28 RHE anachronisme – bienséances – Daesh – 2017-05

 

L’anachronisme est une erreur de chronologie. Volontaire, elle est liée aux bienséances, au politiquement-correct. Est-ce un outil d’analyse ?

(1) Anachronisme – étymologie – définition « Un anachronisme (du grec, ana : en arrière, khronos : le temps) dans une œuvre artistique, littéraire ou historique est une erreur de chronologie qui consiste à y placer un concept ou un objet qui n’existait pas encore à l’époque illustrée par l’œuvre. » (Wikipédia). Il est involontaire ou volontaire. Le mot “anachronisme” a été construit en 1625 à partir du grec ana– “contre” et –chronos “temps”. Il désigne une faute contre la chronologie. Il entre dans une série de mots construite autour du mot “chronique”, “synchronie” et “uchronie”. “Chronique” comme nom désigne le récit d’évènements racontés dans l’ordre où ils se sont produits et comme adjectif “chronique” désigne un évènement, souvent médical, qui revient d’une manière régulière (“maladie chronique”). La “synchronie” désigne la rencontre de deux évènements dans le temps. L”uchronie”, est une notion mise au point par un historien Charles Renouvier

http://www.retorica.fr/Retorica/13-his-uchronie-utopie-2008-2015/

L’adjectif “anachronique” date de 1866 donc bien longtemps après le mot “anachronisme”. La notion s’impose dans une période (1625 – 1866) où l’historiographie impose ses lois et notamment le respect de la chronologie, de l’ordre des évènements. Ce qui s’impose comme discipline intellectuelle ne s’impose pas forcément comme discipline de vie.

Le mot “anachronisme” est susceptible de prendre trois sens :

  1. Il désigne une erreur factuelle involontaire où l’on attribue à une époque un objet, des mœurs ou des réactions qui appartiennent à une autre.
  2. Quand l’erreur est volontaire elle est destinée à faire réfléchir par l’humour. Dans la pièce de Jean Giraudoux “La guerre de Troie n’aura pas lieu” (1935) Ulysse parle des “calèches” des diplomates ce qui nous ramène à l’entre-deux guerres, à la montée des périls et à une vision pessimiste de la situation : la guerre de Troie a eu lieu… et celle de 1939 a toutes les chances d’éclater. Cet emploi appelle donc le parallèle entre deux époques.
  3. Reste enfin un emploi quelquefois polémique où “anachronisme” et “anachronique” servent à disqualifier une notion jugée d’un autre âge : “L’individualisme de l’artisan ou du paysan apparaît de plus en plus anachronique” juge l’économiste et sociologue André Siegfried (1875-1959). Autre exemple proprement politique : “La royauté est une survivance anachronique”. Il est à remarquer que l’individualisme reste bien vivant et que la royauté est loin d’avoir disparu. Cet emploi est donc sujet à caution.

 

 

(2) Roger (2017-05-26) : L’anachronisme est une figure de style aussi dangereuse que la métonymie. Ce sont des figures du déplacement anormal. La métonymie est une généralisation abusive (« Tous pourris ! »). L ‘anachronisme est un déplacement anormal d’une époque sur une autre. Ce qui était toléré à une époque, ne l’est plus à une autre mais on feint de croire qu’il en était ainsi autrefois. Son équivalent géographique est le mot de Pascal : « « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Pour son contexte voir :

http://www.penseesdepascal.fr/Misere/Misere9-moderne.php

Avec Internet les notions se jouent des frontières historiques et géographiques. Il suffit que nous lisions quelque chose pour croire qu’elle nous est destinée. Nous devenons des voyeurs inconscients de nos curiosités malsaines. Quand Emmanuel Macron dit à Alger que « la colonisation fut un crime contre l’humanité » il s’adresse à des Algériens qui ont quelques raisons de l’approuver. Il ne songe pas aux Pieds-Noirs injustement bannis de leur terre natale. « Il aurait dû… » disent ces derniers. Mais ce n’était ni le lieu, ni le moment.

(3) Bienséances – politiquement correct.

