27 RET archéologie de retorica 2015_04

27 RET 000 Première livraison de mars 1997. Il y en aura 13 avant basculement sur internet en février 2000.

ICEM-Pédagogie Freinet Montauban le 26 mars 1997

Module de recherche

Retorica-classeur de français

Participent au module Roger, Marjolaine, Catherine, Annie, Jacques, Marie, Isabelle

1° livraison (000)

Bonjour,

Depuis les rencontres BT2 de Paris je n’ai pas trouvé le temps de vous écrire pour vous envoyer la première livraison de Rétorica. C’est enfin fait !

En voici les règles, quitte à les modifier sur les suggestions des participants.

1. Ce module de recherche est un nœud. Il se situe délibérément à l’intersection de quatre structures : le chantier Outils, le chantier BT2, le secteur Second degré et le secteur Français. J’aurais pu appeler ce groupe de travail “commission”. Mais ce n’est pas une commission. Je reste fidèle à une dénomination que je proposais en 1972, lorsque je siégeais au C.A de l’ICEM – Pédagogie Freinet. Le terme de “module de recherche” concernait justement des équipes restreintes de travailleurs méthodiques et motivés.

2. Retorica est limité à 3, 6, 9 ou 12 personnes, selon une logique taoïste. Pas plus. Le recrutement se fait par cooptation et le bouche à oreille. A douze on est au complet mais si quelqu’un souhaite se retirer, il peut se faire remplacer.

3. Les livraisons sont irrégulières et gratuites. Simplement de temps à autre je dis où j’en suis des frais et chacun donne ce qu’il veut en fonction de l’intérêt qu’il trouve au travail du module. De toute manière, même à plein régime, le coût des envois ne sera jamais très élevé et comme ce module c’est une gourmandise que je m’offre, il est normal que son fonctionnement soit gratuit.

4. Les participants du module ne sont pas forcés de répondre aux envois. Je préfère qu’ils le fassent bien sûr. De la manière suivante : quand vous avez reçu la livraison vous la parcourez des yeux et si quelque chose vous accroche l’œil vous ne notez très simplement, très directement sur un quart de feuille. Une idée par quart de feuille. Un quart de feuille par idée. Vous oubliez la livraison. Vous laissez mûrir. Vous revenez sur la livraison. Nouveau(x) quarts de feuille. Quand vous en avez 3, 6, 9 ou 12 vous me les envoyez et je fais la synthèse. J’ai élevé le quart de feuille à la hauteur d’un outil très performant. On en reparlera.

5. Les travailleurs peuvent évidemment puiser dans les livraisons pour alimenter les revues et les bulletins du mouvement. Indiquez simplement que ceci vient de Retorica. Je puis, éventuellement, réécrire ou remettre en forme telle(s) ou telle(s) pages, à la demande. Ceci pour faire gagner du temps.

6. Dans une visée plus lointaine, je mets en forme un ensemble qui pourra éventuellement devenir un livre Retorica où la part coopérative des uns et des autres (élèves et camarades) sera explicitement reconnue. Même si ce livre ne paraît pas, il restera au moins les livraisons. Et donc une trace. Je m’expliquerai plus longuement une autre fois sur ce que ceci implique pour moi.

Je m’en tiens à ces six remarques. Toujours par souci taoïste. Maintenant l’anecdote Rétorica est né après 1968 et son slogan était tout un programme : “Retorica, pour nous sortir du caca”. Il reste d’actualité !

En voilà assez pour cette première livraison.

Bonne lecture et bon courage !

Amitié,

Roger

27 RET 001 projet du classeur 1997_01

Cette page était destinée à l’Educateur. Elle définit, en janvier 1997, le projet Rétorica.

Une trajectoire

Je connais la pédagogie Freinet depuis une quarantaine d’années. Je n’ai jamais été un enseignant Freinet au sens propre du terme mais ce mouvement m’offrait le seul air pédagogiquement respirable. J’ai participé avec Freinet à sa dernière grande aventure, celle des bandes enseignantes et des livrets programmés. Par goût et par nécessité je me suis limité à un certain nombre de techniques : un peu de correspondance, l’expression libre (rebaptisée “expression personnelle”), la libre recherche, les débats, la réunion coopérative (rebaptisée “conseil de français”).

Au fil des années, converti aux sagesses orientales (yoga, bouddhisme, zen, tao) j’ai privilégié la communication intérieure : dialoguer avec soi-même et se connaître tout en dialoguant avec les autres. Et j’ai approfondi un certain nombre de micro-techniques (la prise de parole en 3mn, le 1/4 de feuille1 , l’atelier d’écriture en 40 mots, l’expression personne en 200 mots). Ceci en m’appuyant sur un outil à deux visages : Rétorica – documentation et Rétorica -classeur de français.

Rétorica

Pendant mes quarante ans de vie professionnelle j’ai été essentiellement et quasi-uniquement un professeur de rhétorique dont l’enseignement était axé sur l’écrit, l’expression orale n’en étant qu’un sous produit. (“”Quand je sais vraiment ce que je vais dire pour en avoir travaillé les grandes lignes par écrit, je le dis sans difficulté particulière, sauf si je suis bègue ou que je ne sais pas endiguer mes émotions.”). Pour moi tout passe par la rhétorique. “Nos querelles sont langagières” disait Montaigne. Rétorica-classeur de français en propose les fondements méthodologiques.

Rétorica-documentation est un système de classement qui me permet de répondre immédiatement à toute demande de recherche documentaire. C’est 3.000 dossiers rangés par ordre alphabétique 2 et constamment mis à jour, le travail essentiel étant l’élimination de l’information secondaire et périmée. Trop d’informations tue l’information. Ce n’est pas le lieude développer cet aspect des choses. Le module de recherchehe est fait pour cela. 3 Rétorica me permettait et me permet toujours de répondre immédiatement à toute demande d’élèves pour leur fournir la ou les pistes de travail qui lui permettait de poursuivre sa recherche en CDI, en bibliothèque municipale ou ailleurs… Il me permettait aussi d’élaborer des concepts pour les débats (“Je devine que si on aborde telle question, on risque d’aborder telle autre…”). Il sert aussi à fournir de la documentation utile pour BT2.

Le classeur de français

Il s’agissait, lorsque j’enseignais, d’un classeur total. C’est-à-dire qu’il contenait les fiches de méthodes, les textes d’auteurs, les explications de textes (“lectures méthodiques”), les travaux libres ou imposés (“compositions françaises”). Le classeur des élèves et le mien étaient identiques. Toutes les pages étaient numérotées car une page non numérotée est définitivement perdue. J’ai conservé le même système dans la gestion du module de recherche et lorsque j’entame une situation d’apprentissage avec un individu ou un groupe je mets en place un système équivalent (livre de bord etc.). En ce sens je continue à pratiquer le classeur de français.

Cet outil conduit à un système complexe et rigoureux de numérotation et pose donc un problème de fond bien cadré par Catherine dans un 1/4 de feuille (puisque le module fonctionne par 1/4 de feuille) : “Comment matériellement, ça se passe avec les élèves ? Je me heurte à la difficulté avec des élèves très lents. Je fais un classement minimum pour le moment : trois parties (orthographe/grammaire, lecture écrite, dossier personnel). j’en suis à veiller à ce qu’ils ne se trompent pas de parties. Ce n’est pas acquis.” Question fondamentale.

Tenir un classeur, c’est savoir classer et la compétence du classement (fondamentale dans une société moderne) s’acquiert très lentement chez tous les individus (élèves et adultes) qu’ils soient en sixième, seconde, BTS ou post BTS). D’autant que cette compétence est méprisée chez beaucoup d’enseignants du second cycle, ne parlons pas des élèves ou des étudiants ! J’imposais et vérifiais la tenue de ce classeur en seconde et première (contrôle très rapide, fait à la volée : en moins d’une demi-heure on voit une moitié de classe).

En terminale, en BTS et post-BTS je respectais les résistances tout en faisant remarquer le mini-enchaînement karmique. C’étaient les étudiants en difficulté qui ne tenaient pas leur classeur. C’étaient quelquefois des gens très brillants mais qui manquaient d’humilité, du sens de l’ordre et de la coopération. Professionnellement ils devraient changer de comportement ou disparaître des organigrammes. Il m’est arrivé d’échouer avec des élèves de seconde : c’étaient toujours des élèves en grande difficulté psychologique. Le classeur est un bon baromètre de l’équilibre personnel.

Le fait que je tenais moi-même ce classeur avec un soin quasi-maniaque du détail (qualité japonaise du kaizen) faisait évidemment tomber les réticences de la majorité des élèves. Ils comprenaient que le classement est une technique de vie, modeste et indispensable, valable dans toutes les disciplines : calme, ordre, clarté. J’y passais en classe beaucoup de temps. Car numéroter moi-même mes propres pages me demandait (et me demande encore) beaucoup de lenteur. Eloge de la lenteur. Normal : ce que nous avons à apprendre aux élèves tient dans le creux de la main. J’entends une objection : – et les programmes ? – quels programmes ? Ce qui compte ce n’est pas le programme au départ mais le programme à l’arrivée.

L’évolution du classeur

Connaître son évolution est important pour comprendre les contraintes de l’outil. En début de carrière je l’avais appelé livre de vie. Il était tiré au limographe petit format (A5) et présentait en ordre chronologique, de la p. 1 à la p. 200 environ tout ce que nous avions fait. L’ensemble se présentait sous forme de livrets comprenant chacun une trentaine de pages soigneusement agrafées ou présentées sous enveloppe.

Ensuite je l’ai appelé manuel parce que “livre de vie” me paraissait un peu prétentieux et que c’était le seul manuel dont nous disposions. J’ai commencé à travailler le problème de la table des matières. Il fallait, toujours en 200 pages, fournir les outils essentiels en rhétorique et en histoire littéraire tout en intégrant des textes pour le bacs et des textes d’élèves.

Quand les collègues ont voté en conseil d’enseignement l’adoption d’un manuel, le même mot pour deux choses différentes créait une confusion. C’est alors que j’ai retenu tout simplement le nom de classeur de français mais on sent bien que le mot était chargé de fortes connotation. Il restait quelque chose du “livre de vie”. La table des matières est allée en se raffinant. En même temps la photocopieuse avait remplacé le limographe et j’étais passé du format A5 au format A4. Ce qui a modifié beaucoup de choses. La révolution informatique a fait le reste. Le total des pages est resté le même, environ 200, mais la capacité a triplé, chaque page A4 représentant en contenu, par le jeu des corps et des polices, environ trois pages A5.

En même temps le développement des pochettes plastiques m’a donné l’idée de deux classeurs :

– un classeur courant d’une vingtaine de pages, très léger, qui n’alourdit pas les affaires des élèves, ni les miennes.

– un classeur-archives, plus important, que l’on garde chez soi pour consultation et révision. Je le faisais revenir en classe à la fin du premier semestre pour le corriger à la volée lors d’une séance de modules.

La table des matières

Elle est fondamentale car elle tient lieu de programme (tiens ! tiens !), de répérages, de pistes de travail ouvertes etc… etc… Elle permet une foule de choses. Voici celle que j’utilisais dans le second cycle et que j’ai gardée dans le module de recherche. Actuellement nous en travaillons une légèrement modifiée pour le premier cycle. La formation esthétique et morale d’un individu ne se fragmente pas. Ce sont les même buts et les mêmes pratiques de la 6ème à la terminale adaptées aux capacités de compréhension des individus, compte-tenu de leur âge. Lire, rélféchir, écrire, parler.

Voici donc cette grille-trajectoire :

Chapitre 0 – Expression imposée, travail personnel

Chapitre 1 – Méthodes, lecture, culture

Chapitre 2 – Rhétorique, linguistique, grammaires, style

Chapitre 3 – Art, mouvements artistiques, architecture, musique, peinture, , photographie, histoire-géo, sociologie, science, technique, journaux et lettres intimes, essais

Chapitre 4 – Théâtre, cinéma, personnage

Chapitre 5 – Récit, roman, nouvelle, conte, b.d, histoire drôle, fait-divers

Chapitre 6 – Poésie, chanson, poème en prose

Chapitre 7 – Information, politique, économie, rumeurs, journaux, radio, télévision, multimédias, image

Chapitre 8 – Projet personnel, philosophie, psychologie, religion

Chap 9 – Expression personnelle, ateliers, débats, prises de parole

La place et le temps manquent pour en dire davantage. Et c’est bien ainsi. La suite, c’est une autre histoire comme disait Kipling.

Roger 

11 janvier 1997

27 RET 002 plan du classeur 1997

Catherine (15 jan 1997) “J’essaie de rentrer dans le plan. Si je comprends bien, chaque fois qu’un sujet entre dans deux entrées (Ex : atelier d’écriture en 40 mots : méthode, expression) il est écrit deux fois dans le plan.

J’ai eu aussi cette idée. Mais comment, matériellement, ça se passe avec les élèves ? Je me heurte à la difficulté avec des élèves très lents. Je fais un classement minimum pour le moment :

3 parties :

– orthographe/grammaire

– lecture/écriture

– dossier personnel.

J’en suis à veiller à ce qu’ils ne se trompent pas de parties. Ce n’est pas acquis.”

Roger (15 jan 1997) Un sujet ne figure pas dans deux entrées à la fois :

atelier d’écriture méthode sera une page du chapitre 1.

– des textes produits dans un atelier d’écriture seront une page du chapitre 9.

Chaque page remise a un numéro. Une page, un dossier, un devoir non numérotés sont des documents perdus.

Cette compétence du classement s’acquiert très lentement chez TOUS les élèves qu’ils soient en sixième, seconde, BTS ou post-BTS. Plus ils sont âgés plus ils ont d’abord des réticences ; ces dernières tombent vite quand ils me voient pratiquer ainsi. Alors ils comprennent que le classement renvoie à une technique de vie valable dans toutes les disciplines : calme, ordre, clarté. J’y mets le temps qu’il faut. Il arrive que j’échoue quand il s’agit d’élèves en grande difficulté. En fait c’est un bon baromètre de l’équilibre des élèves.

Je distingue trois cas de figures :

1/ les documents photocopiés : méthodes, textes, corrigés, ateliers d’écriture photocopiés, textes personnels photocopiés. Chacun de ces documents reçoit un numéro. La numérotation est la même pour tout le monde. Donc tout le monde, prof comme élèves, a le même classeur.

Ex :

100. Panoramique des méthodes

101. Expression personnelle en 200 mots

2/ Certains numéros renvoient à des documents communs à tous (élèves et profs) et des documents personnels (élèves). C’est le cas des devoirs imposés et aussi des expressions personnelles.

Ex 1 :

013a. Sujets sur le rire

013b La copie de l’élève corrigée

013c. Le corrigé du prof (corrigé s.g.d.g)

Les trois documents sont agrafés ensemble car ils forment un tout.

Ex 2 :

913a Expression personnelle de l’élève

913b Textes personnels de la classe retenus pour la même période,reproduits au traitement de textes et photocopiés.

Les deux documents sont agrafés ensemble car ils forment un tout.

3/ Documents réellement personnels à l’élève, issus de recherches personnelles et qu’il faut classer. Ils sont donc différents d’un élève à l’autre. Dans mes classes je n’avais pas ce type de documents parce que ma pratique était fermée. Mais si j’en avais eu j’aurais probablement prévu un chapitre “Recherches personnelles”.

Je reprends ton propre classement. Je crois que trois parties c’est trop lourd car il faut songer à numéroter les pages. C’est pourquoi j’étais arrivé à 9 chapitres pour avoir des numérotationa allégées. Dans une pratique plus ouverte que la mienne et dans le premier cycle je verrais bien l’ordre suivant :.

0. Les plans de travail et l’expression imposée

1. Méthodes (généralités)

2. Orthographe et grammaire (règles, exercices)

3. Style, rhétorique, lecture méthodique (règles, exercices)

4. Les récits (nouvelles, romans, textes étudiés)

5. Les poèmes (textes étudiés et groupements de textes)

6. Le théâtre (tout ce qui concerne le théâtre et les dialogues)

7. Les essais (textes d’idées, argumentation)

8. Les recherches personnelles (seule partie que l’élève ordonne à sa guise)

80 Conseils généraux

81 Thème de recherche 1° périoode

82 Thème de recherche 2° période etc…

9. Expression personnelle.(ateliers d’écriture, expression personnelle)

Catherine (15 jan 1997) “J’ai repensé à un outil que j’ai fait il y a quelques années. Je te l’envoie.

