27 RET classeur 102 Expression personnelle en 200 mots 1995

1. Consignes

Ouvrir 91-. Expression personnelle.(Temps 2 heures au moins). Texte personnel littéraire non pompé ! d’environ 200 mots. Donner un titre dynamique, faire des § de 5-8 lignes, Indiquer en tête le temps passé, le nombre de mots employés, le genre traité : récit, poème, essai, dialogue ou mixte. Soigner le style (au moins deux brouillons) Marge de 7 cm à droite. Soigner l’écriture pour édition éventuelle.

Pourquoi ces consignes singulières ? Parce que la littérature est faite pour être créée par vous et pas seulement lue. Il est relativement facile de faire un beau texte de 40 mots en atelier d’écriture. En 200 mots c’est plus difficile et pourtant c’est la bonne longueur pour traduire une émotion, un sentiment, une vision, un rêve etc… Car le matériau premier de cette expression personnelle en 200 mots c’est le monde tel qu’il vous parvient, tel que vous le ressentez, tel qu’il vous fait souffrir quelquefois, tel que vous l’aimez aussi, tel aussi qu’il vous pose question. Car vous avez le droit de parler de tout, de tout dire. L’expression en 200 mots n’est pas la rédaction telle que vous l’avez connue autrefois. C’est quelque chose de très sérieux, qui vous engage et que vous signez.

2. Explication des consignes

– texte littéraire : utiliser les ressources de la rhétorique et des figures de style : figures de sonorités (allitérations), de passions (ex : ironie), de mots (ex : métonymie), d’imagination (ex : métaphore) de grammaire (ex : répétitions), de syntaxe (ex : chiasme)

– texte personnel, non pompé : un texte pompé, fausse le jeu ; si le texte est édité, il l’est avec le nom de l’auteur… d’où malaise : à quoi servirait de vous donner la parole si elle n’est pas authentique ? A l’extérieur, notamment près des profs de la classe qui liront les textes retenus, cela fait désordre.

– 200 mots : c’est court pour s’exprimer Cette longueur réduite entraîne un coup de projecteur aigu comme un laser. C’est la longueur du texte du sujet II (Commentaire composé). Un beau texte de 200 mots, bien écrit, est une sorte d’hologramme : on peut y découvrir des foules de choses.

– titre dynamique : très important pour l’énergie.

– § de 5-8 lignes : incitent à une construction originale ; permettent une mise en page claire et agréable.

– temps passé : permet au prof. de comprendre vos difficultés et de vous aider.

– nombre de mots employés : ± 10 %, pour bien cadrer le texte fini.

– genre : quelquefois des erreurs, certains confondent essai et récit ; un genre mixte sera par ex. un essai poétique, un récit-dialogue… nombreuses combinaisons possibles.

– au moins deux brouillons : c’est un minimum mais on peut préparer des brouillons à l’avance (esquisses) pour les retravailler plus tard puisque c’est la même forme littéraire qui est proposée de période en période.

– 7 cm à droite : pour le prof. qui est droitier

– édition éventuelle : à chaque période le prof. retient de quatre à six textes pour édition ; il les retient parce qu’ils sont bien écrits (peu de corrections finales) et qu’ils apportent une énergie au groupe, qu’ils aident à vivre, qu’ils sont donc des “textes de pouvoir” pour reprendre une expression empruntée au chamanisme. Ces meilleurs textes signés sont communiqués à l’extérieur, profs de la classe, autres classes etc. et même concours littéraires.

3. Difficultés

– Il est quelquefois difficile d’entrer en soi-même pour trouver quelque chose à dire. C’est le syndrome de Mallarmé : Mallarmé, poète symboliste de la fin du XIX°s était terrrorisé par la page blanche et sa propre apparente incapacité à écrire… Vous pouvez décrire en 200 mots cette incapacité… La difficulté d’écrire (pourquoi écrire ?) est un thème important en littérature.