Au XVII° siècle la tragédie doit éviter de choquer le spectateur. La vision de l’Antiquité sera volontairement déformée. Dans une lettre du 17 janvier 1643, Guez de Balzac félicite Pierre Corneille pour sa pièce “Cinna ou la clémence d’Auguste” :

         “Vous êtes le réformateur du vieux temps, s’il a besoin d’embellissement ou d’appui. Aux endroits où Rome est de brique, vous la rebâtissez de marbre : quand vous trouvez du vide, vous le remplissez d’un chef-d’œuvre ; et je prends garde que ce que vous prêtez à l’histoire est toujours meilleur que ce que vous empruntez d’elle.” L’anachronisme assumé relève des bienséances à l’âge classique. Il est subtilement lié aux trois unités théâtrale : temps, lieu, action et entre en combinaison avec la dernière règle, la vraisemblance. Boileau dit dans son “Art poétique” (chant III) :

Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable”.

Un évènement vrai sera raconté de manière à devenir vraisemblable dans le respect des bienséances, quitte à pratiquer l’anachronisme…

En fait l’anachronisme est partout sans qu’on le sache. Ainsi on entend dire qu’en cas de famine, au XVI° siècle les paysans se nourrissaient de “racines”. Mais à l’époque le mot “racines” a un sens beaucoup plus large : il désigne les carottes, les radis etc. d’après le témoignage d’Olivier de Serres (1539 – 1619) agronome célèbre, dans “Le théâtre d’agriculture et ménage des champs” (1600). Il montre que le terme de “racines” désignait les carottes, les radis etc… Mais dire que la pomme de terre est une racine serait un anachronisme puisqu’elle n’est introduite en France qu’à la fin du XVIII° siècle. Dans les romans historiques ou préhistoriques les projections modernes sont fréquentes : on prête aux personnages du passé des réactions, des sentiments propres au présent. Comment y échapper ? Deux phénomènes, l’un en BD, l’autre au cinéma vont jouer habilement et avec humour de l’anachronisme. Il s’agit d’ « Asterix” et du film “Les Visiteurs”.

Le « politiquement correct » relève indéniablement des bienséances. Charles Richet (1850 – 1935) : « Charles Robert Richet est un physiologiste français, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine de 1913 pour la description de l’anaphylaxie, et président de 1920 à 1926 de la Société française d’eugénisme. » (voir Wikipédia pour la suite). Son nom était, à ce titre attaché à un hôpital du Val-d’Oise et à de nombreuses rues. Mais une lanceuse d’alerte sut recueillir 30.000 signatures pour dénoncer ce chercheur qui dans « L’homme stupide » (1919) tenait alors des propos racistes : «  «Voici à peu près trente mille ans qu’il y a des Noirs en Afrique, et pendant ces trente mille ans ils n’ont pu aboutir à rien qui les élève au-dessus des singes». On ôta donc son nom partout où on le put (2015). Une mésaventure identique est survenue en 1992 au chirurgien et biologiste Alexis Carrel (1873 – 1944) auteur de « L’homme cet inconnu » (1935). Dans les deux cas la notion en cause est l’eugénisme, officiellement condamné par une société qui le pratique sournoisement (dépistage de la trisomie 21, dénoncé par la Fondation Lejeune).

 

(4) Anachronisme – outil d’analyse – Christophe Colomb – Marlowe

Par pure paresse, je n’ai pas remis en ordre les notes qui suivent. Du reste elles sont explicites en ce qui concerne l’anachronisme dont Stephen Marlowe est un ardent défenseur. Roger (2017-05-28)

 

« Christophe Colomb : Mémoires avec la complicité de Stephen Marlowe » (Roman, Seuil, 1987, édition de poche)

4° de couverture : « On s’amuse follement, Marlowe ayant une façon humoristique et décapante de se payer la tête des historiens dits sérieux qui ont raconté Christophe Colomb et ses aventures en meublant à coups d’imagination, les carences de la documentation archivée. (…) » (Jean Clementin, « Le Canard enchaîné »)