Il était impossible à utiliser. Trop lourd. Mais il m’a obligée à me demander ce que, selon moi, doit réussir à faire un élève en fin de 1er cycle.

En le relisant, je ne suis plus d’accord avec tout, je vois les manques.”

Roger (15 jan 1997) Je renote les grandes têtes de chapitre de ce document qui couvre 6 pages et me paraît très intéressant. Je l’évoquerai dans la prochaine livraison pour qu’on puisse te le demander.

Il était donc destiné à l’élève et lui permettait de repérer ses manques et ses progressions, donc c’est un planning-évaluation (ce qu’il faut savoir – ce que je sais) :

Catherine (15 janv 1997 ) :

I. Oral (12 items)

II. Organisation du travail

A. Travail personnel (7 items)

B. Travail de groupe (2 items)

III. Lecture

A. Lecture silencieuse (4 items)

B. Lecture rapide (2 items)

C. Lecture intégrale (4 items)

D. Lecture à haute voix (2 items)

E. Lecture-outil (10 items)

F. Lecture-médiation (3 items)

IV. Ecriture

A. Objectifs préalables (4 items)

B. Avec ou sans consignes, je sais construire un récit (3 items)

C. Avec ou sans consignes, je sais construire un raisonnement (3 items)

D. Avec ou sans consignes, je sais écrire un texte poétique (4 items)

E. Avec ou sans consignes, je sais écrire un texte d’information (5 items)

V. Orthographe-grammaire

(32 items)

Roger (15 jan 1997) : Sous cette forme massive (six pages serrées) c’est un outil trop lourd pour l’élève mais très rassurant pour le prof qui sait ainsi où il doit aller et par où il doit passer. Je remarque que ce document couvre entièrement mon chapitre 1 méthodes, 2 rhétorique et mes grandes têtes de chapitres 5. récit, 6. poésie, 7. essais, 8. information, à l’exception de 4. théâtre. Je propose un”Avec ou sans consignes, je sais faire un dialogue” (lequel pourrait être joué en classe et déboucher sur un débat type théâtre Boal)

A mon avis ces fiches peuvent être découpées en fiches de méthode, à numéroter et mettre dans le classeur. Et que l’on aborde progressivement en fonction des circonstances sachant bien sûr qu’il faudra les avoir toutes vues d’ici la fin de l’année. C’est le mécanisme général sur lequel je fonctionnais.

Mais la rubrique “évaluation personnelle” à laquelle je n’avais pas songé me paraît excellente car elle m’aurait permis d’alléger les révisions.

Par ailleurs pour les compétences lourdes on peut décider en premier cycle d’adopter le système des brevets. Ex :

“Je sais lire un livre en entier et je le prouve”,

“Je sais faire un exposé à la classe et je le prouve”,

“Je connais bien ma grammaire et je le prouve.”

Donc brevets lecture, exposé et grammaire. Pas plus de trois brevets sinon c’est ingérable car il faut des épreuves publiques pour 30 élèves, d’où 90 prestations !

Ma table des matières m’a servi de pense-bête. Au fur et à mesure que je remplissais les rubriques les blancs me signalaient les manques. Je les comblais à mesure. D’un autre côté les titres très longs offraient autant de pistes de travail pour mes élèves que pour moi. Je signale tout de suite la relative faiblesse du chapitre 3. Arts, mouvements artistiques qui m’a toujours donné l’impression d’être un fourre-tout. J’aurais probablement pu transformer en recherches personnelles ou encore l’appeler plus clairement 3. Histoire littéraire. Et les recherches personnelles aller sur 8. Information

J’y pense maintenant pour montrer comment ce type de travail est toujours en mouvement. Donc pour moi, ceci est loin d’être anecdotique.

Catherine (15 jan 1997) Chap 9 Expression personnelle. Je ne comprends pas à priori pourquoi tu mets dans le classeur des exemples de textes. Je croyais que c’était une classeur de fiches de méthode.

Le classeur que je reconstitue actuellement est celui de Rétorica, pour Rétorica. Et les exemples de textes personnels sont placés normalement en chapitre 9. Ces textes fournissent un bon panorama de ce que j’ai obtenu cette année. Ils constituent pour moi un matériau d’étude et un tremplin.

Je pense remplir ce classeur en mêlant mes fiches de méthodes, vos questions, vos réflexions, mes propres remarques dans une sorte de va-et-vient. Les réponses que je fournis à titre individuel, comme celles-ci, seront reprises et réécrites pour les livraisons suivantes.

Pendant l’année scolaire ce classeur est un classeur total. C’est-à-dire qu’il contient les fiches de méthodes et les travaux d’élèves.

En début de carrière je l’avais appelé livre de vie. Il était tiré au limographe petit format (A5) et présentait en ordre chronologique, de la p. 1 à la p. 200 environ tout ce que nous avions fait. L’ensemble se présentait sous forme de livrets comprenant chacun une trentaine de pages soigneusement agrafés ou présentés sous enveloppe.

Ensuite je l’ai appelé manuel parce que “livre de vie” me paraissait un peu prétentieux et que c’était le seul manuel dont nous disposions. J’ai commencé à travailler le problème de la table des matières. Il fallait, toujours en 200 pages fournir les outils essentiels en rhétorique et en histoire littéraire tout en intégrant des textes pour le bac et des textes d’élèves.

Quand les collègues m’ont obligé à adopter un manuel, le même mot pour deux choses différentes créait une confusion,. C’est alors que j’ai retenu tout simplement le nom de classeur de français. La table des matières est allée en se raffinant. En même temps la photocopieuse avait remplacé le limographe et j’étais passé du format A5 au format A4. Ce qui a modifié beaucoup de choses. La révolution informatique a fait le reste.

Le total des pages est resté le même, environ 200 mais la capacité a triplé chaque page A4 représentant en contenu, par le jeu des corps et des polices, environ trois pages A5.

En même temps le développement des pochettes plastiques m’a donné l’idée de deux classeurs :

– un classeur courant d’une vingtaine de pages, très léger, qui n’alourdit pas les affaires des élèves, ni les miennes.

– un classeur-archives, plus important que l’on garde chez soi pour révision et consultation. Je le fais revenir en classe à la fin du premier semestre pour le corriger à la volée lors d’une séance de modules.

Je me servais du manuel de français mais uniquement pour des travaux de relevés de citations. Il s’agissait pour moi de rentabiliser un outil dont je ne me servais pas en classe. A bien y réfléchir ces travaux sur le manuel ont pompé l’énergie qui pouvait être utilisée en recherches personnelles. Mais c’était mon choix pédagogique. Je puis évidemment l’expliquer sans le justifier mais c’est un peu tôt pour le faire. Chaque chose viendra en son temps.

J’aurais pu bien entendu couper la poire en deux et utiliser une partie de ce temps pour les citations et l’autre pour les recherches. Je peux chiffrer ce temps-énergie : 4-6 heures par période soit pour 8 périodes 32-48 heures. J’ai toujours procédé ainsi en m’appuyant sur le temps moyen nécessaire à un élève pour faire correctement le travail que je lui demandais.J’aurais souvent à évoquer ces problèmes de temps-énergie pour les ateliers d’écriture (1 heure), pour les débats (1.15 h) pour l’expression personnelle (2 h mais en fait 1.30 h) etc….

27 RET 003 Travail personnel 1997_06

Roger (20 juin 1997) Marie est étudiante en lettres. Comme elle se trouve dans l’entre-deux élèves-profs, ses remarques et questions sont précieuses pour nous.

Marie 1. Le travail personnel. Point de vue méthodologique. Il arrive que l’élève ne sache pas travailler seul. Il se pose des questions, perd du temps et devient moins efficace. la grille de travail que vous proposez est riche, rigoureuse. Ne pourrait-on pas la compléter par des éléments plus concrets encore ?

Comment, par exemple, doit-on réviser son classeur ? dans quelles mesures peut-on estimer que le cours est maîtrisé ? Comment peut-on enfin se servir de ce dernier ?

Il en est de même pour des commentaires de citation, l’expression écrite ou bien la lecture personnelle. Un élève peut très bien se servir d’un seul livre pendant une année, tandis qu’un autre peut acquérir une grande culture sans jamais la nourrir.

L’élève est donc aussi en droit d’attendre une aide de la part du professeur.”

Roger : – Travailler seul. Très difficile car de nombreux facteurs peuvent intervenir (facteurs physiques – manque de tonus notamment – et psychologiques). Il faut que l’élève puisse se poser des questions en posant ses questions.

Ceci relève du conseil de français. On donne aux élèves des quarts de feuille vierge. On note au tableau la question : “Avez-vous de la difficulté à travailler seul ?. Qu’est-ce que vous observez en vous ?” Les élèves peuvent répondre par écrit ou oralement, donc directement. Je ramasse les quarts de feuille et je les lis sans donner les noms, ce qui relance le débat. Je prends des notes. J’en fais ensuite une synthèse puis en tire une page que je photocopie et place dans le classeur au chapitre 1.

Ou encore je nous dicte sur le champ ce qu’il faut en retenir et on numérote la page. On peut relire cette page tous les trimestres pour voir comment les élèves ont évolué.

Beaucoup d’éléments concrets c’est bien mais pas trop, sinon les élèves en sortent accablés. Et puis les éléments concrets vraiment importants sont peu nombreux, les autres découlent tout naturellement des premiers et l’idéal c’est de les faire découvrir à la classe d’une manière coopérative et non de les imposer (même si quelquefois on ne peut pas faire autrement).

Comment réviser son classeur. Voici les conseils que je donnais aux élèves mais il vaudrait mieux la faire redécouvrir en groupe, par les élèves. L’améliorer, pas forcément, mais la faire coller aux besoins réels et actuels des élèves.

Roger : Comment réviser le classeur de français (donné aux élèves)

 » 1. Mettre les feuilles en ordre. Toutes les feuilles y compris vos copies (sujets d’examens 01-, citations 21-, expression personnelle 91-).

2. Vérifier la table des matières.

3. Relire la table des matières en imaginant le contenu des feuilles. Si vous pouvez vous le représenter d’une manière précise, c’est que vous la connaissez.

Trois types de mémoire :

– visuelle : pas de problème

– auditive : lire à haute voix les passages difficiles

– kinestésique : ramener les informations à des sensations.

4. Relire la table des matières en liant mentalement les feuilles entre elles afin de découvrir leur synergie (1+1 = 3). Etape la plus importante, la plus intéressante.

5. Préparer des quarts de feuille pour questions et remarques en excellent français. Quand vous posez une question vous avancez une réponse à titre d’hypothèse. »

Je comptais beaucoup sur l’étape n° 5 qui, à mon sens, devait constituer la preuve du travail accompli. Or je n’ai eu que très rarement ces quarts de feuille. Ce qui tendrait à montrer qu’il s’agit d’une fausse bonne idée. Par ailleurs les élèves savent réviser mais d’une manière mécanique. Ils savent apprendre un cours qu’ils oublieront ensuite mais pas des notions qui entreraient dans leur comportement.

Un bon moyen de pallier cette difficulté est de faire des révisions collectives en classe. On prend une page et on demande à la classe : “Qu’est-ce qui vous paraît fondamental dans cette page et pourquoi ? “ et aussi “Secondaire ? et pourquoi ?” Ils disent “secondaire” pour tout ce qui leur paraît inutile pour l’examen. Je réponds “Oui, mais dans la vie ?” Et là ils ne comprennent pas car la vie, leur vie, c’est vraiment l’examen, ils ne s’identifient pas au delà. Mais ce type dé débat méthodologique est très inté-ressant. Veiller à ce qu’il en reste une trace (avec la technique “je nous dicte”).

– Le cours est maîtrisé quand à l’occasion d’un travail tout à fait différent on se rend compte que les éléments de base sont réutilisés. Ce qui suppose une grande attention chez l’élève.

Peut-on acquérir une grande culture sans la nourrir ? L’expression même est un oxymore puisque “cultiver” (latin colere) c’est tourner autout de l’autel pour le rite ou de la plante pour la soigner, l’aider à grandir. La culture n’est pas un état mais une dynamique, une énergie toujours à l’œuvre. Le jeune qui se pationne pour le rap se cultive mais cette culture n’est pas reconnue socialement ; s’il l’approfondit il va forcément lui donner une ampleur qui en fera une culture reconnue car elle rejoindra d’autres cultures.

L’aide de la part du professeur, c’est ce que Freinet appelait “la part du maître” ; je préfère dire “la part aidante du maître”. Elle fonctionne comme “recours-barrière”, autre notion-clé de Freinet. La barrière peut être exigeante quand le recours est généreux. Les deux sont profondément liés.

Marie (20 juin 1997) : “2. Le travail personnel. La motivation de l’élève. Comment faut-il réagir face à un élève qui ne travaille pas ? Faut-il le laisser découvrir seul la littérature ? Faut-il au contraire le suivre étroitement jusqu’à ce qu’il apprenne à aimer ?

Là encore, l’attitude du professeur est importante : le maître peut “éveiller” un élève, comme il peut l’”enterrer”.

Pour intéresser un élève, il faut lui montrer que le français peut être un jeu. Les ateliers d’écriture que vous proposez sont un bon moyen, retenir son attention : en produisant quelque chose, l’élève devient responsable et fier.”

Roger : – L’élève qui ne travaille pas. Trois investigations complémentaires.

Une extérieure, discrète et que je considère comme couverte par le secret professionnel. Le dossier scolaire avec les bulletins des années précédentes. On peut découvrir ainsi qu’il n’a jamais travaillé en français. On peut découvrir aussi des difficultés familiales connues de longue date. Ensuite les collègues de la classe pour savoir s’il a le même comportement ailleurs. Interroger notamment le prof de gym et le C.P.E qui a l’élève en charge, surtout le C.P.E. Voir aussi des profs de l’année précédente.

Une intérieure par le dialogue. Elle vient ensuite. Poser carrément la question du pourquoi. On écoute attentivement les raisons avancées mais sans en être forcément dupe, l’attention doit se porter au-delà. Ainsi que le dit Jacques Salomé dans son “Tarot relationnel” (Albin Michel 1994) et qui est fondamental :

L’écoute ouverte est celle que je pratique quand je reste centré sur la personne et non aveuglé ou absorbé par ce qu’elle me dit.” ( Alliés 6)

Une troisième intervention vers les parents. C’est le cas de l’élève qui ne travaille pas et dont le comportement est insupportable. Téléphoner aux parents (ne pas écrire). Le faire en liaison avec le C.P.E

S’il n’y a pas de téléphone, c’est le signe d’une très grande pauvreté et le risque d’un grand abandon affectif. Voir alors avec le C.P.E la conduite d’aide à tenir.

Pour téléphoner, voici comment je procède.Bien choisir son moment (19.30 h environ). Deux questions : “Votre enfant se plaît-il au lycée ?” La réponse est toujours positive. On amène la seconde : “Comment se comportait-il l’an passé ?” Cette fois grand silence. La conversation peut vraiment commencer. On apprend alors beaucoup de choses. Si ça risque de s’éterniser on prend un autre rendez-vous téléphonique ou dans un endroit commode pour tout le monde (plutôt un café que le lycée).

Le laisser découvrir seul la littérature ? Il est normal qu’il n’aime pas la littérature. La littérature est le réceptable des expériences de l’humanité mais il ne faut pas confondre le contenant et le contenu. C’est le contenu qui est important. Donc voir avec l’élève ce qu’il aime, son domaine de prédilection et ici chercher du côté des films, des vidéos, de la bd et bien sûr de la lecture (témoignages, ouvrages techniques et enfin roman, poésie, théâtre)

On ne peut pas suivre étroitement un élève. Par manque de temps car alors il faut en suivre 130 (4 classes) à la fois… et puis il étoufferait et haïrait son prof. Il faut suivre de loin, au moyen notamment de la “fiche de dialogue” qui sert pour le “conseil de français”.

Le français comme jeu, oui. Les élèves adorent les histoires drôles que l’on démonte, les petites vannes écrites que l’on fait passer. Exemple le quart de feuille : “Il y a des traces de pneus au plafond. Fais passer.” Analysez !

Produire quelque chose dont on puisse être fier : c’est effectivement le moteur. On en est fier devant les autres donc liaison expression personnelle – communication dans le groupe.

