27 RET pp3. évaluations critères 2008

1. Laurence (23 sept 2008) Bonjour à tous, Les élèves ont commencé la présentation trois minutes en philo terminale ES. Nous avons d’abord établi les critères qui font qu’une question est philosophique (elle doit être ouverte, s’adresser à tous, demander une réponse réfléchie dans laquelle on s’engage personnellement etc…) puis chacun a formulé une question qu’il a proposée ensuite à la classe.

Ces questions sont alors abordées dans des sortes de mini dissertation en exposé trois minutes. Hier  la question choisie était : « la raison peut-elle conduire au bonheur? » L’élève a tenté de montrer les caractéristiques de la raison qui peuvent nous rendre heureux : prise de recul, mesure des conséquences de nos actes donc maîtrise de soi qui procure une certaine sagesse c’est-à-dire du bonheur. Le contenu était assez réussi quoiqu’un peu rapide : au bout de 2 mn c’était terminé.

Pour l’organisation pratique, il y a donc une personne chargé de mesurer le trois minutes. Un secrétaire et deux évaluateurs qui disposent d’une grille et, comme nous sommes au début de l’année, cette grille est quasiment vide puisqu’il s’agit de remplir les critères d’évaluation  au fil des présentations. La grille comporte deux entrées principales pour la forme et le fond.

A la fin de la présentation les deux évaluateurs se concertent et proposent à la classe un commentaire sur ce qui vient d’être proposé. L’idée est de réfléchir ensuite ensemble sur les critère d’une présentation réussie : parler sans lire ses notes, définir les termes les uns par rapport au autres, faire des transitions etc…

J’arrive au problème rencontré : les élèves n’osent pas se critiquer, tout est toujours très bien selon eux. J’ai beau dire qu’on est là pour s’aider pour chercher à s’améliorer ensemble et que si on se contente de dire que tout va bien ce n’est pas ainsi qu’on progressera mais rien n’y fait, ils ne trouvent pas de critique alors qu’il y a pourtant des choses à redire. Finalement hier ces remarques critiques sont venues de moi (parler plus lentement, développer une ou deux idées plutôt qu’en proposer dix à toute vitesse) elles ont été acceptées mais pcq c’était la parole du prof, alors je ne suis pas vraiment satisfaite.

Ma question : comment faire pour que les élèves osent se critiquer ou disons plutôt se conseiller de façon constructive?

2. Jacques (23 sept 2008)  Patience ! patience ! Tu voudrais que tout marche sur des roulettes le 22 septembre ? Le   décentrement viendra peu à peu. La maïeutique, tu connais, non ? A petites doses, avec une pincée de manipulation et le sourire ..Une évaluation écrite (‘mais rapide) peut faciliter les choses. L’élaboration collective des critères est très efficace :  .Et puis il n’y a pas que les 3’. Tout va changer progessivement par l’introduction, peu à peu, d’autres formes d’expression (écrite, orale, le conseil, la disposition en cercle, etc etc…) Suivant les classes, ça peut demander plusieurs mois, surtout quand pendant une dizaine d’année, on leur a fait croire que la parole du maître était sacrée. Mais ça peut aussi aller très vite. Bonne continuation.

3. Claire-Marie (23 sept) : J’ai lu avec intérêt ton message.

J’ai pratiqué presque de la même manière l’an passé avec mes 3ème, mais les grilles n’étaient pas quasiment vides au départ.

Nous avions en classe complète partagé les critères : les élèves avaient réfléchi individuellement à la maison, puis mis en commun (10 mn) par groupe et chaque rapporteur avait fait remonter les critères (il s’agissait d’exposés argumentatifs permettant de construire des mini-dissertations en 3 parties : cf retorica de Roger).

Autre chose… ça ne me dérange pas du tout que les élèves acceptent la parole du prof parce que c’est la parole du prof.

J’ai la prétention de croire que j’en sais un tout petit peu plus qu’eux sur les sujets que nous abordons en classe, et qu’ils ont des choses à apprendre… qu’ils ne les savent pas d’emblée et que critiquer, justement, ça s’apprend, ça n’est pas inné.

Entendre le professeur faire une vraie critique est un moyen d’apprendre (pas le seul, mais un moyen). Personnellement j’ai appris à nager en regardant les jeux olympiques à la télé et en essayant d’imiter ce que j’avais vu. Mon grand-père boulanger ne m’a jamais laissée toucher une pâte à tarte avant que je n’aie longuement regardé le tour de main et de même ma grand-mère ne m’a passé la machine à coudre qu’après des heures de contemplation. Il ne faut pas négliger le potentiel de l’observation et de l’imitation il me semble…pour viser une plus grande créativité.

Du reste, ça évite d’inventer le fil à couper le beurre tous les matins…

En l’occurrence, critiquer, ce n’est pas facile.

Pour critiquer intelligemment -et les élèves savent bien que c’est ce qu’on leur demande- il faut avoir en tête un certain nombre de critères qui ne sont pas évidents du tout quand on y songe… (tiens ce matin, nous bâtissions avec les 5ème la fiche « récitation d’un texte »… et bien le critère « mettre le ton » nous a quand même occupés 10 mn pour le définir… et encore, on n’est pas tombé complètement d’accord, donc on y reviendra.)