« L’histoire se vit à l’endroit, mais s’écrit à rebours. Nous connaissons la fin avant de nous interroger sur le début et nous ne pouvons guère nous mettre à la place de ceux qui n’en connaissaient que le début. » (C.V Wedgewood, épigraphe p.8)

p.194 Le mythe : «(…)  En 1492, j’entrai vivant dans une légende qui, modestie à part, passa les siècles. Dès l’instant où je franchis le plat-bord de la « Santa Maria » à Palos, le moindre de mes mouvements appartint à la postérité. (…) »

p.312 Inquisition. « Ceux qui ont abjuré ne seront pas brûlés vifs. » Suit une description horrible des exécutions.

p.413 stigmates : Colomb a des stigmates. Ses proches le prennent pour un saint. p.656 : « … comme vous le savez , les crises aiguës m’exposent au surnaturel. Ce qu’on aurait tort de classer à la rubrique délire. Quand Socrate souffrait du haut mal, il avait des visions et personne ne disait qu’il délirait. Non, si l’humanisme a un inconvénient, c’est cet acharnement à expliquer l’inexplicable.

Mais, bien sûr, il se peut que les humanistes aient raison. »

 

p.433 triomphe sur les Indiens grâce aux chevaux, aux lévriers, aux mousquetaires et un névropathe terrifiant.

p.462 «  (…) Tôt ou tard, c’est couru, un critique bien intentionné va demander :

– Vous écrivez une autobiographie, un roman historique, une histoire d’amour ou quoi ?

Je répondrai tout de go :

– Ou quoi.

– Mais pourquoi tous ces anachronismes, dira-t-il, vous pourriez au moins vous en tenir à votre siècle.

J’essaierai d’expliquer que mes anachronismes sont intentionnels. Rendre l’essence de temps enfuis, n’est-ce pas un peu comme traduire de la poésie ? N’est-ce pas l’esprit qui prime la lettre ? (…)

 

p.493-494 Inquisition. Toujours la même question et la même réponse : «  – De quel crime est-elle coupable ? – Nous saurons quand elle avouera. »

p.565 « A quoi sert l’Histoire ?

 » Selon Hérodote d’Halicarnasse (484 – 420 avant Jésus-Christ), père de tous les historiens, à perpétuer les souvenirs d’action « grandes et extraordinaires ». Il faut croire que l’Histoire est devenue beaucoup plus sophistiquée depuis, parce que ceux qui la traitent inclinent tout autant à perpétuer le souvenir d’actions viles et affreuses. Sans mieux cerner la vérité, apparemment quelle qu’elle soit. »

 

p.667 L’avenir. Que pourront dire les futurs biographes ? « (…) De quoi tu es venu ? Vers quoi tu vas ? Pourquoi faudrait-il que tu le saches ? Le temps était venu que ces peuples traversent les mers et habitent tous les continents de leur monde. Le temps était venu qu’ils explorent cette terre, et qu’en l’explorant, ils s’explorent eux-mêmes. Crois-tu qu’un Don Quichotte, un Hamlet, un Abraham Lincoln ou un Einstein auraient été possibles sans ton Autre Monde ? » »

 

 

(5) De la secte des Assassins à Daesh

Pour comprendre Daesh il faut peut-être remonter à la secte des Assassins et autres sacrifices, sans craindre l’anachronisme. Roger (2017-05-28)

 

Sur le rationalisme arabe lire Ibn Warraq “Pourquoi je ne suis pas musulman” (Editions Age d’Homme, 2001 pp 320 – 345). Sur Omar Khayyâm lire le beau roman d’Amin Maalouf “Samarcande” (1988 Lattès, Livre de Poche). On y a apprend que, auteur d’un traité d’algèbre, Omar Khayyâm appela l’inconnue du persan chay “chose”), orthographié Xay dans les traités arabes espagnols, puis x devenu symbole universel. On y apprend aussi ce que fut vraiment la secte des Assassins (fidèles au Assass, le “fondement” de la foi). Voir

http://www.retorica.fr/Retorica/26-rel-incroyance-bt2-2002/

 