Marie : “3. Les ateliers d’écriture. L’expression personnelle est essentielle. Elle permet de se familiariser avec le français, avec l’écriture aussi. Très influencée par Raymond Queneau, je me suis demandé si ce type de travail ne pourrait pas être encore plus systématique et scientifique, tout en gardant un ton très ludique. L’OULIPO, dans L’Atlas de littérature potentielle, présente de nombreux exemples de contraintes intéressantes à exploiter.

On peut retenir entre autres la méthode dite “S+7” qui consiste à remplacer tout substantif d’un texte par le septième nom qui le suit dans un dictionnaire : “La Cigale et la Fourmi” devient ainsi “La Cimaise et la Fraction” ! “

Roger : – Dans un premier temps toutes les techniques de l’OULIPO sont les bienvenues. J’ai même une “machine à cadavre exquis” qui m’a rendu de gros services pendant des années.

– On va passer tout naturellement à un second temps. Car dans les productions Oulipo certaines ont plus de sens que d’autres. Parce qu’elles sont émouvantes ou drôles, qu’elles nous parlent, qu’elles touchent l’individu ou le groupe. On entre là vraiment dans l’expression personnelle, dans l’expression de l’expérience intérieure.

27 RET 004 Prise de notes etc 1997_06

Elsa (22 juin 1997) Prise de notes en seconde Comment l’enseigner ?.

Roger : Est-ce bien nécessaire ? ou alors ceci relève d’un travail interdisciplinaire. Rencontrer le prof d’hist-géo pour savoir comment il fait. En général il met au tableau le plan détaillé de son cours et ensuite les élèves se débrouillent. Le résultat n’est jamais très beau. Je pense que la prise de notes est formatrice sur un travail calibré et à proscrire pour le reste. C’est singer le cours magistral universitaire qui lui non plus a perdu sa raison d’être à l’âge du traitement de textes et des photocopieuses, sauf exception bien entendu.

Mes cours étaient entièrement rédigés (c’est même la base de Rétorica), tapés et photocopiés ; nous les lisions en classe, paragraphe par paragraphe et nous en discutions et là nous prenions des notes ; c’est-à-dire que je nous dictais les éléments les plus intéressants. Même chose pour les lectures méthodiques. Je crois que le mythe de la prise de notes est la grande erreur pédagogique au secondaire.

Elsa : Retorica-documentation, 3.000 dossiers ? dans un classeur ?

Roger : Non, 3000 dossiers représentent en gros 30.000 documents. Ce n’est pas un classeur mais un placard… qui me permet de répondre à toutes les situations. Ces dernièress sont encore plus variées depuis que je suis en retraite. Retorica-classeur de français c’est simplement 200 pages, donc 200 documents tirés des 30.000 en fonction des situations. J’incite tout le monde à se constituer un Retorica-documentation mais sans tomber dans la manie compulsive que cette activité était devenue pour moi.

Elsa : Comment numéroter les notes de cours ?

Roger : Admettons que j’étudie un texte avec les élèves : 806 (chiffre pris au hasard mais dans le chapitre 8 Philosophie) La mort du Loup. Le texte lui-même sera à la page 806a, la biographie de Vigny en 806b, les notes de cours en 806dc, des compléments éventuels sur l’éthologie du loup en 806d. Tout ceci dans une pochette plastique identifiée 806. Le jour du bac l’élève n’a le droit d’amener que le texte. Mais il pouvait m’arriver de numéroter 806, 807, 808, 809… Cela dépendait des numéros disponibles et puis de la lisibilité de l’ensemble, notamment de la table des matières.

Elsa : Un atelier d’élèves en 40 mots avec la classe entière, est-ce possible ?

Roger : Je l’ai fait, c’est crevant, il faut avoir la santé mais le résultat peut être très intéressant.

Je l’avais fait avec un tirage soleil-neige-poisson (TS2MAI 23 janvier 1992). J’avais instauré une règle très rigoureuse. J’étais au bureau. Chaque élève (des gaillards de 22-24 ans) passaient l’un après l’autre avec leur feuille au propre portant leur versions successives (1°, 2°, 3° version).

Je me contentais de dire : “C’est bien, continuez, soyez plus dense, plus fort…” Aucun conseil stylistique. Mais une très grande intensité dans le propos. Je disais la même chose à chacun mais chacun sentait que je lui parlais vraiment. C’est ça qui est crevant.

Je retrouve la même tension aux Restos du Cœur à l’accueil. Je suis en tête de distribution et je contrôle les cartons. Je le fais décontracté et en souriant. Je conclus la vérification en disant à chaque personne, et en y mettant tout mon cœur : “Bonne journée et à samedi”. Il faut que le bénéficiaire se sente attendu.

Il faut faire passer le courant, l’énergie, i-shin-den-shin “de mon cœur à ton cœur” dit le zen.

Elsa : Classeur. Roger : Je recopie tel quel ton quart de feuille pour les autres membres du module de recherche : Elsa : “C’est seulement au niveau de la maîtrise que j’ai découvert les intérêts du classeur, de la rigueur dans le rangement et des vertus de l’organisation. J’ai compris alors l’importance qu’il avait (le classeur) pour la réussite et le progrès dans la recherche (puisque je devais rédiger un mémoire de recherche). Lorsque j’ai reçu ce premier envoi de Rétorica j’ai bondi de joie et suis allée mettre mon nez dans les cahiers et les classeurs de mes élèves.”

Elsa Lecture des texte en classe. “Je me souviens de ces heures merveilleuses de lecture devant les autres, des textes libres en primaire… Comment faire la même chose en 3° ? Lire à voix haute seulement les textes courts ? Comment faire partager les trésors que je lis en les corrigeant ?

Roger : C’est pour cela que j’ai calibré les textes à 200 mots, ce qui n’exclut pas des textes longs en dissertation mais le texte long est rarement bon. Trois cas :

– bon texte bref et l’élève accepte de le lire. Pas de problème. C’est le cas le plus fréquent.

– bon texte bref mais l’élève n’accepte pas de le lire. Je le lis et quelquefois d’une manière anonyme si l’auteur l’exige.

– bon fragment que je découvre : je le lis sans donner le nom de l’auteur parce que je ne sais pas toujous s’il serait content ou pas.

Un bon texte est un texte “caractéristique” : tout le monde peut écrire un texte caractéristique. Autrefois je faisais des ateliers de lecture pour faire choisir les textes. J’y ai renoncé car je ne pouvais pas, faute de temps, mettre un organisation coopérative vraiment efficace pour protéger l’auteur vraiment original en proie à l’ostracisme de certains petits camarades. Je suis donc le protecteur et le garant de l’originalité.

Elsa : Faire de la grammaire, en classe de 3°, en s’amusant ?. Roger : Vaste problème. Je réponds : par la recherche libre…. Un peu facile. Un bon truc : construire avec les élèves des phrases qui semblent se ressembler mais qui diffèrent entre elles par un élément qui justement contient un problème grammatical. Ca marche assez bien mais c’est fatiguant. De toute manière on n’échappe pas à un travail de révision et de contrôle, hélas ! Problème à reprendre bien sûr.

Elsa : As-tu archivé tes anciens classeurs ? Roger : J’aurais dû le faire. Mais 4-5 classeurs par classe par an, en dix ans cela ferait 40-50 classeurs dans ma cave. Et elle est toute petite ! En fait d’une d’une classe à l’autre, d’une année à l’autre, il y a des éléments permanents qu’on retrouve dans tous les classeurs, environ une centaine de pages, ce sont les pages de base de Rétorica. Le reste varie bien sûr.

Elsa : Conseil de français, comment cela se passe-t-il concrètement ? Roger : Le jour du conseil de français j’arrive avec les “fiches de dialogue” à remplir. Je note au tableau les huits activités principales que nous avons eu dans la période de 4 semaines. Les élèves recopient et mettent une croix en face de leur jugement (Rubrique A : Mon avis sur les cours). Ensuite ils remplissent la rubrique culture personnelle (B) puis établissent leur bilan personnel (C). Ensuite je ramasse les fiches de dialogue et ici, j’ai honte mais…, je les examine rapidement sans donner les noms pour dire les rubriques qui ont eu le plus de succès et celles qui en ont eu le moins. Ensuite je passe toujours anonymement en revue les fiches pour la culture personnelle. Je fais noter éventuellement des titres intéressants. Tout cela est évidemment dialogué mais le gros inconvénient c’est que je ne pouvais plus faire prendre en charge ce travail par une équipe d’élèves car le dépouillement oral est trop pointu.

L’avantage c’est que ceci me donnait une idée précise des réactions des élèves surtout quans je dépouillais certaines rubriques à tête reposée. Voici trois exemples tirés de la même classe pour la même période (1° Stec 1994-95, période n° 6). Je les ai pris au hasard et leur valeur démonstrative reste moyenne.

Etude de Dom Juan

tb : 2 + bi : 6 +  ab : 11 = 18

mé : 7 + fa : 4 + tf : 2 = 13

Etude de Rimbaud

tb : 1 + bi : 3 + ab : 18 = 22

mé : 9 + fa : 1 + tb : 0 = 10

Atelier d’écriture

tb : 9 + bi : 10 + ab : 12 = 21

mé : 0 + fa : 2 + tf : 0 = 2

Les réactions à “Dom Juan” et à Rimbaud sont comparables avec un plus de réussite de ma part pour Rimbaud (13/18 pour “Dom Juan” 10/22 pour Rimbaud). La signification de l’évaluation se dégage quand on compare avec l’atelier d’écriture où tout bascule dans le positif (2/21). Noter l’écroulement de la rubrique “médiocre” : ça c’est un bon signe de réussite. Les deux “faibles” renvoient à des élèves que je suivais particulièrement car l’expression personnelle les faisait souffrir.

Je me méfie des débats sur les activités, car les “grandes gueules” impressionnent les autres, en positif ou négatif et brouillent l’évaluation. Autrefois je me contentais de faire discuter les élèves sur les activités de la période. Mais il est évident qu’il faut accepter d’être impopulaire sur des travaux d’examen par exemple. Mon système n’est pas très Ecole moderne ; disons qu’il correspond à un feu jaune dans les “invariants pédagogiques” de Freinet. Les élèves jugent chaque activité principale ; je suis donc amené à m’expliquer, à me justifier éventuellement. Le dépouillement fin en graphique était éventuellement donné à la classe au cours suivant. Je signale que j’ai été inspecté une fois en conseil de français. Pas triste.

27 RET 005 Problèmes divers 1997_08

Isabelle (8 août 1997) envoie neuf quarts de feuille. Roger : Neuf quarts de feuille. Parfait, car chiffre taoïste créateur d’harmonie comme 3, 6, 12, 15…. et tous les chiffres divisibles par trois. Isabelle Quart de feuille premier. Au premier abord, j’ai une impression de complexité en parfaite adéquation avec les exigences folles des programmes de lycée autant que je m’en souvienne. Roger : Oui, en ce sens c’est un pari à proposer aux élèves, aux parents et à l’institution, en sachant que comme pari il est perdu d’avance. Reste l’essentiel, le cadre général, le référentiel de base.

Isabelle : Quart de feuille second. Il me semble qu’il manque un chapitre (ou bien quelques pages insérées à chaque chapitre) consacré aux acquis de l’élève durant sa scolarité antérieure. “Voici ce que je sais dans tel ou tel domaine.” Ainsi la démarche Rétorica trouverait un ancrage dans l’expérience personnelle de l’élève et se justifierait à ses yeux, d’elle-même. D’autre part la démarche Rétorica s’inscrirait ainsi dans une histoire. Roger : On ne sait jamais quels sont les acquis réels de l’élève. L’évaluation en entrée de seconde les révèle d’une manière très imparfaite.

L’élève ne les connaît pas lui-même. Si je pose une question sur la connaissance du système verbal, personne n’en a entendu parler. Par contre si je demande s’ils connaissent leurs conjugaisons, tout le monde sait ce que cela veut dire. Et je pars alors des conjugaisons.

Enfin les acquis des élèves sont très divers et dépendent très largement de l’histoire personnelle de chacun. Les acquis sont souvent dans le jardin secret.

Je préfère partir de ce qu’ils doivent savoir à mon avis. Donc je mets en route ce que je dois enseigner. De temps en temps je demande : “Vous l’avez déjà vu ? sous quelle forme ?” Si c’est bien compris je passe. Sinon je m’attarde.

Isabelle : Quart de feuille troisième. J’aime l’objectif récurrent “être heureux” ! Roger : Aujourd’hui je peux préciser cette notion de bonheur en termes d’énergie (le ki, au sens du tao et du taï-chi-chuan). On est heureux quand on sent que son énergie intérieure tend à s’exercer harmonieusement vers l’extérieur, les êtres et les choses et quand on se sent soi-même dans le flux de l’énergie sociale et cosmique. Quand on se met involontairement en travers de ce flux, on est mal à l’aise et donc malheureux.

Attention ! ce non-agir (wu wei) n’est pas la passivité. C’est la spontanéité totale qui s’adapte à chaque situation nouvelle sans la moindre idée préconçue ni la moindre intention. C’est une activité dépourvue de tout désir et de toute directivité parce qu’elle suit la directivité du flux de l’énergie et qu’elle se sens appartenir constamment à ce flux. (d’après Dict. sagesse orientale, Bouquins, p.668a)

Isabelle : Quart de feuille quatrième. Je ne sais pas trop ce qui est attendu des lecteurs : une lecture critique ? une lecture informative ? une lecture donnant lieu à des suggestions ? ou bien les trois réunies ? Roger : Les trois effectivement, réunies ou pas, peu importe.

Isabelle : Quart de feuille cinquième. Pour véritablement lire, il me manque de nombreux éléments (surtout le chap 1 et le chap 2). Roger :

Je commence par donner les têtes de chapitre (de 100 à 900) Ensuite viendront les approfondissements. Mais les pages 200 Panoramique sur la rhétorique et 300 Panoramique sur les essais vont déjà offrir des pistes à la réflexion.

Isabelle : Quart de feuille sixième. En survolant la table des matières : 2 remarques.

1. le chap 3 me paraît trop lourd. Une idée :

– Créer un chap regroupant arts, sciences, techniques et sciences humaines

– Insérer l’intime comme illustration à la question de la subjectivité/objectivité discursive qui peut être un des critères fondant une typologie des genres.

2. A propos du chap 8. je ne saisis pas l’organisation. Le thème de ce chapitre est-il projet personnel ? ou philosophique ?

3. De même dans chap 3, je ne comprends pas bien essais.

Roger : Le chapitre 3 pose effectivement problème. Je m’en explique dans mon propre apport p.006.

On peut effectivement, en fonction de ses besoins et de sa personnalité, remodeler la table des matière pour y introduire un chapitre “art, sciences, techniques et sciences humaines”.

L’intime me paraît être une catégorie fondamentale en ce sens qu’il peut féconder les quatre genres principaux (essais, poésie, théâtre, récit) et justifier les gens mixtes (un dialogue poétique par exemple). Fonder sur l’intime une typologie des genres doit être une idée féconde. Si tu peux la développer.

Mais je vois aussi l’intime comme objet du chapitre 8. Projet personnel qui se confond ici avec la philosophie, le système de valeurs que je retiens plutôt que d’autres (en connaissant leurs grandes lignes bien sûr).

Isabelle : Quart de feuille septième. Les chapitres 4-5-6 + 3 ? (essais) devraient à mes yeux constituer des subdivisions d’un chapitre appelé par exemple littérature;

Roger : Ces chapitres sont ces subdivisions. Mais la littérature qui fonde toute l’entreprise n’apparaît jamais en tant que telle car elle engloberait et aspirerait quasiment tout, détruisant ainsi le plan général, vampirisant l’ensemble.

La littérature va donc intervenir sous quatre formes :

a) dans le chapitre 2 : grammaire -> rhétorique -> stylistique -> littérature.

b) dans les quatre chapitres 3. essais, 4. théâtre, 5. récit, 6 poésie dont la progression ne doit rien au hasard

b) en action, dans le chapitre 9, notamment à l’occasion des ateliers d’écriture

c) sous forme d’un sujet imposé qui intervient dans mes classes comme 9° devoir (p.009 Qu’est-ce que pour vous la littérature ?) les élèves s’interrogeant en fait sur l’ensemble du classeur sauf les chapitres 0, 1 et 7.