– Certains font un texte long et le réduisent ou en font un texte à épisodes. Textes à 3 épisodes, bien rédigés oui, très utiles pour certains concours littéraires qui demandent des textes un peu étoffés ; réduction de texte ? non, C’est le champ qui est trop vaste : il faut le limiter et bien le cadrer pour le faire entrer dans les 200 mots : un sujet limité et concret a beaucoup plus d’énergie et de dynamisme. Donc repérer dans l’histoire ou le thème le noyau fondamental sur lequel on veut insister et réécrire ou remodeler l’ensemble pour arriver très rapidement en gros plan sur ce noyau.

– Certains écrivent correctement mais d’une manière abstraite et froide. Il faut s’imaginer comme un camescope qui disposerait de cinq sens ! Donc soigner les sensations du vakog (visuel, auditif, kinesthésique, olfactif, gustatif), notion empruntée à une discipline de la psychologie moderne (la p.n.l programmation neuro-linguistique) :

“Il y a, dans un quartier des environs, une maison située dans une rue tranquille. A toute heure du jour, on entend chanter les oiseaux dans son jardin. Son intérieur, qui ressemble à celui d’un livre de contes, vous parle avec une telle éloquence qu’il est difficile de ne pas se demander comment oon pourrait ne pas avoir envie d’y entrer. Et lorsque, au crépuscule, les oiseaux se taisent, le vent fait bruire doucement les branches des arbres.

Je vais vous parler maintenant d’une autre maison qui est incroyablement pittoresque. On peur la regarder pendant des heures, tant elle est étonnante, avec sa grande véranda blanche, ses murs ocre recouverts de lambris et ses innombrables fenêtres qui répandent à l’intérieur une lumière magnifique. Son escalier en colimaçon, les moulures de ses portes, tout y est intéressant. On aimerait en explorer chaque coin et recoin.

La troisième des maisons que je veux évoquer ici est plus difficile à décrire. Il faut y aller pour sentir ce qui s’en dégage. Elle est solidement bâtie et rassurante, dans ses pièces règne une atmosphère chaleureuse. D’une manière totalement indéfinissable, elle touche quelque chose de fondamental en vous. C’est un lieu nourricier. On a envie de s’y asseoir dans un coin et de s’imprégner de son air, comme pour y puiser une certaine sérénité.

Il s’agit, vous l’avez peut-être deviné, à chaque fois de la même maison, décrite d’un point de vue auditif, puis visuel, puis kinesthésique. Si vous deviez la faire visiter, il faudrait pour mettre en évidence toutes ses qualités, utiliser vous aussi ces trois modes. Le système de représentation de chaque individu déterminera ensuite laquelle de ces descriptions l’attire le plus. Mais n’oubliez pas que nous utilisons tous les trois systèmes. La communication la plus élégante puise donc à ces trois sources tout en faisant plus particulièrement appel à celle qui correspond au système fondamental de l’interlocuteur.”

(Anthony Robbins Pouvoir illimité 1990)

– Justement qui est l’interlocuteur, le lecteur ? Le professeur n’est qu’un lecteur possible et de la place où vous êtes (l’écrivain), il faut que vous posiez des questions sur le quadrilatère : écrivain <-> narrateur <-> personnages <-> lecteur.

– Songez aux techniques du cinéma : du plan général au gros plan, lravellings et zooms, plongée et contre-plongée etc…

4. Des pistes de travail

– Vous pouvez écrire pour répondre au texte d’un copain ou d’une copine. Faire un essai sur la classe, reprendre une conversation, en faire un dialogue farfelu. Exploiter cet espace de liberté pour exprimer ses préoccupations (extrait de journal intime). Rêves et cauchemars. Préparer une lettre de lecteur pour la télévision ou un journal. Ou préparer concrètement son avenir (C.V, lettre de candidature, réflexion sur une stratégie de recrutement…)

– Vous choisissez plusieurs mots qui vous plaisent dans la liste “Symboles et archétypes” (p.102) et à partir d’eux vous rédigez un texte.

