27 RET sujets idiots – réussir – 1994-09

 

  1. Je relève la réflexion d’un collègue : “L’enfant est curieux. L’élève ne l’est pas.” Transposons au collège, au lycée : ‘L’ado est curieux. L’élève ne n’est pas.” C’est à la fois anormal et normal. Anormal car l’élève est quelqu’un qui s’élève ou qu’on aide à s’élever. Normal car la situation faite à l’enfant ou à l’ado en fait un élève passif et soumis. Les sujets d’examen y sont pour beaucoup car pour reprendre une remarque d’Alain : “Les examens sont des épreuves de volonté”.  Il faut promouvoir une éducatif du courage par les petites victoires sur soi-même. Par définition un sujet proposé est un sujet idiot. Il faut donc aider les élèves à retrouver la curiosité naturelle de l’enfant ou de l’adolescent. D’où la fiche qui suit, rédigée dans sa dernière mouture en septembre 1994. On peut la reprendre en l’abrégeant car c’est idiot d’être aussi long !

 

  1. “Monsieur, le sujet est idiot. Vous ne pouvez pas  nous en donner un autre, plus intéressant, qui serait d’actualité ?” Et devant un sujet d’actualité, autre plainte : « C’est trop dur. On ne connaît rien au problème. » . Et plus tard quand la composition française a été faite, corrigée et rendue : elle a bien sûr une mauvaise note ! » J’ai raté ma dissertation, c’est normal, le sujet était idiot ! » Analysons ces plaintes.

Et d’abord prenons le sujet incriminé. Lisons-le ensemble attentivement et avant d’en discuter faisons un vote  à bulletin secret avec une seule question : “Trouvez-vous ce sujet très faible, faible, médiocre, assez bien, très bien ?”   Nous ramassons les votes et nous les dépouillons.

Les avis divergent et c’est normal. L’intérêt ne dépend pas du sujet lui-même mais de la personne qui le juge.  Un philosophe du XX°s, Wittgenstein, a dit une chose toute simple et très profonde : “Le monde, c’est ce qui m’arrive”. Ce qui n’arrive pas à ma subjectivité n’existe pas pour elle. Quand je dis « Ce sujet est idiot » cela ne veut pas qu’il est inintéressant mais qu’il est idiot pour moi, qu’il m’est étranger, qu’il ne me touche pas, qu’il ne m’arrive pas. Et pourtant il faut bien qu’il m’arrive, qu’il me touche puisqu’on me le propose, qu’on me l’impose. Comment faire ?

 

  1. Il suffit de répondre à cette question très simple : En quoi ce sujet me concerne-t-il ? Si vous l’ignorez il ne peut pas vous intéresser et vous allez le trouver idiot. Pour le trouver intéressant il faut que vous le mettiez en relation avec votre vie personnelle,  votre vie sociale ou votre vie politique :

Vie personnelle quand le sujet traite de sentiments  personnels et intimes.

Vie sociale  quand le sujet pose un problème de société qui vous concerne plus ou moins directement..

Vie politique enfin. Votre vie politique se confond en partie avec votre vie sociale. Nous sommes en démocratie : vous pouvez ou vous pourrez voter, appartenir à des associations ou à des groupes de pression. Vous ferez alors de la politique. Même si la politique politicienne vous répugne, la politique ou le politique au sens noble du terme vous concerne. Le mot vient du grec polis la cité. Il désigne les choix fondamentaux de votre pays, région, département ou commune. En Grèce la politique était l’affaire des hommes libres. Les esclaves en étaient exclus. Ainsi la décision de construire, d’agrandir ou de moderniser un lycée est une décision politique prise par les élus du conseil régional.

 

  1. Difficile à faire ? Moins que vous le croyez. Partez du vieux principe commun à toute l’humanité : chercher le plaisir, éviter la souffrance. Personnellement, comme professeur et correcteur, je découvre tous les ans, en juin, des sujets qui, à première lecture, ne me plaisent pas. Ils ne me disent rien. Je ne vois pas à quoi les relier.  Cette impression est insupportable. Je relis le sujet plusieurs fois, très attentivement. Par associations d’idées, je découvre en quoi il me concerne. Alors le sujet m’intéresse et même me passionne. Car  il m’apprend quelque chose. On apprend à tout âge.

 

  1. Il existe une discipline qu’on appelle la p.n.l, la programmation neuro-linguistique. Elle s’intéresse à la manière dont notre cerveau fait fonctionner notre imagerie mentale. Celle-ci est faite de nos représentations, intérêts, passions, vécu, ensemble confus et mouvant que nous appelons notre ego, notre moi. Voici comment la p.n.l analyse ce qui se passe en nous quand nous rencontrons un sujet et que nous l’étiquetons « idiot » ?

