ne remonteras de la terre pour te réincarner en esprit malin.

(45 mots, 10 mn).

Version 5 retouchée.

Ô espèce mal aimée de tous !

Ton histoire traverse les générations.

Tu ne dois ton salut qu’à la volonté de Dieu.

Vipère,

serpent de malheur à la grosse écaillure visqueuse

plus jamais tu ne remonteras de la terre

pour te réincarner en esprit malin.

Remarque. S’adresser ainsi à la vipère, c’est une prosopopée. Bien marquer le rythme en allant à la ligne, ce qui indique un léger arrêt dans la prononciation, dans la diction, dans la chanson car on peut mettre ce texte en musique. Belle orientation pour ce poème.

Roger et Alii

Retorica

(2.300 mots, 13.400 caractères)

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