 

Une anecdote. Un chevalier croisé vient trouver le Vieux de la Montagne dans sa forteresse d’Alamud. Celui-ci le reçoit au milieu de la cour. Autour sur les murailles des soldats en armes. “Tu viens pour négocier lui dit-il. Qu’y a-t-il à négocier avec un infidèle ? Regarde plutôt”. A ce moment le Vieux de la Montagne fait un signe en direction de deux hommes sur la muraille. Immédiatement ils se jettent dans le vide et meurent à ses pieds. Le vieux chef se retourne vers le chevalier et lui dit : “Tu vois qui nous sommes. Retourne vers tes frères et dis-leur ce que tu as vu. Ils comprendront que contre nous vous ne pouvez rien faire et que nous vous vaincrons.”

 

Russie. La Russie moscovite du XVI° siècle connaissait ce type de dévouement. En voici un témoignage emprunté à d’Aubigné. Le tsar, entouré d’une cour dévouée, reçoit l’ambassadeur d’Angleterre et l’entraîne dans un débat sur les preuves d’obéissance au souverain. L’ambassadeur en donne des exemples courants. Le tsar tend alors un poignard à l’un des siens avec ces mots : “Montre à cet étranger ce que tu voudrais perdre pour moi.” Le seigneur baise le poignard et se le plante dans le cœur. L’anecdote fit le tour des cours européennes et constitua la meilleure arme de dissuasion pour le pouvoir moscovite. Ce dévouement au souverain, à la collectivité dont il est l’émanation, se poursuit jusqu’à aujourd’hui dans la sanctification de la Rodina (la patrie) par l’Eglise orthodoxe.

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(6) Jacques Blamont : “Introduction au siècle des menaces(2004, Odile Jacob) L’éditeur :  » Si l’affrontement des peuples riches et des peuples pauvres, comme celui de Caïn et d’Abel, remonte à la nuit des temps, il prend de nos jours un caractère plus destructeur avec la création du village global par la technologie. … » L’idéologie suicidaire a été édifiée sur une base scripturaire qui a débouché sur une mythologie du martyre ou shahib. Un verset du Coran (III, 169) remémorant les batailles livrées par le Prophète à Badr et à Uhud contre les Koraïchites, affirme que ceux qui ont péri sur le chemin de Dieu jouissent de la vie auprès de leurs Seigneur, pourvus de biens matériels. A Badr en novembre 624 se livre la “mère de toutes les batailles”. Le Prophète y annonce : “Nul des nôtres aujourd’hui ne sera tué sans qu’Allah ne le fasse entrer au paradis.” A ces mots, le fidèle Omar Ibn al-Homâm se défait de sa cotte de maille et se jette dans la mêlée, y périt et se retrouve là-haut dans les bras de 70 vierges aux grands yeux noirs. Exemple souvent suivi.

Blamont p. 398 «… La secte ismaélienne des Assassins a été créée par Hassan-i Sabbah en 1090 pour détruire l’ordre sunnite en précipitant le retour de l’imam caché. De la montagne d’Alamut où il avait construit une forteresse inexpugnable autour d’une immense bibliothèque, le grand maître, puis ses successeurs, ont envoyé pendant deux cents ans, des jeunes gens gavés de haschish (d’où leur nom et celui de leur activité)(1) poignarder divers princes et dignitaires. Le “Vieux de la Montagne” , comme l’ont appelé les croisés, avait aussi inventé l’usage d’une petite force disciplinée et dévouée, capable de frapper un adversaire très supérieur. » (1) Cette légende est fausse. Elle a été créée car on ne comprenait pas comment des hommes jeunes acceptaient de sacrifier leur vie (Bernard Lewis “Les Assassins” Paris, Complexe 2001)

 

Algérie, Palestine. Les combattants palestiniens ont repris leur nom aux agents ismaéliens du terrorisme politique : les uns comme les autres se nomment fedayin, ce que l’on peut traduire par “prêts à se sacrifier pour la cause”. Le combattant nationaliste algérien était appelé moujahid, c’est-à-dire celui qui s’adonne à la Jihad fi sa bil Allah, effort orienté dans la voie de Dieu, qui peut se cristalliser en “petit jihad” ou guerre sainte. Pendant la guerre d’Algérie cet aspect proprement religieux semblait avoir disparu au profit d’une vision laïque. Mais l’indépendance acquise le FLN s’est empressé de laisser aux religieux la famille (“Code de la famille”) et l’arabisation.

