28 RHE figures 5/6 imaginaire métaphore

28 RHE figures 5/6 imaginaire métaphore 

3. Figures de l’imaginaire 

3.1 figures de métaphore

La métaphore et les figures annexes privilégient l’intuition, les images un peu folles, les transferts irrationnels et les symboles.

La comparaison et la métaphore

La métaphore est une comparaison à laquelle on a enlevé le terme « comme » (ou un équivalent, « pareil à »…) ; « Il s’est bien battu. On aurait dit un lion ».(comparaison). « Il s’est bien battu. Un vrai lion » (métaphore).

La comparaison homérique (Homère, Grèce – 850) :

* « Achille brandit son bouclier immense d’où sortait une longue clarté comme celle de la lune » (on connaît la lune, sa clarté inquiétante dans la nuit ; d’où l’effroi qui saisit les soldats devant le geste d’Achille, image visuelle).

* « Il rendit l’âme en mugissant comme un taureau » (image auditive, civilisation pastorale où l’on connaît bien le meuglement affolé du taureau que l’on égorge. Et cet homme jeune pousse le même cri effrayant).

* Emploi moderne de la comparaison homérique « Comme le sang gonfle les artères, bat aux tempes et pèse sur le tympan quand la pression de l’air ambiant devient moins grande, ainsi la nuit, dans cette atmosphère raréfiée que fait la solitude, le silence – l’angoisse, contenue en nous dans la journée, enfle et nous oppresse » (Nathalie Sarraute « Portrait d’un inconnu » 1948).

La métaphore (du grec : au delà + porter) se dégage de la comparaison (suppression de « comme » ou équivalents) pour approfondir une réalité difficile à comprendre. Il s’agit d’aller du connu vers l’inconnu, dans une sorte de transport. En grec moderne métaphora désigne une entreprise de déménagement.

* Ceci peut fonctionner parce qu’il existe un élément commun entre le connu et l’inconnu. “J’entends les herbes de ton rire” (Eluard). Le connu ici c’est la synesthésie (la confusion des sensations)  entre auditif-visuel (entendre/herbes). L’inconnu qu’il faut retrouver c’est la sensation de bonheur à deux dans l’herbe.

* « Le pâtre promontoire au chapeau de nuées » (Hugo « Les Contemplations ») (les nuages ressemblent au chapeau d’un berger et la falaise au manteau qui le drape mais ceci est perçu globalement en une vision mystérieuse).

La métaphore filée se poursuit sur tout un texte ou un poème. Ex. Le sonnet de Baudelaire : “La musique” : “La musique parfois me prend comme une mer”… où il se décrit saisi par la musique  comme un bateau par l’océan.

* Au cinéma la métaphore se crée à l’aide d’un fondu-enchaîné ou d’un plan de coupe : dans “La forêt d’émeraude” de John Boorman, le jeune héros se sent devenir un aigle lors d’une cérémonie chamanique. On le voit devenir aigle.

Le pouvoir des métaphores

Les métaphores permettent, par associations d’idées, d’arriver à de nouvelles intuitions et conduisent le mental.

* Quand Jésus s’adresse à des pêcheurs pour en faire ses disciples, il ne leur dit pas qu’ils vont recruter des adeptes mais qu’ils vont devenir des « pêcheurs d’hommes ». Même technique pour ses paraboles qui sont de longues comparaisons : « Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé...etc. » (Evangile de Matthieu 13,24 etc.)

* Mars 1946, le communisme en Allemagne de l’Est : « Un rideau de fer est tombé sur l’Europe” dit alors W. Churchill. (métaphore) La “guerre froide” commence…(oxymore). Le mur  de Berlin est construit en juin 52 ; sa chute, en nov 89, signifie la fin d’une métaphore qui a marqué l’Europe pendant  53 ans.