Isabelle : Quart de feuille huitième. L’organisation des ateliers d’écriture en 40/200 mots me paraît efficace et très intéressante. J’essayerai dans mes classes. Je ne peux rien dire de plus car je n’ai pas l’expérience d’ateliers d’écriture. Roger : Je me suis rendu compte qu’on pouvait utiliser ce type d’atelier dans de multiples circonstances, comme jeu de groupe par exemple. Mais il faut surmonter une certaine réserve.

Exemple. On est trois. On adopte trois mots-clés. Chacun fait un texte en 40 mots et le passe à son voisin pour que celui-ci le lise, formule des suggestions stylistiques. Il s’agit d’aider le texte, conçu comme une petite boule d’énergie, à devenir plus efficace. On peut aussi en discuter à trois.

Ensuite chacun passe à sa seconde version. Nouveau débat. Plus on passe à la troisième et définitive version. Total : une heure. Cela peut se faire avec un petit groupe adultes-enfants (bon exercice de grammaire, rhétorique, stylistique pour tout le monde !)

Essayer. Me dire ce que cela donne.

Isabelle : Quart de feuille neuvième. Je pense t’envoyer une réflexion méthodologique sur le projet personnel.

-Avant projet

– Méthode du projet

– Evaluation

Il faudrait que je le rédige en octobre. Dis-moi si cela peut avoir un intérêt (chap 8).

Roger : Oui très certainement. En chapitre 8 j’intégrais les C.V – lettres de motivation – préparation d’entretien de mes techniciens supérieurs, parce que c’était des prolongements de leur personnalité. D’où aussi ces étranges ateliers modivations (906 et 915) liés évidemment à la pensée positive.

L’idée directrice est que l’individu ne peut s’intégrer socialement que s’il se situe consciemment et fait l’effort de savoir qui il est et ce qu’il veut profondément. Il a des insuffisances ? on va les transmuter en atouts. Et pour cela, tous les moyens sont bons, y compris les moyens ésotériques (comme Lyk, les tarots ou le yi-king).

Mais l’intégration sociale ne se fait pas forcément par le travail salarié, la place décrochée après un terrible parcours d’obstacles. Elle peut se faire différemment. C’est ce que je vis actuellement avec l’expérience des Restos et Relais du Cœur où l’insertion est vue dans sa globalité.

La littérature refait ici surface car elle offre des exemples d’intégration en dehors du travail salarié et surtout des outils pour travailler à cette intégration par une écriture même élémentaire.

Car l’énergie de la parole et de l’écriture condense l’énergie intérieure d’une manière extraordinaire, comme l’art d’ailleurs dont elle fait partie.

27 RET 006 notre équipe panoramiques 1997_08

Roger (10 août 1997) Mon retard. Beaucoup de retard dans la mise à jour de Rétorica-classeur de français alors que vos apports arrivent, riches et variés. Mais durant quelques mois j’ai dû faire passer en priorité le chantier BT2. L’envoi d’aujourd’hui reste réduit. J’annonce pour le suivant, en septembre, un apport de Jacques sur la notion de classeur de français à travers l’enseignement et un autre de Michel sur les modules.

Nous serons alors dans l’année scolaire 1997-98. Notre classeur de français qui n’est déjà plus celui de mes derniers élèves (1995-96) va poursuivre sa trajectoire avec sa propre logique que nos apports lui impriment.

Il n’y a pas de classeur de français type. Simplement à partir du travail mené dans ce module chacun peut construire avec ses classes la table des matières qui lui convient et leur convient.

Pas plus de 9 et toujours 9. Michel est notre 9° et dernier travailleur. J’arrête là notre liste. Aller jusqu’à 12 serait trop lourd pour la gestion matérielle. 9 est un chiffre taoïste, donc bénéfique.

Toujours 9 : quand vous êtes lassé du module, car tout lasse, vous vous cherchez un remplaçant intéressé par l’entreprise, à qui vous passez le classeur que vous avez reçu.

Michel est principal de collège. Nous avons ainsi toute une palette de fonctions différentes : deux professeurs honoraires, une étudiante en lettres, un principal et cinq collègues en exercice (premier cycle, second cycle, Fac Donc des regards différents. Très intéressant.

Marjolaine (collège)

Marie (étudiante)

Jacques (lycée, honoraire)

Annie (collège)

Isabelle (fac)

Roger (lycée, honoraire)

Catherine (lycée)

Elsa (lycée puis conteuse)

Michel (principal)

Roger : Les panoramiques Les panoramiques se sont constitués au fil des années à partir des questions et des problèmes que se posaient les élèves. Ou que je me posais, soyons honnête !

Ce sont d’abord des pense-bête pour moi, pense-bête que je dois réviser à chaque rentrée.

Je devrais le donner quand les notions ont été travaillées et fournir à la classe une version correspondant exactement à ses besoins.

Hélas ! les élèves réclament ce panoramique pour savoir où ils vont. Le cadrage vient avant la recherche ponctuelle, la synthèse avant l’étude analytique.

Le résultat; c’est que je donne, tel quel, le panoramique à la classe, que nous le lisons ensemble, que nous en idscutons à l’aide d’un débat sur 1/4 f et que je crée une panoramique bis pour les besoins de la classe.

Ensuite il faut vérifier que l’essentiel est connu. D’où révision du classeur. On en parle ailleurs (p.003), exercices d’application (rapides) ou même interrogation écrite.

200. Panoramique sur la rhétorique. Primitivement c’était une fiche grammaire, rhétorique, style. J’ai préféré centrer la fiche sur la rhétorique et créer des fiches grammaire à l’intérieur du chapitre.

Le vocabulaire est évidemment un obstacle. Beaucoup de 1/4 f me parviennent avec des demandes d’explication de mots. Je ne les accepte qu’à la condition qu’il y ait une proposition d’explication. Très souvent la tentative est heureuse ou intéressante. Je la lis à la classe. Ainsi on avance.

Je ne devrais pas le dire mais sur ce problème de l’apprentissage de la définition des mots, Ron Hubbard et l’Eglise de Scientologie ont des conceptions très intéressantes mais lourdes à mettre en œuvre, sauf peut-être en modules. Si on me le demande je fournirais l’explication, sinon tintin ! J’ai une réputation à défendre et je ne veux surtout pas être taxé de prosélytisme.

300. Panoramique sur l’essai.Ceci est l’essai de mes facultés” disait Montaigne. Je suis parti de là. Pour moi l’essai est le premier des quatre grands genres littéraires. Mais ce chapitre est devenu un fourre-tout dont je crois avoir trouvé l’unité. Un livre d’histoire est toujours un essai, de même une chronologie. Figurent donc dans ce chapitre tous les essais de mise en ordre du savoir humain.

27 RET 007 PNL évaluer les textes libres 1997_08

Catherine (26 août 1997) Quest-ce que la p.n.l (programmation neuro-linguistique) ? Roger : C’est une série d’instructions (“programmation”) données au cerveau (“neuro-”) à l’aide du langage (“linguistique”). On peut se les donner à soi-même ou à autrui. Reformulation américaine de la méthode Coué. Les ouvrages du docteur Coué sont toujours édités. Ils sont simples et clairs mais ce domaine fait peur d’où l’ironie. Domaines d’application : la grande distribution où la p.n.l – vente est couramment enseignée, la compétition de haut niveau. Le travail que fait Yannick Noah avec les équipes de France de tennis (hommes et femmes) relève de la p.n.l. C’est une discipline très ouverte qui comprend aussi des techniques d’auto-hypnose, qui intègre l’effet placebo etc. Mais qui suppose une déontologie stricte. Sinon la p.n.l devient outil de manipulation (cf excès de la Scientologie).

Je dois vraiment beaucoup à la p.n.l. Deux ouvrages :

– Anthony Robbins “Pouvoir illimité” (Laffont 1989, Godefroy 1990). Ouvrage fondamental à mes yeux. Il m’a tout appris en ce domaine. Je l’évoque en 102.2 car la p.n.l relève aussi de la stylistique.

– René de Lassus “La communication efficace par la PNL” (Marabout, 1992) Une bonne présentation que j’ai bien aimée, peu coûteuse.

Catherine Sur 100. L’évaluation des textes écrits. Ton Scalp me plaît bien. J’ai, quant à moi, 4 parties :

– Présentation : écriture, sujet écrit (et non modifié), marge, pas de ratures, respect des paragraphes etc.

– Correction de la langue (construction des phrases, ponctuation, temps des verbes…)

– Enrichissement (Dans un récit, tout ce qui est “Mots riches”, images, production expressive, et plus généralement arrêts descriptifs. Dans une discussion, texte argumentatif, le nombre et la qualité des exemples.

– Construction (logique narrative, cohérence, plan dans un texte argumentatif, on retrouve tes parties.

Mais ce qui change, c’est la part donnée à chaque rubrique, qui est variable au fil de l’année. La présentation “pèse” beaucoup au début, puis, quand c’est acquis, les points à gagner son répartis sur des rubriques plus difficiles.

Sur 101. Aide à l’expression. Une technique classique qui marche, quel que soit le niveau et la capacité de concentration des élèves : le puzzle de mots.

Je prends quelques strophes, généralement de Verlaine (poèmes courts, mots simples) et j’écris chaque mot en lettres capitales, dans le désordre. Je photocopie. Chaque élève découpe chaque mot. Consigne : il doit recréer des phrases en déplaçant les mots comme dans un puzzle, jusqu’à ce qu’il arrive à une phrase qui lui plaise. Deux consignes absolues :

1. ne doivent être ajoutés que des mots-outils

2. on ne s’arrête que quand tous les mots sont utilisés. Tout cela se fait en silence. Mais les phrases obtenues sont lues ou affichées ensuite.

Je passe voir chacun pour aider, encourager, débloquer. Au début les phrases sont souvent sages, mais le stock de mots s’amenuisant, cela devient de plus en plus personnel et surréaliste.

Sur 005 Je vais essayer la proposition d’Isabelle Dordan mais je ne sais pas ce que cela peut donner au collège.

L’idée des ateliers de pensée positive m’intéresse beaucoup. Je vais y travailler, je ne sais sous quelle forme.

Sur 200. Je ne comprends pas le conseil : “Faire entendre certaines idées sans les exprimer donc économiser.” Peut-être parce que, au collège, nous en sommes au stade où il faut exprimer chaque idée, en faisant modifier, améliorer peu à peu, et difficilement, la formulation.

Roger : Ceci concerne directement les ateliers d’écriture. Un élève fait un texte qui doit comprendre 40 mots. Il me le montre dans sa 1° version : il en fait 50. Donc trop long, trop délayé. Je l’aide à “économiser”, à enlever tout ce qui est redondant. Il part travailler la 2° version. Il revient avec elle. Elle n’est pas mal mais je vais lui proposer d’en écrire une 3° tout tenter d’aller plus loin dans la concision. Il n’a pas besoin de tout dire. Cette fois la 3° version est devenue obscure. On retiendra donc la 2° pour l’édition. Mais l’effort fourni pour la 3° ne sera pas perdu : c’est un exercice d’assouplissement comme en gym. Et puis la 3° peut être supérieure à la 2°.

Catherine : Sur 102.1 Ton classement des figures de style (sonorités, passions, mots etc) me semble lumineux. J’avais commencé pour moi un essai de classement, sans aller beaucoup plus loin que Fontanier.

Pourquoi fais-tu une différence entre métaphore (figure d’imagination) et métonymie (figure de mots). Les deux utilisent des mots et jouent sur l’imagination. Mais la métonymie opère un choix dans les mots d’une phrase pour faire un raccourci. et la métaphore fait un glissement d’un mot à l’autre dans une liste possible.

Roger : Problème fondamental. La métonymie relève des indices (presque au sens policier du terme) et en ce sens elle constitue effectivement un “raccourci”. La métaphore est effectivement un “glissement” mais elle glisse d’un mot inconnu à un mot connu. Le reste de ta formulation introduit trop d’ambiguïté.

1. Le terme d’”imagination” appartient au cerveau droit. La métonymie relève de la logique de déduction et se situe dans le cerveau gauche. La métaphore relève des images et se situe dans le cerveau droit. Mais entre les deux il existe le corps calleux par lequel les deux hémisphères échangent des informations. Le cerveau gauche va utiliser de l’imaginaire dans la logique et le cerveau droit va utiliser de la logique dans l’imaginaire.

2. C’est pourquoi les figures de style peuvent se superposer. c’est le cas de l’exemple des “deux trous rouges au côté droit”.

3 On commet l’erreur de donner en exemple des phrases sorties de leur contexte alors que celui-ci est fondamental.

4. Je ne suis pas trop satisfait des dénominations que j’ai retenues. Ainsi la métonymie se passe dans le mental bien que la tradition y voit un simple changement de mots.

Catherine : Sur 200.2 “Il a deux trous rouges au côté droit.” Il me semble qu’il n’y a pas d’image : le mort les a vraiment, les deux trous ; c’est simplement plus concret que s’il avait dit : il est mort.

Roger : Exemple canonique. En soi un trou c’est un trou ! mais il y a tout le contexte qui évoque une rigidité suspecte. Ces indices (autant de métonymies !) qu’on ne comprend pas à la première lecture convergent vers ces “deux trous”, métonymie d’un double coup de feu. On peut gamberger stupidement sur ce double coup de feu : accident de chasse ? mari jaloux ? non bien sûr : la guerre. La métonymie se charge d’un sens symbolique et relève alors de la métaphore. Donc figures superposées mais la métonymie l’emporte.

27 RET 008. Plan du classeur texte libre cubain 1997_12

Michel (oct 1997) : Sur 001. J’ai retenu l’expression : “Ce qui compte ce n’est pas le programme de départ mais le programme d’arrivée.” Je ne peux qu’être d’accord mais je précise qu’à chaque fois au début de l’année scolaire je proposais à mes élèves les contenus du programme officiel, comme une trame tant en garde-fou qu’en référence et qu’en assurance. Au fur et à mesure du déroulement de l’année et de façon individuelle, chacun pouvait se situer. En fin d’année le bilan pouvait donc être établi tant au niveau de la quantité que de la qualité appréciée sur le plan des savoir-faire.

Pour les gamins et pour les parents (aussi pour un inspecteur) ce sont des traces qui évitent des discussions inutiles.

J’ai toujours attaché une réelle importance à la table des matières comme outil de classement mais aussi comme moyen d’établir ce que j’appelerais un bilan-programme, ou mieux encore un programme-bilan parce qu’il s’agit aussi d’un plan de travail sur une longue durée. Ce peut être un excellent mode de repérage des actions entreprises et à entreprendre, en particulier dans le cas de la fixation de certains paramètres incontournables au niveau technique (grammaire, règles syntaxiques…°

Michel (oct 1997) : Sur 002 Une surprise. Dans l’ordre proposé des différentes rubriques l’expression personnelle arrive en dernier (n°9).

Dans ma pratique au collège, je l’ai toujours placée en tête de classeur parce que, pour moi, c’est le départ de tout. Tous les autres aspects viennent en développement de l’expression libre quelque soit sa forme et c’est pourquoi tout ce qui est “technique d’apprentissage” est placé en fin de classeur. Pour reprendre l’ordre que tu proposes, le mien serait :

0.1.8.0 – .9.-8.7-6-5.4 2-3.81.82…

c’est ça la richesse Freinet ! chacun a l’outil qui convient au moment, au groupe… et à soi-même !

Roger : Remarque très intéressante et que j’attendais ! Michel a raison. L’expression libre (ou personnelle) est le point de départ. Mais dans les années 60 Freinet avait été très choqué de lire dans un journal scolaire venu de Cuba, le texte libre suivant : “Fidel Castro a dicho : Debes ser un buen revolucionario !” : “Fidel Castro a dit : tu dois être un bon révolutionnaire.” Gros débat. Etait-ce un texte libre ? devait-il être édité ? Notons que le texte était grammaticalement correct et qu’il avait été, très probablement, retenu pour le journal sur un vote des élèves. L’orthodoxie freinétique était respectée. Et pourtant il y avait malaise…

Etait-ce un texte libre ? Oui mais il souffrait d’un défaut que m’avait signalé Roland Barthes sur ce problème. “Le plus spontané est le plus stéréotypé.” Ce texte relevait du stéréotype individuel et collectif le plus complet. Je pense que si le maître avait éventuellement prétendu s’opposer à sa publication, c’est lui qui serait passé pour un mauvais révolutionnaire.

Une fois sorti de Cuba, le texte pouvait être jugé différemment. Et il appelait une réponse d’élèves français. Je ne sais si elle est venue. C’est là que la correspondance scolaire joue un rôle irremplaçable.