Ce qui est ennuyeux c’est que la parole du prof (avec ses limites évidemment 😉 ) ne devienne pas un réflexe de l’élève…c’est à dire qu’elle ne soit pas assimilée comme une étape nécessaire pour réussir quelque chose (exposé, argumentation etc…). Le seul moyen il me semble est que l’élève constate par lui-même que si il n’a pas respecté tel ou tel critère, c’est le résultat entier de l’exercice qui en pâtit.

Par exemple ce matin, l’élève essayait bien de mettre le ton en récitant, mais comme elle ne savait pas bien son texte, ça n’avait ni queue ni tête… Ce qui a amené le reste de la classe à mettre en 1ère place : « savoir _parfaitement le texte à réciter ».

Après.. il y a des « paroles de prof » qui ne méritent pas le moindre souvenir : mais le cerveau des élèves fait le tri !

Enfin, je profite de la réflexion que tu soumets pour faire une constatation…

La difficulté que j’ai personnellement dans ces moments où un élève travaille devant la classe, c’est l’augmentation du nombre d’élèves qui , s’ils ne sont pas sur la sellette, font autre chose pendant que leur camarade planche (à l’oral, ou sur l’évaluation etc…). Ils ne sentent concernés par le travail que si on les regarde droit dans les yeux et rien que eux… c’est quand même un drôle de problème (d’éducation à mon avis, mais bon…).

4. Christelle (23 sept 2008) : Bonjour Claire-Marie, je rebondis sur la dernière partie de ton message  « La difficulté que j’ai personnellement dans ces moments où un élève  travaille devant la classe, c’est l’augmentation du nombre  d’élèves qui , s’ils ne sont pas sur la sellette, font autre chose pendant que leur camarade planche (à l’oral, ou sur l’évaluation etc…). Ils ne sentent concernés par le travail que si on les regarde droit dans les yeux et  rien que eux… c’est quand même un drôle de problème (d’éducation à mon avis, mais bon…). »  Je n’ai plus ce problème depuis que je fais enregistrer les poèmes en salle multimédia sur le logiciel libre « audacity ». La séance suivante, on écoute leur production (qu’ils ont pris soin d’enregistrer dans le casier de la classe) et on commente. Cette démarche leur permet aussi de s’entendre et ça semble leur plaire. En tout cas c’est assez efficace (je le fais depuis deux ans maintenant).

5. Catherine (23 sept 2008) Je n’ai pas eu ce problème avec les trois minutes, d’abord parce que, le sujet étant libre, il intéresse en général les copains, et surtout je crois, justement à cause (grâce à ) cette implication de la classe dans l’évaluation. Je pense que ce « transfert » de la tâche d’évaluation du prof à la classe (via deux élèves différents chaque fois) est plus important qu’il n’y paraît.

Ok, la parole du prof est importante, bien sûr. Mais il ne faut pas qu’elle devienne de plomb, au point que les élèves ne se sentent pas concernés par le travail.

Il ne s’agit pas d’évaluer pour « peser » ce que « ça vaut » : ça, effectivement, c’est le boulot du prof.

Il s’agit, en s’exerçant à observer finement le travail, à repérer ce qui est réussi pour le reproduire et ce qui est raté pour proposer des solutions de rechange. Parce que, la prochaine fois, c’est moi qui m’y colle et j’ai envie de comprendre comment réussir.

Et cela ne s’apprend qu’en le pratiquant, avec l’aide du prof

Pour le problème que soulève Laurence : « je n’ose critiquer l’autre de peur qu’il me critique », une technique qui marche assez bien au collège : dans l’évaluation, on n’a pas le droit de prononcer le mot « bien » ou « mal », autrement dit de prononcer un jugement de valeur. Peu à peu, ça décoince la parole.

6. Claire-Marie (23 sept 2008)  : Je rebondis sur le message de Christelle… justement, ce qui m’inquiète c’est cette attitude très autocentrée qui consiste à ne considérer comme digne d’intérêt qu’une intervention qui intéresse MA personne (celle de l’élève -discours indirect libre 😉 ).

Il y a quelques années, seuls quelques élèves ne s’intéressaient qu’à eux… dans le sens où l’indique Catherine (…) : dans la perspective d’un passage ultérieur, ils s’appliquaient visiblement à l’observation de l’autre pour ne pas commettre les mêmes erreurs…

Seuls 3 ou 4 élèves / 30 ne se sentaient pas concernés par l’exemple des autres…

Là, je suis devant des classes où la moitié des élèves est attentive et l’autre ne réagit que si elle est stimulée individuellement.

Je trouve ennuyeux cette perte du  sens du « collectif »… Cela s’ajoute en collège -et sans doute en lycée- à l’impérieuse nécessité de varier les activités sur des temps de plus en court, la lassitude autour d’un exercice s’installant au bout d’un quart d’heure plutôt qu’une demi-heure…. (je ne parle pas des 3 mn, mais de passages à l’oral un peu plus long pour la restitution d’un travail collectif par exemple).

Enfin, c’est peut-être que je vieillis…

Roger et Alii

Retorica

(1.700 mots, 10.000 caractères)

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