* Une femme avait eu beaucoup d’ennuis dans la vie. Elle était devenue pointilleuse, malveillante et malheureuse. Un  psychologue lui demanda comment elle voyait la vie. Elle répondit : « Je pense simplement que ce sont les petites fuites qui font couler le navire ». En soi cett métaphore était bonne (c’est une approche intéressante du kaizen  japonais : amélioration constante des détails) Mais cette conviction avait tourné à l’idée fixe et empoisonné sa vie. Le psychologue lui proposa de changer de métaphore. Et les rapports de cette femme avec les autres s’améliorèrent.

Nos opinions, nos croyances, nos convictions reposent sur des métaphores globales et souvent inconscientes qui nous viennent de notre environnement (parents, professeurs, amis, lectures, médias).

* Parmi les métaphores qui suivent choisissez-en trois qui vous conviennent : “La vie est un paradis”, “La vie est un jeu”, “La vie est une danse”, “La vie est un cadeau”, “La vie est un mystère”, “La vie est un théâtre”, “La vie est une partie d’échecs”, “La vie n’est pas un long fleuve tranquille”, “La vie est un combat”, “La vie est un enfer.” Pourquoi ce choix ? Est-il assez positif ? Pouvez-vous le modifier, au moins légèrement d’une manière plus exaltante ?  Développez et approfondissez vos métaphores sur la vie (d’après Robbins “Pouvoir illimité”).

L’hypallage (fém, du grec « interversion ») est un transfert, un dérapage de sens d’un mot sur un autre provoqué par l’inattention ou la passion :

* “La télévision tue la vie de famille” (ce sont les membres de la famille qui choisissent de regarder la télévision au lieu de converser entre eux ; en accuser la télévision, en faire un bouc émissaire est ici une hypallage).

* « Le conducteur évanoui, la voiture perd tout contrôle » (la perte de contrôle est celle du conducteur !)

* « Trahissant la vertu sur un papier coupable » (Boileau. Le coupable est évidemment celui qui écrit).

* « Toute lune est atroce et tout soleil amer » (Rimbaud : « Le Bateau Ivre » : projection de l’amertume du poète).

* “Le lit fonce sur ses rails de miel bleu” (A.Breton) : hypallage du désir avec sa violence (rails : métonymie/métaphore) et sa douceur.

La personnification et l’allégorie

La personnification transforme en personne ou en personnage un objet, un minéral, un végétal, un animal ou une notion abstraite.

* « L’Habitude venait me prendre dans ses bras et me portait jusque dans mon lit comme un petit enfant. » (M. Proust « Du cìté de chez Swann »).

L’allégorie systématise le procédé :

* (massacres de juin 1418) « Alors se leva la voix de la déesse Discorde qui se tenait en la tour de Mauvais Conseil et éveilla Colère la forcenée (= hors + sens) et Convoitise, Fureur et Vengeance. Toutes prirent les armes et chassèrent honteusement Raison, Justice, Mémoire de Dieu et Modération. » (« Journal d’un bourgeois de Paris », fin guerre de Cent ans).

* Personnages allégoriques du Tarot de Marseille : Justice, Force, Pendu, Hermite… La colombe de la paix est à la fois symbole et amorce d’allégorie par sa blancheur, sa douceur etc…

Un symbole permet de représenter une chose à l’aide d’une autre En grec il s’agissait d’un objet coupé en deux morceaux pour servir de signes de reconnaissance quand on les rapprochait. Le symbolisme est universel. Il a nourri toutes les civilisations et pris des valeurs multiples. Ainsi la croix n’est pas simplement un symbole chrétien même s’il l’est aussi. Comme le  croissant est celui de l’islam, l’étoile de David celui du judaïsme, la faucille et le marteau celui du communisme. La Croix Rouge a pour correspondant le Croissant Rouge.

* La signalisation routière pousse très loin la recherche  d’un  symbolisme clair et universel  pour les formes (triangle en bas : cédez le passage) et les couleurs (rouge : sang, danger, arrêtez-vous, vert : végétation, espoir, passez, orange : danger).

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