En début d’année nous avons beaucoup de textes stéréotypés que nous ne pouvons écarter. Nous savons bien que la véritable personnalité est en-dessous, bien en-dessous de ces productions médiocres. Elle n’apparaît qu’au terme d’un long mûrissement, d’une longue méditation, d’une longue ascèse dans l’initiation aux formes et aux contenus.

C’est parce que l’expression personnelle est un couronnement que je la place en 9 et que je n’y retiens (ou n’y fais retenir) que des œuvres offrant les reflets profonds d’une personnalité. Est-ce que les œuvres que j’ai retenues en 9. correspondent à ce critère ? A vous de le dire justement.

Le plan de Rétorica correspond ainsi à une initiation. En 0. je pars de l’expression imposée, parce qu’au second cycle, en français, les épreuves du bac sont de plus en plus techniques et de plus en plus inquiétantes pour les élèves et les profs. Tout au long de l’année les devoirs type examen, leurs énoncés, les copies et les corrigés vont se trouver dans ce chapitre.

En 1 j’évoque les méthodes que nous allons utiliser pendant l’année. En 2 je fournis ou rappelle les outils de la grammaire, de la rhétorique et de la stylistique.

En 3, 4, 5, 6 j’évoque les formes, les genres principaux : les essais (chapitre un peu fourre-tout et qui ne me satisfait pas vraiment), le théâtre, le récit et la poésie. Il existe évidemment des genres mixtes comme le dialogue poétique.

En 7 et 8 j’évoque les contenus : l’information (l’extérieur) et le projet personnel, la philosophie, la sagesse (l’intérieur).

C’est au terme de ce parcours que l’expression personnelle prend tout son sens. Il reste bien sûr des stéréotypes mais ils commencent à lâcher prise car l’écrivant->écrivain domine progressivment ses outils et ses repères.

Ceci dit dès la première période, les quatre premières semaines, je publie des textes de bonne qualité car les élèves ne m’ont pas attendu pour commencer cette initiation.

Jacques (oct 1997) : Sur 001. Je ne sais pas si je vais continuer Rétorica. J’ai tellement d’occupations par ailleurs…

Roger : Remarque tout à fait légitime. Mais Jacques a une expérience irremplaçable. Du reste il m’a envoyé, il y a quelques semaines, une page sur le magnétophone dont je vous ferai profiter. Et ce n’est qu’un des domaines où il est compétent !

Elargissons le problème. Retorica prend sa vitesse (lente) de croisière : trois envois par an, à l’occasion des vacances de Noël, de Pâques et de la rentrée en septembre. Si vous réagissiez toutes et tous à chaque fois, le circuit serait engorgé !

Si vous répondez une fois ou deux fois par an, c’est bien. Par contre si vous ne réagissez jamais, là il y a problème. Interrogez-vous pour en comprendre les raisons. Et si vous ne voulez plus ou ne pouvez plus continuer, trouvez-vous un remplaçant, passez-lui le classeur que vous possédez et donnez-moi ses coordonnées.

27 RET 008. Plan du classeur texte libre cubain 1997_12

Michel (oct 1997) : Sur 001. J’ai retenu l’expression : “Ce qui compte ce n’est pas le programme de départ mais le programme d’arrivée.” Je ne peux qu’être d’accord mais je précise qu’à chaque fois au début de l’année scolaire je proposais à mes élèves les contenus du programme officiel, comme une trame tant en garde-fou qu’en référence et qu’en assurance. Au fur et à mesure du déroulement de l’année et de façon individuelle, chacun pouvait se situer. En fin d’année le bilan pouvait donc être établi tant au niveau de la quantité que de la qualité appréciée sur le plan des savoir-faire.

Pour les gamins et pour les parents (aussi pour un inspecteur) ce sont des traces qui évitent des discussions inutiles.

J’ai toujours attaché une réelle importance à la table des matières comme outil de classement mais aussi comme moyen d’établir ce que j’appelerais un bilan-programme, ou mieux encore un programme-bilan parce qu’il s’agit aussi d’un plan de travail sur une longue durée. Ce peut être un excellent mode de repérage des actions entreprises et à entreprendre, en particulier dans le cas de la fixation de certains paramètres incontournables au niveau technique (grammaire, règles syntaxiques…°

Michel (oct 1997) : Sur 002 Une surprise. Dans l’ordre proposé des différentes rubriques l’expression personnelle arrive en dernier (n°9).

Dans ma pratique au collège, je l’ai toujours placée en tête de classeur parce que, pour moi, c’est le départ de tout. Tous les autres aspects viennent en développement de l’expression libre quelque soit sa forme et c’est pourquoi tout ce qui est “technique d’apprentissage” est placé en fin de classeur. Pour reprendre l’ordre que tu proposes, le mien serait :

0.1.8.0 – .9.-8.7-6-5.4 2-3.81.82…

c’est ça la richesse Freinet ! chacun a l’outil qui convient au moment, au groupe… et à soi-même !

Roger : Remarque très intéressante et que j’attendais ! Michel a raison. L’expression libre (ou personnelle) est le point de départ. Mais dans les années 60 Freinet avait été très choqué de lire dans un journal scolaire venu de Cuba, le texte libre suivant : “Fidel Castro a dicho : Debes ser un buen revolucionario !” : “Fidel Castro a dit : tu dois être un bon révolutionnaire.” Gros débat. Etait-ce un texte libre ? devait-il être édité ? Notons que le texte était grammaticalement correct et qu’il avait été, très probablement, retenu pour le journal sur un vote des élèves. L’orthodoxie freinétique était respectée. Et pourtant il y avait malaise…

Etait-ce un texte libre ? Oui mais il souffrait d’un défaut que m’avait signalé Roland Barthes sur ce problème. “Le plus spontané est le plus stéréotypé.” Ce texte relevait du stéréotype individuel et collectif le plus complet. Je pense que si le maître avait éventuellement prétendu s’opposer à sa publication, c’est lui qui serait passé pour un mauvais révolutionnaire.

Une fois sorti de Cuba, le texte pouvait être jugé différemment. Et il appelait une réponse d’élèves français. Je ne sais si elle est venue. C’est là que la correspondance scolaire joue un rôle irremplaçable.

En début d’année nous avons beaucoup de textes stéréotypés que nous ne pouvons écarter. Nous savons bien que la véritable personnalité est en-dessous, bien en-dessous de ces productions médiocres. Elle n’apparaît qu’au terme d’un long mûrissement, d’une longue méditation, d’une longue ascèse dans l’initiation aux formes et aux contenus.

C’est parce que l’expression personnelle est un couronnement que je la place en 9 et que je n’y retiens (ou n’y fais retenir) que des œuvres offrant les reflets profonds d’une personnalité. Est-ce que les œuvres que j’ai retenues en 9. correspondent à ce critère ? A vous de le dire justement.

Le plan de Rétorica correspond ainsi à une initiation. En 0. je pars de l’expression imposée, parce qu’au second cycle, en français, les épreuves du bac sont de plus en plus techniques et de plus en plus inquiétantes pour les élèves et les profs. Tout au long de l’année les devoirs type examen, leurs énoncés, les copies et les corrigés vont se trouver dans ce chapitre.

En 1 j’évoque les méthodes que nous allons utiliser pendant l’année. En 2 je fournis ou rappelle les outils de la grammaire, de la rhétorique et de la stylistique.

En 3, 4, 5, 6 j’évoque les formes, les genres principaux : les essais (chapitre un peu fourre-tout et qui ne me satisfait pas vraiment), le théâtre, le récit et la poésie. Il existe évidemment des genres mixtes comme le dialogue poétique.

En 7 et 8 j’évoque les contenus : l’information (l’extérieur) et le projet personnel, la philosophie, la sagesse (l’intérieur).

C’est au terme de ce parcours que l’expression personnelle prend tout son sens. Il reste bien sûr des stéréotypes mais ils commencent à lâcher prise car l’écrivant->écrivain domine progressivment ses outils et ses repères.

Ceci dit dès la première période, les quatre premières semaines, je publie des textes de bonne qualité car les élèves ne m’ont pas attendu pour commencer cette initiation.

Jacques (oct 1997) : Sur 001. Je ne sais pas si je vais continuer Rétorica. J’ai tellement d’occupations par ailleurs…

Roger : Remarque tout à fait légitime. Mais Jacques a une expérience irremplaçable. Du reste il m’a envoyé, il y a quelques semaines, une page sur le magnétophone dont je vous ferai profiter. Et ce n’est qu’un des domaines où il est compétent !

Elargissons le problème. Retorica prend sa vitesse (lente) de croisière : trois envois par an, à l’occasion des vacances de Noël, de Pâques et de la rentrée en septembre. Si vous réagissiez toutes et tous à chaque fois, le circuit serait engorgé !

Si vous répondez une fois ou deux fois par an, c’est bien. Par contre si vous ne réagissez jamais, là il y a problème. Interrogez-vous pour en comprendre les raisons. Et si vous ne voulez plus ou ne pouvez plus continuer, trouvez-vous un remplaçant, passez-lui le classeur que vous possédez et donnez-moi ses coordonnées.

27 RET 009 Tenue du classeur 1998_02

Marjolaine (fév 98) : 001 Classeur de français. Tu devais désespérer de me lire un jour. En fait j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans la démarche, et il m’a fallu ces vacances pour synthétiser un peu mes diverses lectures partielles. Je me reconnais dans certaines réactions et questions auxquelles tu as répondu, aussi je n’y reviens pas.

Les panoramiques m’ont passionnée, et j’en ai bien profité, surtout de celui sur la notion d’essai en cette année où j’ai dû travailler J.J ROUSSEAU (avec une STI Adapt !)

Roger (juin 1998) : Vous aurez peut-être remarqué mon propre silence de six mois, dû évidemment à de nombreuses occupations qui, pour moi, relèvent toutes de la rhétorique : travail inter-associatif important sur le partenariat à travers les Restos du Cœur, les BT2, un atelier d’écriture, un café philosophique dont je tiens le livre de bord (ses comptes-rendus), mon très modeste cabinet parapsychologique Lyk, une association non-violence, un cercle talmudique en français etc, j’en oublie que j’ai dû abandonner.

J’aime ce travail quasi intemporel sur Rétorica, où rien ne presse où six mois après on peut reprendre les choses où elles en sont restées où vos apports arrivent toujours à temps et sont toujours les bienvenus. Rétorica c’est le lieu de la lenteur et du ruminement. Ceci n’a rien de moderne, c’est-à-dire de pressé, pas d’Internet (<roger.favry@wanadoo.fr>). Je pense que la pédagogie Freinet n’a rien de moderne ; elle est de toute éternité. Mais nous ne le savons pas encore.

Catherine (jan 1998) : 001 a-b. Tout à fait d’accord avec Roger. Ce sont les enfants les plus en difficulté sur le plan psychologique qui n’arrivent pas à tenir leur classeur à jour. Je le vérifie encore cette année en 6°. Leurs progrès commencent très souvent par un classeur enfin rangé, et investi (décoré…)

Au collège, le fait que le prof range est d’abord vécu par certains comme modèle à rejeter. Ensuite seulement, ils s’y plient (presque tous !) parce que leurs défenses “lâchent”(cela passe par le Texte libre, la réunion de classe, etc. Ils se rendent compte qu’ils peuvent s’affirmer d’une autre manière que par le désordre dans le classeur.

Roger (juin 98) : Aux Indes, la notion de yoga renvoie à la notion de rangement, de mise en ordre. Faire le ménage c’est yoga. Idem pour le classeur. Pour tenir correctement un classeur il faut avoir l’esprit libre et inversement mettre en ordre son classeur libère temporairement l’esprit de toute autre préoccupation, provoque un “lâcher-prise” d’autant plus fort que le prof par son attitude, ses autres techniques et outils favorise cette détente profonde. D’autant que le classeur classé et orné est le témoignage d’une réussite et promesse d’autres réussites. Comment faire du yoga en classe, nous en parlerons dans un développement du chap 8.

Catherine (jan 1998) : 003.2 Sur l’apport de Marie Bocquier. Il y a une autre piste que je privilégie dès que je peux, pour l’aide à la motivation : le travail individualisé. Ça marche presque toujours. C’est une heure de travail solitaire sur fiches, et j’aime beaucoup cela quand elle “tourne”, parce que l’atmosphère de travail est souvent authentique. je peux alors m’asseoir à côté de celui qui ne travaille pas, et lui donner le coup de pouce.

Dans le T.A (je l’appelle Travail Autonome…) on se donne un programme (un minimum est fixé avant), on choisit ses fiches, et on réalise ce qu’on veut dans l’ordre où on le veut.

Au début c’est le f…, surtout en 6°. Mais peu à peu, avec les bilans et les mises au point des réunions, ça s’organise.

Il faut des outils. J’essaie de réaliser des fiches qui me soient – enfin – utiles. Je t’en envoie quelques-unes.

Roger (juin 98) : Demander directement ces fiches à Catherine. Elles sont très intéressantes mais je ne peux les reproduire faute de place.

Catherine (janv 1998) : 003.2. Dans les techniques d’écriture, j’ai beaucoup utilisé les mots-valises et le jeu du fictionnaire, à partir du “Petit Fictionnaire illustré” d’Alain Finkelkraut.

004.1 Réponse à Elsa. Je ne suis absolument pas d’accord sur la prise de notes. Je pense au contraire que c’est une acquisition fondamentale au collège. Mais il ne faut pas en faire de caricature. D’accord pour “la prise de notes est formatrice sur un travail calibré” :

– un moment précis, assez bref.

– un sujet précis, généralement une correction de devoir ou un apport d’informations.

– une démarche guidée : je reformule plusieurs fois, je demande ce qu’ils ont noté, parfois enfin, je note au tableau ma propre prise de notes.

C’est fondamental parce que :

– c’est une approche de la démarche de tri

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – de comparaison

– c’est un exercice de reformulation : ils en ont absoument besoin pour tout travail de réflexion.

Il faudrait que tous les profs en fassent un peu dans leur cours au collège.

Roger (juin 98) : Sous cette forme je suis d’accord. Une PP3 d’un élève en groupe : les autres prennent des notes et proposent une reformulation. Dans le travail psychologique et social la reformulation est une technique fondamentale : “En somme vous dites que… Vous ai-je bien compris ?”

Catherine (jan 1998) : D’accord, rien à dire sur l’apport de Michel Vibert et ta réponse sur l’Expression libre.

C’est sur ton envoi des textes de tes élèves que j’ai une remarque, maintenant que je commence à entrer dans ton mode de classement : le classeur de français comprend des “fiches-méthodes” qui sont l’apport du savoir, la mise au point qu’on ajoute au classeur quand on en a besoin, au fur et à mesure.

Mais je n’ai pas encore compris quelle place revient aux productions des élèves : les textes libres comme ceux que tu nous a envoyés. (Mais sont-ils autre chose que des exemples, que je remplacerais dans le classeur de mes 3°, par les productions des 3° ?) mais aussi les devoirs et les entraînements personnels ?

Roger juin 98. Effectivement les textes personnels du chapitre 9 sont simplement des exemples sur lesquels d’ailleurs je souhaite recueillir vos avis, en tant que textes.

Si tu adopte ce type de classeur tu les remplaces par les textes de ta classe. S’il y a beaucoup de bons textes, cela risque de déborder. A ce moment-là les textes qui sont plutôt des essais iront en chap 3, les dialogues, en chapitre 4, les récits en chapitre 5 et les poèmes en chapitr§. Les devoirs proprement dit, ce que j’appelle l’expression imposée va en chapitre 1, les entraînements personnels peuvent aller en chapitre 2, les prises de parole peuvent aller en chapitre 7. Une réflexion sur le sens de la vie ira en chapitre 8. Si c’est possible, quand c’est possible, l’expression personnelle sous toutes ses formes investit tout le classeur, sauf peut-être le chapître 1 consacré aux techniques elles-mêmes.

Marjolaine (fév 1998) : 100 Méthodes, le SCALP. Le nom me plait bien, mais je suis surprise de l’importance accordée dans la notation au style quand il s’agit de dissertations. Cela crée, pour une technique d’examen, un énorme décalage avec la notation en usage le jour de l’épreuve, n’est-ce pas source de surprises pour les élèves ?