– Vous relisez attentivement tout le classeur : vous rapprochez des informations, vous créez ainsi une synergie (1+1 = 3) donc un dynamisme.

– Ne cherchez pas forcément un bon sujet : “Ce ne sont pas l’intrigue ni le thème qui font la littérature mais l’écriture” (Claude Bonnefoy). Donc travailler le style pour dépasser les lieux communs, c’est-à- dire les banalités qui s’expriment et ne nous expriment pas.

5. Conseils de base

1. Remplacer sj possible les mots abstraits par des mots concrets, faisant image, donc concrétiser.

2. Faire entendre certaines idées sans les exprimer, donc économiser.

3. Surveiller le rythme, donc musicaliser.

« Trop de mots. Ne laisse se lever de leur place que les chefs de file.

Ne laisse sortir qu’un mot d’élite, un débrouillard, bien nourri, bien équipé. Tu l’arrêtes longtemps à la grille, et s’il est fin prêt, tu l’envoies faire les commissions pour tout le monde.

L’ouvrage ne doit pas être trop vaste. Il faut qu’il soit circoncrit dans le champ d’une vision nette et que l’esprit s’y puisse rassembler. Mieux tu diaphragmes, meilleure est l’image« .

(Léon-Paul Fargue 1929)

On peut traduire ces conseils sous une autre forme :

dégraisser – précision – concret

cohérence

rythmes

Prendre du recul et de la hauteur : “Le journalisme est horizontal et la littérature est verticale” (Jean-Claude Guillebaud).

– Enfin il faut un langage en mouvement pour un être en mouvement. Ce langage en mouvement est à l’opposé de l’idéologie (langue de bois), de la répétition (ce que disent les parents, l’extérieur) : la parole parlée (passive) n’est pas la parole parlante (active). Il y a des nœuds à dénouer au niveau du langage. On parle quand on dit “je”. La créativité c’est la bonne santé. La maladie, dit Jacques Lacan, c’est le mal à dire. D’où les questionnements interactifs quand les textes se répondent les uns aux autres. Casser les mots pour les disposer autrement, par le rêve, par l’inconscient, par l’énergie personnelle qui se déploie enfin en des textes de pouvoir (d’après Marc-Alain Ouaknin 1994 et autres sources).

6. Grammaire : quelques rappels

Le verbe est le maître, le roi de la phrase. C’est pourquoi il a un ou plusieurs sujets et aussi des compléments.

Bien connaître les modes et les conjugaisons. Posséder un guide de conjugaisons.

On distingue la morphologie ( = étude des formes) des différents mots et la syntaxe ( = mettre ensemble), c’est à dire la manière de les combiner.

Comprendre le lien profond entre la morphologie et la syntaxe : un adjectif peut être remplacé par une proposition relative et inversement ! La relative peut jouer le rôle de périphrase. Ex :

L’homme innocent s’avança

L’homme qu’on accusait faussement s’avança

L’homme dont je niais la culpabilité s’avança

(le dont s’explique par une différence de construction : accuser quelqu’un / nier la culpabilité de quelqu’un).

La proposition infinitive : J’entends siffler le train (“siffler le train” est complément d’objet direct de “j’entends” et train est sujet de l’infinitif “siffler”

Les verbes factitifs : “Je me suis fait faire une robe” ou “suis” est un vrai-faux auxiliaire “avoir” : j’ai demandé à quelqu’un de me faire une robe (et non pas je me suis faite faire une robe !)

Respecter la ponctuation :

Le maire dit : “L’instituteur est un imbécile” ..

Le maire, dit l’instituteur, est un imbécile. ‘ parle

Le maire dit l’Instituteur est un imbécile. (c’est le narrateur qui parle)

Pour toutes difficultés consulter : Adolphe D. Thomas : Dictionnaire des difficultés de la langue française (Larousse) ou un ouvrage similaire…

Et là-dessus : bon courage ! L’aventure commence…

Roger et Alii

Retorica

1.880 mots, 11.400 caractères)

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