27 RET classeur 101 Atelier d’écriture en 40 mots 1995

Le but

Un texte d’une quarantaine de mots constitue l’unité minimale de sens pour avoir un récit, un essai, un dialogue, un poème ou un mélange de deux ou trois de ces genres… C’est aussi la longueur idéale pour que chacun puisse écrire un beau texte harmonieux, sensible et cohérent. Au début tout au moins il faut bénéficier d’un catalyseur (le professeur, travail par groupes ou modules, si possible une personne par table). Ensuite on peut travailler seul et se lancer dans des textes plus longs, en 200 mots par exemple, ce qui constitue également une longueur canonique (à l’examen en français, le commentaire composé, sujet II, porte sur un texte de cette longueur).

Le but est triple : se donner confiance en soi pour écrire, dominer correctement les problèmes de l’expression, donner à sa personnalité la plus profonde l’occasion de se révéler : dire le fantasme, dire la peur ou le cauchemar permet de les évacuer. De ce point du vue il s’agit d’une activité initiatique. Ce qui est conforme à la vocation de toute littérature : l’atelier est dans le droit fil du romantisme, du symbolisme, du surréalisme et des recherches de notre temps :

« Lorsque je cherche à m’exprimer je n’y parviens pas. Les paroles sont toutes faites et s’expriment : elles ne m’expriment point. (…) C’est alors qu’enseigner l’art de RESISTER AUX PAROLES devient utile, l’art de ne dire que ce que l’on veut dire, l’art de les violenter et de les soumettre » (Francis Ponge).

– Donc approfondir, assouplir, méditer, aller au-delà du banal, des lieux communs, du superficiel, des apparences. Aller au plus profond de soi, à travers et au-delà des mots.

– Ce texte en 40 mots peut ressembler à un récit (bref fragment de roman), un poème (en prose), un dialogue (quelques répliques même sans didascalies), essai (maxime bien frappée) ou relever d’un genre mixte (récit poétique, récit-essai : brève parabole etc…).

Les trois mots

On se donne trois mots apparemment choisis au hasard. Ils doivent être, si possible, concrets, expressifs et s’opposer entre eux pour former un triangle à l’intérieur duquel l’imagination peut jouer à son aise, favorisant des remontées inconscientes. Mais ces trois mots ne constituent pas le thème du texte, bien au contraire ! Il suffit qu’ils y soient présents et soulignés.

Les mots choisis doivent présenter des connotations très fortes. Explication :

-.La dénotation est l’ensemble des sens d’un mot, indiqués par le dictionnaire. Les connotations sont des colorations, images mentales qui naissent dans l’esprit à propos de ce mot. Les connotations littéraires et collectives sont facilement repérables dans les citations : Ex : « rose » (beauté fragile vouée à disparaître ) :

* « Mignonne, allons voir si la rose / Qui, ce matin, avait déclose (déclose= ouvert) / Sa robe de pourpre au soleil,/ A point perdu, cette vesprée (vesprée= ce soir) / Les plis de sa robe pourprée / Et son teint au vôtre pareil. » (Ronsard)

* « Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, / L’espace d’un matin. » (Malherbe)

De ce point de vue le tirage le plus efficace se fait à l’aide du “Dictionnaire des symboles : mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres” (de J.Chevalier et A. Gheerbrant, coll. Bouquins, éd. Robert Laffont-Jupiter).

L’énergie de l’atelier peut être renforcée symboliquement par l’évocation en début de séance d’une grande figure mythique. Celle-ci représente une force naturelle, cosmique ou personnelle. Utiliser un dictionnaire de mythologie, se concentrer mentalement sur le groupe et faire un tirage apparemment au hasard. Idem pour le tirage des trois mots dans le dictionnaire des symboles.

Procédure

1. Préparer deux feuilles, une pour le brouillon, l’autre pour le propre (marge de 7 cm à droite). Se donner 15 mn maximum pour rédiger la première version au brouillon. Se laisser aller en écriture automatique. La recopier immédiatement au propre, même incomplète, avec des points de suspension… C’est simplement un tremplin. Montrer cette première version au professeur pour avis et encouragement. Première étape fondamentale pour dépasser le syndrome de Mallarmé : la terreur de la page blanche.

Passer à la seconde version en approfondissant la première. Se diriger vers le genre qui semble convenir le mieux : poème ? récit ? dialogue ? essai (ici une sorte de maxime) ? un mélange ? (dialogue poétique etc…)

Ne pas chercher à travailler logiquement mais intuitivement en se fiant au plus profond de soi, en se laissant porter. Un mot peut se révéler très gênant. C’est bon signe. On peut le mettre un peu à part du flux du texte :l’intégrer dans un titre ou dans une image (métaphore, comparaison).

2. Travailler la seconde version en tentant d’obéir à la formule fondamentale suivante :

DÉGRAISSER – PRÉCISION – CONCRET

COHÉRENCE

RYTHMES

DÉGRAISSER Enlever tous les mots inutiles et imprécis ; au besoin bouleverser la phrase sans perdre de vue le fil du texte. Ecrire court et fort.

PRÉCISION, CONCRET Viser à la précision des termes notamment des verbes et des adjectifs. Jouer sur les images concrètes et dynamiques. Choisissez des termes à fortes connotations Visuelles, Auditives, Kinesthé-siques (toucher) et Olfactives (goût, odorat) V.A.K.O.>.(La flèche indique le souci de ne pas oublier le goût et l’odorat).

COHÉRENCE Le texte est un tout dans lequel tous les éléments se répondent.

RYTHMES à des niveaux très divers (jeux de sonorités, de brèves et longues, de structures grammaticales : parallèles, chiasmes, anaphores, rythmes binaires, ternaires …).

Recopiez cette seconde version au propre et montrez-la au professeur.

3. Passez à la troisième version. Elle approfondit la seconde Songez à donner une vision cinématographique : les plans, les angles de vue, l’effet de travelling etc…Revoir le V.A.K.O > notamment pour A, K, O. Ceci donne une coloriation plus charnelle, plus sensuelle au texte. Pensez aux rythmes et aus sonorités. Deux remarques encore :

– LA PLACE DES MOTS. Y songer :

Mais le VERT paradis des amours enfantines,

L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs

Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine ? »

(Baudelaire Moesta et Errabunda = triste et errante).

Si on écrit :

« Mais le paradis VERT des amours enfantines »

on sent bien que le charme est brisé : place de l’adjectif, sonorités, longueur des syllabes…

LES RYTHMES : anaphores, rythmes ternaires…

Départ

Assez vu. La vision s’est rencontrée à tous les airs.

Assez eu. Rumeur des villes le soir et au soleil, et toujours.

Assez connu. Les arrêts de la vie. – O Rumeurs et Visions.

Départ dans l’affection et le bruit neufs ! »

(Rimbaud « Illuminations »).

LA LITTÉRATURE ? APPRENDRE A ÊTRE HEUREUX..

Roger et Alii

Retorica

(1.100 mots, 6.800 caractères)

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