De même je ne comprends pas la séparation entre grammaire et style. Comment conçois-tu un style clair et correct sans le respect de la grammaire ? Donc comment le double emploi est-il évité dans la réalité ?

Par contre, je crois bien que je vais intégrer l’écriture dans ma propre grille (ci-jointe).

Roger (juin 98) : Le style joue un rôle énorme pour les correcteurs mais ils ne s’en rendent pas compte. Et il intervient pour “fausser” l’application des barêmes.

Séparation grammaire-style. Je dis aux élèves : relisez une fois votre dissertation à l’envers, phrase après phrase, uniquement pour repérer les erreurs de grammaire.

Marjolaine (fév 1998) : 100 Méthodes. Peux-tu m’expliquer comment fonctionne le relevé et commentaire de citations et comment il s’inscrit dans le cadre de la préparation à l’epreuve du bac?

Roger, (juin 98) : Admettons que le manuel imposé fasse 800 pages. Je fais lire 100 pages par mois et je demande par écrit de 10 à 20 citations de 4-5 lignes sur ces 100 pages avec un commentaire rapide de 4-5 lignes. Ceci c’est pour la culture générale du candidat. Avant le bac il relit l’ensemble. Les préparations sont classées dans le chapitre 3 essais ou même chapitre 1 méthodes avec une série de numéros qui lui sont réservés.

Marjolaine (janv 1998) : 100 Grille de notation pour la dissertation.

Cerner le sujet (4) Le critère cote la présence de digressions. Le hors-sujet partiel ou total est pris en compte dans le critère argumenter.

Organiser (5) : parties visibles et équilibrées, logique de la progression, paragraphes structurés, introduction et conclusion.

Argumenter (8) : idées directrices des parties, nombre, pertinence, précision des arguments, nombre, pertinence par rapport aux arguments et précision des exemples.

S’exprimer (3) : correction de l’orthographe et de la grammaire, aisance du style (qui fonctionne en bonus).

Roger (juin 98) : Très intéressante cette grille de notation. Il n’y a pas de grille idéale car chaque prof conçoit la sienne en fonction de sa propre personnalité. Donc chacun est obligé de se la construire mais en connaître quelques autres fait gagner du temps. On remarque :

a) qu’une bonne grille est une grille simple à manier et donc compréhensible pour nos élèves.

b) que toutes les grilles, si différentes soient-elles, se rejoignent dans des exigences fondamentales qui constituent un véritable consensus culturel et fait de l’épreuve de français au bac une épreuve initiatique. D’ailleurs on parle de bac de français et cette dénomination est très significative de sa valeur profonde. L’épreuve est en crise et ceci n’est pas non plus un hasard. Mais quand on aura dépassé les erreurs méthodologiques actuelles on pourra construire un savoir, un pouvoir unissant expression personnelle et littérature. Je crois à l’éternité de la rhétorique !

27 RET 009 Tenue du classeur 1998_02

Marjolaine (fév 98) : 001 Classeur de français. Tu devais désespérer de me lire un jour. En fait j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans la démarche, et il m’a fallu ces vacances pour synthétiser un peu mes diverses lectures partielles. Je me reconnais dans certaines réactions et questions auxquelles tu as répondu, aussi je n’y reviens pas.

Les panoramiques m’ont passionnée, et j’en ai bien profité, surtout de celui sur la notion d’essai en cette année où j’ai dû travailler J.J ROUSSEAU (avec une STI Adapt !)

Roger (juin 1998) : Vous aurez peut-être remarqué mon propre silence de six mois, dû évidemment à de nombreuses occupations qui, pour moi, relèvent toutes de la rhétorique : travail inter-associatif important sur le partenariat à travers les Restos du Cœur, les BT2, un atelier d’écriture, un café philosophique dont je tiens le livre de bord (ses comptes-rendus), mon très modeste cabinet parapsychologique Lyk, une association non-violence, un cercle talmudique en français etc, j’en oublie que j’ai dû abandonner.

J’aime ce travail quasi intemporel sur Rétorica, où rien ne presse où six mois après on peut reprendre les choses où elles en sont restées où vos apports arrivent toujours à temps et sont toujours les bienvenus. Rétorica c’est le lieu de la lenteur et du ruminement. Ceci n’a rien de moderne, c’est-à-dire de pressé, pas d’Internet (<roger.favry@wanadoo.fr>). Je pense que la pédagogie Freinet n’a rien de moderne ; elle est de toute éternité. Mais nous ne le savons pas encore.

Catherine (jan 1998) : 001 a-b. Tout à fait d’accord avec Roger. Ce sont les enfants les plus en difficulté sur le plan psychologique qui n’arrivent pas à tenir leur classeur à jour. Je le vérifie encore cette année en 6°. Leurs progrès commencent très souvent par un classeur enfin rangé, et investi (décoré…)

Au collège, le fait que le prof range est d’abord vécu par certains comme modèle à rejeter. Ensuite seulement, ils s’y plient (presque tous !) parce que leurs défenses “lâchent”(cela passe par le Texte libre, la réunion de classe, etc. Ils se rendent compte qu’ils peuvent s’affirmer d’une autre manière que par le désordre dans le classeur.

Roger (juin 98) : Aux Indes, la notion de yoga renvoie à la notion de rangement, de mise en ordre. Faire le ménage c’est yoga. Idem pour le classeur. Pour tenir correctement un classeur il faut avoir l’esprit libre et inversement mettre en ordre son classeur libère temporairement l’esprit de toute autre préoccupation, provoque un “lâcher-prise” d’autant plus fort que le prof par son attitude, ses autres techniques et outils favorise cette détente profonde. D’autant que le classeur classé et orné est le témoignage d’une réussite et promesse d’autres réussites. Comment faire du yoga en classe, nous en parlerons dans un développement du chap 8.

Catherine (jan 1998) : 003.2 Sur l’apport de Marie Bocquier. Il y a une autre piste que je privilégie dès que je peux, pour l’aide à la motivation : le travail individualisé. Ça marche presque toujours. C’est une heure de travail solitaire sur fiches, et j’aime beaucoup cela quand elle “tourne”, parce que l’atmosphère de travail est souvent authentique. je peux alors m’asseoir à côté de celui qui ne travaille pas, et lui donner le coup de pouce.

Dans le T.A (je l’appelle Travail Autonome…) on se donne un programme (un minimum est fixé avant), on choisit ses fiches, et on réalise ce qu’on veut dans l’ordre où on le veut.

Au début c’est le f…, surtout en 6°. Mais peu à peu, avec les bilans et les mises au point des réunions, ça s’organise.

Il faut des outils. J’essaie de réaliser des fiches qui me soient – enfin – utiles. Je t’en envoie quelques-unes.

Roger (juin 98) : Demander directement ces fiches à Catherine. Elles sont très intéressantes mais je ne peux les reproduire faute de place.

Catherine (janv 1998) : 003.2. Dans les techniques d’écriture, j’ai beaucoup utilisé les mots-valises et le jeu du fictionnaire, à partir du “Petit Fictionnaire illustré” d’Alain Finkelkraut.

004.1 Réponse à Elsa. Je ne suis absolument pas d’accord sur la prise de notes. Je pense au contraire que c’est une acquisition fondamentale au collège. Mais il ne faut pas en faire de caricature. D’accord pour “la prise de notes est formatrice sur un travail calibré” :

– un moment précis, assez bref.

– un sujet précis, généralement une correction de devoir ou un apport d’informations.

– une démarche guidée : je reformule plusieurs fois, je demande ce qu’ils ont noté, parfois enfin, je note au tableau ma propre prise de notes.

C’est fondamental parce que :

– c’est une approche de la démarche de tri

– – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – – de comparaison

– c’est un exercice de reformulation : ils en ont absoument besoin pour tout travail de réflexion.

Il faudrait que tous les profs en fassent un peu dans leur cours au collège.

Roger (juin 98) : Sous cette forme je suis d’accord. Une PP3 d’un élève en groupe : les autres prennent des notes et proposent une reformulation. Dans le travail psychologique et social la reformulation est une technique fondamentale : “En somme vous dites que… Vous ai-je bien compris ?”

Catherine (jan 1998) : D’accord, rien à dire sur l’apport de Michel Vibert et ta réponse sur l’Expression libre.

C’est sur ton envoi des textes de tes élèves que j’ai une remarque, maintenant que je commence à entrer dans ton mode de classement : le classeur de français comprend des “fiches-méthodes” qui sont l’apport du savoir, la mise au point qu’on ajoute au classeur quand on en a besoin, au fur et à mesure.

Mais je n’ai pas encore compris quelle place revient aux productions des élèves : les textes libres comme ceux que tu nous a envoyés. (Mais sont-ils autre chose que des exemples, que je remplacerais dans le classeur de mes 3°, par les productions des 3° ?) mais aussi les devoirs et les entraînements personnels ?

Roger juin 98. Effectivement les textes personnels du chapitre 9 sont simplement des exemples sur lesquels d’ailleurs je souhaite recueillir vos avis, en tant que textes.

Si tu adopte ce type de classeur tu les remplaces par les textes de ta classe. S’il y a beaucoup de bons textes, cela risque de déborder. A ce moment-là les textes qui sont plutôt des essais iront en chap 3, les dialogues, en chapitre 4, les récits en chapitre 5 et les poèmes en chapitr§. Les devoirs proprement dit, ce que j’appelle l’expression imposée va en chapitre 1, les entraînements personnels peuvent aller en chapitre 2, les prises de parole peuvent aller en chapitre 7. Une réflexion sur le sens de la vie ira en chapitre 8. Si c’est possible, quand c’est possible, l’expression personnelle sous toutes ses formes investit tout le classeur, sauf peut-être le chapître 1 consacré aux techniques elles-mêmes.

Marjolaine (fév 1998) : 100 Méthodes, le SCALP. Le nom me plait bien, mais je suis surprise de l’importance accordée dans la notation au style quand il s’agit de dissertations. Cela crée, pour une technique d’examen, un énorme décalage avec la notation en usage le jour de l’épreuve, n’est-ce pas source de surprises pour les élèves ?

De même je ne comprends pas la séparation entre grammaire et style. Comment conçois-tu un style clair et correct sans le respect de la grammaire ? Donc comment le double emploi est-il évité dans la réalité ?

Par contre, je crois bien que je vais intégrer l’écriture dans ma propre grille (ci-jointe).

Roger (juin 98) : Le style joue un rôle énorme pour les correcteurs mais ils ne s’en rendent pas compte. Et il intervient pour “fausser” l’application des barêmes.

Séparation grammaire-style. Je dis aux élèves : relisez une fois votre dissertation à l’envers, phrase après phrase, uniquement pour repérer les erreurs de grammaire.

Marjolaine (fév 1998) : 100 Méthodes. Peux-tu m’expliquer comment fonctionne le relevé et commentaire de citations et comment il s’inscrit dans le cadre de la préparation à l’epreuve du bac?

Roger, (juin 98) : Admettons que le manuel imposé fasse 800 pages. Je fais lire 100 pages par mois et je demande par écrit de 10 à 20 citations de 4-5 lignes sur ces 100 pages avec un commentaire rapide de 4-5 lignes. Ceci c’est pour la culture générale du candidat. Avant le bac il relit l’ensemble. Les préparations sont classées dans le chapitre 3 essais ou même chapitre 1 méthodes avec une série de numéros qui lui sont réservés.

Marjolaine (janv 1998) : 100 Grille de notation pour la dissertation.

Cerner le sujet (4) Le critère cote la présence de digressions. Le hors-sujet partiel ou total est pris en compte dans le critère argumenter.

Organiser (5) : parties visibles et équilibrées, logique de la progression, paragraphes structurés, introduction et conclusion.

Argumenter (8) : idées directrices des parties, nombre, pertinence, précision des arguments, nombre, pertinence par rapport aux arguments et précision des exemples.

S’exprimer (3) : correction de l’orthographe et de la grammaire, aisance du style (qui fonctionne en bonus).

Roger (juin 98) : Très intéressante cette grille de notation. Il n’y a pas de grille idéale car chaque prof conçoit la sienne en fonction de sa propre personnalité. Donc chacun est obligé de se la construire mais en connaître quelques autres fait gagner du temps. On remarque :

a) qu’une bonne grille est une grille simple à manier et donc compréhensible pour nos élèves.

b) que toutes les grilles, si différentes soient-elles, se rejoignent dans des exigences fondamentales qui constituent un véritable consensus culturel et fait de l’épreuve de français au bac une épreuve initiatique. D’ailleurs on parle de bac de français et cette dénomination est très significative de sa valeur profonde. L’épreuve est en crise et ceci n’est pas non plus un hasard. Mais quand on aura dépassé les erreurs méthodologiques actuelles on pourra construire un savoir, un pouvoir unissant expression personnelle et littérature. Je crois à l’éternité de la rhétorique !

27 RET 010 Expression libre 1998_12

Isabelle (10 déc 1998) :L’expression libre dans les formes proposées est souvent démagogue. On croit ou on laisse croire qu’un jeu avec le code peut suppléer l’être ! d’autre part il me semble que l’expression langagière n’est pas une finalité, c’est-à-dire qu’il est utopique de viser une adéquation entre voir et le dire, la langue est trop pauvre pour l’être et en fait elle n’a d’intérêt que dans ce qu’elle ne dit pas.”

Roger : Tout-à-fait d’accord. C’est dans le silence entre les mots que l’être commence à surgir selon la disposition d’esprit du lecteur ou de l’auditeur.

Isabelle “Ainsi, pour moi, l’expression personnelle doit être radicale, doit rompre avec le code si nécessaire, avec la linéarité, avec le lexique, doit innover, si elle veut être libre.”

Roger : Je ne pense pas que ce soit possible car on ne quitte un code que pour un autre sinon il n’y a, la plupart du temps, ni expression, ni communication. Ce n’est pas toujours vrai. Ainsi dans “Le bruit et la fureur” je crois, Faulkner traduit une réalité à travers les éructations d’un idiot. Mais c’est justement un cas présenté comme limite.

Isabelle : “Pour moi, la finalité de l’expression personnelle serait une tentative de dépasser l’arbitraire du code / ou de codes pour s’approprier le vivant, l’être au monde, dans une immédiateté et ceci passe par une destruction préalable du code ou tout au moins une métamorphose.”

Roger : Je ne pense pas que ce soit possible. Je crois qu’il y a expression personnelle pour traduire une souffrance, un manque dans une situation de conflit existentiel et on en sort en affrontant un autre conflit, le conflit de l’expression de la souffrance avec le code. Evidemment on veut s’approprier le vivant mais c’est pour s’en nourrir, parce qu’on est en manque. Quelqu’un d’heureux n’écrit pas.

Isabelle : “Si bien qu’évaluer l’expression libre me paraît un contre-sens, à moins de modifier la terminologie en “promenade dans le temps”, ce qui peut bien sûr se concevoir.”

Le plus spontané c’est le plus stéréotypé” m’avait dit Roland Barthes à qui je parlais du texte libre en 1969. C’était vrai mais c’était aussi de sa part un réflexe de mauvaise humeur car je lui avait cassé la chute d’une conférence sur le Lagarde et Michard. Il terminait sur ce qu’il jugeait être un paradoxe : imaginons que le jeune lecteur du Lagarde et Michard entre dans le manuel comme auteur. Et des collègues de l’université de New-York de lui faire observer que dans la salle il y avait justement quelqu’un qui faisait écrire ses élèves. D’où son geste de mauvais humeur : “Le plus spontané c’est le plus stéréotypé”.

L’évaluation peut partir de là. Car “spontané” est un mot ambigu. Il oublie la phase de maturation pour ne considérer que l’apparence du produit fini. Picasso semblait créer spontanément parce qu’il était toujours au travail, toujours en maturation. “stéréotypé” est pire encore. Roger Caillois évoque le cas d’un garçon boucher anglais qui avait réinventé au XIX°s la circulation sanguine découverte par Harvey au XVII° ! Cela n’enlevait rien à son génie propre. Il méritait 20/20 pour l’effort produit et 0/20 pour la découverte puisqu’elle existait déjà et que presque tout le monde la connaissait !

Je crois qu’on peut, de la même manière, noter l’expression libre avec une double évaluation, celle qui est faite par rapport à l’élève et celle qui est faite par rapport à l’extérieur. Mais ceci mérite d’être discuté et approfondi.

