28 RHE figures 2/6 répétition syntaxe

28 RHE figures 2/6  répétition syntaxe

Lisez-moi

Dans les figures de répétition j’ai classe les figures de sonorités et les figures de syntaxe. Celles-ci connaissent un grand succès dans les ateliers d’écriture. Je me souviens d’une élève de seconde qui m’avait dit “être tombée amoureuse du chiasme”.

Roger 2000_05

1. figures de répétition : 

1.2  figures de syntaxe

Pour repérer les figures de syntaxe il faut se sensibiliser aux constructions grammaticales  courantes. En soi elles ne créent pas de sens mais le mettent en valeur.

1. Répétitions

Les répétitions créent le rythme (grec : “couler”, latin : “battement régulier, cadence”). Voici un poème de Pierre Albert-Birot :

 * (Lire en commençant

par la dernière ligne)

Je vis j’ai vécu

Je sors et j’éteins

J’entre et j’allume

Lampe électrique et va-et-vient

    LA VIE 

Hier aujourd’hui demain

            Bonjour grand-père

      Bonjour monsieur

Bonjour bébé

(Pierre Albert-Birot « Poésie »  1916-24)

Le texte crée une première surprise ; il invite à un va-et-vient qui prépare la métaphore centrale. Je vis j’ai vécu  : le passé composé crée un rythme binaire ; je sors et j’éteins : présent au rythme binaire ; j’entre et j’allume : même structure qui s’oppose terme à terme à la précédente ; l’ensemble Je vis… je sors… j’entre… crée un premier rythme ternaire ;  au centre du texte la métaphore de la vie (lampe électrique et va-et-vient) puis adverbes en rythme ternaire (hier aujourd’hui demain) et enfin dernier rythme ternaire sur les trois âges de la vie (bonjour grand-père,…monsieur, … bébé).

Le rythme ternaire est très fréquent. Il peut correspondre psychologiquement au mouvement “je lis, je relis, je retiens” donc à un approfondissement. Sa symbolique est très forte dans toutes les cultures (cf “Liberté, égalité, fraternité”, la Trinité chrétienne, les trois poisons bouddhistes etc..)

La gradation et l’énumération

La gradation ternaire va vers le plus ou le moins :

* « Je veux, sans que la mort ose me secourir,

    Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir » (Corneille)

* « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue »       (Racine)

* « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; en grandissant ils les jugent ; quelquefois ils leur pardonnent »(O. Wilde).

* « Chaque homme a trois caractères : celui qu’il a, celui qu’il montre ; celui qu’il croit avoir » (Alphonse Karr)

L’énumération comporte plus de trois termes. Sa gradation est quelquefois moins évidente :

* « Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé,

    Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fàlé,

   Je serai ton cercueil aimable pestilence ! »

        (Baudelaire, « Les Fleurs du Mal », 1857, « Le flacon »)

Le pléonasme et la redondance

Le pléonasme est une répétition de mots apparemment inutile mais qui peut se justifier stylistiquement. La redondance est un pléonasme qui s’étend sur plusieurs mots :

* « monter en haut », »monter au grenier », « prévoir d’avance”, « il ajouta quelques détails de plus »,  “au jour d’aujourd’hui”

* « (aux morts) dormez votre sommeil. »(Bossuet) « Une maisonnée de fous ou de poètes (ce qui est presque un pléonasme). » (Th.Gautier),

* « Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance

     Et je n’en reviens pas » (Charles Péguy)

L’antanaclase et l’attelage

L’antanaclase (gr « contre + répétition ») : le même nom est employé dans deux sens, le 1¯ concret et actuel exige une qualité fondamentale évoquée par le 2¯ :

* « Ce beaujolais est vraiment du beaujolais ». « Un père est toujours père ».(Racine), « La véritable éloquence, se moque de l’éloquence » (Pascal), « La France n’est plus la France sans la grandeur ». (De Gaulle), “Cet élève  de seconde n’est pas un élève de seconde !”