 

Les sicaires juifs. Le modèle historique des Assassins viendrait des Zélotes juifs dits encore sicaires (sica = poignard) fanatiques adversaires des Romains. Hypothèse discutable car les sicaires se perdaient aussitôt dans la foule. Il n’était pas question pour eux de mourir. Mais eux aussi nourrissaient un messianisme à la fois dévoyé et logique : frapper de terreur l’ennemi romain ne pouvait qu’accélérer la venue du Messie. Un Flavius Josèphe pensait exactement le contraire et que ces pratiques mèneraient le peuple juif à sa perte. Il avait raison. Le terrorisme religieux n’obtient que des victoires médiatiques de peu d’effets profonds. La population est frappée de terreur et ses dirigeants s’organisent pour écraser ce messianisme. C’est ce qui s’est passé pour les sicaires, pour les assassins et ce qui se produira pour la nébuleuse Al-Qaïda à condition de comprendre la dimension planétaire du phénomène. (écrit en 2007. Daesh a dépassé Al-Qaïda. Le problème est effectivement devenu planétaire, Roger 2017-05-28)

 

Le Messie. la venue du Messie (judaïsme) annonce le retour du Messie (christianisme) ou de l’imam caché (islam ). La matrice du messianisme juif semble bien synthétisée par ce midrach (parabole) venu du Talmud : “Rabbi Josué bar Lévy demande : “Quand viendra le Messie ?” On lui répond : “Va le lui demander. Il est à la porte de Rome.”

– A quoi le reconnaîtrai-je ?

– Il est assis avec les pauvres.

Rabbi Josué fait le voyage pour lui poser la question : “Viens-tu aujourd’hui ?

– Aujourd’hui même.

Rabbi Josué s’en étonne auprès du prophète Elie qui lui donne l’explication : “Aujourd’hui comme il est écrit : “Aujourd’hui si vous écoutez ma voix” (Psaume 95.7) (Talmud de Babylone, Sanhédrin 98a)

Ce midrach exigerait une explication un peu serrée pour en dégager les harmoniques. On en devine déjà quelques-unes et notamment la principale : on peut accélérer la venue du Messie, ce qui ouvre de vastes perspectives.

 

Les Tigres tamouls ont aussi leurs combattants fanatisées qui portent sur eux une capsule de cyanure ou se portent volontaires pour des missions -suicides. Il faudrait approfondir leur métaphysique sur laquelle nos sources restent muettes. Une grande idée nationale trouve toujours des combattants prêts au sacrifice suprême.

http://www.monde-diplomatique.fr/2004/09/A/11410,

http://archives.arte-tv.com/hebdo/dessouscartes/19990403/ftext/start.html

 

Blamont p. 399 Iran- Irak Pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak (22 septembre 1980 – 18 juillet 1988) des milliers, peut-être des dizaines de milliers de jeunes Iraniens chiites peu entraînés acceptèrent avec joie de se mettre un linceul sur le dos pour traverser les champs de mines et profiter aussitôt des faveurs prodiguées par les houris du Prophète (à condition d’avoir conservé des testicules intacts). Nombre de ces Bassidje de 15 ans, disciples de l’iman Hussein assassiné à Kerbala en 684 par le calife sunnite Yazid, glorifiés par les ayalollahs, figurèrent sur les fresques murales ornées de rouge qui décorent désormais les murs des grandes villes iraniennes.