Comment passer le témoin Dynamiser le classeur

Elsa (14 02 99) : Nourrie de théâtre et de philosophie, je raconte pour le plaisir… et dans tous les sens, des contes de sagesse, d’amour et d’eaux troubles ou claires. Parce que : “les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants, mais éveiller les adultes”, je raconte aussi aux Grands. (…) “… j’ai choisi la voie que voici : ma voie, mon chemin, ma voix ! Je n’enseigne plus mais cette expérience rayonne en moi et tout particulièrement grâce à Rétorica… Merci à toi, Roger et à tous les correspondants. Merci à l’esprit Freinet dans lequel j’avais baigné en tant qu’élève et qui m’a tant aidé en tant qu’enseignante. Merci à la vie qui court et ruisselle comme un ruisseeau devenu rivière. A bientôt. Elsa. P.S J’ai “passé” Rétorica à une amie Monique ”.

Roger : Bravo pour ce départ, cet élan, cette voie, ta voix. Et merci de ce que tu écris sur Rétorica. Là aussi, c’est un grand élan que tu nous donnes car le module était un peu en sommeil depuis quelques mois.

Les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants mais éveiller les adultes”. Voilà qui fait un lien extraordinaire entre le chapitre 5 (le récit) et le chapitre 8 (Philosophie). Par cette simple phrase tu dynamises tout le classeur.

Tu transmets le témoin, c’est très bien.

Mais souhaites-tu continuer à recevoir les envois ?

ou préfères-tu que je les transmette désormais directement à Monique ? Dans ce cas tu m’envoies son adresse complète.

Les deux formules sont possibles. Dans l’immédiat et par défaut, si tu ne me réponds pas, je continuerai à te les envoyer et tu continueras à les transmettre à Monique, celle-ci pouvant intervenir directement dans le module.

27 RET 010 Expression libre 1998_12

Isabelle (10 déc 1998) :L’expression libre dans les formes proposées est souvent démagogue. On croit ou on laisse croire qu’un jeu avec le code peut suppléer l’être ! d’autre part il me semble que l’expression langagière n’est pas une finalité, c’est-à-dire qu’il est utopique de viser une adéquation entre voir et le dire, la langue est trop pauvre pour l’être et en fait elle n’a d’intérêt que dans ce qu’elle ne dit pas.”

Roger : Tout-à-fait d’accord. C’est dans le silence entre les mots que l’être commence à surgir selon la disposition d’esprit du lecteur ou de l’auditeur.

Isabelle “Ainsi, pour moi, l’expression personnelle doit être radicale, doit rompre avec le code si nécessaire, avec la linéarité, avec le lexique, doit innover, si elle veut être libre.”

Roger : Je ne pense pas que ce soit possible car on ne quitte un code que pour un autre sinon il n’y a, la plupart du temps, ni expression, ni communication. Ce n’est pas toujours vrai. Ainsi dans “Le bruit et la fureur” je crois, Faulkner traduit une réalité à travers les éructations d’un idiot. Mais c’est justement un cas présenté comme limite.

Isabelle : “Pour moi, la finalité de l’expression personnelle serait une tentative de dépasser l’arbitraire du code / ou de codes pour s’approprier le vivant, l’être au monde, dans une immédiateté et ceci passe par une destruction préalable du code ou tout au moins une métamorphose.”

Roger : Je ne pense pas que ce soit possible. Je crois qu’il y a expression personnelle pour traduire une souffrance, un manque dans une situation de conflit existentiel et on en sort en affrontant un autre conflit, le conflit de l’expression de la souffrance avec le code. Evidemment on veut s’approprier le vivant mais c’est pour s’en nourrir, parce qu’on est en manque. Quelqu’un d’heureux n’écrit pas.

Isabelle : “Si bien qu’évaluer l’expression libre me paraît un contre-sens, à moins de modifier la terminologie en “promenade dans le temps”, ce qui peut bien sûr se concevoir.”

Le plus spontané c’est le plus stéréotypé” m’avait dit Roland Barthes à qui je parlais du texte libre en 1969. C’était vrai mais c’était aussi de sa part un réflexe de mauvaise humeur car je lui avait cassé la chute d’une conférence sur le Lagarde et Michard. Il terminait sur ce qu’il jugeait être un paradoxe : imaginons que le jeune lecteur du Lagarde et Michard entre dans le manuel comme auteur. Et des collègues de l’université de New-York de lui faire observer que dans la salle il y avait justement quelqu’un qui faisait écrire ses élèves. D’où son geste de mauvais humeur : “Le plus spontané c’est le plus stéréotypé”.

L’évaluation peut partir de là. Car “spontané” est un mot ambigu. Il oublie la phase de maturation pour ne considérer que l’apparence du produit fini. Picasso semblait créer spontanément parce qu’il était toujours au travail, toujours en maturation. “stéréotypé” est pire encore. Roger Caillois évoque le cas d’un garçon boucher anglais qui avait réinventé au XIX°s la circulation sanguine découverte par Harvey au XVII° ! Cela n’enlevait rien à son génie propre. Il méritait 20/20 pour l’effort produit et 0/20 pour la découverte puisqu’elle existait déjà et que presque tout le monde la connaissait !

Je crois qu’on peut, de la même manière, noter l’expression libre avec une double évaluation, celle qui est faite par rapport à l’élève et celle qui est faite par rapport à l’extérieur. Mais ceci mérite d’être discuté et approfondi.

Comment passer le témoin Dynamiser le classeur

Elsa (14 02 99) : Nourrie de théâtre et de philosophie, je raconte pour le plaisir… et dans tous les sens, des contes de sagesse, d’amour et d’eaux troubles ou claires. Parce que : “les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants, mais éveiller les adultes”, je raconte aussi aux Grands. (…) “… j’ai choisi la voie que voici : ma voie, mon chemin, ma voix ! Je n’enseigne plus mais cette expérience rayonne en moi et tout particulièrement grâce à Rétorica… Merci à toi, Roger et à tous les correspondants. Merci à l’esprit Freinet dans lequel j’avais baigné en tant qu’élève et qui m’a tant aidé en tant qu’enseignante. Merci à la vie qui court et ruisselle comme un ruisseeau devenu rivière. A bientôt. Elsa. P.S J’ai “passé” Rétorica à une amie Monique ”.

Roger : Bravo pour ce départ, cet élan, cette voie, ta voix. Et merci de ce que tu écris sur Rétorica. Là aussi, c’est un grand élan que tu nous donnes car le module était un peu en sommeil depuis quelques mois.

Les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants mais éveiller les adultes”. Voilà qui fait un lien extraordinaire entre le chapitre 5 (le récit) et le chapitre 8 (Philosophie). Par cette simple phrase tu dynamises tout le classeur.

Tu transmets le témoin, c’est très bien.

Mais souhaites-tu continuer à recevoir les envois ?

ou préfères-tu que je les transmette désormais directement à Monique ? Dans ce cas tu m’envoies son adresse complète.

Les deux formules sont possibles. Dans l’immédiat et par défaut, si tu ne me réponds pas, je continuerai à te les envoyer et tu continueras à les transmettre à Monique, celle-ci pouvant intervenir directement dans le module.

27 RET 011 retorica le tournant internet 1999_09

Retorica ne réagit qu’à trois impulsions venues de ses membres ou de l’extérieur. Si vous ne réagissez jamais le module dort ! Retorica a justement reçu ces trois impulsions :

– une de Michel le 5 mars dernier

– une de Jean-Claude du chantier ICEM “Classeur de français”

– une troisième venue d’Annie et concernant le 1/4 feuille.

D’où ce courrier qui fait le point et constitue le 8° envoi.

Retorica bouge et change.

1. La composition du module va évoluer car nous perdons Jacques et Elsa pas remplacés pour l’instant.

Il faut d’abord savoir si ce travail vous intéresse toujours. J’ai donc besoin de l’avis des rescapés : Marjolain, Marie , Annie, Isabelle, Catherine et Michel.

2. J’inscris d’office Jean-Claude Saporito dans le module Rétorica-classeur de français car il sera mieux à même que nous de distinguer ce qui est intéressant ou non pour l’Educateur et le reste du mouvement Freinet

3. Beaucoup d’entre nous sont sur Internet et ceci change la nature même du travail. Je travaille sur Mac avec une configuration minimale Nescape 2.0 installée par disquette 3.5. Mes possibilités sont restreintes et en particulier je ne peux ouvrir les fichiers joints en “MS Word”. Par contre pas de problèmes pour les messages eux-mêmes.

D’où l’idée de vous demander, si vous travaillez toujours avec moi, le e-mail auquel vous souhaitez recevoir Rétorica. Il n’y aura pas de fichiers joints mais les pages seront envoyées en message principal.

Evidemment je ne puis fournir qu’une mise en page minimale mais éventuellement pour certains documents je puis recourir au courrier papier.

4. D’où explosion du nombre des participants. Nous pouvons désormais être 9, 99 ou 999. Plus tard un site spécifique sera progressivement ouvert. Sous la conduite de l’un(e) d’entre nous, internaute averti. Pas moi ! Je me charge simplement de la cohérence interne de la démarche, de la mise en forme des messages et de la table des matières !

Voici le message que j’ai envoyé à Jean-Claude le 22 juin dernier et qui inclut l’essentiel de sa pensée sur le “classeur de français”.

Cela fait quelques semaines que je me promets de t’écrire à ce sujet et l’”Ouverture pour une linguistique naturelle” (Coopération pédagogique n° 103 mai 1999) m’en donne l’occasion.

Je ne voudrais pas qu’on qualifie “serpent de mer” ce qui aurait dû et devrait être un chantier permanent. C’est déprécier un outil essentiel. “Classeur de français” est une entité en soi qui rassemble un certain nombre de travailleurs en quantité et disponibilité variables. Bref un “module de recherche” tel que je le proposais au CA de l’ICEM dans les années 70.

Le contenu de ce classeur change en fonction des niveaux. A nous de sentir son unité du CP aux classes de BTS. Donc pas d’exclusives. Il peut être un outil déclencheur d’écrit, il peut être une brève compilation de fiches, il peut être un outil de réflexion sur la langue. A ces trois fonctions qui sont celles de Rétorica-classeur de français, j’en ai découvert une quatrième vers laquelle nous nous dirigeons dans le groupe : un classeur de réflexion pour le maître sur le classeur lui-même.

Ceci dit, je suis tout à fait d’accord avec la démarche présentée par ton article. Je note ce qui me semble essentiel et que je numérote par commodité :

“1. Le but est d’établir des passerelles entre les productions langagières réelles des enfants et la langue écrite.

2. Au cours de lectures, de corrections de textes, à partir des corrections du maître, les enfants font des remarques, repèrent des particularités qui, stockées, mises en mémoire, constituent le futur corpus pour l’étude de la langue.

3. Les enfants agissent sur la langue en accumulant des remarques du même type, puis par observation, comparaison, émission d’hypothèses, ils peuvent établir des lois provisoires qui s’affineront jusqu’au concept (qui sera peut-être le même que celui de “M. Livre de Grammaire”).

4. Leurs recherches, la confrontation de leurs points de vue, leurs stratégie de compréhension de la langue pourront faire l’objet de “fiches-traces” qui deviendront outils référents.

5. Nous n’envisageons pas de créer les “fiches-traces” des enfants, mais de donner à l’enseignant, dans une première partie, sous forme de témoignages et de repères, les moyens de créer avec sa classe leur propre outil référent.”

Le dernier paragraphe (n° 5) correspond tout-à-fait à ce que nous faisons dans “Rétorica-classeur de français”. Les quatre autres doivent être appréciés en fonction des niveaux :

– primaire : Les recherches de langue sont fondamentales. Je suppose que les textes libres sont tellement nombreux qu’ils sont rassemblés dans ’un autre classeur.

– premier cycle : Ces recherches se poursuivent et se consolident. D’autres éléments vont s’y ajouter (étude d’œuvres et de textes). Je suppose encore que les textes libres sont tellement nombreux qu’ils sont rassemblés dans un autre classeur.

– second cycle : ces recherches se poursuivent sur des points très particuliers mais on admet que les tâtonnements ont été acquis. S’il faut y revenir on le fait rapidement et des “fiches-traces” préétablies peuvent être utiles. Cette fois les textes libres choisis (par la classe aidée du prof) sont assez peu nombreux pour être intégrés au classeur.

27 RET 010 Expression libre 1998_12

Isabelle (10 déc 1998) :L’expression libre dans les formes proposées est souvent démagogue. On croit ou on laisse croire qu’un jeu avec le code peut suppléer l’être ! d’autre part il me semble que l’expression langagière n’est pas une finalité, c’est-à-dire qu’il est utopique de viser une adéquation entre voir et le dire, la langue est trop pauvre pour l’être et en fait elle n’a d’intérêt que dans ce qu’elle ne dit pas.”

Roger : Tout-à-fait d’accord. C’est dans le silence entre les mots que l’être commence à surgir selon la disposition d’esprit du lecteur ou de l’auditeur.

Isabelle “Ainsi, pour moi, l’expression personnelle doit être radicale, doit rompre avec le code si nécessaire, avec la linéarité, avec le lexique, doit innover, si elle veut être libre.”

Roger : Je ne pense pas que ce soit possible car on ne quitte un code que pour un autre sinon il n’y a, la plupart du temps, ni expression, ni communication. Ce n’est pas toujours vrai. Ainsi dans “Le bruit et la fureur” je crois, Faulkner traduit une réalité à travers les éructations d’un idiot. Mais c’est justement un cas présenté comme limite.

Isabelle : “Pour moi, la finalité de l’expression personnelle serait une tentative de dépasser l’arbitraire du code / ou de codes pour s’approprier le vivant, l’être au monde, dans une immédiateté et ceci passe par une destruction préalable du code ou tout au moins une métamorphose.”

Roger : Je ne pense pas que ce soit possible. Je crois qu’il y a expression personnelle pour traduire une souffrance, un manque dans une situation de conflit existentiel et on en sort en affrontant un autre conflit, le conflit de l’expression de la souffrance avec le code. Evidemment on veut s’approprier le vivant mais c’est pour s’en nourrir, parce qu’on est en manque. Quelqu’un d’heureux n’écrit pas.

Isabelle : “Si bien qu’évaluer l’expression libre me paraît un contre-sens, à moins de modifier la terminologie en “promenade dans le temps”, ce qui peut bien sûr se concevoir.”

Le plus spontané c’est le plus stéréotypé” m’avait dit Roland Barthes à qui je parlais du texte libre en 1969. C’était vrai mais c’était aussi de sa part un réflexe de mauvaise humeur car je lui avait cassé la chute d’une conférence sur le Lagarde et Michard. Il terminait sur ce qu’il jugeait être un paradoxe : imaginons que le jeune lecteur du Lagarde et Michard entre dans le manuel comme auteur. Et des collègues de l’université de New-York de lui faire observer que dans la salle il y avait justement quelqu’un qui faisait écrire ses élèves. D’où son geste de mauvais humeur : “Le plus spontané c’est le plus stéréotypé”.

L’évaluation peut partir de là. Car “spontané” est un mot ambigu. Il oublie la phase de maturation pour ne considérer que l’apparence du produit fini. Picasso semblait créer spontanément parce qu’il était toujours au travail, toujours en maturation. “stéréotypé” est pire encore. Roger Caillois évoque le cas d’un garçon boucher anglais qui avait réinventé au XIX°s la circulation sanguine découverte par Harvey au XVII° ! Cela n’enlevait rien à son génie propre. Il méritait 20/20 pour l’effort produit et 0/20 pour la découverte puisqu’elle existait déjà et que presque tout le monde la connaissait !

Je crois qu’on peut, de la même manière, noter l’expression libre avec une double évaluation, celle qui est faite par rapport à l’élève et celle qui est faite par rapport à l’extérieur. Mais ceci mérite d’être discuté et approfondi.

Comment passer le témoin Dynamiser le classeur

Elsa (14 02 99) : Nourrie de théâtre et de philosophie, je raconte pour le plaisir… et dans tous les sens, des contes de sagesse, d’amour et d’eaux troubles ou claires. Parce que : “les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants, mais éveiller les adultes”, je raconte aussi aux Grands. (…) “… j’ai choisi la voie que voici : ma voie, mon chemin, ma voix ! Je n’enseigne plus mais cette expérience rayonne en moi et tout particulièrement grâce à Rétorica… Merci à toi, Roger et à tous les correspondants. Merci à l’esprit Freinet dans lequel j’avais baigné en tant qu’élève et qui m’a tant aidé en tant qu’enseignante. Merci à la vie qui court et ruisselle comme un ruisseeau devenu rivière. A bientôt. Elsa. P.S J’ai “passé” Rétorica à une amie Monique ”.