L’attelage : le verbe est pris successivement dans deux ou plusieurs sens différents mais la construction est grammaticalement correcte contrairement au zeugma :

* « J’ai oublié le beurre et de passer à la poste », « Il a été blessé à la guerre, à la jambe et à la tête de ses troupes »,

* « Ils allaient l’âme sans épouvante et les pieds sans souliers » (Hugo)

 * « (Ils) parlent encore de vous en remuant la cendre

     De leur foyer et de leur coeur ». (Hugo »Océanox Nox »)

* « Le coeur a ses raisons (ses motifs) que la raison ne connaît pas » (Pascal)

* « vêtu de probité candide et de lin blanc. »   (Hugo »Booz »)

“C’est une question de propreté : il faut changer d’avis comme de chemise.” (Jules Renard). Attelage inversé qui conduit à un cynisme tranquille… On pense à ce mot d’Edgard Faure, grand politicien du siècle dernier à qui on reprochait de changer souvent d’avis, comme une girouette : “C’est vrai mais je vous fais observer que ce n’est pas la girouette qui tourne, mais le vent.”

2. Oppositions

L’oxymore et l’antithèse

L’oxymore oppose les sens de deux mots voisins, souvent nom et adjectif. Il présente donc une antithèse :

* « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille.).

 * « Je serai ton cercueil, aimable pestilence » (Baudelaire)

* “L’inconscient est la mémoire de l’oubli”

 * “C’est juste avant l’aube que la lumière est la plus noire” (dicton japonais)

* L’oxymore permet de multiplier les oppositions : une joie triste, une tristesse joyeuse, une férocité aimable, une amabilité féroce, se forcer à la paresse, oser fuir. Selon certains, « cuisine anglaise » serait un oxymore. “Pompier pyromane” en est un autre mais comme il s’agit d’une réalité, on voir que l’oxymore n’est pas qu’un jeu de mots.

3 Combinaisons répétitions-oppositions

Le parallélisme et le chiasme

Le parallélisme propose la même construction (quelquefois avec une ellipse) en  opposant les sens.

* “Plus je connais les hommes, plus j’admire les chiens” (Erik Satie) ; « Un idiot pauvre est un pauvre ; un idiot riche est un riche » (X…). « Il est vrai que les gens gagnent à être connus, ils gagnent en mystère. » (Jean Paulhan)

Le chiasme (grec « croisement ») propose un croisement de construction :

* « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger » ; “La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie”. « Le bruit ne fait pas de bien, le bien ne fait pas de bruit ». « C’est l’homme qui fait l’histoire et non l’histoire qui fait l’homme ». “La vérité est amère mais ses fruits sont doux/”

* « Dès que les femmes sont à nous, nous ne sommes plus à elles » (Montaigne),”L’homme ne pense pas ce qu’il dit. la femme ne dit pas ce qu’elle pense”.

* « Dieu est mort. Signé : Nietzsche. (Il était athée)

  Nietzsche est mort. Signé : Dieu. »(Il existe toujours des croyants ; plaisanterie faite après la mort de N. en 1900)

* « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas ; c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » (Sénèque).

4. Ruptures syntaxiques

L’anacoluthe et le zeugma

L’anacoluthe (fem, gr « absence de suite ») est une rupture de syntaxe ; la phrase est grammaticalement incorrecte :

* « Le nez de Cléopâtre, s’il eut été plus court, toute la face de la terre aurait été changée. »(Pascal)

* « Et pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre

    Ce que je viens de raconter. » (La Fontaine)

(« pleurés du vieillard » fausse apposition de « il grava »)

Le zeugma (gr « jonction ») propose pour le même verbe deux constructions dont la seconde est douteuse :

 * « Il vaut mieux s’enfoncer dans la nuit qu’un clou dans la fesse droite » (Pierre Dac).

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