 

Blamont p. 400 zakat : aumône sert au Pakistan à développer la formation d’élites islamistes. Blamont p. 401 Al Qaïda = base de données / base militaire / cour autour du caïd

 

Salafistes. Blamont p. 402 – 403 salafisme – étymologie et définition de salaf = pieux ancêtres en arabe. Idéologie sunnite, le salafisme jihadiste est préoccupé par l’unité de l’Omma. Il suit l’ouléma Ibn Taïmyya, XIV°s, le grand ancêtre du wahhabisme. Pour eux un musulman intégré dans la civilisation occidentale est perdu pour l’Omma. L’innovation est décriée comme une interprétation humaine. La culture salafiste organise la communauté dans le respect du dogme sans se soucier de l’Etat tenu pour impie ; elle nie la citoyenneté et la liberté qu’elle remplace par la vengeance et l’obéissance ; elle nourrit une masse qui alimentera Netwar dès qu’elle aura découvert Internet. (rédigé en 2004)

 

Netwar chez Blamont désigne la guerre informatique. Un excellent thriller français en raconte les péripéties possibles. Il s’agit de “Babel minute zéro” de Guy-Philippe Goldstein (Ed Denoël Thriller, 2007). Tous les circuits informatiques mondiaux sont progressivement anéantis dans une guerre de tous contre tous. On n’en connaît ni le responsable initial ni ses intentions réelles. L’informatique morte, cela signifie concrètement la fin de toutes les transactions et des distributeurs de billets devenus inertes…

 

Terrorisme islamiste. Les épignones modernes des Assassins pensent que leur messianisme peut s’accomplir en utilisant les outils scientifiques de la modernité. L’écroulement du communisme et du “socialisme islamique” (Baas) des années 60 a créé un grand vide. Il suffit dès lors de remplir ce vide métaphysique des élites musulmanes (ingénieurs, médecins etc) pour créer une nouvelle société, plus juste, en attendant le jugement final. Ce “fascisme vert” ne peut être combattu que par l’amour du prochain qui devrait unir les croyants et les incroyants, si possible sur une formulation laïque, celle que propose Michel Onfray : “Fais à autrui ce que tu veux qu’il te fasse”, précepte fondamental pour Onfray (Université populaire de Caen, France-Culture 11/08/06). Cf “Aime (et protège le bien de) ton prochain comme toi-même (tu t’aimes et tu protèges ton bien propre).” Seul ce messianisme humaniste en action peut nous sauver des messianismes totalitaires.

 

(7) Guil (7 juillet 2007) : Il me semble que tu fais des raccourcis historiques fallacieux, ce qui t’amène à tomber tout droit dans l’écueil de l’anachronisme. La comparaison avec la secte des haschichins et avec les courants sectaires de l’islam au moyen -âge ne me semble pas d’une grande utilité pour comprendre le phénomène actuel des attentats-suicides, ni leurs motivations, ni leurs fondements idéologiques. Le principal défaut de ton post, c’est de vouloir calquer à tout prix les schémas idéologiques du Moyen Age sur la période actuelle, anachronisme flagrant donc… En suivant ta logique, pourquoi ne pas remonter jusqu’à l’histoire biblique de Samson , qui choisit de se donner la mort en entrainant les Philistins avec lui ? Et comment ferais tu pour faire entre les pilotes kamikazes japonais dans ton analyse ?

 

Roger (7 juillet 2007) : Que met-on exactement sous le terme d' »anachronisme » ? Les schémas du passé survivent-ils ou non dans le présent ? comment et surtout pour qui ? Un occidental moderne appelle « anachronisme » ce qui pour un autre est « fidélité à la tradition », certes reconstruite mentalement mais qu’il ne juge pas, lui, « anachronique ». Noter que « anachronisme » date de 1625 et « anachronique » de 1866. C’est dire que la notion se construit au moment où l’historiographie s’impose comme discipline intellectuelle, pas forcément comme discipline de vie. Au passage, on peut effectivement s’interroger sur Samson et les pilotes kamikazes japonais (ceux-ci relevant de la tradition du seppuku qu’on peut aussi interroger).

 

Roger et Alii – Retorica – 3 570 mots – 22 300 caractères – 2017-05-28

 

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