Roger : Bravo pour ce départ, cet élan, cette voie, ta voix. Et merci de ce que tu écris sur Rétorica. Là aussi, c’est un grand élan que tu nous donnes car le module était un peu en sommeil depuis quelques mois.

Les contes ne sont pas faits pour endormir les enfants mais éveiller les adultes”. Voilà qui fait un lien extraordinaire entre le chapitre 5 (le récit) et le chapitre 8 (Philosophie). Par cette simple phrase tu dynamises tout le classeur.

Tu transmets le témoin, c’est très bien.

Mais souhaites-tu continuer à recevoir les envois ?

ou préfères-tu que je les transmette désormais directement à Monique ? Dans ce cas tu m’envoies son adresse complète.

Les deux formules sont possibles. Dans l’immédiat et par défaut, si tu ne me réponds pas, je continuerai à te les envoyer et tu continueras à les transmettre à Monique, celle-ci pouvant intervenir directement dans le module.

27 RET 012 perspective internet 1999_09

Roger (3 décembre 1999) : RETORICA BASCULE SUR INTERNET

1. Pour les destinataires qui n’ont pas internet je vous demande de m’envoyer très rapidement l’adresse d’un ami qui possède une boîte à lettres électronique et qui pourra donc bous transmettre les messages que je vous envoie. Mais vous pourrez toujours m’écrire sur papier. Je renverrai votre apport par mel.

2. Vous recevez déjà “Retorica-classeur de français” par mel. Vous me dites simplement si vous ne voulez plus que j’encombre votre boîte électronique. Si vous ne répondez pas c’est que vous restez partant.

3. Il y a eu des défections dans le groupe par manque de temps (Jacques) ou changement d’activité (Elsa). Internet nous donne la possibilité d’ouvrir Rétorica à beaucoup de correspondants. Donc vous pouvez communiquer l’adresse électronique Rétorica <roger.favry@wanadoo.fr>. Plus on sera de fous, plus on rira.

Apport d’Isabelle Dordan (15.09.1999- édité le 3.12.)

1. Isabelle. (15 sep 1999, édité le 3 déc) : – Tu sais combien la démarche de Retorica m’intéresse, mais même si je partage tes opinions sur la prépondérance de l’écrit, de la réflexion et de l’échange spirituel à distance, je crois qu’il serait bon pour relancer les énergies d’envisager dans la mesure du possible une rencontre des participants du groupe, évidemment si nous sommes 999 !!! ce sera difficile. J’aime la virtualité mais elle conduit de dérive en dérive à une déréalisation.

Roger. – Il est vrai qu’une rencontre des participants du groupe ferait mûrir très rapidement le tâtonnement expérimental collectif. C’est tout-à-fait possible dans le cadre d’une rencontre Freinet (un stage par exemple). Mais je ne peux plus y participer, pas même aux rencontres BT2. Le sentiment de déréalisation vient plutôt du fait que les envois se font rares et maigres et d’abord de mon côté alors que le travail des uns et des autres est très riche mais que nous n’avons pas le temps de le mettre en forme. Et puis le groupe est en train de se reconstituer à partir d’internet.

2. Isabelle. Je me sens personnellement parfois décalée parce que mon enseignement par sa nature même et le public auquel il s’adresse est assez atypique. Ce qui fait que je ne peux pas intervenir sur beaucoup de sujets.

Roger. – D’autres dans le groupe ont également le sentiment de se trouver dans une situation atypique. Je crois que “Rétorica-classeur de français” se dirige vraiment vers le classeur du maître, un classeur personnel, un classeur qui n’est plus pédagogique mais qui permet de nous interroger nous-mêmes sur le monde et sur la vie. C’est pourquoi j’amorce une évolution où le module de recherche travaillera par internet comme je l’évoquais dans mon dernier envoi..

3. Isabelle. Je trouve que le chantier Rétorica oscille fructueusement mais de façon, à mon sens, inégale entre deux pôles “classeur de français” (où est envisagée à mon sens plutôt la dimension instrumentale et technique de notre discipline) et “module de recherche”. Il faudrait restaurer un équilibre et aborder les questions politique, idéologique et philosophique. Ainsi la réflexion que nous menons sur les techniques prendrait tout son sens. Par exemple, il me semble qu’il y a un gros travail à faire, ici mais aussi dans le chantier BT2, sur la question de la lisibilité et de ses limites et plus généralement sur le savoir et les modalités d’accès à ce savoir. Faute de cette réflexion commune (je pense que nous nous rejoignons lorsque tu évoques la quatrième fonction du classeur “réflexion pour le maître sur le classeur lui-même”), le projet à mon avis se décentre et perd du sens. Ce que tu exprimes peut-être par un manque d’impulsions, un endormissement et un changement. Personnellement, j’aurais davantage le désir de m’inscrire dans ce second pôle mais ponctuellement dans l’autre.

Roger. On doit évidemment aborder les “questions politique, idéologique et philosophique”. J’ai attendu pour le faire que le panorama des huit chapitres soit en place. A partir de là je pense que des réflexions peuvent venir des uns ou des autres, surtout par internet. Le prochain envoi comprendra la page 702. Elle porte sur le classement des informations qui nous intéressent. Peut-être cela déclenchera-t-il quelque chose. Mais rassure-toi, le projet général ne se décentre pas, même s’il oscille entre des techniques de classe très banales et des réflexions plus générales. On passe alternativement d’un pôle à l’autre car ils se nourrissent mutuellement..

4. Isabelle.Un point me gêne, celui de la participation financière? Je ne sais ce qu’il faut donner, quand il faut donner.

Roger. J’avais décidé au départ que les envois étaient gratuits. Mais c’est vrai qu’il y a quelque chose de gênant à ne pas dire ce que cela coûte. Un calcul rapide nous donne : 8 envois à 8 personnes en trois ans. Chaque envoi comportait une enveloppe à 0,15 F, trois pages recto-verso soit 6 x 0, 35 F. Donc 5,25 F par envoi et par personne. Soit par personne 5,25 F x 8 envois = 42 F. Et pour l’ensemble 42 x 8 personnes = 336. Il y a eu quelques faux frais, demandes de personnes extérieures etc. .. On reste à moins de 400 F. Avec le passage sur internet le problème ne se posera plus.

5. Isabelle. – Je répondrais volontiers à Michel (05.03.1999) à propos de l’expression libre que si la langue est un outil de communication, elle est grosse aussi d’une idéologie aliénante et insidieuse dont la dénonciation me paraît un préalable indispensable, par le biais par exemple d’une réflexion sur la structure et la déconstruction du code, si l’on veut approcher l’expression dite libre, c’est-à-dire révélation de l’être dans sa rencontre du monde et d’autrui, jaillissement des phénomènes. Or, pour moi, cette révélation, ce jaillissement procède d’un cheminement difficile, douloureux que l’on pourrait nommer quête ou initiation.

Le simple, l’évident, le lisible et le bonheur me paraissent souvent suspects parce qu’ils sont encombrés de figements divers, tout emplis d’extériorité, et surtout parce qu’ils créent le leurre d’un surgissement ex nihilo alors qu’ils me paraissent à l’inverse le point d’aboutissement, certainement utopique, d’une démarche réflexive et humaine, volontaire et très périlleuse.

Roger. -. Ta réponse à Miichel. Je crois qu’on peut clore le débat avec ce texte de Francis Ponge qui me paraît très important et que j’ai placé dans une page de Rétorica.

Rhétorique

“Je suppose qu’il s’agit de sauver quelques jeunes hommes du suicide et quelques autres de l’entrée aux flics ou aux pompiers. Je pense à ceux qui se suicident par dégoût, parce qu’ils trouvent que “les autres” ont trop de part en eux-mêmes.

On peut leur dire : donnez tout au moins “la parole” à la minorité de vous-mêmes. Soyez poètes. Ils répondront : mais c’est là surtout, c’est là encore que je sens les autres en moi-même, lorsque je cherche à m’exprimer je n’y parviens pas. Les paroles sont toutes faites et s’expriment : elles ne m’expriment point. Là encore j’étouffe.

C’est alors qu’enseigner l’art de “résister aux paroles” devient utile, l’art de ne dire que ce que l’on veut dire, l’art de les violenter et de les soumettre. Somme toute fonder une rhétorique, ou plutôt apprendre à chacun l’art de fonder sa propre rhétorique, est une œuvre de salut public.

Cela sauve les seules, les rares personnes qu’il importe de sauver : celles qui ont la conscience et le souci et le dégoût des autres en eux-mêmes.

Celles qui peuvent faire avancer l’esprit, et à proprement parler changer la face des choses.”

Dans le texte de Francis Ponge “les autres” est entre guillemets et en italique, “la parole” est simplement en italique, “résister aux paroles” est également simplement en italique.

Ce texte m’a toujours paru fondamental. Je l’ai souvent étudié avec des élèves. Si J’avais à le faire aujourd’hui, je le proposerais même à des élèves de 4°-3°. Je ferais un débat sur 1/4 de feuille. J’insisterais sur le fait prodigieux que chaque lecteur fait partie des “rares personnes qu’il importe de sauver”. Au passage je rendrais hommage aux “flics” et aux “pompiers” en soulignant que Ponge lui-même est victime d’une image malheureuse et d’un lieu commun stupide. Ce qui doit donner du courage pour écrire. Et j’amorcerais dans la foulée un atelier en 40 mots, car c’est sur cette longueur d’écriture que tout se joue.

27 RET 013 niveaux d’analyse 2000_02

Roger (12 février 2000) Pour ceux qui nous ont rejoint, 0xx contient les informations générales concernant la méthodologie du module de recherche. Michel reprend un échange avec Isabelle, échange qui semblait opposer les pratiques concrètes et l’analyse intellectuelle en matière d’expression libre. Je redonne la parole à Michel (sa lettre du 9 février 2000 avant le basculement sur internet) :

Michel (9 fév 2000) : La réponse d’Isabelle : c’est juste, peut-être un peu trop « intellectuel ». Pourquoi ? J’aspire à la simplicité du discours pour qu’il ne cache pas l’acte. Tous les mots d’Isabelle, je les comprends et j’y adhère mais ils ne peuvent en aucun cas m’éviter de tenter le pari d’ouvrir les portes, de créer ces espaces de liberté dont les gamins feront ce qu’ils voudront. Ils auront au moins goûté à l’oxygène de la vie. Nous ne pouvons pas nier ce qu’ils vivent tous les jours certes mais nous ne pouvons nier non plus la vie profonde, cette petite lumière de l’humain qui fait de nous autre chose que l’amibe originelle !

L’expression libre est un aboutissement certes mais elle est aussi dans le cheminement.

Roger : Ceci me conduit aux remarques suivantes. Retorica recueille des informations tous azimuts et cherche à les mettre en perspective. Il faut donc s’attendre à des surprises à des pistes inattendues. Voici les dernières ouvertes.

A partir de débat consensuel/conflictuel (3xx) : avancée vers l’étude de de cas (comment mener en groupe des études de cas simples et dynamiques)

A partir du retour d’Elsa, conteuse pour adultes et pour enfants : développements très riches à envisager pour le récit (5xx)et la rhétorique (2xx). Je vais donner d’ci peu un envoi important sur les figures de style et les manières possibles de les traiter.

Catherine promet des outils sur évaluation et brevets (1xx :méthodes)

Marie prépare son CAPES et son agreg. Elle doit pouvoir nous poser des questions, nous aider et que nous l’aidions.

Jacques avec sa radio libre va pouvoir nous alimenter en 1xx : méthodes et 7xx : information.

“La bonne année de Serge” (804) a déclenché moult réactions sur les deux listes où je l’ai envoyée : Attac et Freinet. Retorica est là pour faire la synthèse. Certains ont reçu au moins deux fois ce message. Preuve que la « chaîne »a bien fonctionné.

Aujourd’hui le message de Michel. J’en tire les conclusions suivantes pour Retorica :

1. Retorica peut absorber et traiter des informations de nature très diverses depuis la pratique la plus humble (les 1/4 de feuille, la prise de parole en 3 mn, l’atelier d’écriture en 40 mn, les trois techniques reines présentées en 1xx, développées ailleurs) jusqu’aux spéculations politiques et philosophiques les plus dynamiques (pas les plus complexes). Quand je vais ouvrir vraiment les vannes de 8xx (philosophie), ça va décoiffer !

2. « Nous ne pouvons nier ce qu’ils (les gamins) vivent tous les jours. » C’est vrai. Mais actuellement on est en train un peu partout (Bové, Attac, documentaire “Charbons ardents » sur l’autogestion etc. ) de réinventer des outils d’opposition démocratique et de reconstruction sociale. Il faut que les enfants et les jeunes le sentent et le sachent. Au début du XIX°s quand on invente le mot « libéralisme » le mot « socialisme » apparaît quelque temps après. A l’ego exaspéré d’un individu romantique ivre de liberté, d’argent et de pouvoir s’oppose la conception apparemment réactionnaire d’une vision sociale, d’une vision classique où l’individu va s’épanouir dans des cadres de recours/barrière. La chute du communisme a laissé pendant quelques années le champ libre à toutes les exploitations. Ce temps n’est pas révolu mais nous voyons comment agir, grâce notamment à internet.

Cette vision, toute personnelle du problème, me paraît éclairer la situation actuelle. L’argent est fondamental parce que l’argent c’est du concentré d’intelligence et d’intelligence souvent volée grâce à beaucoup d’intelligence dévoyée. Vous savez que le CIC a déjà formé 28.000 collégiens boursicoteurs regroupés en teams (4 ado + 1 adulte). Je ne serai pas contre s’il s’agissait de s’intéresser à l’entreprise comme productrice de biens matériels et immatériels mais en fait il s’agit de s’intéresser surtout à la spéculation, si du moins mes informations sont exactes.

Rétorica n’a évidemment pas vocation à régler ces problèmes mais à orienter celles et ceux qui y travaillent vers d’autres sites et d’autres asso qui traitent ces problèmes. Et notamment Attac qui travaille actuellement sur la liaison économique-politique-social. Inscrivez-vous à Attac et à son site talk. Vous m’y retrouverez souvent.

Bernard Cassen, président d’Attac, a proposé une belle définition de la « laïcité » démocratique. Quand un problème concerne en priorité Attac c’est Attac qui le traite avec l’aide des autres mais qui le suit à fond et en a la responsabilité. C’est le cas de la taxe Tobin. Quand c’est un autre problème, ex les OGM, Attac le traitera mais en laissera la gestion à une asso spécialisée tout en suivant attentivement ses travaux. De même que la laïcité suppose la séparation de l’Eglise (des Eglises) et de l’Etat, l’action sociale suppose la règle de la subsidiarité. Je ne vais pas traiter un problème de rhétorique sur Attac mais à l’intérieur de Retorica. Par contre le jour où Attac connaît un problème de rhétorique alors je fournis à Attac les outils préparés ailleurs.

3. L’expression libre c’est évidemment goûter « à l’oxygène de la vie » (sections 3xx essais, 4xx théâtre, 5xx récit, 6xx poésie, les quatre grands genres littéraires et leurs combinaisons). Cette respiration dépend aussi d’outils comme « La bonne année de Serge » (804) mais aussi d’outils comme : savoir rédiger une lettre, un message, écrire aux médias, aux décideurs, aux leaders d’opinion. Il faut apprendre cela aux jeunes. C’est le sujet essentiel de la section 7xx (information). Et aussi bien sûr de la section 3xx (essais)

Je crois que c’est tout pour aujourd’hui !

Post-face avril 2015. Roger : En 2000 Attac était le mouvement montant de la contestation du système néo-libéral. Quinze ans après l’offre s’est diversifiée. Mais je n’ai pas à actualiser ce qu’on pouvait écrire alors. Je note simplement que nous étions 9 à nos débuts et que nous sommes 534 aujourd’hui.

Roger et Alii

Retorica

(21.500 mots, 129.500 caractères)

1 commentaire

  1. dordan isabelle

    Génial Roger de me promener sur le site.Quel beau travail passionnant enthousiasmant! Bravissimo et merciiii
    Tout à coup un souffle puissant et joyeux! J’espère pouvoir revenir dans la danse.
    Amitiés
    Isabelle Dordan

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