Cette croyance négative entraîne  une démobilisation du potentiel mental qui se disperse. Le sujet n’est pas relu ou quand on le relit c’est pour en avoir peur. On préfère l’oublier pour le traiter plus tard, trop tard bien sûr. Le classeur n’est pas consulté, n’est pas médité. Le devoir est bâclé, la note obtenue est mauvaise. Et le résultat négatif vient renforcer la croyance négative et paralysante : « Je le disais bien que le sujet était stupide ; la preuve, j’ai eu une mauvaise note ». On se déresponsabilise en faisant du sujet et du prof ! le bouc émissaire de son découragement et de sa peur. Ainsi s’entretient un cercle   vicieux qui conduira à un autre échec selon le schéma suivant : 1. Croyances – 2. Cerveau – 3. Potentiel – 4. Résultat.

Pour s’en sortir il faut briser la spirale infernale en se donnant des croyances ou des conceptions positives. Celles-ci vont inciter le cerveau à rassembler tout son potentiel (méthodes, connaissances, motivations). L’action va devenir positive (on travaille lentement, énergiquement, efficacement sans peur ni fatigue. Le résultat (la composition française corrigée) ne sera  peut-être pas excellent mais il sera convenable et encourageant pour tout le monde, les élèves et le prof. Reprenons les quatre étapes.

 

  1. D’abord forgeons-nous une croyance dynamique en répondant collectivement à la question : En quoi ce sujet me concerne-t-il ? Nous allons en faire un débat mi-écrit mi-oral : vous commencez par répondre à cette question sur des quarts de feuille, vous me les passez, je les lis, nous en discutons, nous notons ensemble les idées qui nous viennent à l’esprit et nous les notons sur une feuille ouverte spécialement à cet effet. Nous la numérotons et nous l’appelons Dynamisation du sujet … p…

Ce travail collectif est fondamental pour tout le monde. Ceux qui trouvent le sujet intéressant vont pouvoir nous dire les croyances, les conceptions qui ont rendu pour eux le sujet intéressant. Ceux qui trouvent le sujet idiot vont pouvoir nous le dire également. Leurs croyances, leurs conceptions sont négatives et intéressantes : il y a du vrai dans ce qu’ils pensent et ce vrai nous allons collectivement le métamorphoser, le transformer, le transmuter (au sens alchimique du terme) en croyances positives vis-à-vis du sujet. Ce travail collectif m’intéresse aussi beaucoup. Souvent le sens profond d’un sujet reste partiellement caché pour moi  et ce sont vos copies qui me le révèlent. Mais il est alors trop tard pour en faire profiter tout le monde.

Les autres étapes (2, 3, 4) ne vont pas poser de problème majeur. La mobilisation du potentiel se fait déjà. Vous pouvez continuer à discuter du sujet avec vos copains, vos copines, vos proches. Tout ce qui est intéressant vous le notez sur la feuille Dynamisation du sujet. Vous approfondissez. Vous êtes amené à consulter votre classeur de français et pour cela vous le mettez à jour. Au fil des semaines vous avancez dans le sujet par petites étapes polarisation (j’y pense) – dépolarisation (j’oublie) – polarisation etc… Au total en 4 semaines vous aurez consacré environ 6 heures au sujet. A l’examen la situation est différente mais pendant l’année vous perfectionnez votre culture et vos méthodes de travail en ne vous comparant qu’à vous-même. A l’examen tous les candidats sont égaux et les copies sont corrigées les unes par rapport aux autres. La préparation de l’année donne les bons réflexes pour l’examen.

  1. Songez aussi ê la règle de base: « La signification de mon message, c’est la réaction que je provoque. » Or vous voulez obtenir une réaction positive de la part de cet interlocuteur qu’est ce professeur de français que vous n’avez pas choisi, pas plus qu’il ne vous a choisi !

Imaginez aussi que vous écrivez pour quelqu’un que vous admirez. Fixez-vous un modèle à imiter. Visez au plus haut et cherchez à plaire à cette personnalité à qui vous souhaitez ressembler. Au fond, cette personne, c’est vous mais en mieux. C’est vous, idéalisé. Imaginez aussi votre copie terminée, magnifique, parfaite. Visualisez-la et faites-la !

Si notre confiance est totale, notre réussite est totale. Des échecs antérieurs ont créé en nous des opinions, des croyances et des convictions négatives. Elles nous font souffrir. Pourquoi ne pas les changer ? La réussite n’est pas immédiate ? Peu importe. Appliquez la règle japonaise du « kaizen »(ouvrir + méditer), la recherche de progrès minuscules et cumulatifs (inspirée en 1950 de la méthode américaine de Deming sur la « qualité totale »).

Certains resteront sceptiques: « Ces propos sont vraiment idiots! » Je respecte cette attitude : le droit à la sottise est inscrit dans la déclaration des Droits de l’Homme : c’est la liberté d’opinion. Mais ces techniques de positivation, de visualisation ont fait leurs preuves dans la formation des commerciaux, l’entraînement sportif et toutes les activités où la confiance en soi est la condition du succès. Et vous voulez réussir, n’est-ce pas ?

 

Roger et Alii – Retorica – 1 560 mots – 9 500 caractères – 2017-04-30

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